Mamadou Koulibaly dans le Fauteuil Blanc : l'intégralité des échanges

  • Source: LIDER
  • Date: vend. 02 mai 2014
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Propos liminaires du Pr. Koulibaly

Merci monsieur le président du Groupe. C'est un événement particulier pour moi de me retrouver ici, dans vos locaux pour répondre aux questions de vos homologues, journalistes de la presse locale et internationale. C'est un moment important parce que vous êtes une presse privée. Même si vous êtes proche d'un parti politique, il s'agit quand même de la presse privée. Et les partis politiques, qui ne sont pas au pouvoir dans notre pays, n'ont pas droit à la presse d'Etat. Les médias d'Etat sont réservés exclusivement aux personnes, personnalités et au parti du président de la République et de ses proches. Donc, l'opportunité que vous nous offrez, à un moment donné, nous va droit au cœur. Et si LIDER devait organiser une conférence de presse, ça nous aurait coûté de l'argent, du temps et l'organisation. Mais vous nous offrez tout cela sans rien demander. Moi, j'en suis heureux. Au nom de tous les militants qui sont ici, les cadres du parti, je vous dis, merci. Cette opportunité est une bouffée d'oxygène dans l'appui de la promotion de la démocratie dans notre pays. Vous faites votre travail, direz-vous. Mais nous, nous apprécions énormément. Vous me demandez de venir débattre avec vous sur le thème du dialogue pouvoir-opposition, de la réconciliation prise en otage.

Quelle est ma lecture de la société ivoirienne d'aujourd'hui ? Je dirais que notre pays a évolué très rapidement sans que les élites politiques ne prennent vraiment conscience de cette évolution. Quand vous regardez cette évolution, la population ivoirienne a accru très vite, la croissance économique, la création de richesse a augmenté. Aussi, dans les premières années de l'indépendance, nous avions 18 ou 19% de taux de pauvreté. C'est vrai que la population n'était pas grande. Mais la population s'est mise à augmenter fortement. Dans les années 70, il y a eu des erreurs politiques qui ont fait que l'économie s'est écroulée. A partir de ce moment, la croissance de la population a pris le pas sur la croissance de l'économie et la pauvreté a commencé à paraître. On est passé de 38% de taux de pauvreté dans les années 79 à aujourd'hui environ 50%. Ça n'a pas changé. Les élites politiques n'ont pas pris conscience que cette population n'est pas au même niveau et qu'elle a évolué. Avec cette évolution, il aurait fallu prendre des dispositions pour gérer ce pays. Une famille de deux personnes, monsieur et madame, ne se gère pas de la même façon qu'une famille avec de nombreux enfants. Il faut chercher une maison plus grande, des chambres, trouver des lits, des médicaments pour soigner tout le monde. Il faut que dans la maison, on ne se croise pas tout le temps, dans tous les couloirs ; il faut que la salle à manger soit adaptée à la famille nombreuse. Nous, nous n'avons pas fait cela. La famille s'est agrandie et on a continué à gérer le pays comme quand on était célibataire, comme quand nous étions mariés sans enfant. Et très rapidement, nous nous retrouvons coincés dans la maison ; la salle à manger devient petite, les enfants qui grandissent. Comme on n'en pas pris conscience, on ne peut pas les soigner, parce que nous avons commencé à vivre comme des célibataires. Quand ils doivent aller à l'école, nous sommes surpris que, déjà, il soit l'heure. On n'a pas prévu cela dans le budget. Plusieurs d'entre eux se retrouvent à la maison en attendant d'être scolarisés. Les quelques-uns qui y vont, on ne sait pas trop ce qu'ils vont devenir. Et très souvent, ils abandonnent en cours de route et puis, ils se cherchent dans l'informel. Ils sortent le matin. On ne sait pas trop ce qu'ils vont faire. Ils reviennent le soir. On ne sait pas trop ce qu'ils ont fait. Après ils grandissent ; eux-mêmes font des enfants. Ça grossit encore la taille de la famille. Les problèmes deviennent encore plus compliqués. Pour finir, nous en sommes là et après ça devient les palabres. Le jour où le père décède, ses enfants, qui n'ont pas toujours eu l'éducation, le même niveau de chance dans la société, commencent à se bagarrer pour l'héritage. Et puis, ça devient une bagarre extraordinaire. Les plus grands enfants, qui ont eu à profiter du père, finissent par se donner le droit de gérer les plus jeunes à leur façon. Ça a toujours été comme ça dans la famille. Ici, vous n'avez pas votre mot à dire. C'est nous les anciens. Vous allez vous faire voir et attendez votre tour. Et puis, les plus jeunes se révoltent et la société rentre dans une permissivité qui est extraordinaire. Ce qui nous entraîne dans toutes les sortes de catastrophes telles que nous les avons aujourd'hui. Ce matin, avant de venir, j'ai appelé la famille d'un jeune homme qui est d'Attécoubé. J'ai parlé à Mme Guela Béatrice et à son frère Guela Jean, qui m'ont expliqué que Joël est sorti. Il est allé se soulager dans un terrain vague pas loin de nous qu'on appelle «cacakro», parce que c'est là-bas que tout le quartier d'ailleurs part se soulager. Et un monsieur en treillis avec une arme, Frci, l'a interpellé et lui demande pourquoi il a fait caca ici, et que c'est un terrain qui a été vendu à un Marocain il n'y a pas très longtemps. Joël lui a expliqué que c'est là-bas que ça se fait d'habitude. Il lui dit, il faut qu'il lui donne 2.000 fcfa et qu'il ramasse quand même son caca. Joël lui a répondu qu'il en n'a pas et qu'il faut aller voir maman, peut-être qu'elle pourra payer pour moi. En allant en route, il a estimé qu'ils ont trop marché et que depuis, ils n'arrivent pas. Le Frci a lui intimé l'ordre de se mettre à genou. Ce que Joël refuse et bang ! Une balle dans la tête. Mme Guéla, je lui dis, est-ce que vous avez porté plainte ? Elle répond : «Président, est-ce que tout ça là, nous on connaît ? Tiémoko est mort, on va faire comment ?» Je demande à son frère, est-ce que vous avez porté plainte ? Il me répond : «Président, on va porter plainte contre qui ? Le type là est parti, personne ne l'a arrêté. Nous, on ne sait pas où il est. Nous, on laisse pour nous à Dieu». Il s'appelait Joël Tiémoko, 18 ans, en 4ème. Le 21 avril dernier, lundi de Pâques, il est tué par un Ivoirien armé qui n'est pas sous contrôle. Pourtant, on a un ministre de la Défense. Je ne connais pas Tiémoko, mais j'aimerais bien, avec votre permission, que nous puissions observer juste une minute de silence en sa mémoire et à la mémoire de tous nos parents que nous avons tués comme ça. On dit que ce sont des balles perdues souvent. Alors que ce sont des vies qui sont perdues .

[Tout le monde observe une minute de silence]

Je vous remercie. Monsieur le modérateur, c'est juste pour dire que notre pays est arrivé à une phase où on ne sait plus quelles sont les valeurs que nous devons promouvoir auprès de la jeunesse. Les partis politiques se battent uniquement pour le pouvoir. Qu'est-ce qu'on fait du pouvoir ? Ce n'est pas important. Moi, je veux être président, je veux le pouvoir, le reste, on verra après. Et puis, ils vont s'adosser sur des groupes ethniques et ça nous donne des configurations bizarres qui sont telles que quand il y a des conflits entre les partis politiques, ça devient des conflits entre les militants ethniques et très rapidement, on dit qu'il y a des guerres civiles. Alors qu'en réalité, ce sont des guerres partisanes, et non des guerres civiles. Dans cette salle, il y a des Ivoiriens de tous les groupes ethniques. Nous ne sommes pas en train de nous taper dessus. Mais, dès que nous allons tout de suite prendre des positions politiques en dehors de cette salle, automatiquement, on va commencer à se battre, non pas à débattre politiquement puisque les partis ne se donnent pas de programme. Les autres ont pour seul programme, il faut que je sois président. Et ça nous a conduits dans la situation dans laquelle nous sommes.

Est-ce que la réconciliation est prise en otage ? C'est en avril 2012, après plusieurs débats, plusieurs discussions que le gouvernement a accepté de s'asseoir à la même table de discussion que l'opposition. Nous nous sommes retrouvés à Bassam. Durant deux jours, on a travaillé, on a identifié les grands problèmes qui se posent à notre pays : les questions de sécurité dont les conséquences sont là ; les questions électorales, de population, de financement des partis politiques et du statut de l'opposition. Nous avons discuté de toutes ces questions. Nous avons mis en place des commissions. Nous sommes à la 15e ou 16e réunion du Cadre permanent de dialogue (Cpd). Je ne sais plus à quel niveau on est. Parce que le gouvernement ne tient compte d'aucune des conséquences des discussions que nous avons eues. Pour lui, c'est juste un cadre parce que la communauté internationale souhaite qu'on parle avec l'opposition. C'est non qui envoie palabre. On se retrouve et ils choisissent chaque fois les bons moments. Barroso arrive, alors les gars, il faut qu'on fasse un Cpd. On se retrouve juste pour la photo de famille et ça passe au 20h de la Rti. La Dg du Fmi arrive, il faut qu'on fasse un Cpd. On se retrouve juste pour la photo de famille et puis, tout ce dont on a parlé est mis à la poubelle, tout. Le statut de l'opposition, ça ne se discute pas. On nous dit de trouver un chef de l'opposition. On ne sait pas le problème du gouvernement qui nous demande de trouver un chef, alors que chaque parti politique a un responsable. Pour la Commission électorale indépendante (Cei), on fait des propositions. Le président de la République, lui-même, va jusqu'aux Etats-Unis, discute avec le Parti démocrate. Sa fondation, le Ndi, vient consulter la classe politique, fait des propositions sur la Commission électorale indépendante. Tout cela est mis à la poubelle. International Crisis Group, qu'on va chercher pour venir nous aider à apaiser la situation, fait des propositions sur la Commission électorale indépendante. On les met à la poubelle. Des partis politiques individuels du Cpd et en dehors du Cpd font des propositions sur la Commission électorale indépendante, on les jette à la poubelle. Et puis, la veille du conseil des ministres, au moment où tout est ficelé, on nous demande de venir pour qu'on nous informe et qu'on discute de la Cei. On s'en va. On nous présente la répartition qui est faite : la coalition au pouvoir 3 membres, le gouvernement 4 membres, les religieux et la société civile 3 membres dont 2 religieux, les partis de l'opposition 3 membres. Cela fait 13 membres au total. Tout le monde autour de la table dit qu'il n'est pas d'accord et que ça n'a rien à voir les discussions que nous avons eues. Ils nous répondent : «Ah oui, on va voir, mais vous savez, on n'a pas le temps, il faut avancer.» Et puis le lendemain, c'est adopté en conseil des ministres comme projet de loi à envoyer à l'Assemblée nationale. Le gouvernement n'est pas intéressé par la réconciliation. La réconciliation n'est pas prise en otage. Elle est escamotée, refusée. Elle est entre deux camps. D'un côté, l'un qui se dit, tout va bien, tout va même très bien dans le meilleur des mondes en Côte d'Ivoire ; de l'autre côté, on se dit : on veut notre vengeance, on va tout casser. Et entre ces deux camps, il y a LIDER qui dit, attention, mesdames et messieurs, les mêmes causes ont les mêmes conséquences. Nous avons joué avec cette situation et depuis, nous avons eu une bonne guerre ici, il y a eu plein de morts. Même si on a arrêté le compteur à 3.000, chacun d'entre nous sait qu'il en a eu plus de 20.000. Ce sont des Ivoiriens de tout bord politique, de toute religion, de tout groupe ethnique, qui sont morts sans savoir pourquoi. Si on se met à répéter les mêmes erreurs, nous risquons d'avoir les mêmes conséquences. La réconciliation n'est donc pas prise en otage. Elle n'est pas voulue, elle est escamotée. Maintenant, reste à voir où est-ce qu'elle va nous conduire.

Malheureusement, chaque fois qu'en Afrique, il y a des crises politiques, c'est toujours lié à des élections qui, elles-mêmes, sont liées aux matières premières que nous essayons de contrôler pour notre enrichissement personnel, la plupart du temps. Contrôler les matières premières, l'or, le cacao, et nous enrichir en laissant les Ivoiriens dans la pauvreté. Moi, j'ai été à Duékoué, dans les villages de Korhogo, dans les contrées les plus reculées du pays. Vous êtes dans des villages avec un iPad ou votre ordinateur avec une clé. Vous êtes connecté à internet et puis, en face de vous, vous avez des gens qui travaillent avec la machette, qui ont des pieds  complètement fatigués, qui ont des tee-shirts de campagnes électorales avec des photos de candidats, «votez pour…». Mais des tee-shirts complètement noircis par la poussière et la saleté, des tee-shirts qu'ils n'ont pas lavés depuis la fin des élections. Et, vous dites que vous êtes dans le même pays avec eux, et ce sont vos parents ? Vous êtes en 2014 avec votre connexion internet et eux sont en 1024. Il y a bien dans les deux dates, 2 – 0 – 1 et 4, mais l'ordre est totalement inversé. Vous êtes des compatriotes, mais vous n'êtes pas des contemporains. Pas du tout. Et on en est là. Au moment où je viens sur ce plateau, je voudrais soulever ces problèmes. Tout ne se résume pas aux élections. Il y a quand même les conditions de vie de nos parents. Qu'ils soient du Nord ayant voté à 100% pour Ouattara. Vous y allez, aujourd'hui, vous les trouvez dans les mêmes conditions de pauvreté que dans les campagnes de Gueyo ayant supporté Gbagbo ou dans les campagnes de Sakassou ayant supporté Bédié. Ces populations sont prioritaires. LIDER ne fait que rappeler cela et pour chaque cas, on a des propositions alternatives qui sont, bien sûr, refusées de part et d'autre. Chaque jour, on nous tape là-dessus. Mais je me soumets quand même à toutes sortes de gifles. Je suis là pour en recevoir ce matin. Mais attention, si vous ne voulez pas certaines réponses, ne posez pas certaines questions.

Le Pr. Koulibaly répond aux questions de la presse

Akwaba Saint Clair (Le Nouveau Réveil) : Monsieur le président, au cours de votre exposé, vous avez cité, avec beaucoup de tristesse, l'assassinat du jeune Tiémoko. C'est vrai. Mais dans les plus grandes démocraties, on voit des crimes de cette espèce. Des crimes crapuleux qui sont commis. Est-ce que, quand ces crimes interviennent, cela veut dire qu'il y a un déni de sécurité et de démocratie, dans le pays ? Parce que ces pays-là font face, le plus souvent, à des situations de terrorisme et d'attentat. Est-ce que cela met en cause tous les efforts que les autorités font pour essayer de relever notre niveau de sécurité ? Parce qu'aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, la situation n'est plus celle qui a prévalu après la crise postélectorale. Et aujourd'hui, les gouvernants nous disent que l'indice de sécurité a évolué positivement et nous place dans le même registre d'une ville comme Genève. Le Premier ministre Duncan, au cours d'une conférence publique, hier, le rappelait encore. Alors, est-ce que l'arbre peut cacher la forêt ? Est-ce que cela suffit à vraiment dire que nous baignions dans une situation d'insécurité, en Côte d'Ivoire ? D'autant plus que, vous-même, vous dites que vous êtes allé à Korhogo, à Duékoué, à Sakassou et que vous avez vu une population qui n'était pas vraiment très bien dans sa peau?
Mamadou Koulibaly : Si Tiémoko avait été tué, le lundi de Pâques, à Genève, cela aurait été la “Une'' de tous les journaux du monde. Vous-mêmes ici, vous auriez repris cela comme si vous connaissiez Tiémoko. Simplement, parce que, là-bas, on est en démocratie. La vie est sacrée. Quelqu'un qui meurt dans le métro ou est écrasé par un automobiliste pose, tout de suite, un  problème. La famille de Tiémoko, ce matin, ne sait pas qu'elle doit porter plainte. Le procureur de la République n'est peut-être pas encore arrivé pour chercher à savoir ce qui s'est passé. A Genève, ça se serait passé autrement. Deuxièmement, vous ne trouverez pas des gens en treillis en train de se balader avec des kalachnikov. C'est à Washington, au Pentagone, qu'on en rencontre, dans les métros, qui vont au travail. Mais ils n'ont pas de kalachnikov. Quand vous en rencontrez à Paris, certainement, c'est lors d'une visite de parcs. Dans un état de droit, il y a toujours des crimes, il y a toujours des assassinats. Dans un état de droit, il y a la police qui attrape le criminel et le punit. La probabilité de commettre des crimes existe partout. Mais, dans un état de droit, la probabilité qu'on poursuive le criminel est très élevée, qu'on l'attrape est élevée, qu'on le juge est élevée, qu'on le punisse est élevée et qu'il exécute effectivement sa peine est élevée. Là où il y a déni de démocratie, c'est que chez nous, il y a l'impunité. Que Fofié mette 170 jeunes gens dans un conteneur et les enferme avec un tracteur et que les gars y meurent tous. Fofié reçoit une étoile, un grade et puis, il devient, comme Wattao et les autres, colonels. Vous ne verrez pas cela à Genève. Même le général Poncet, qui a fait des ratés ici et là, quand il est arrivé là-bas, on l'a dégommé. Ici, on fait leur promotion. Tout le monde peut commettre un crime. Mais que le criminel ne soit pas poursuivi, ne soit pas puni, là il y a un problème.

Monsieur le président, quand vous parlez de gouvernance, en montrant que les dirigeants ne font rien pour leurs populations, pourtant il y a de grands projets d'infrastructures qui sont développés, à travers le pays. Il y a des efforts qui sont faits au niveau de la lutte contre la corruption. On peut citer l'assainissement des dépenses publiques. Alors, j'ai l'impression que vous voyez tout en un tableau noir. Alors que d'autres personnes estiment qu'il y a une reprise en Côte d'Ivoire. Elles encouragent et félicitent, chaque fois, les autorités. Je voudrais savoir ce que vous en pensez ?
Mamadou Koulibaly : C'est vrai, les ponts, les routes, les échangeurs font partie de la gouvernance. D'ailleurs, c'est bien. Que l'économie sorte des infrastructures, que les populations puissent avoir de l'eau courante, qu'elles puissent avoir des écoles, qu'elles puissent avoir des routes, des hôpitaux où elles peuvent aller se soigner. Il s'agit là des services publics que n'importe quel Etat doit pouvoir donner à ses populations. Ce que le gouvernement fait ici entre dans cette logique. Mais le coût auquel ces infrastructures sont offertes est surfacturé, au-delà du prix. Vous prenez l'université, le 3ème pont, l'autoroute, partout, c'est des surcoûts. Ce n'est pas moi qui le dis. Au cours d'un conseil de gouvernement, le président de la République lui-même avait fait radier le Daf du ministère de l'Enseignement supérieur à l'époque, pour une histoire de plusieurs centaines de milliards. Donc l'infrastructure se fait. Mais au lieu de le faire à 10 f, on le fait à 1.000 f. Le reste, c'est la corruption, les pots de vin. Le gouvernement, lui, dira qu'on lutte contre la corruption. Qu'il n'y a plus de barrages sur les routes, les Frci ne rackettent plus à Abidjan. Mais quand vous sortez d'Abidjan, ils sont là-bas. Les gbaka, les wôrô wôrô, les taxis qui passent sont obligés de payer de 500 f à 1.000 f. Je demande à un élément des Frci, si le chauffeur ne paie pas, qu'arrivera-t-il ? Il me dit : «Vieux père, on a un cahier. S'il ne paie pas, on met son nom là-dedans». Vous faites quoi de cet argent ? «On se débrouille avec ça, à la fin du mois. On se le partage. Et puis, nos chefs ont leur part dedans». Mais vous êtes payés, quand même ? «Ha non ! Non ! Nous, on n'a pas de matricule. Comme on n'a pas de matricule, on nous a dit de nous débrouiller comme ça». Vous voyez cette corruption ? Ça, c'est la corruption de 500 f. Il y a des corruptions de milliards de francs sur tous ces contrats que le gouvernement passe sur appel d'offres international. On fait un appel d'offres et puis, un moment après, on court-circuite cet appel d'offres, alors qu'on a mis en place une agence nationale pour la transparence des marchés publics. Le gouvernement même est le premier à contourner les dispositions de cette agence pour la régulation des marchés publics. Parce que le gré à gré, c'est bon. On donne des pots de vin. Vous voyez le 3ème pont ? Notre Etat s'engage, non seulement sur la rentabilité, mais sur le trafic. On a signé des papiers disant que, chaque mois ou chaque jour, il y a tel nombre de voitures qui passent. Si ce nombre de voitures ne passe pas, nous Etat, on va payer aux concessionnaires. Mais sauf que tous les techniciens vous disent que «le niveau de passage des voitures, c'est ça». Le gouvernement s'est engagé pour ça. Comme si on faisait des cadeaux à des copains. Et ça, ce sont les générations d'après qui vont payer. Mauvaise gouvernance ! L'université, les ponts, l'autoroute, tous ces scandales, chaque fois que vous testez, vous trouvez toujours quelqu'un qui est proche de la famille du président. Cela n'est pas la bonne gouvernance. 3ème commentaire au-delà de la surfacturation et des pots de vin qu'il y a autour, ces infrastructures ne sont pas toujours là où il faut. Quand, dans les années 70, le gouvernement ivoirien a choisi de faire le 3ème pont, le calcul c'était qu'Abidjan allait se développer. Et certainement, sur Cocody, en allant sur Bingerville, les II Plateaux allaient se développer, la Riviera et autres. Il fallait prévoir une infrastructure qui permette aux gens qui habitent dans ces quartiers de partir vers les zones industrielles sans être obligés de passer par Cocody, Adjamé. On prévoit un pont, la crise arrive, on ne le fait pas. Et puis, trente années passent. Les conditions économiques d'Abidjan changent. Aujourd'hui, on fait le pont mais, est-ce qu'on le fait là où il aurait fallu le faire ? Il y a trente ans, c'était à Cocody que ce pont devait se faire. Mais, est-ce que trente ans après, c'est toujours à Cocody qu'il faut construire le pont ? Est-ce que c'est Cocody qu'il faut décloisonner aujourd'hui ? Quand vous êtes à Cocody et que vous devez rallier la zone industrielle,  vous avez des problèmes certes, mais Cocody a une sortie par la Corniche, par le lycée technique, par Fraternité matin, les deux-Plateaux Williamsville. Cocody a une sortie par Adjamé. Mais trente ans après, un quartier qu'on n'a pas vu grandir, même en fin des années 70, les populations ont commencé à s'y installer. C'était Yopougon-Kouté ; c'était toute la zone de l'autre côté de la lagune, c'est-à-dire de Locodjro jusqu'à Niangon. Ce quartier s'est développé et s'est transformé en 1978 en commune. Ce quartier est devenu gros, grand, peuplé et vaste. Mais il se trouve connecté à Abidjan par une seule voie.  Quand vous êtes à Yopougon, pour rallier les autres communes d'Abidjan, vous n'avez que l'autoroute du Nord. Quand un camion s'écroule sur cette voie, les populations ne peuvent pas sortir de ce quartier. Certains se dépêchent pour dire qu'ils retournent en passant par la prison civile, derrière rail à Abobo, pour revenir par la mairie d'Abobo. Tout le monde le faisant, on se retrouve coincé. Il aurait fallu, en 2013-2014, faire cette infrastructure qui est le 3ème pont, dans un autre quartier que Cocody. Mais si le but est de décloisonner et de faciliter le trafic à Abidjan, ce n'était pas à la Riviera Golf que devait être construit ce pont. Il aurait fallu faire ce pont quelque part entre Yopougon et Marcory. Cela n'a pas été fait. On regarde dans les tiroirs, on voit un projet et on saute là-dessus pour le réaliser. Mais, est-ce que cette infrastructure est réalisée au bon endroit ? C'est vrai qu'on ne l'a pas fait au bon moment. Mais, en économie, quand les conditions changent, les priorités changent aussi. Les populations ont grossi à Yopougon. Il aurait fallu décloisonner Yopougon. Mon dernier commentaire sur les infrastructures : Regardez le 3ème pont qui se construit. Nous étions encore enfants quand les deux ponts d'Abidjan ont été inaugurés. Mais quand vous regardez ces deux ponts, c'est la technologie et l'architecture des années 60 qui a été appliquée.  Les architectes vous diront  que c'est comme ça qu'on faisait les ponts dans les années 60. Nous sommes maintenant en 2014 et on nous offre un pont qui est du même type que les ponts Houphouët-Boigny et De Gaulle. La technologie architecturale  a changé, a augmenté, s'est améliorée.  Vous regardez les ponts modernes, que ce soit à Séoul, Shangaï, Hong-Kong, quand il y a des plans d'eau, les gens font des ponts aériens pour que ces plans d'eau puissent être utilisés pour le tourisme. Nous, nous avons coupé une fois encore la lagune, après l'avoir coupée avec les ponts Houphouët-Boigny et De Gaulle. Nous allons maintenant exploiter la lagune avec les bateaux-mouches alors que dans les grandes villes du monde, c'est de vrais petits paquebots qui font du tourisme sur le plan lagunaire dans la ville avec des lumières.  Cette activité touristique rapporte. Mais quand on réfléchit, on se dit, pourquoi les gens nous ont vendu un pont d'une technologie complètement dépassée dans un pays qui veut être émergent ? La technologie des ponts aujourd'hui exige qu'on ne mette plus de piquets dans l'eau. Vous avez la cathédrale Saint Paul du Plateau.  Le bras qui pointe devant cet édifice, que les chrétiens considèrent  comme la représentation du Christ n'est rien d'autre que le pilier qui permet de tenir le toit de la Cathédrale. Ce qui fait qu'à l'intérieur, nous n'avons pas de poteaux. Nous avons une grande salle qui permet aux fidèles de tenir, dans de bonnes conditions, leurs cultes. Aujourd'hui, c'est cette technologie qu'on utilise pour construire les ponts. Pour le pont Henri Konan Bédié, on pouvait mettre un pieu à Marcory avec un bon soutien et de l'autre côté, le pont est  bien tenu. Ainsi les bateaux peuvent circuler en dessous de ce pont. Je dis bien les bateaux et non les pirogues. Pour me résumer, je dirai qu'il y a des surcoûts dans la construction des infrastructures. Elles ne sont pas construites au bon endroit et elles font l'objet de corruption.

Monsieur Koffi de l'Afp, j'ai répondu à votre question, mais je peux revenir là-dessus. Les militants Rdr fâchés que je vois à Abobo ou qui viennent me voir au bureau, me disent : «Président, il faut arrêter de nous parler des histoires d'infrastructures. Quand on fait les routes, c'est pour les emprunter en voiture. Si nous n'avons pas l'argent pour acheter des voitures, en quoi la route va nous servir ? Mais si on prend des dispositions pour que nous ayons de l'argent, les routes qu'on construit peuvent nous servir». Une infrastructure, ce n'est pas seulement du béton. Il y a des infrastructures institutionnelles, politiques, des droits de l'homme, des infrastructures de démocratie, tout cela compte. Les droits de l'homme, les libertés, la démocratie sont importants. Si vous construisez des ponts et des routes et que derrière, les populations ont le sentiment, comme l'a dit l'expert de la Banque mondiale dont parle monsieur Koffi,  que la croissance ne se croque pas, vous  n'aurez pas ce que vous cherchez. Vous savez, la croissance peut être obtenue par différentes méthodes.  Vous ne faites rien dans votre pays ; vous vous tournez les pouces ; des gens viennent et exploitent le pétrole, vous donnent de l'argent. Votre taux de croissance n'arrête pas d'augmenter. Mais cela ne fera pas de vous un pays riche, un pays développé. La Suisse  n'a pas de café, d'or ou de diamant, mais elle a construit une infrastructure intellectuelle qui fait des Suisses des experts dans l'horlogerie, dans le traitement du diamant, dans la banque. La Suisse est aujourd'hui le pays  le plus riche du monde. Nous avons du cacao, mais nous ne mangeons que le chocolat qui vient du Liban parce que nous n'avons pas construit l'infrastructure intellectuelle qui va avec.

Avez-vous des regrets des regrets de n'avoir pas fait partager vos idées au Fpi ? Est-ce que  vous vous sentez comptable de la situation que la Côte d'Ivoire traverse aujourd'hui ?
Mamadou Koulibaly: Je me sens totalement comptable, oui. Moi, j'assume complètement. Mais si vous me demandez d'assumer, je suis obligé de ne prendre que ma part. Et si je prends ma part, je vois un ministre des finances qui arrive pendant la transition et qui trouve un gouvernement qui dépensait plus d'un milliard de francs cfa par mois  pour les factures et les abonnements, c'est-à-dire eau, électricité et téléphone. Et il prend automatiquement des dispositions pour arriver à cinq cents millions de francs Cfa parce qu'il y a plusieurs personnes en ville qui ne payaient pas le courant, l'eau et le téléphone, mais qui consommaient et l'Etat de Côte d'Ivoire payait. J'ai fait couper l'eau, l'électricité et le téléphone et j'ai rétabli aux ayants droit, c'est-à-dire les hôpitaux, les écoles, les camps militaires, les commissariats, les universités. Je vois un ministre des finances qui poursuit des entreprises qui fraudent sur la comptabilité. Des entreprises qui ont quatre comptabilités, c'est-à-dire une pour la banque, pour l'assurance, les actionnaires… Je vois un ministre des finances et qui fait organiser et financer sur les fonds du pays le référendum et l'élection présidentielle. Je vois un ministre des finances qui se plaint de la parité du cfa et qui pense que cette monnaie mérite d'être corrigée. Mais il n'est pas suivi par tout le monde. Et puis, je vois ce ministre des finances, devenu président de l'Assemblée nationale, qui fait des lois, des lois qui sont chaque fois modifiées pas par la volonté de Mamadou Koulibaly, mais par la volonté du nouveau programme de gouvernement qui a été mis en place et qui s'appelait les accords de Marcoussis. Les partis politiques sont allés signer des accords et c'est ça qui est devenu le nouveau programme. J'ai fait ma part et les accords ont imposé une autre chose. Vous aviez tous souvenance que j'ai  toujours dit que ces accords, que ce soit Marcoussis, Accra, Pretoria ou Ouagadougou, ne pouvaient pas faire avancer la Côte d'Ivoire et je continue de le croire. Mais il faut aussi savoir qu'autant j'assume ma part, vous trouverez très peu d'hommes politiques ivoiriens capables d'assumer leur part. Car, chacun se dit, je n'ai rien fait, c'est les autres. Ils étaient tous au gouvernement, mais je n'y étais pas. Quand le président Laurent Gbagbo est arrivé au pouvoir, je ne suis resté que trois mois au gouvernement. Et ensuite, je suis allé à l'Assemblée nationale. Vous voyez en régime présidentiel, l'Assemblée nationale n'a pas de pouvoir car, tous les pouvoirs sont concentrés à la présidence de la République.  Les signataires de Marcoussis se connaissent et ils se sont partagé le pouvoir.

Pouvez-vous faire une étude comparative de l'économie de la Côte d'Ivoire sous Laurent Gbagbo et sous le président Alassane Ouattara ?
Mamadou Koulibaly: J'ai du mal à comparer et à distinguer ce qui est  de l'économie  sous  Ouattara et l'économie sous Gbagbo. Certes, Laurent Gbagbo était dans le fauteuil présidentiel en tant que président de la République. Mais, tout ce qui a été fait depuis septembre 2002 jusqu'en avril 2011, dans ce pays, n'a été que de par la volonté d'Alassane Ouattara. C'est ce qu'il voulait qui a été fait. Il voulait Marcoussis, ça a été fait. Il ne voulait pas le désarmement, cela n'a pas été fait. Il ne voulait pas que l'on touche à la zone Cno, cela n'a pas été fait. Il y a eu multiplicité de caisses là-bas, à savoir, la centrale. Ajoutez à cela le pillage des banques centrales, du cacao vendu au Burkina Faso. Bien que Laurent Gbagbo ait été dans le fauteuil présidentiel, ce n'est pas ce qu'il voulait qui était fait. Gbagbo voulait nettoyer  la ville d'Abidjan qui était remplie d'ordures, l'on a refusé à cause des accords de Ouaga et autres. Aujourd'hui, je vois Alassane Ouattara au pouvoir. Ça, je peux comparer. Il a une coalition qui est au pouvoir. Il fait ce qu'il a envie de faire. Il ne négocie avec personne, il ne discute avec personne. C'est sa volonté qui est donc exprimée. A l'époque, c'est sa volonté qui était exprimée, sauf  qu'il n'avait pas le fauteuil. Il faut bien le savoir pour le bilan. Comme je prends ma part de responsabilité, que chacun puisse prendre aussi la sienne.

Les perspectives économiques ?
Mamadou Koulibaly: Le pays fait de la croissance comme beaucoup d'autres pays africains. Mais c'est une croissance qui n'est pas tirée par l'activité économique des populations. La croissance qui enrichit est une croissance qui est fondée sur l'activité économique du pays. C'est-à-dire que le gouvernement prend des dispositions. Des gens, qui initialement  avaient  des projets d'entreprise dans leur tiroir, peuvent maintenant en créer et embaucher des personnes, en les payant correctement. Les gens, qui initialement n'avaient de salaire, se retrouvent avec des salaires à la fin du mois et la production que ces personnes mettent sur le marché vient grossir la précédente production. Là, l'activité des hommes précède la croissance économique, c'est-à-dire que nous allons en entreprise pour fabriquer du savon, du sucre parce que nous avons du travail et en retour nous sommes riches parce qu'on nous paye  des salaires.  C'est ça la croissance qui enrichit. C'est ce qui se passe dans les pays émergents. Dans notre cas, c'est l'inverse. Nous  sommes à la maison. Nous ne travaillons pas. Mais le gouvernement va chercher de l'argent, fait des infrastructures avec des entreprises chinoises et françaises. Tous ces fonds qui arrivent viennent gonfler les dépenses de l'Etat ; ces dépenses gonflent la croissance économique. Pendant ce temps, nous, nous regardons la croissance se faire. On dit que la croissance est appauvrissante.  On voit les chiffres, mais en même temps, nous ne participons pas à cette croissance. Si la perspective qui s'annonce reste dans l'état actuel, on a des infrastructures, des ponts, des routes, peut-être même le courant et l'eau, mais cela sera accompagné de chômage. Et comme on ne travaille pas  et que nous ne payons pas l'impôt pour que l'Etat puisse financer les infrastructures, l'Etat doit chercher  des fonds en augmentant la tva sur l'hévéa, la téléphonie et des impôts sur l'eau et l'électricité.  Et ces impôts sont répercutés sur les produits au marché par les commerçants. Le coût de la vie va avec la croissance. Lui fait de la croissance et nous subissons le coût de la vie. Ces deux modèles de développement ne conduisent pas aux mêmes conséquences. Les populations deviennent riches par des réformes juridiques et puis enrichissent le pays. L'Etat s'enrichit  par la dette en gonflant les chiffres, mais les paysans restent pauvres.

Lance Touré (Le Nouveau Réveil) : Monsieur le président, vous avez entendu parler de la vice-présidence. Il y a un parti politique qui réclame la vice-présidence. Qu'est-ce que vous en pensez ? Et de plus en plus, il y a la question de la candidature unique, notamment pour la coalition au pouvoir. Quel est votre sentiment sur cette question?
Mamadou Koulibaly : Sur la vice-présidence de la Côte d'Ivoire, pourquoi pas ? Si des partis politiques le demandent, modifions la constitution pour l'avoir. Mais il faut alors, dans ce cas, avoir une liste électorale claire et faire un référendum avant d'aller aux élections présidentielles à venir. Si on peut avoir ces différents éléments, pourquoi pas ? C'est la volonté du peuple. A LIDER, nous ne pensons pas que le problème soit la vice-présidence. Mais si la vice-présidence consiste simplement à faire en sorte que la coalition au pouvoir puisse demeurer coalition, parce qu'il faut faire la place à quelqu'un, on appelle cela du tripatouillage politique et tripatouillage de la constitution. Et LIDER n'est pas d'accord. Mais si l'idée c'est que le président de la République, dans un pays comme le nôtre, est surchargé de boulot, n'arrive pas à assumer complètement ses fonctions nationales et internationales, et que le Premier ministre et le gouvernement n'arrivent pas à le soutenir et qu'il faut une vice-présidence, pourquoi pas ? Mais nous, à LIDER, c'est le régime présidentiel lui-même, que nous détestons. Il n'est pas bon, il est appauvrissant. Il donne trop de pouvoirs à une seule et même personne et dépouille toutes les autres institutions de la République de leurs pouvoirs. Et nous, nous plaidons plus pour le régime parlementaire, après modification de la constitution. La candidature unique au Rhdp, si les membres de la coalition s'entendent, LIDER n'a aucun commentaire à faire là-dessus. C'est leur cuisine interne là-bas. Ce serait très bien. Ce serait dire que la coalition marche très bien et c'est tant mieux ainsi.

Presthone Brou (Frat Mat) : Monsieur le président, le gouvernement a proposé 13 membres pour la nouvelle Cei et le projet de loi sera discuté, très bientôt, à l'Assemblée nationale. A votre niveau, quelles sont les propositions qui ont été faites ? Il y a une question à laquelle vous n'avez pas répondu : je vous demandais combien de militants revendique, aujourd'hui, LIDER ?
Mamadou Koulibaly : A LIDER, nous avions fait trois propositions qui ont été rejetées. La première, prioritaire, celle que nous voulons, que nous aimons, c'est que la commission doit être effectivement indépendante. Une commission indépendante de la classe politique, indépendante des politiciens, dont on confie l'organisation à une équipe technique constituée de techniciens de la société civile, qui soit comme un arbitre. Un arbitre qui ne sait pas jouer au jeu en question, mais qui sait l'organiser pour que les joueurs s'affrontent, pour qu'il dise qui a gagné et qui n'a pas gagné. C'était le premier choix, confier l'organisation à la société civile, à 100%. Comme dans les discussions, cette option semblait rejetée et par le gouvernement et par certains groupes de l'opposition, LIDER a fait une seconde proposition disant : Faisons, alors, 50% pour la société civile et 50% pour les politiciens. La société civile préside cette commission, et puis les 50% qui restent, moitié pour ceux qui sont au pouvoir, moitié pour ceux qui sont dans l'opposition. C'était le second choix de LIDER. Et puis, le troisième choix, c'est de dire : Entre nous, politiques, on ne se fait pas confiance du tout. Et alors, il faut mettre en place une commission électorale politique. Mais dans ce cas, elle n'est plus indépendante, elle va dépendre des politiciens. Et là-dedans, on est tous assis autour de la table, on se surveille. Moitié des sièges pour le gouvernement, moitié des sièges pour l'opposition. Toutes ces propositions ont été versées dans les discussions au Cpd. Aucune n'a retenu l'attention du Gouvernement. LIDER revendique, aujourd'hui, combien de militants ? L'année dernière, on avait 3600. Et puis, si on regarde, la première année, on était à 1000, la deuxième année, à 3000. Peut-être qu'aujourd'hui, LIDER va fêter ses deux ans d'existence, le 14 juillet, avec environ 5000 personnes. Quand on dit militants, ce sont des gens qui achètent leurs cartes. Nos cartes ne sont qu'à 1.000 fcfa. C'est vrai qu'il y a des cartes beaucoup plus chères. Bien sûr, nous n'avons pas encore couvert toute la Côte d'Ivoire. Nous n'avons pas de base à Tengréla, à Kong, Sifié, etc. Il y a encore beaucoup de choses à faire. Mais chaque jour, on bosse pour cela. On n'a pas 60 ans, il faut le savoir. Mais si vous mettez LIDER dans la balance et que vous dites qu'avec 5.000 militants, on est encore trop loin, parce que nous, au Pdci, on a deux millions de militants, au Rdr, on a trois millions de militants, on a quatre millions au Fpi, vous comparez un bébé de deux ans à des adultes de 60 ans. Ce n'est pas pareil. Mais ce n'est pas pour autant que nous nous faisons des complexes. Il faut savoir que Macky Sall est parti du parti de Wade et, trois ans après, il a gagné les élections présidentielles. Donc, ce n'est pas les 20 ans qu'il faut nécessairement faire. Et les militants de LIDER ont foi.

Hassan Niada (Soir Info) : Selon vous, y a-t-il des raisons de craindre des affrontements pour la présidentielle de 2015 ?
Mamadou Koulibaly : Non, je ne le pense pas. Je pense que tout va bien se passer. Le président Ouattara force le Pdci pour que tout le monde accepte sa candidature unique. Ça, c'est fait. Ouattara étouffe l'opposition pour ne pas qu'il puisse avoir de candidats. Ça, c'est en cours. Alors, Ouattara va se retrouver seul, en 2015. Il va déposer sa candidature à la Cei, et on va attendre le jour des élections. Il n'y aura pas d'autres candidats. Il sera le candidat tout seul, le candidat du peuple. Il va faire sa campagne en restant à Paris, à Nice, et puis les gens vont aller voter. S'il y a 500.000 personnes qui vont voter et qu'il a 99% des voix des 500.000, il est président. Nous, à LIDER, on n'appellera pas les gens à descendre dans les rues pour aller protester. Et c'est pour cela que nous protestons avant, pour dire que tel qu'ils sont en train de partir, ce n'est pas démocratique, ce n'est pas éthique, ce n'est pas bien. Des gens qui ont vécu dans les pays développés, qui ont vécu en démocratie, ne peuvent pas gouverner comme ça. Le président Ouattara a quand même vécu aux Etats-Unis d'Amérique. Et les Etats-Unis d'Amérique, c'est une histoire. C'est le premier pays qui a fait la déclaration des droits de l'homme, la déclaration d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique que j'aime bien. On ne peut pas vivre là-bas et rentrer dans son pays et gouverner comme il le fait, surtout quand on a tout à donner à un pays. Le président Ouattara est arrivé au pouvoir quand il a pris sa retraite. Il doit mettre la Côte d'Ivoire sur les rails qui puissent lui permettre de se projeter dans l'avenir. Mais il fait tout comme si c'est maintenant qu'il commençait une carrière politique et qu'il doit rester au pouvoir. Personne d'autre ne doit être président ici. C'est lui, un point, un trait. Même au sein de la coalition, il tord le bras aux gens : je veux être candidat unique, arrangez-vous. Tchoco-tchoco, je veux être candidat unique. Il n'y aura pas de bagarres en 2015 ; tout va bien se passer.

Honoré Sépé (Apa) : Monsieur le président, il y a débat autour de la composition de la nouvelle Cei. Je voudrais vous demander, qu'est-ce qui fait, selon vous, l'indépendance d'une commission chargée d'une élection ? Est-ce la composition ou le fonctionnement ou encore le nombre des membres ?
Mamadou Koulibaly : C'est d'abord l'indépendance fonctionnelle. Il faut que la commission puisse fonctionner sans dépendre de ceux qui lui ont donné mandat. Le président de la République prend un décret. Les gens sont nommés. Mais, ce n'est pas parce qu'on les a nommés qu'on va leur dicter, chaque jour, ce qu'ils doivent faire. Sur le plan fonctionnel, qu'ils soient complètement indépendants, qu'ils ne prennent pas leurs instructions du président de la République ou du ministre, n'importe lequel, d'ailleurs. Pour l'indépendance financière, qu'on ne les tienne pas par la bourse. Que le budget soit disponible, que le travail soit fait. Et, le système de contrôle est mis en place. Mais notre commission électorale n'a ni l'indépendance  fonctionnelle ni l'indépendance financière, encore moins l'indépendance organisationnelle. Consciemment et avec la complicité de tous. C'était bien écrit dans les accords, qu'après les législatives, la commission disparaissait. Les législatives sont passées et la commission est restée en place et payée chaque fin de mois, jusqu'à maintenant. Et, on attend la nouvelle loi, et les populations ne disent rien. Qu'est-ce qu'elles vont, d'ailleurs, dire ?

Sylvain Débailly (Révélation) : Monsieur le président, concernant la Cei, vous avez toujours pris pour modèle de référence le Ghana qui, en 2012, avait une population électorale de 14 millions d'électeurs pour une commission électorale composée de 7 membres au maximum. Ici, en Côte d'Ivoire, le projet de loi que propose le gouvernement, qui va être débattu à l'Assemblée nationale, annonce 13 membres. Sur ce sujet, le ministre de l'Intérieur, qui est l'inspirateur de ce projet, a dit qu'il n'y avait plus de négociations là-dessus et que comparativement à la Cei de 2001, au moment où vous étiez au Fpi, il y avait 28 membres et le gouvernement était surreprésenté, selon ses termes. Et il a fini par dire que ce n'est pas la Cei qui fait gagner les élections. Alors, sur tous ces propos, quel est votre commentaire ? Il y a la présidentielle en 2015, le ministre de l'Intérieur a dit qu'elle aura bel et bien lieu. Si tel était le cas, est-ce que le Pr Mamadou Koulibaly est partant pour cette élection ? A quelle condition, il pourrait être candidat à cette élection ?
Mamadou Koulibaly : Par rapport au Ghana, notre commission électorale ne fait rien du tout. Le Ghana, c'est 11 millions d'électeurs. C'est quand même pas mal de votants sur une liste électorale de près de 14 millions. En Côte d'Ivoire, on avait 5,7 millions. Les partis politiques ont inscrit leurs militants et leurs militants seulement. Les autres sont restés à la maison et ne se sont pas fait enrôler. Même ceux qui se sont fait enrôler se retrouvent non-votants, parce qu'il y a plus de 500.000 cartes d'électeurs qui n'ont pas été distribuées. Et depuis la fin des élections, la commission électorale, avant la fin de son mandat, aurait dû, chaque année, nous faire le point de l'enrôlement sur la liste électorale. Ça fait partie de son travail. Chaque année, la commission électorale aurait dû le faire, mais elle ne l'a pas fait. Ils sont payés chaque mois et chaque mois, ils ne font rien. Si vous prenez la loi sur la commission électorale, c'est écrit là-dedans. Les attributions sont, et c'est l'article 2, le recensement électoral, les modalités de confection et d'établissement, de mise à jour, de révision et de refonte de la liste électorale, la gestion des fichiers électoraux, l'établissement des listes électorales, la mise à jour annuelle de la liste électorale. Ça, c'est son boulot. Mais depuis la fin de l'élection présidentielle passée, la commission électorale aurait dû faire des annonces partout pour dire : Tous les jeunes Ivoiriens, nés entre tant et tant, qui auront 18 ans révolus à la date du 15 octobre 2015, sont priés de passer dans les mairies ou dans les agences de la commission électorale pour se faire enrôler. Ils n'ont rien fait, même quand leur mandat est fini et qu'ils ont été payés. Nous, au Cpd, on a insisté pour le recensement de la population. Le ministre d'Etat, ministre du Plan, nous avait dit, à Bassam, que ça se ferait tout de suite. Cela a mis deux ans. C'est en train de se faire, mais dans un cafouillage extraordinaire. A Bloléquin, Duékoué, Danané, les agents recenseurs n'entrent pas dans des cours. Dans d'autres régions, à Daloa, Gagnoa, les gens rentrent dans des cours et on les chasse. Alors, tout se fait dans un cafouillage complet, parce que le gouvernement n'est pas arrivé à faire une campagne correcte autour du recensement, à motiver les gens, à informer les gens pour que l'on puisse aller à ce recensement. Ça n'a pas été fait. Et donc, maintenant, on se retrouve avec un recensement cafouillé, alors que le recensement général de la population est essentiel. Nous avons insisté là-dessus. Ainsi que sur les listes électorales. Il faut commencer à faire en sorte que nous ayons 10 ou 11 millions d'électeurs, au moins. Les jeunes Ivoiriens qui vont avoir 18 ans en octobre 2015, avaient 18 ans moins 5 en octobre 2010. Ce sont des gens qui avaient 13 ans. Il faut les enregistrer. La commission électorale doit faire son job. Elle ne l'a pas effectué. Et puis, on va attendre juillet 2015 pour dire qu'on va faire la liste électorale, ce n'est pas négociable. Voilà comment ça va se faire, un point, un trait. Exactement comme on a fait le découpage électoral pour les municipales, les législatives. Le gouvernement décide qu'on va augmenter le nombre des députés de 25. Voilà leur répartition. Et cela s'est fait, de façon totalement illégale, parce que si vous regardez le décret qui fait le découpage électoral, c'est illégal. La loi dit que cela doit être sur proposition de la commission électorale, parce que c'est du registre de la commission électorale de proposer le découpage électoral. Vous regardez les visas du décret, ce n'est pas mentionné « Sur proposition de la commission électorale » et c'est marqué « Vu« . Le président décrète que… C'est illégal, mais cela a quand même été fait. Notre commission électorale m'inquiète. Le ministre d'Etat dit que ce n'est pas la commission électorale qui fait gagner les élections, mais elle peut en faire perdre. Il faut le savoir. Elle ne fait pas gagner les élections, mais elle peut vous les faire perdre. A chacun son point de vue sur la question.

Akwaba Saint-Clair (Le Nouveau Réveil) : Monsieur le président, juste une précision. Avec la polémique, la tournure qu'ont prise les évènements au niveau de la composition de la nouvelle Cei, est-ce que vous avez des craintes ? Est-ce que le processus électoral, selon vous, est mal parti ?

Eddy Péhé (Modérateur) La question d'un internaute, monsieur le président, est la suivante : Monsieur le président Mamadou Koulibaly, est-il, oui ou non, candidat à la prochaine élection présidentielle de 2015 ?
Mamadou Koulibaly : Oui, pour 2015, Koulibaly est candidat.

Lance Touré (Le Nouveau Réveil) : Qu'est-ce que vous pensez du transfèrement de Charles Blé Goudé qui a été un motif pour le Fpi de quitter la table de négociation.
Mamadou Koulibaly: C'est la série de questions la plus  difficile pour moi parce que tout ce qui est transfèrement, dès que j'en parle, les injures fusent de partout. Donc je vais me caler sur des grands principes. Moi, je considère que ceux qui sont transférés à La Haye le sont selon les principes de la Cour pénale internationale sur la base de leur participation à ce que la Cour considère comme des activités criminelles ici. On dit que le président Gbagbo y est parce qu'en tant que responsable en chef des Forces de défense et de sécurité de l'époque, il doit rendre compte de tout ce que la Cour pénale considère comme crimes commis par ses Fds. Et puis, il faut trouver aussi quelqu'un qui rende compte de tout ce qui peut être crimes commis par les supplétifs, les miliciens présentés comme pro-Gbagbo. C'est le principe pour lequel on arrête Gbagbo et on le transfère. Ce que je dis à la Cour pénale internationale, c'est: appliquez votre principe de façon équitable. Si c'est ça le principe, en Côte d'Ivoire, il y a une ordonnance qui existe du président de la République Ouattara qui crée les Frci. Et les Frci, différentes commissions d'enquête mises en place par lui-même et des organisations internationales, Ong ou Nations unies établissent que ces Frci aussi ont commis des crimes graves et qui mériteraient d'être sanctionnés. Comme ce sont des chefs qu'on arrête en pareil cas, il n'y a pas de raison que le président Ouattara ne soit pas, lui aussi, arrêté et transféré à La Haye. Il y a une troisième armée qui existe aussi qu'on a appelé au début assaillants, puis après rebelles, après Forces nouvelles puis après forces armées des Forces nouvelles dont le patron était connu. Et ces Forces armées de ces forces nouvelles ont commis  pas mal de crimes bien documentés, et le principe de la Cour pénale internationale, s'il s'applique, le président de l'Assemblée nationale actuel, Soro, devrait aussi se retrouver à La Haye pour rendre compte. Ma gêne vient de là. Que d'un côté on dise voilà le principe et on arrête quelques-uns, et puis de l'autre côté, voilà le principe mais on n'arrête pas quelques-uns. J'ai du mal à fonctionner avec ça. J'espère que tout est une question de temps, une question de délai et qu'au bout du compte, tous ceux qui sont soupçonnés d'avoir commis des crimes de ce genre pourront rendre compte.

Sylvain Debailly (Révélation) : Monsieur le président, vous avez été l'une des personnalités de la classe politique ivoirienne à encourager le recensement. Quand l'opération a été lancée, vous avez donné l'exemple en  vous faisant recenser. Mais bien plus tard, vous vous êtes rebiffé avec une mention qui fait appel à l'ethnie. Sur ce débat, le directeur général de l'Ins vous a répondu pour dire, là où il y avait la mention d'ethnie, comme vous n'arrivez pas à vous retrouver, mettez l'ethnie de votre cœur. Comment vous avez ressenti ces propos ? Concernant le transfèrement de Charles Blé Goudé, avant ce transfèrement, le gouvernement avait donné une position disant que tous les autres Ivoiriens, à part Laurent Gbagbo qui étaient détenus et qui avaient un mandat d'arrêt lancé contre eux devraient être jugés en Côte d'Ivoire. Malheureusement Charles Blé Goudé a été transféré. Il se dit aussi que Mme Gbagbo  peut-être va  être aussi transférée. Est-ce que pour vous la parole du gouvernement est encore à considérer ?
Mamadou Koulibaly: Vous dites que je me fais recenser et puis quelque temps après, je me suis rebiffé. Non, je ne me suis pas rebiffé. Le directeur général et moi, nous avons eu ce débat chez moi à la maison. Je lui ai dit M. Ba, vous êtes statisticien, est-ce que vous pouvez me dire pourquoi vous demandez aux gens de donner leur ethnie ? Qu'on dise est-ce que vous travaillez ou pas, est-ce que vous dormez dans les paillotes ou en appartement ? Est-ce que vous avez de l'eau, le téléphone, le courant, combien d'enfants vous avez ? Ce sont des données socio-économiques et même culturelles qui peuvent permettre d'améliorer, par la suite, la situation et savoir là où il faut faire des routes. Là où il faut faire des ponts. Là où il faut donner un député, un maire, etc. Mais demander aux gens s'ils sont Gagou,  Gouro, Tagbanan etc., ça sert à quoi ? Il n'a pas pu m'expliquer. Jusqu'à aujourd'hui, personne n'a pu me dire à quoi ça sert. C'est là que je suis monté au créneau. D'abord, c'est surprenant parce que beaucoup de gens disent qu'en Côte d'Ivoire, il y a 65 ethnies. Avec le recensement, on en voit 170. Cela veut dire qu'on peut  multiplier l'ethnie à profusion. On ne s'en sortira pas. Quand vous dites que tel monsieur est un Bété, mais lui il ne se prend pas pour un Bété, mais pour un Bété d'Issia. On lui dit, c'est un Dioula, mais lui il n'est pas Maouka, il n'est pas Koyaka, il est de Boundiali. Si vous dites que c'est un Baoulé, mais le Baoulé de Sakassou n'est pas pareil que le Baoulé de Bouaké. Et par la suite, je vois après qu'il y a une ethnie supplémentaire qui est les naturalisés. Un naturalisé, est-ce qu'il est Sénégalais, Burkinabé, Malien ? Et d'ailleurs, au Burkina Faso, est-ce qu'il est Mossi, Samogo, Lobi ? Tout ça n'est pas cohérent. Si vous demandez l'ethnie des gens, naturalisé n'est pas une ethnie. C'est une variable statistique qui n'a aucune espèce de pertinence. Il faut enlever cela. On me dit : On peut mettre le père parce que nous sommes dans un pays patriarcal. Je dis non, il ne faut pas dire ça ; chez les Baoulé c'est le matriarcat alors pourquoi dites-vous que la République est patriarcale ? Je lui ai dit que si vous regardez sur internet, vous verrez une carte de la Côte d'Ivoire avec des couleurs. A l'ouest, on a une société lignagère  sans classe d'âge, là royaume baoulé, ici royaume Indénié, ici royaume de Yopougon, royaume Abron, chrétien de type Senoufo, chrétien de type Manding, royaume de Kabadougou, Senoufo, royaume de Kong, dans notre pays. Voilà les chiffres des statistiques de nos chercheurs à l'université comme exactement dans la période coloniale où le colon comptait les dents et voyait dans la colonie quel était le groupe tribal qui était le plus nombreux qu'on déstabilise en s'appuyant sur les petits groupes ethniques. Je ne me suis pas rebiffé, je suis revenu là-dessus pour dire, cette variable, il faut l'enlever. Ce n'est pas la seule. Vous trouverez des cartes de ce genre. Des sociologues, des ethnologues reprennent la carte de la Côte d'Ivoire, vous avez les Krou, les Akan, les Mandé et les Gour, des catégories coloniales. Le colon faisait ça pour distinguer des groupes ethniques avec des critères que nous utilisons aujourd'hui sans même savoir d'où ça vient ; autochtone, allochtone, allogène, etc. Dans notre propre  pays, on considère des gens comme autochtones. Quand un Ivoirien dit que tel est un étranger, il ne pense pas à un Malien, à un Burkinabé, non ! Lui, il est à Didiévi, le monsieur est à Daoukro, et le dernier considère que le monsieur est étranger. Vous ne pouvez pas demander des statistiques tribales aux gens sans créer ce type de découpage. Après, vous calquez les élections là-dessus, vous voyez les militants des partis politiques et chacun va se comptabiliser pour dire, par exemple, nous les Krou, sommes nombreux si on va aux élections, il n'y a rien à faire, c'est nous qui devons gagner. Et si on ne gagne pas, c'est qu'il y a eu tricherie. Il y a d'autres types de cartes où on met les Attié, les Abron, les Agni, les Akan, les Koyaka, les Bété, les Guéré, les Krou, toujours sur la base de l'ethnie des sociologues des universités. C'est sur cette base qu'on construit l'ivoirité, c'est sur cette base qu'on construit le rattrapage ethnique comme programme de gouvernement. C'est ça qui divise les Ivoiriens sans aucune solidité ethnique, à part ce que le colon faisait avec. Malheureusement, j'ai beau crier, on me dit que le chef de l'Etat ne se fait aucun complexe sur l'ethnie. Ils font même des chiffres. Dès que vous tapez Côte d'Ivoire  sur internet, on dit la Côte d'Ivoire est un territoire peuplé de cinq groupes. Nous sommes tous néantisés en tant qu'individus. Vous voyez des statistiques ethniques et leurs pourcentages : Les Sénoufo 9,7%, Les Malinké 8, 5%, Baoulé 6,6% jusqu'aux Adjoukrou 1%, Abbey 1,4% et puis, on met ça en circulation. Et puis vous voyez que les ethnies ont des poids démographiques sans savoir que c'est totalement faux. Mais le colon, lui, faisait cela pour nous donner un complexe comme ils l'ont fait chez les Hutu et les Tutsi. Les anciens le font et nous continuons à le faire et je pense que les nouvelles générations doivent refuser ce type de statistiques parce qu'il y a quelqu'un qui fait ça avec les chiffres et puis il y en a d'autres qui vont dire, c'est faux parce que les Akan, c'est 39,03%, les Krou c'est 23%, les Mandé du Nord c'est 16%. J'ai dit au directeur, si vous vous appelez Ouattara Christelle ou Bakayoko Bintou, votre papa s'appelle Bakayoko de Séguéla, votre maman, c'est Gnaoré Thérèse, bété de Gagnoa, elle va s'enregistrer comme quoi ? Elle est de quelle ethnie ? Ce type de population, il y en a de plus en plus en Côte d'Ivoire. C'est pour cette dynamique qu'il faut travailler en laissant tomber les distinctions ethniques, en faisant la promotion de l'homme. Le développement se fait pour l'homme. Le chômeur sait faire quoi ? Il a quel diplôme ? Il a quelle qualification ? Mais on ne dit pas, c'est quelle ethnie ? Rattrapage ethnique, division de la Côte d'Ivoire, guerre avec tout ce que ça a comme conséquences. C'est ce que j'ai essayé de dire tout en encourageant les gens à se recenser. Si on n'a pas de recensement, tous nos chiffres sont faux. Si vous dites le Pib par tête est de 1.000 dollars Us, le nombre de tête-là, c'est combien ? Vous ne savez même pas la population du pays et puis, vous donnez le Pib par tête. Le directeur général dit que le recensement a été fait à plus de 67%. Mais, c'est 67% de quel total puisque c'est le total que nous recherchons ? On cherche à savoir combien nous sommes, mais lui il dit qu'on a déjà fait 67% de l'inconnu. C'est difficile, or c'est un principe de logique. On est en 2014, il ne faudrait pas qu'on se moque les uns des autres.

Jérôme N'Dri (Le Nouveau Réveil) : Monsieur le président, est-ce qu'aujourd'hui, vous êtes satisfait du bilan de la Cdvr, deux ans après puisque le mandat a été reconduit?
Mamadou Koulibaly : Le bilan de la Cdvr est décevant. Décevant, par la loi elle-même. Chaque fois que nous sommes allés rendre visite à la Cdvr, on l'a dit au président Banny. La loi qui a créé la Cdvr est une ordonnance qui a un biais initial. Dès lors, vous ne pouvez pas fonctionner comme une commission chargée de la réconciliation. Tous les politiciens, à commencer par le président de la République, sont concernés et partie prenante de la réconciliation. Le président de la République lui-même est l'un des points clés de la réconciliation en Côte d'Ivoire. Mais l'article 1er de l'ordonnance qui crée la Cdvr dit qu'il est créé en Côte d'Ivoire, une Commission dialogue, vérité et réconciliation sous l'autorité du président de la République. J'ai dit au président Banny que ça, c'est le premier biais. Institutionnellement parlant, vous ne pouvez pas fonctionner, parce sous l'autorité de quelqu'un, qui, lui-même, devrait être dans l'arène là-bas, puisqu'on ne peut parler de réconciliation en Côte d'Ivoire sans poser le problème de Alassane Ouattara, depuis la mort d'Houphouët. Ça ne peut pas être sous son autorité. Il aurait fallu mettre simplement, qu'il est créé en Côte d'Ivoire, une commission dialogue, vérité et réconciliation. Pas sous l'autorité de quelqu'un. Vous êtes indépendants, vous êtes au-dessus de la mêlée et puis, les différents protagonistes viennent à vous pour débattre des problèmes.

Décevant, parce qu'on ne lui a pas donné les moyens pour travailler. Comme la Cdvr dépend du président et que c'est le président qui doit donner l'argent, eh bien, le président Banny n'a pas eu l'argent pour fonctionner. Or, il aurait fallu beaucoup d'argent et tout de suite pour qu'il puisse travailler. L'argent n'est pas venu. Cela fait que la première année est passée comme cela, et on a relancé une seconde année. Décevant, à cause de la méthodologie utilisée par la Cdvr. Aujourd'hui, on est dans la phase d'écoute. Les membres de la Cdvr disent : on se réunit dans les mairies là où on a pu avoir des bureaux et puis, on va écouter les communautés. Si c'est dans les villages, on va écouter les chefs de villages et les communautés vont venir et on va discuter. C'est une mauvaise méthodologie parce que la crise ivoirienne n'est pas une crise intercommunautaire ! C'est une mauvaise hypothèse acceptée par beaucoup de gens, mais moi, je la récuse. La crise ivoirienne n'est pas une crise intercommunautaire, c'est une crise politique entre les militants des partis politiques, c'est une crise entre les militants du Rdr, du Fpi, du Pdci et les militants des autres partis politiques. Les uns contre les autres. La guerre qui a eu lieu ici en 2011 n'était pas une guerre civile.  C'était une guerre partisane. Ce sont les partis politiques  et leurs militants qui se sont battus. S'il y a écoute à faire, si la Cdvr devait travailler convenablement, ce n'est pas les communautés qu'il fallait aller voir, les Abbey, les Attié, les Abron, les Krou, les chefs de communautés, les chefs des Bété, les chefs des Baoulé. Quand on est à Abobo, on rencontre les chefs de communauté. J'en rencontre (ndlr : des membres de la Cdvr) à Abobo, je leur dis : vous allez écouter qui ? Ils répondent : on travaille avec les communautés. Les chefs de communautés viennent, on les écoute et puis ils vont se demander pardon les uns aux autres. Ce ne sont pas les communautés qu'il faut aller rencontrer. Quand je leur dis : est-ce que vous allez rencontrer les militants des autres partis politiques ? Ils disent : «Ah, non, jusqu'à présent, on ne nous a pas encore dit que cela va se faire. Pour le moment, ce sont les communautés.» Donc on va discuter d'un problème et chercher à résoudre un problème là où il ne se pose pas. Si vous arrivez à Gagnoa, ce ne sont pas les communautés Dioula de Gagnoa contre les communautés Baoulé de Gagnoa  ou les communautés Bété de Gagnoa qui se sont battues, ce sont les militants du Fpi contre les militants du Pdci, contre les militants du Rdr. A preuve, Dakouri-Tabley (député au parlement) est Bété, mais il ne se battra pas contre les Dioula, parce qu'il est aussi Rdr. Ce n'est donc pas une affaire de Bété et de Dioula, c'est une affaire de Pdci, Rdr, Fpi. Si on ne fait pas l'audition en mettant les politiques en première ligne, pour leur dire : réglons les problèmes maintenant, on risque de chercher la solution là où elle n'existe pas. Et on risque de se rendre compte qu'on a une solution bien faite qui ne résout pas le problème qui est devant nous.

Quelle sensibilisation on aurait pu faire ?
Mamadou Koulibaly : Initialement, j'avais demandé que l'on puisse asseoir la Cdvr sur une loi. La loi arrive à l'Assemblée nationale, le président Banny s'en va pour faire adopter la loi, il discute et puis, les députés prennent la loi, ils vont dans leurs différentes circonscriptions pour aller expliquer la loi avant de revenir à l'Assemblée pour son adoption.  Et dans les circonscriptions, si le député de Daloa est un Nordiste et qu'il est capable d'aller dans les villages Bété pour dire : chers frères, la campagne est finie, les élections sont terminées, maintenant, on va se réconcilier. Il y a une loi qui est arrivée à l'Assemblée nationale, le gouvernement a proposé une loi pour la réconciliation,  voilà comment cela va se passer. Lui, va écouter ce que les gens disent et il va rapporter ce que les gens disent à la commission qui discute la loi et l'adopte. J'ai dit au président Banny, si vous arrivez à faire cela, vous mettez les députés, donc les politiques, en première ligne et la réconciliation commence tout de suite, au moment où l'on va à l'adoption du texte. Mais si vous, vous vous appuyez sur les parentés à plaisanteries, celles-ci n'ont jamais résolu une crise. Sinon, entre les Ouattara et les Coulibaly, il y a parenté à plaisanteries. Or, le président Ouattara, il ne blague pas avec moi ! Ça ne résout rien du tout. Attaquons le problème de front et essayons de résoudre le problème clairement plutôt que de nous appuyer sur des choses qui semblent avoir de la valeur culturelle, mais qui, en réalité, ne sont pas des instruments de résolution des conflits tels que nous les connaissons en Afrique. J'aurais fait une sensibilisation encore plus en vigueur sur l'ethnie pour insister sur le fait que si au Rwanda, on a vu en quelques semaines, un million de morts, c'est parce que l'on a trop insisté sur l'appartenance ethnique. Une femme Hutu est mariée à un homme Tutsi, la crise arrive, les Hutu disent à leur fille, divorce et rentre à la maison: les Tutsi disent à leurs fils, viens rentre à la maison. Les enfants sortis du mariage, eux, ne savent pas de quel côté ils sont. Maman prend deux gosses, papa  prend deux gosses. Et on se dit, si un jour la crise finit, on va se retrouver. Maman arrive à la maison, les Hutu disent : toi, tu viens, avec les bâtards-là chez nous ici ? Ils ne sont pas purs, nous on est Hutu purs, papa Hutu, maman Hutu. Et pendant que maman essaie de mettre ses balluchons quelque part, les tontons viennent, cassent la tête des enfants. Et des deux côtés, cela se passe ainsi. En quelques mois, on a un million de morts, parce qu'on cherche l'ethnie pure, le Bété pur, le Baoulé pur, le Sénoufo pur, l'Agni pur, le Dioula pur. A la recherche de cela, on décime. J'aurais fait une campagne encore plus dure pour expliquer, pas aux communautés, mais aux politiciens, qu'on ne peut créer des partis politiques et les adosser aux ethnies et croire qu'on va s'en sortir.

Assane Niada (Soir Info) : Au lendemain du transfèrement de Charles Blé Goudé, le président du Fpi disait, avec ce qu'il vient de constater, il y avait deux Côte d'Ivoire, la Côte d'Ivoire des vainqueurs et la Côte d'Ivoire des vaincus.
Mamadou Koulibaly: A LIDER, nous plaidons pour une seule et même Côte d'Ivoire, la Côte d'Ivoire des citoyens ivoiriens, quels que soient leurs bords. Pour cela, il faut la justice. On ne peut pas se réconcilier s'il n'y a pas de justice. Une justice claire, intègre, décomplexée qui peut dire leurs faits au président de la République, aux ministres. Je vous parlerai de mon cas en exemple. Le président Ouattara dit que l'Assemblée nationale est dissoute depuis la date de son élection. Moi, je dis non car, l'Assemblée nationale existe jusqu'au vote des législatives. Je suis conforme à la Constitution, à la loi. Lui, c'est sa volonté, juste sa volonté de président de la République. Je porte plainte contre l'Etat de Côte d'Ivoire et contre lui. Après deux ans, un juge dit que Koulibaly a raison, il y avait bien une Assemblée nationale avant les législatives (ndlr : de décembre 2012), que conformément à la loi, à la Constitution, son mandat se termine avec les législatives et le vote qui est fait. Dans la même semaine, c'est le procureur de la République, pas les avocats de l'Etat, qui fait appel (de la décision du juge). C'est le procureur qui fait appel ! Extraordinaire. Et quinze jours après, les avocats de l'Etat font appel. Pour la même affaire, deux appels : l'un du procureur et l'autre des avocats. Le juge reporte l'affaire du procureur au 16 mai, qui est aussi le jour d'audition de l'affaire des avocats. On va voir comment ils vont gérer ça. Ce n'est pas bien du tout. Tant que c'est comme cela, il ne peut pas y avoir de réconciliation. Attention, parce que les victimes ont besoin de justice ! Les gens de Nahibly ont besoin qu'on leur parle de justice. Qu'on dise : les gars, vous avez souffert, on vous comprend, ceux qui ont fait cela, les voilà, ils sont punis. Et quitte à ce que le président de la République gracie après. Mais on ne va pas dégager le camp de Nahibly. Je suis allé là-bas, ils ont complètement dégagé le coin, ils ont commencé un programme immobilier : l'Etat travaille pour vous, résidences économiques  à loyers modérés, villas modèles…  Je suis allé à Carrefour (ndlr : quartier où il y a eu beaucoup de combats et de morts lors de crises successives de 2002 et 2010), on essaie d'oublier des fosses communes. Complètement ! Des centaines de gens sont enterrés là, on a mis quelques fleurs, il n'y a aucun panneau, aucune pancarte, aucune annonce pour dire : ci-gisent 200 Ivoiriens qui se sont battus dans une guerre incompréhensible. Rien. Il ne faut pas chercher à étouffer la douleur des gens. Il faut qu'elle s'exprime, qu'on la juge, qu'on la comprenne et les victimes prendront ainsi conscience qu'on ne les a pas ignorées, oubliées. C'est cette campagne-là que j'aurais faite. En dernier point, je me serais attaqué aux causes de notre crise. La cause principale vient de la nationalité. J'aurais dit au gens : arrêtons ces histoires autour de la nationalité ivoirienne, corrigeons le code de la nationalité et disons que désormais un Ivoirien peut avoir le droit d'avoir plusieurs nationalités. Je peux être franco-ivoirien, ivoiro-burkinabé, Ivoiro-malien. Notre code aujourd'hui rend cela impossible. Si vous êtes Ivoirien et que vous prenez la nationalité burkinabé, vous perdez la nationalité ivoirienne. Cela amène les gens à tout mélanger. Or, les dirigeants de notre pays ont tous des doubles nationalités, eux, leurs enfants et leurs familles. Et ils disent aux pauvres qu'ils doivent avoir une seule nationalité. Quand vous, vous faites la queue pour obtenir des visas en vue de voyager, eux, ils se lèvent et ils s'en vont sans faire de visas. Et ce sont ceux qui ont les doubles passeports qui hurlent le plus contre la double nationalité. Si la double nationalité vous sécurise, donnez-ça à tous les Ivoiriens. Enfin, pour terminer sur la question, je dis qu'il faut régler le problème du foncier, faire le cadastrage des terres, à l'ouest, au nord, partout. Les gens pensent que cela ne se passe qu'à l'ouest, à Guiglo, Danané. Quand vous arrivez à Tengrela, vous voyez que les gens se frappent, s'entre-tuent, pour des lopins de terres. A Bouna, les conflits entre éleveurs et paysans pour des lopins de terre, c'est pareil. L'Etat refuse de faire cela. Derrière ce refus, l'Etat dit à des groupes industriels d'aller prendre des milliers d'hectares pour faire prendre leurs plantations. Ils vont donc accaparer les terres, arracher les terres des paysans pour faire leurs plantations. Mais ces paysans-là, ce sont les terres de leurs ancêtres. Il faut leur donner les papiers. La réconciliation commence par là, donner aux gens leurs droits.

Jérôme N'Dri (Le Nouveau Réveil) : Vous avez annoncé, dans vos propos liminaires, que le gouvernement a rejeté toutes vos revendications et qu'il y a plus de plus de communication que d'actions concrètes. Ma question est de savoir quels sont vos rapports, aujourd'hui avec vos amis du Fpi pour faire avancer la réconciliation?

Sylvain Debailly (Révélation) : Regrettez-vous d'avoir quittez le Fpi ?
Mamadou Koulibaly : Ces questions sont celles qui fâchent en général. Deux ans après,  j'aime bien parler des perspectives, de l'avenir pour LIDER, plutôt que chaque fois revenir en arrière et faire comme si j'avais des regrets. Il faut retenir simplement que je n'ai aucun regret. Aucun, aucun regret. Je suis parti et je ne m'ennuie pas du tout.

On ne voit pas de grands noms dans l'équipe de LIDER ?
Mamadou Koulibaly : Vous dites que vous ne voyez pas de grands noms. Oui, c'est normal parce que la classe politique est en train de se renouveler. Ces noms aujourd'hui ne vous disent rien, mais ce sont des noms qui vont compter demain. En 1990 ou en 1992, Gbagbo était dans la rue et il y avait des gens derrière et le président Houphouët-Boigny disait il n'y a que ce voyou de Gbagbo, il ramasse des va-nu-pieds pour le suivre. Oui mais ces va-nu-pieds, c'était nous. Et puis après, vous nous avez découverts. Certains s'étaient même étonnés que ce fusse nous. Attendez, vous verrez. Ces jeunes, qui sont là, sont les forces qui vont faire la politique bientôt en Côte d'Ivoire. Vous verrez bientôt. Ceux dont vous êtes nostalgiques ont déjà peut-être épuisé leur politique ou sont à côté, mais il va falloir faire avec ces nouvelles forces. C'est normal que vous ne connaissiez aucun nom parce que quand on fait les statistiques, les militants plus sympathisants de LIDER, à 65% ce sont des personnes neuves qui n'ont fait la politique nulle part. Ils étaient là et observaient, et se disaient, ce qu'on voit ne nous intéresse pas et ils sont venus s'adhérer. Les autres se partagent entre des gens qui  vous arrivent du Fpi, du Rdr, du Pdci parce qu'ils se sont dit à LIDER, il y a de l'avenir. On vient avec vous. Donc, c'est normal que vous ne puissiez pas les connaître. Vous savez que les noms ne sont pas grands au commencement. Mais les noms sont grands par l'action. En 1987, personne ne connaissait Mamadou Koulibaly. Et puis par la suite, on a connu Mamadou Koulibaly par l'action. Attendez donc, vous verrez. Je vous donne rendez-vous dans quelque temps.

Est-ce que vous n'êtes pas un lion solitaire dans la savane ?
Mamadou Koulibaly : Non, je n'ai pas une âme de prédateur. Je ne suis pas un carnassier. Je ne suis pas un grand fauve. Moi, je suis un homme lucide qui fait de la politique dont l'objectif, ce n'est pas d'être le président de la République de Côte d'Ivoire. Quand je me lève le matin, je ne dis pas Seigneur, il faut que tu m'aides à devenir le président de la République de Côte d'Ivoire. Quand je me lève le matin, je dis Seigneur, il faut faire en sorte que les populations de ce pays reviennent à plus de maturité, à plus de lucidité pour prendre leur pays en main et se donner une classe politique capable de les amener dans la prospérité et le bonheur plus que ce que nous avons. C'est ma prière permanente. Et à LIDER, je le dis aux gens : Vous n'êtes pas venus ici pour que Mamadou puisse être président de la République. On commence quelque chose. Il y a des idées que vous ne trouvez nulle part. Faites la promotion de ces idées. Allez partout et dites aux populations que nous ne sommes pas un syndicat d'ethnies. Donc que les gens ne se lèvent pas pour nous suivre parce que c'est notre frère. Allez leur dire que nous avons la solution au problème agricole : Faire le cadastrage pour leur donner des terres. Leur dire que nous voulons faire en sorte  que les retraités puissent avoir une retraite par capitalisation et que ça ne soit pas les impôts qu'on utilise pour payer les anciens.  Allez leur dire que nous voulons que le président de la République ne soit pas un homme puissant et que nous voulons des institutions fortes avec un régime parlementaire. Allez leur dire que tous ces jeunes, toutes ces femmes, tous ces hommes qui chôment peuvent avoir du travail si nous faisons la promotion de l'entreprise privée pour qu'elles puissent créer des emplois pour la population. Allez dire à la population que nous sommes contre la violence, contre la belligérance. Et que nous sommes convaincus que tout le monde peut vivre dans ce pays à condition de faire grossir le gâteau, chacun a sa part. Voilà les objectifs. Que cela arrive avec Koulibaly président, tant mieux. Que cela arrive avec Roger, Jacques, Françoise, c'est tant mieux. C'est ce qui est en train d'être mis en place, mais pas pour continuer une lutte ancienne.

Jérôme N'dri (Le Nouveau Réveil) : Le gouvernement rejette vos propositions. Pourquoi vous ne vous mettez pas ensemble et quels sont vos rapports avec vos anciens camarades ?
Mamadou Koulibaly : Je n'ai aucun rapport avec les anciens camarades. On ne s'appelle plus. On ne se voit plus. Dans la rue, on se voit souvent et on se salue et puis c'est tout. J'ai une réputation chez eux: c'est que je suis le traitre. Il est parti au moment où on avait plus besoin de lui. Aussi, chacun part au moment où il le juge bon. Les poètes disent l'aube pour chacun, c'est le moment auquel il se réveille. Je n'ai pas de relation particulière avec eux, ni antipathique, ni sympathique.

Danielle Tagro (Nord-Sud quotidien) : Pourquoi, malgré le fait que le gouvernement ne vous écoute pas, vous ne quittez pas la table de discussion ?
Mamadou Koulibaly : C'est mon côté téméraire. Je reste convaincu qu'il faut continuer à parler, à parler. Quand je suis venu de Marcoussis, j'ai dit : ce truc est un coup d'Etat. Les gens n'ont pas cru. Le président a dit que c'est un médicament et qu'il faut essayer. Tout le monde a dit, il faut essayer. J'ai continué à crier: ce n'est pas bon, ce n'est pas bon. Aujourd'hui, je continue à dire ce n'est pas bon, ce n'est pas bon, jusqu'à ce qu'on me dise ne viens plus. Souvent, j'ai eu des coups de gueule. Quand souvent on nous appelle pour faire de la figuration, je me suis fâché. Le président Fologo s'est aussi fâché, tous les membres se sont fâchés. Mais pour la Côte d'Ivoire, il faut continuer la discussion avec ce gouvernement. On continue de ne  pas être d'accord. Il n'est pas bon  ce gouvernement, mais il peut être amélioré, et il s'améliorera parce qu'on fera le maximum de pression sur lui. C'est sous la pression qu'il va changer et peut-être que cette pression va monter en puissance avec les dérives que nous constatons, de plus en plus graves.

Akwaba Saint Clair (Le Nouveau Réveil) : Pourquoi, l'opposition ne parle-t-elle pas d'une seule voix ?
Mamadou Koulibaly : Je ne sais pas. Quand le projet de l'Acd a été mis en chantier, d'autres partis travaillaient sur un autre projet. Cela fait qu'il y a aujourd'hui trois (03) coalitions sur la place. Il y a la coalition au pouvoir qu'on appelle Rhdp. Il y a la coalition de l'Alliance des forces démocratiques et la coalition de la 3ème voie. Pourquoi vous voulez que l'histoire politique soit racontée en vers plutôt qu'en prose? Si on va dans le même corps, si nous tous, on cherche à faire en sorte que Ouattara n'ait pas un second mandat, peut-être qu'à un moment venu, on va comprendre qu'il est absolument nécessaire de fusionner en une seule et grosse coalition pour y arriver. Pour le moment, la contrainte ne se pose pas en ces termes. Chaque groupe travaille selon sa logique. Le moment viendra. Vous vous souvenez comment Ouattara et Bédié étaient dans une animosité extraordinaire. Ils se sont mis en prison, ont émis des mandats d'arrêt internationaux, fait de coups d'Etat, se sont insultés. Et, puis en 2005, ils se sont mis ensemble. Il faut qu'on se mette ensemble. Ne désespérez pas. A un moment donné, quand les programmes vont converger, nous allons comprendre qu'il faut faire quelque chose. Et ça va se faire. Que Bédié et Ouattara prennent aujourd'hui une photo ensemble jusqu'à ce Ouattara veuille créer une vice-présidence pour Bédié : Tant qu'on est vivant, tout est possible.

Hervé Gogou (Le Monde d'Abidjan) : Qu'est-ce que vous pensez des réfugiés politiques, des prisonniers politiques ?
Mamadou Koulibaly : Moi, quand j'étais au Ghana au début de la crise politique, j'ai distribué à pas mal de réfugiés les accords tripartites entre le Hcr, la Côte d'Ivoire et le Ghana. Et je leur ai dit : vous avez la possibilité de rentrer dans ces accords. Vous partez sous la protection des autorités ghanéennes. Elles vous livrent sous la protection des autorités ivoiriennes et puis vous êtes sécurisés. A l'époque, personne ne voulait entendre raison. Mais aujourd'hui, plusieurs sont en train de rentrer tout doucement. Vivre en exil, en tant que refugié, ce n'est pas facile. Mais mon problème, c'est, pourquoi il n'y a pas de justice? Pourquoi notre justice ne règle pas le problème des gens qui sont en prison? Pourquoi on ne les juge pas? Le statu quo n'est pas conforme à l'état de droit.

Qu'est-ce que vous pensez des états généraux de la République ?
Mamadou Koulibaly : En tant que LIDER, je n'en vois pas l'utilité. Mais chaque groupe a son concept. Nous, nous pensons qu'il faut dialoguer politique à la Cdvr. On a déjà vu le Forum de la réconciliation nationale ici. Les gens sont allés chanter, danser et après il y a eu la rébellion. Peut-être faut-il que ceux qui font la promotion des états généraux expliquent plus. Mais, nous n'en voyons pas l'utilité.

Cyril Djédjed (L'Inter) : Il semble que votre secrétaire général a démissionné ?
Mamadou Koulibaly : Quand j'ai été viré du Fpi, il n'était pas question qu'il y ait saignée. Quand j'ai fait ma déclaration de départ, je n'ai pas dit que je partais avec 50 secrétaires de section et comités de base. Le cas du docteur que vous prenez, ce n'était pas le secrétaire général de l'Assemblée. C'est deux (02) personnes différentes. Celui de l'Assemblée s'appelait Brissi certes, mais c'était Guei Brissi Lucas. Le député dont vous parlez, le député de Gagnoa sous-préfecture, c'est docteur Brissi Claude. Il ne m'a pas encore envoyé de lettre de démission à LIDER. En principe, il y est encore. Peut-être que vous avez des confidences ?

Sylvain Debailly (La Revelation) : Qu'est-ce que LIDER a comme programme ?
Mamadou Koulibaly: Notre première préoccupation est de faire en sorte que Ouattara mette en place des conditions d'une élection démocratique, la liste électorale, l'accès aux médias d'Etat, la sécurité des élections pas aux mains des dozo et des Frci, mais aux mains de la République. Si on arrive à combiner et on réussit à obtenir les bonnes conditions pour les élections, alors une seconde étape va arriver. Chers amis, on est 6, 7, 8. On a bossé et voilà ce qu'on a obtenu. Est-ce qu'on continue à bosser ensemble. Dans ce cas, les élections vont se dérouler, est-ce qu'on y va ensemble? Pour aller ensemble, ce n'est pas pour suivre un homme, ce n'est pas pour suivre un parti politique. On y va sur la base d'un programme. Qu'est-ce qu'on va dire aux Ivoiriens comme message ? On se met d'accord, on le rédige. Et on se dit est-ce que nous allons le défendre ensemble ou chacun de son côté? Henriette Lagou est candidate, Ahipeaud Martial est candidat, Koulibaly est candidat. Est-ce qu'on sera tous les 3 candidats? On va décider. Mais, c'est la dernière étape.

Eddy Péhé (Le Nouveau Réveil) : Qu'est-ce qui vous a opposé à Gbagbo ?
Mamadou Koulibaly : Quand j'en parle, on dit qu'il va tirer sur l'ambulance. Vraiment, comme vous dites vous-même, au-delà de ce que vous avez pu lire ou écrire, permettez que je ne dise pas mot dessus. Ce n'est plus le moment aujourd'hui, pour Koulibaly, ça, c'est passé. Là, Mamadou regarde plus loin devant, je fais comment pour réconcilier les Ivoiriens. Je fais comment pour que les Nordistes reprennent confiance dans la Côte d'Ivoire, je fais comment pour que le Sud reprenne confiance dans le Nord, je fais comment pour que le Pdci, le Rdr, le Fpi, sortent de la belligérance des palabres et puis se disent, tout compte fait, il faut qu'on construise ce pays. Je fais comment pour que le vivre ensemble que nous avons actuellement, qui fait que le renard  et les poules vivent ensemble, mais ça fait beaucoup de bruits dans le poulailler, on ne sait pas ce qui se passe. Il faut que ça change et que ce soit un savoir vivre des Ivoiriens, des populations ivoiriennes, des individus ensemble. Ça, ce sont les préoccupations d'aujourd'hui. Mon histoire avec Gbagbo, on écrira les mémoires un jour et peut-être que ça sera raconté au-delà de ce qui a été déjà dit, s'il vous plaît.

Peut-on penser à un éventuel retour au Fpi de Mamadou Koulibaly ?
Mamadou Koulibaly : Il n'est pas question pour moi de revenir au Fpi. Les gens du Fpi même ne vont pas vouloir de Koulibaly, parce que les raisons qui les ont amenés à me chasser n'ont toujours pas changé. Vous vous imaginez, ceux qui sont là, qui n'ont jamais fait de politique, ils viennent, on fait LIDER ensemble et un matin, je les réunis pour dire : les gars, je suis désolé, il faut  que je reparte au Fpi. Vous pensez qu'ils vont me suivre ? De la même façon qu'en partant du Fpi, personne ne m'a suivi, de la même façon en partant de LIDER, personne ne me suivra. Comme ces jeunes, ces personnalités, ces personnes-là sont venues en disant : professeur, la Côte d'Ivoire dont vous rêvez-là, c'est de cette Côte d'Ivoire que nous voulons, aidez-nous à l'obtenir. Et je leur dis allons, faisons chemin ensemble ! Si personne n'était venu comme vous dites, LIDER aurait disparu et moi j'aurais mis la clef sous le paillasson, j'aurais accepté un poste de prof quelque part, j'aurais fait un cabinet de consultation et je serais parti.  J'étais à l'extérieur quand on m'a appelé pour venir être ministre. Je ne suis pas encore totalement vieux, je peux encore faire de la consultation active, mais les défis qui nous attendent ici me semblent plus importants que mon bien-être personnel. C'est pourquoi j'accepte tous les traitements sarcastiques du gouvernement, en me disant : tant que je peux être un bouclier pour parler au nom d'un certain nombre d'Ivoiriens qui, semble-t-il pour vous, ne sont pas bien nombreux, tant que je peux être le porte-voix pour dire certaines choses comme elles doivent être dites dans l'oreille de ceux qui ont le pouvoir, je considère cela comme une mission passionnante et je le fais avec beaucoup de passion et ceux qui viennent à LIDER, sont tout aussi passionnés de voir que j'arrive partager avec eux cet enthousiasme et j'apprécie leur engagement.

Eddy Péhé (Le Nouveau réveil) : Monsieur le président, dans le sens de donner à la Côte d'Ivoire, les outils de sa relance économique et politique, spirituelle et morale, s'il y a une ouverture du gouvernement, êtes-vous prêt à y aller ?
Mamadou Koulibaly : Tout dépend des conditions. Si le président de la République dit que je suis venu au pouvoir et je me rends compte que deux ans et demi ou trois ans après, ce que je veux faire là ne marche pas. J'ai fait des routes, des écoles, des ponts, les gens ne sont pas contents, des réformes institutionnelles restent à faire, je ne les ai pas encore touchées et il y a une population insatisfaite, que ce soit mes électeurs historiques du Rdr qui ont cette insatisfaction; que ce soit mes adversaires historiques, il y a cette insatisfaction qui se fait comprendre, j'accepte, donc je voudrais mettre en place un gouvernement de mission pour faire les réformes qu'il faut, et que les Ivoiriens reprennent confiance. Ce sera un gouvernement de confiance avec une mission de confiance, une mission de transition. Et donc mon programme de «vivre ensemble», de solution d'émergence, tout ça c'est terminé pour un nouveau programme de transition, de construction de confiance, de construction d'une dynamique qui amène tous les Ivoiriens à bosser ensemble. Dans ces conditions, j'ai besoin de vous, oui  pourquoi pas ! Mais dans ce cas, on se met d'accord sur le programme à faire. Un, faire un recensement correct pour savoir combien nous sommes. Deux, commencer à faire une bonne réforme de la Commission électorale négociable. Trois, donner l'accès équitable aux médias d'Etat. On ne peut pas réserver les média d'Etat juste pour le président de la République et ses proches. Quatre, discuter de la sécurité, faire un traitement correct des 65.000 ex combattants et les chefs des dozo. Le dozoba d'Abobo, M. Traoré, il me dit président : nous sommes 326.000 dozo en Côte d'Ivoire, 60.000 sont devenus des mafadozo, c'est-à-dire des dozo qui chassent l'homme, pas les dozo qui vont chasser les porc-épics et les agoutis. En dioula, on dira mogofagadozo. Mais dans le dioula des dozo, c'est mafadozo. Parmi ces 60.000 dozo, il y en a 20.000 à Abidjan et 9.000 à Abobo-gare. Monsieur le président, on a des problèmes. Le gouvernement que nous avons aidé à s'installer ne s'occupe pas de traiter nos problèmes. Il faut que ce gouvernement traite la question sérieusement. Les 65.000 jeunes ex combattants à qui on a donné les armes pour dire, allez, on va chasser Gbagbo, si ça finit on va vous recruter dans l'Armée, dans la Police, dans la Gendarmerie, à la Douane, à la Garde républicaine, vous aurez des matricules, vous serez payés. Ceux-là, aujourd'hui disent : monsieur le président, on nous a eus. Les jeunes filles qui vendent les médicaments à Abobo ont des matricules des Frci. Chaque fin du mois, elles gagnent 125.000Fcfa à 130.000 Fcfa. Ils disent, c'est nous qui avons pris des fusils, qui avons combattu, j'ai encore balle dans la cuisse. J'ai une balle dans le dos, on dit qu'on ne peut pas opérer, monsieur le président. A Abobo-gare, on a même du mal à nous loger, monsieur le président. Lorsque nous cherchons à le faire, on nous dit, ah des vagabonds comme ça, allez là-bas ! Je dis oui, ça c'est les boussoumani là qui vous disent ça ! Ils disent monsieur le président, c'est des cours de dioula mêmes. Monsieur le président, on est abandonnés, on ne sait quoi faire. Que ce gouvernement traite cette question sérieusement et non plus des questions électorales. Que ce gouvernement fasse adopter une loi sur le foncier rural. Et que dans cette loi, on contacte l'ordre des géomètres. Qu'il s'engage à faire la géométrie du sol en Côte d'Ivoire, le cadastrage complet du territoire ivoirien, qu'on donne des titres fonciers à nos parents des villages, avec des routes, des servitudes, des remembrements et puis qu'on fasse une sorte d'audience foraine où les ministères de l'Economie, de la justice, de l'Agriculture et des Eaux et forêt sont là. On dit, voilà le titre foncier de monsieur un tel et on lui donne. Que ce gouvernement ne s'occupe que de cela. Et que ce gouvernement règle la question de la nationalité, pas l'apatridie. On dit, voilà le code de la nationalité modifiant la double nationalité. Si ce gouvernement a ces sept ou huit missions précises, qu'on bosse sur les dix mois, moi j'accepterais d'y être. Mais si c'est pour aller être ministre juste pour avoir de l'argent, une Mercedes, des gardes du corps, et chaque jour passer à la télévision, ça ne m'intéresse pas. Je préfère être un opposant qui ne passe pas à la télé, mais qui, chaque jour, est capable de parcourir le pays pour collecter les plaintes, les desiderata, les désirs des populations, les installer devant le gouvernement et les autres populations pour leur dire : arrêtez de vous battre. Le vieux qui est à Korhogo, il a les mêmes problèmes que celui qui est à Duékoué. Vous à Duékoué, le gars qui est à Bouna, il souffre comme vous. Ce ne sont pas les communautés qui sont en palabre, ce sont les partis politiques. Cela, je sais le faire et ça je veux le faire. Si le gouvernement veut le faire, pourquoi pas ?

Mot de fin

Comme mot de fin, vous me permettrez de lire un petit texte. C'est une lettre qu'un monsieur envoie au professeur de son fils pour demander que le professeur aide son fils à réussir dans la vie.

La lettre d'Abraham Lincoln (1809-1865) au professeur de son fils :

Il aura à apprendre, je sais, que les hommes ne sont pas tous justes, ne sont pas tous sincères. Mais enseignez-lui aussi que pour chaque canaille il y a un héros, que pour chaque politicien égoïste, il y a un dirigeant dévoué… Enseignez-lui que pour chaque ennemi il y a un ami.

Cela prendra du temps, je le sais, mais enseignez-lui, si vous pouvez, qu'un dollar gagné a bien plus de valeur que cinq dollars trouvés. Apprenez-lui à savoir perdre mais également à savoir apprécier une victoire.

Éloignez-le de l'envie, si vous pouvez, enseignez-lui le secret d'un rire apaisé. Qu'il apprenne de bonne heure que les despotes sont les plus faciles à flatter…

Enseignez-lui, si vous pouvez, les merveilles des livres… Mais laissez-lui un peu de temps libre pour considérer le mystère éternel des oiseaux dans le ciel, des abeilles au soleil, et des fleurs au flanc d'un coteau vert.

À l'école, enseignez-lui qu'il est bien plus honorable d'échouer que de tricher… Apprenez-lui à avoir foi en ses propres idées, même si tout le monde lui dit qu'elles sont erronées… Apprenez lui à être doux avec les doux, et dur avec les durs.

Essayez de donner à mon fils la force de ne pas suivre la foule quand tout le monde se laisse entraîner… Apprenez-lui à écouter tous les hommes, mais apprenez-lui aussi à filtrer tout ce qu'il entend à travers l'écran de la vérité, et à n'en retenir que ce qui est bon.

Apprenez-lui si vous pouvez, à rire quand il est triste…
Apprenez-lui qu'il n'est aucune honte à pleurer.
Apprenez-lui à se moquer des cyniques et à prendre garde devant une douceur excessive…
Apprenez-lui à vendre ses muscles et son cerveau au plus haut prix, mais à ne jamais fixer un prix à son cœur et à son âme.
Apprenez-lui à fermer les oreilles devant la foule qui hurle et à se tenir ferme et combattre s'il pense avoir raison.

Traitez-le doucement, mais ne le dorlotez pas, parce que seule l'épreuve du feu forme un acier fin. Qu'il ait le courage d'être impatient et la patience d'être courageux. Apprenez-lui toujours à avoir une immense confiance en lui-même, parce que dès lors, il aura une immense confiance envers l'Humanité.

C'est une grande exigence, mais voyez ce que vous pouvez faire… Il est un si bon garçon, mon fils!

C'est une lettre du XIVème président des Etats-unis d'Amérique, Abraham Lincoln, au professeur de son fils. Je me suis permis de la lire parce je pense que notre pays a besoin de ce type de professeur. Je vous laisse la copie, c'est disponible sur internet. Par ailleurs, le 6 mai prochain, LIDER, comme chaque année à la date de prestation de serment de Ouattara, fait le bilan de la politique annuelle du gouvernement. Le 6 mai, nous allons avoir le bilan de l'an 3 du président de la République. Cette année, le thème c'est :« Pourquoi choisir LIDER ? » J'ai eu l'idée de venir avec une vingtaine de cartes d'invitation que je vous offre pour que vous puissiez les distribuer et que ceux qui peuvent viennent à Ivotel. Je me suis permis aussi de venir avec un lot de manifestes du parti que vous et vos invités pourrez partager pour mieux connaître LIDER. Voilà le mot de la fin. C'est un réel plaisir pour moi, dans ces temps d'intolérance et où l'opposition est relativement brimée, que vous ayez eu l'idée de m'inviter ici. C'est avec beaucoup de fierté que je suis venu, beaucoup de bonheur que je repars. Je vois que les préoccupations sont les mêmes. Quand je suis à Korhogo, c'est le même type de questions qu'on me pose que quand je suis à Duékoué, Abengourou, Agnibilékrou, Treichville, Koumassi. Les gens ont besoin de tranquillité. Mais j'aimerais que nous puissions œuvrer dans ce sens-là. Merci d'avoir organisé ce débat. Merci à tous.




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