Au Burkina, Maxime Sou, l'enseignant qui a 100 élèves par classe et 100 % de réussite aux examens

  • Source: lemonde.fr
  • Date: mer. 14 fév. 2018
  • Visites: 799
  • Commentaires: 1
La classe africaine (17). Le maître d'école de Bobo-Dioulasso, qui ne compte pas ses heures pour faire progresser chaque enfant, fait des miracles et déjoue tous les pronostics.

Un coup de baguette sur la table : les dos se penchent sur les pupitres de bois délabrés. Un autre coup : les ardoises se lèvent, griffonnées d’écritures enfantines où chacun tente de conjuguer le verbe « chanter » au passé composé. Il est 7 h 45 à l’école Kua C de Bobo-Dioulasso, seconde ville du Burkina Faso, et, hormis quelques toux sèches symptomatiques de la saison froide, le silence règne dans la salle d’à peine 40 m2où sont réunis 132 élèves.

Découvrez notre série   La classe africaine

Maxime Sou ne peut pas avoir les yeux partout, mais il tient sa classe au doigt et à la baguette. L’enseignant force l’admiration. En « vingt ans et deux mois » de carrière, ce Burkinabé de 47 ans qui enseignait surtout en classe de CM2 avant de ­gérer des CE2 n’est jamais descendu au-dessous des 88 % de taux de réussite à l’examen d’entrée au collège, le certificat d’études primaires (CEP).

L’école Kua C de Bobo-Dioulasso.L’école Kua C de Bobo-Dioulasso. CRÉDITS : SOPHIE GARCIA / HANSLUCAS POUR LE MONDE

A quatre reprises, Maxime Sou a même réussi l’impensable dans un pays où les classes sont surpeuplées et sous-équipées : faire passer 100 % de ses élèves en classe de 6e. La dernière fois, c’était en 2014 : 120 élèves, 120 admis. A l’époque, au Burkina Faso, le taux de réussite moyen au CEP était de 73,5 %, et le nombre moyen d’enfants par classe fixé à 49, selon le ministère de l’éducation nationale. Maxime Sou pulvérise les scores. Quel est donc son secret ?

« L’autorité », répond d’emblée ce père de quatre enfants. En dehors de sa classe, Maxime Sou est timide et parle à voix basse. A peine ose-t-il admettre sa réussite, ou plutôt celles, nombreuses, de ses élèves. Mais, devant un tableau noir, le personnage se transforme. Lorsqu’il revêt son costume d’enseignant, sa voix porte et sa démarche est assurée. Pour capter l’attention de 132 élèves pendant trois heures, l’attitude est nécessairement théâtrale, la discipline quasi militaire.

 CRÉDITS : INFOGRAPHIE "LE MONDE"

« Ça m’empêche de dormir »

Faut-il voir un lien avec son rêve d’enfant, ­celui de devenir gendarme ? L’homme esquisse un sourire« Au début des années 1990, il n’y avait pas de recrutement dans ­l’armée. Je n’ai pas pu passer les concours, il a fallu que je cherche une autre voie. » Presque par défaut, Maxime Sou passe avec succès le concours d’enseignant en 1995. Suivent deux années de formation avant d’être « valsé en brousse », à Kouka, dans l’ouest du pays.

Episode 3   Au Kenya et en Ouganda, les écoles bon marché Bridge dans la tourmente

« Ma vocation s’est construite, elle n’était pas spontanée », dit-il. A Kouka, il y eut tout de même un déclic. Sa première fierté d’enseignant, dont il se rappelle comme si c’était hier, porte le nom de Sidiki Dao. « Je l’avais en classe de CM1. Son papa était paysan. Je savais qu’il était brillant mais que, s’il restait à Kouka, il n’aurait pas beaucoup de chances de terminer sa scolarité. » Maxime Sou décide d’emmener Sidiki avec lui lorsqu’il est muté à Bama, plus au sud. Quelques années plus tard, Sidiki Dao intégrera l’école la plus prestigieuse du Burkina Faso, le Prytanée militaire de Kadiogo. « Aujourd’hui, il est sous-lieutenant. »

Dans la classe de l’école Kua C de Bobo-Dioulasso.Dans la classe de l’école Kua C de Bobo-Dioulasso. CRÉDITS : SOPHIE GARCIA /HANSLUCAS.COM POUR LE MONDE

Pour Maxime Sou, la réussite de ses élèves est un peu la sienne. « Quand je leur donne un devoir et que je me rends compte que la classe n’a pas la moyenne, ça m’empêche de dormir. Ce sont un peu mes enfants », glisse-t-il. « Don de soi » et « sacrifices » sont les maîtres mots de l’enseignant. Mais aussi « fatigue » et « pression ­morale ». « En 2014, j’ai demandé à ne plus avoir des classes où il fallait faire passer des examens. J’étais à 22 de tension, le médecin m’a dit de me ménager. »

Cours de soutien deux fois par mois

Les journées de Maxime Sou restent chargées. Debout à 5 h 30, il arrive à l’école une (...)

Lire la suite sur lemonde.fr



Offres d'emploi du jour

Appels d'offres

    Aucun document en téléchargement.

Voir tous les documents

Educarriere sur Facebook