Entretien avec... Hervé Renard (Sélectionneur de la Côte d'Ivoire) : « Je me suis rendu compte des lacunes » - « Je ne me suis jamais nourri d'illusions »


(Photo d'archives)
  • Source: Linfodrome.com
  • Date: jeu. 02 oct. 2014
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A une semaine du déplacement des Eléphants de Côte d'Ivoire en RD Congo, le sélectionneur ivoirien évalue les chances de son équipe et entretient l'espoir d'une qualification à la CAN «Maroc 2015». Pour Hervé Renard, rien n'est encore perdu. Surtout qu'il a revu sa copie après la gifle du Cameroun.

Vous voilà reparti pour les éliminatoires de la CAN 2015 avec la double confrontation face à la RD Congo, les 11 et 15 octobre prochains. Après la déconvenue du Cameroun (4-1), avez-vous définitivement perdu vos illusions ?

Je ne me suis jamais nourri d'illusions en acceptant de venir en Côte d'Ivoire. Je suis venu pour faire un travail en profondeur. J'aurais souhaité que le match contre le Cameroun se déroule beaucoup mieux mais ça m'a permis aussi de me rendre compte des lacunes de la sélection ivoirienne à l'heure actuelle. Mais il ne faut pas perdre de vue que c'était une période assez délicate. Il y a des joueurs qui étaient en retour de Coupe du Monde. C'est vrai que le Cameroun était dans la même situation mais les Camerounais avaient l'avantage d'avoir leur entraîneur depuis plus d'un an. Ça n'a pas de prix. Cela dit, je ne me cherche pas des excuses. En tout état de cause, ma mission va s'inscrire dans le temps. Je sais que tout le monde est pressé mais je sais où je veux aller. Et même s'il y a des obstacles comme ceux du Cameroun, il faut savoir faire le dos rond et avancer avec ses idées.

 

On vous sait homme de parole et vous avez laissé entendre qu'il y aurait des changements dans l'effectif pour le prochain regroupement. C'est fait?

Oui il y a des changements avec de nouveaux joueurs qui intègrent le groupe pour la préparation des matchs contre la RD Congo. Il sera composé de 29 joueurs dont cinq gardiens de but. J'ai besoin de voir deux jeunes gardiens de but qui évoluent en France. Il y a également certains joueurs qui réapparaissent dont Siaka Tiéné. Quant à Arthur Boka, il n'est pas dans la liste parce qu'il a eu de gros problèmes de visa, et de Douala (Cameroun), il est resté bloqué pendant trois semaines au Maroc. Lorsque j'ai formalisé la liste, il venait juste d'arriver à Malaga et il n'a pas pu s'entraîner correctement. Mais je pense qu'une équipe, ce ne sont pas seulement des individualités. Il faut faire tourner l'effectif et faire en sorte de ne retenir que ceux qui sont prêts pour les matchs internationaux. De même, Souleman Bamba n'a pas été appelé. En ce qui le concerne, c'est une sanction sportive par rapport à ce que j'ai vu lors de nos deux matchs contre la Sierra Léone et le Cameroun. C'est mon rôle de faire des choix et je ne fais de cadeau à personne. En somme, j'ai des listes qui sont un peu plus importantes que d'habitude mais c'est parce que je manque de temps pour préparer au mieux l'équipe, compte tenu du peu de nombre de dates FIFA dont je dispose. Nous sommes engagés dans une reconstruction et les reconstructions ne sont jamais simples. Donc il faut bien ouvrir les yeux et choisir ceux qui sont à même de former une équipe. Je le répète, contre la Sierra Léone et le Cameroun, je n'ai pas vu d'équipe. J'ai vu des joueurs qui ont des qualités individuelles.

 

Dans cette liste de 29, on constate que vous avez laissé la porte ouverte aux joueurs qui évoluent dans le championnat local.

Je pense que le football ivoirien doit être fier de la qualification du Séwé Sport pour la finale de la Coupe de la Confédération (ndrl : face à Al Ahly d'Egypte). Il y a longtemps que la Côte d'Ivoire n'a pas eu un représentant à ce niveau de la compétition. On sera tous derrière eux pour cette finale. Je pense que les joueurs qui composent cette équipe méritent d'être vus. Il y en aura d'autres puisque la sélection nationale A' a connu récemment son premier stage de préparation interne sous ma direction.

 

On note également la présence de Thomas Touré de Bordeaux, un jeune talent de 20 ans. N'avaez-vous pas peur de le brûler tôt?

Non. C'est un garçon qui a eu un peu de chance. Il a brillé la semaine dernière et c'est lui qui a donné la victoire à Bordeaux contre Rennes. Je pense que ce n'est pas facile d'être titulaire quand on est aux Girondins de Bordeaux. Donc ça prouve beaucoup de choses. C'est un garçon que je connais depuis pas mal de temps. Il a porté les couleurs de l'AS Cannes quand il était très jeune. Après, il est parti aux Girondins de Bordeaux depuis cinq à six saisons où il a bénéficié de la bonne formation qui fait la réputation de ce club. Et maintenant, il pointe le bout de son nez. Je pense qu'on a besoin de trouver des joueurs comme lui pour donner une nouvelle énergie aux Éléphants.

 

Avec quelle motivation allez-vous aborder les matchs contre la RD Congo ? Ce sera avec l'idée qu'il n'y a plus de match à perdre ?

On ne sait jamais cela d'avance. Il y a une chose qui est importante, c'est de finir parmi les deux premiers du groupe à la fin de ce mini championnat. Donc, tous ceux qui son capables de faire des comptes d'apothicaires ne m'intéressent pas. Certainement, on ne va pas produire un football extraordinaire, même lors des deux prochains matchs. Mais il faut qu'on soit solide en RD Congo, parce qu'on sera attendu de pied ferme là-bas. Au match retour, il faut qu'on fasse carton plein contre la RD Congo mais il faut surtout ramener quelque chose de Kinshasa. Par la suite, il nous restera deux matchs pour nous qualifier mais ça nous laissera un peu de temps. C'est un challenge difficile mais je le savais avant de venir en Côte d'Ivoire. La tâche est compliquée mais on va y arriver.

 

Vous avez effectué récemment le premier regroupement avec la sélection A'. Avez-vous eu de bonnes impressions ?

Cette sélection était composée de beaucoup de jeunes. Notamment, des joueurs issus de la sélection des moins de 20 ans. Et j'ai la chance d'avoir Ibrahim Kamara comme adjoint parce qu'il connaît mieux que moi le football des jeunes en Côte d'Ivoire. Mais de manière générale, les équipes locales sont en grande partie composées de très jeunes joueurs qui vont représenter le futur du football ivoirien. Et je pense qu'aujourd'hui, la Côte d'Ivoire peut être fière d'avoir obtenu la qualification des U20 et des U17 pour leurs CAN respectives. Bref, j'ai pris plaisir à travailler avec ces joueurs locaux. C'est intéressant de travailler avec eux, et cela va leur permettre aussi de sentir une nouvelle énergie. Et je l'espère aussi, cela va leur permettre d'avoir la force mentale d'aller bousculer ceux qui sont en Europe. Je le répète, aujourd'hui, l'objectif c'est de former une équipe. Et ce n'est pas seulement avec de grandes individualités qu'on le fera. Donc chacun a sa place.

 

Vous étiez également dans les tribunes du stade Robert Champroux où vous avez été témoin de la qualification de la sélection cadette pour la CAN « Niger 2015 ».

J'ai vu une équipe avec beaucoup de qualités. J'ai vu notamment un joueur au milieu de terrain qui portait le N°8 (ndrl : Doumbia Drissa). Avec mon œil de Sélectionneur de l'équipe A, je me dis que ce joueur n'a plus grand-chose à faire avec les moins de 17 ans. Donc il faut qu'il nous rejoigne le plus rapidement possible avec l'équipe locale dans un premier temps. Quand on le voit évoluer, on sait à qui il fait penser. Tous les Ivoiriens ont la même réponse (ndrl : Yaya Touré). Donc, il ne faut pas tarder et il faut voir s'il est apte à bousculer les locaux. Parce qu'avec ce qu'il a montré ce week-end, il est capable de faire partie de cette équipe locale. Il ne faut pas regarder l'âge, il faut regarder les qualités du joueur et perdre le moins de temps possible.

 

Le vivier pour vos sélections semble donc intarissable !

La Côte d'Ivoire a toujours eu des joueurs de grande qualité. Et moi j'aime donner la chance aux jeunes. Donc mon message est clair pour tous. Tout le monde peut avoir sa chance. Mais tout le monde ne l'aura pas parce que ce n'est pas possible. Mais il faut que les joueurs croient en eux, il faut qu'ils aient un force mentale extraordinaire. Surtout lorsqu'ils viennent avec nous. Parce que c'est là que la différence peut se faire. On l'a vu avec Franck Kessié qui n'a pas eu d'appréhension quand il est venu en équipe A. Je reconnais avec modestie que j'ai peut-être fait une erreur de ne pas le remettre contre le Cameroun. Je n'ai pas voulu le griller trop vite parce que j'ai pensé que ce match devant 50 mille spectateurs à Yaoundé était peut-être trop important pour lui. Mais après coup, je pense que j'ai fait une erreur. Donc j'invite les autres joueurs à suivre son élan, parce que c'est un exemple extraordinaire pour toute cette jeunesse ivoirienne qui rêve un jour de porter le maillot de la Côte d'Ivoire.

 

Fif.ci.com




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