Etablissement et usage de faux extraits de naissance : Des agents d'état civil, des footballeurs du championnat national et un entraîneur arrêtés

  • Source: linfodrome.com
  • Date: sam. 30 sept. 2017
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Une scandaleuse affaire de Faux en document administratif, usage de faux et complicité dans ce délit, éclabousse en ce moment-même, la sous-préfecture de Bingerville, dont des agents mêlés à ce faux deal, ont été arrêtés. Mais il n'y a pas qu'eux.

Le malheur de ce gang, jusque-là bien organisé, et qui se tapait du fric depuis de longues années, arrive du nommé Adégboyéga Thomas Adébowalé, footballeur. En effet, nos sources rapportent que ce jeune homme est Nigérian de par son père, et sa mère, elle, est une Ivoirienne. Brillant footballeur, en 2016, il évolue dans l'équipe des jeunes de moins de 17 ans, du Club omnisports de Korhogo ( Cok). Et à cette époque-là, il est sélectionné dans un groupe de jeunes footballeurs, pour se rendre au Maroc, en vue d'un stage.

Seulement voilà, l'âge de moins de 17 ans, dont il se prévaut, n'est pas en réalité le sien. Lui est né exactement, le 23 mars 1994. Soit, 22 ans ans d'existence sur terre, à cette époque-là. Et pourtant, ce stage dont il espère beaucoup, il ne veut pas le manquer. Cela, en vue d'une carrière professionnelle, constituant son rêve de toujours. Alors, il approche son coach, le nommé Moussa Marico, et lui expose ses soucis.

Celui-ci lui signifie, qu'il peut dormir tranquille. Et qu'il est en contact avec un réseau de faussaires, à la sous-préfecture de Bingerville, qui peut régler ce « petit pétard ». Et que pour cela, Adégboyéga Adébowalé n'a seulement qu'à débourser, la somme de 20 000 F Cfa. Le jeune homme s’exécute. Et quelques jours seulement après, Moussa Marico vient lui remettre un extrait de naissance tout frais, sur lequel, il est désormais né, le 22 décembre 2002. On le voit, la « machette » a frappé, et 8 bonnes années ont carrément sauté de son véritable âge. Un individu au menton rugueux, qui se retrouve subitement, à porter des « couches », comme un vrai môme.

Malheureusement, le stage au Maroc, il ne l'effectuera plus. Dépité, Adégboyéga Adébowalé quitte son club, le Cok. Nous sommes dans le mois de novembre de la même année 2016. Et là, cette fois, il rejoint un autre club. Celui-là, c’est l'Association sportive des anges ( Asa). Et toujours, le garçon a l'ambition inébranlable, d'embrasser une carrière professionnelle, à la Drogba, Yaya et autres Kodja. Et il croit tenir le bon bout, par le truchement de l'un des amis à son frère aîné. Ce dernier qui vit au Maroc, propose de l'aider.

Mais cette fois, pour s'envoler en direction du Royaume chérifien, il lui faut un passeport ivoirien, bien entendu. Les renseignements qu'il prend en vue de l'établissement de ce document, lui recommandent de passer d'abord par l'Office national d'identification ( Oni). Structure habilitée à lui établir une carte nationale d'identité, lui donnant ensuite le droit, de se faire confectionner un passeport biométrique.

Ainsi, le jeudi 7 septembre 2017, il se rend dans les locaux de l'Oni, au Plateau, en vue de se faire enrôler. Mais l'agent à qui il remet son extrait de naissance, après contrôle de ce document, se rend compte, que c'est un faux. Ainsi, l'agent alerte immédiatement le commissaire divisionnaire de police, Bakayoko Souhalio, patron du Service des investigations et des contentieux ( Sic).

C'est un important service basé à l'Oni, et justement chargé de traquer tous ces faussaires en documents, qui croient se jouer de l'État de Côte d'Ivoire, au niveau de l'identification des personnes. L'autorité policière fait tout de suite interpeller le footballeur. Et une enquête est diligentée à l'encontre de ce jeune homme et toute la bande derrière.

Et tout s'écroule pour la bande…

Interrogé sur les circonstances d’acquisition du faux extrait de naissance trouvé sur lui, il passe aux aveux, en citant Moussa Marico, son coach lorsqu'il évoluait au Cok. Le même jour, ce dernier est arrêté, à son tour. Il reconnaît, effectivement, avoir été approché par son joueur, Adégboyéga Adébowalé, pour qu'il l'aide à « couper » son âge. Et lui, après avoir reçu les sous et le vrai extrait de naissance, les remet à Gooré Bi Alexandre, un joueur de son club, avec lequel, il a l'habitude de traiter, pour l'établissement de faux extraits de naissance, pour le compte d'autres footballeurs.

Le commissaire Bakayoko Souhalio et ses hommes, déterminés à faire barrage à toute cette racaille, chopent le lendemain vendredi 8 septembre 2017, Gooré Bi Alexandre, un jeune footballeur âgé lui, de 19 ans. Enfin, sur papier. Et actuellement, comme il l'a dit, il évolue au sein du Club omnisports de Bouaflé ( Cob).

Entendu, il explique qu'en 2014, il avait 23 ans bien sonnés. A cet âge-là, il est aux portes du Club omnisports de Korhogo ( Cok). Mais il ne pouvait pas intégrer la catégorie des cadets du club, où la réglementation en vigueur de la Fifa, n'autorise que les jeunes gens de moins de 17 ans. Il lui fallait donc réduire son âge.

Ainsi, par le biais de l'un de ses amis footballeurs, basé aujourd’hui en France, il entre en contact avec Blaudet Bernabé. Contre des sous, ce dernier lui fait établir un nouvel extrait de naissance . Ainsi, lui qui est né le 22 août 1991, à Cocody, l'est désormais, le 22 décembre 1998, à Bingerville.

Et c'est avec ce jeune âge acquis sur du faux, qu'il intègre l'équipe cadette du Cok, au sein de laquelle, avec ses tibias durs comme du fer à béton, et ses puissants mollets velus, aussi robustes que des réacteurs, il participe sans honte, au championnat national de la catégorie des cadets. De pauvres enfants auxquels il soumettait ses tacles rageurs et ses violents tirs. Gooré Bi Alexandre approche, plus tard, son coach Moussa Marico, et lui signifie, qu'il peut désormais aider d'autres joueurs à « rajeunir », et leur donner ainsi, la possibilité d'évoluer en cadet, dans la perspective d'une carrière professionnelle en Europe. Les recruteurs européens ne visant que les jeunes gens.

Son entraîneur qui, vraisemblablement, est lui aussi, un apôtre du faux, lui remet en 2014, les dossiers de trois autres vieux joueurs, dont il fallait « scier » l'âge, pour les intégrer à l'équipe cadette. Ce qu'il réussit, en ayant une fois de plus, recours à Blaudet Bernabé, un ingénieur en communication.

Aux alentours de 13h, ce dernier est neutralisé, grâce à la partition de Gooré Bi Alexandre qui depuis les locaux du Sic, lui fait miroiter un autre deal, avec d'autres dossiers d'âges à réduire. Dans son audition, Blaudet reconnaît les faits, tels qu'expliqués par Gooré Bi Alexandre, qu'il connaît grâce à l'un de ses amis footballeurs, qu'il a aidé à s'établir en France.

Il note que depuis 2007, il évolue au sein d'un réseau de faussaires, qu'il a monté avec des agents de la sous-préfecture de Bingerville. Il rapporte que lorsqu'il reçoit des dossiers de pétitionnaires accompagnés de 20000 F Cfa l'unité, il garde 5000 F Cfa, et remet le reste du fric aux membres de sa bande. Et ceux-là, précise-t-il, sont Zon René, Djama Loba Célestin, tous deux adjoints administratifs, et Mme Kapet Marie-Chantal qui, elle, est garde de sous-préfecture.

La chaîne de faussaires

Zon René interrogé le premier, passe à table. Il indique que dans le réseau, sa fonction de responsable à l'état civil, lui facilitait les choses. Il soutient que, lorsqu'il établit un faux extrait de naissance, il l'enregistre tranquillement dans le registre de l'année souhaitée par le pétitionnaire. Comme si celui-ci avait été déclaré à sa naissance, à cette même date. Ensuite, il reproduit l’extrait de naissance sur les imprimés de la sous-préfecture, et achemine pour signature, le faux document au pauvre sous-préfet, qui n'y voit que du feu.

A ce jeu-là, admet Zon René, il a aidé un gros tas de «vieux gagas », à devenir « jeunes ». Mais, concernant Adégboyéga Adébowalé, par qui le malheur de la bande arrive, il réfute être l'auteur de l'établissement de son faux extrait de naissance. Car, rappelle-t-il, en 2014, à la prise de fonction de Kacou Martin, comme sous-préfet à Bingerville, ce dernier a pris une note de service, mettant en garde c (...)

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