Universités et grandes écoles / Pr Crezoit : « Celui qui redouble perd la prise en charge » - « L'avenir du BTS » - « Avec le LMD, vous pouvez travailler et prendre des cours »


Pr Crézoit Emmanuel pense que l'enseignement télévisuel avait des avantages.
  • Source: Soir Info
  • Date: jeu. 13 nov. 2014
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Pr Crézoit Emmanuel est le directeur général (dg) de l'Enseignement supérieur. Dans cette interview, il parle des élèves orientés dans le privé, la perte de la prise en charge pour les doublants, des solutions aux problèmes de connexions dans les universités, l'enseignement télévisuel, du Lmd....

Pourquoi une politique de deux poids deux mesures dans l'enseignement supérieur? Comment expliquez-vous le fait que les élèves orientés dans les grandes écoles privées paient dix fois plus de frais d'inscription que leurs confrères des universités publiques, alors qu'ils sont tous affectés de l'Etat?

Tout d'abord, je dois préciser qu'il n'y a pas deux poids deux mesures. Il faut savoir ce que représente l'enseignement privé. Un privé organise son affaire, fixe ses prix en fonction de la qualité qu'il y met. Vous pouvez avoir deux établissements qui enseignent les mêmes choses mais dont les frais de scolarité sont différents. Ça dépend du niveau de la qualité. C'est pourquoi aux États Unis, il y a un classement des universités. La deuxième chose à savoir, c'est que l'Etat a concédé une partie de ses prérogatives au privé, en raison de la massification et de l'insuffisance des infrastructures. Dès lors, si l'Etat envoie des élèves dans le privé, en principe, il doit payer ce que les privés paient ou alors il négocie. Je pense que c'est ce qui a été fait. A partir de ce moment, les éléments peuvent être différents mais ça ne peut pas être deux poids deux mesures parce que les frais de scolarité en zone Uemoa (ndlr, Union économique monétaire ouest africaine), en moyenne, dans l'enseignement supérieur, sont de 1,2 million de francs Cfa. Cela veut dire qu'en réalité, quand un étudiant veut aller à l'université, il doit payer 1,2 million de francs cfa. Mais il se trouve qu'en Côte d'Ivoire, l'Etat a décidé d'orienter tous les bacheliers dans l'enseignement supérieur. L'Etat devrait pouvoir prendre en charge une partie sinon demander aux étudiants de payer. Ça se fait dans plusieurs pays africains. Ici, l'Etat veut (année universitaire 2013-2014) que les L (ndlr, Licence), ce soit 100 mille francs Cfa. l'Etat va contribuer à 70 mille francs Cfa et l'étudiant paie 30 mille francs Cfa. Pour les 1,2 million, l'Etat paie la différence.

 

Justement, l'Etat qui a demandé que les étudiants s'inscrivent avec 70 mille francs CFA dans le supérieur privé ne fait rien pour que les établissements qui exigent plus, soient sanctionnés

L'Etat n'a pas demandé que les étudiants s'inscrivant dans le privé paient leur formation à 70 000 francs Cfa par an. Il ne peut pas imposer un montant parce que ce sont des privés qui ont fait des investissements. Un privé ne peut pas faire du social. Cependant, la négociation est possible.

 

N'est-ce pas parce que l'Etat veut aider les parents qu'il a décidé que leurs enfants paient 70 mille francs Cfa ? Si ce n'est pas le cas, pourquoi fixer un montant?

C'est déjà un effort que l'Etat fait en prenant en charge les étudiants orientés. Autrement, il aurait pu dire qu'il prend seulement 100 étudiants, par exemple, et les autres se débrouillent. Si on a 10 mille bacheliers, 9900 ne pourront pas aller à l'école. Au Cameroun, par exemple, il n'y a pas de bourse. D'ailleurs, l'Etat paie plus dans le privé que dans le public. L'Etat paie et les autres complètent. Dans le privé, c'est que l'Etat négocie de payer 450 mille francs Cfa sur les 1,2 million de francs Cfa, et puis, le parent devrait payer la différence. Si vous regardez dans les pays anglo-saxons, au Ghana, par exemple, l'enseignement est une pyramide. N'accède à l'enseignement supérieur qu'une infime partie de ceux qui ont commencé. Mais il se trouve qu'en Côte d'Ivoire, toutes les universités avaient jusqu'en 2013, 80 mille étudiants avec des infrastructures qui ne suffisaient pas. Au Bac, cette année, il y a 67 mille étudiants. Il n'y a plus de pyramide. Avec 20 millions de francs Cfa, on ne peut pas faire la même chose pour tout le monde. Par contre, dans un pays comme la Guinée équatoriale, il y a 30 ans, les gens n'allaient pas à l'école. Maintenant, c'est gratuit parce que ce pays a beaucoup plus de ressources. Pensez-vous que des études en médecine et des études en philosophie, doivent avoir le même prix? Non, parce qu'en médecine, il y a des TP avec des animaux. Un cobaye, à notre époque, ce n'était pas moins de 300 mille francs Cfa et le cobaye est mort à la fin du TP. Le privé peut dire à l'Etat qu'il ne reçoit pas les étudiants. Cela, en raison des investissements et de la qualité des enseignements.

 

Parlant des enseignements, peut-on savoir pourquoi le Bts qui a subi une réforme, il y a 5 ans, fait encore l'objet de séminaire sur le même sujet alors que c'est seulement maintenant que commence à s'appliquer une partie des résolutions? N'est-ce pas un séminaire de trop étant entendu qu'il n'y a pas eu d'évaluation? 

L'enseignement, c'est la remise en cause perpétuelle. 5 ans est la durée de vie d'une réflexion. Avec le Lmd, la Licence, c'est trois ans; deux ans après, le Master et deux autres années, plus tard, c'est le doctorat. L'enseignement supérieur a donc trois grades. Le Bts faisait partie d'un système où il y avait une multitude de diplômes. Le système Lmd est de type professionnalisé. A partir du moment où on fait cette réforme, tous les autres systèmes doivent s'aligner. Le Bts doit évoluer vers là, c'est-à-dire qu'il va changer de nom. Cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas en tant que philosophie de formation qui doit déboucher sur la professionnalisation.

 

'' Un privé qui ouvre un Bts est obligé de trouver un stage''

Seulement, il y aura une appellation (ndlr, Licence professionnelle), de même que la manière de faire les cours et d'évaluer. Parce que le Lmd obéit à une philosophie. Pour valider l'admissibilité, il faut faire un stage. Il y a des gens qui font 5 ans sans trouver de stage. Dans le Lmd, théoriquement, le Bts, c'est trois ans. Avec le système de Licence, vous êtes obligé d'inclure le stage dans l'évaluation. Donc un privé qui ouvre un Bts est désormais obligé de trouver un stage. Il s'agit donc d'un réglage.

 

Etes- vous en train de dire que les dernières résolutions, à savoir, entre autres, le passage de 33 filières à 26 et le retrait de la bourse à ceux qui doublent, seront applicables à cette rentrée 2014-2015?

Au sortir de Bassam, il a été convenu que les curricula et les maquettes soient prêts avant la fin du mois. C'est donc dire qu'à la rentrée, ce sera appliqué. Il y a trois façons de faire une réforme. Soit vous choisissez des établissements pilotes pour l'appliquer, soit vous commencez avec les nouveaux, les entrants, soit vous faites un basculement intégral. Pour être en conformité avec les universités et grandes écoles publiques, le basculement sera intégral. Concernant la bourse, il y en a de deux façons. Soit c'est un encouragement, soit c'est pour résoudre un problème social. Si l'on donne la bourse, en Bts pour trois ans, l'étudiant peut se balader. A notre temps, quand on redoublait, on perdait la bourse. On était obligé de travailler dur. Pour le Bts, si vous perdez la prise en charge si vous doublez, vous pouvez toujours préparer le Bts si vous le voulez. L'Etat ne peut pas investir dans ce qui est improductif. L'Etat a besoin de cadres et de travailleurs, des gens qui veulent vite finir pour aller travailler et payer les impôts. Si celui qui perd la bourse travaille bien, il revient dans le système, dans l'enseignement supérieur. La bourse, au-delà du social, doit être un mérite.

 

Quel sens donner à une prise en charge ou une bourse payée en fin d'année académique?

La bourse doit être un facteur d'encouragement et d'incitation, même dans le système Lmd. Les retards de paiement ne sont pas du fait du ministère d (...)

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