Enquête / Vacances scolaires : Des élèves fabriquent et vendent des cercueils

  • Source: linfodrome.com
  • Date: jeu. 31 août 2017
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Les vacances scolaires battent leur plein. Et beaucoup d'élèves ont décidé de les passer en se faisant un peu d'argent, pour éviter des difficultés financières à la rentrée scolaire. Si la plupart se sont orientés vers des jobs ordinaires, à savoir gérants de cabine téléphonique, gouvernantes, journaliers dans des entreprises, une catégorie a opté pour le très craint métier de fabricant ou vendeur de cercueils. Pourquoi ce choix à cet âge ? Combien gagnent-ils ? Nous avons mené notre enquête.

En quittant la ville de Yamoussoukro fin juin 2017, à la fin de l’année scolaire, Akissi Chantal n’était pas certaine d’y retourner. Car, non seulement ses résultats scolaires étaient désastreux, mais il lui fallait de l’argent, beaucoup d’argent pour reprendre les cours au lycée mixte où elle n’a pu franchir la barre de 9 de moyenne sur 20. À Abidjan où elle débarque, elle n’a aucunement l’intention d’être confinée dans le rôle de vendeuse dans un restaurant ou serveuse dans un bar ou un maquis. Elle a donc décidé de vendre des cercueils en étant secrétaire. Alors que certains qualifieraient ce choix d’audacieux, Chantal y voit une opportunité, et semble avoir la bénédiction des proches. « Je voulais faire quelque chose pendant les vacances qui me donne l’occasion de discuter avec des personnes âgées ou sérieuses. C’est ce que m’offre le secrétariat dans un lieu de vente de cercueils. Avant que je ne le fasse, j’ai informé mon papa qui est à Sinfra, donc il n’y a pas de souci. Et je me sens bien comme ça », nous apprend-elle, le lundi 14 août 2017, sur son « lieu » de travail, à Yopougon, dans les environs du Centre hospitalier universitaire (Chu).

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Installée derrière des cercueils exposés dans un grand hall vitré, elle accueille les visiteurs avec courtoisie et informe son patron de leur présence. « Les gens ne viennent pas ici dans la joie. Ils sont affligés d’avoir perdu un des leurs, donc il faut être aimable avec eux. Ce n’est pas facile. Tout le monde connaît ces moments douloureux. C’est pourquoi il faut se mettre à la place de ces personnes », raisonne-t-elle. Justement, un agent de Police en fonction au 16ème arrondissement, et ses parents, qui tournent autour de la baie vitrée, finissent par franchir la porte, ayant succombé à l’aimable attention de Chantal. Cette délégation est suivie par le patron de la jeune élève. Tous s’engouffrent dans le bureau juste derrière elle. La porte entrebâillée lui permet d’être à l’écoute de son patron qui peut avoir besoin d’elle à tout moment. D’ailleurs, les minutes qui suivent, celui-ci cherche la souris de son ordinateur. Chantal se précipite pour la lui donner ainsi que son tapis.

Un accord intervient entre son patron et les clients dont le défunt doit être inhumé dans un village de Sassandra. Chantal doit également noter tout. Mais avant, la page de garde de son ordinateur laisse défiler des prototypes de cercueils. « Tout fait partie de ma tâche. Je dois tout suivre, et rappeler un certain nombre de choses que mon patron pourrait oublier », fait-elle savoir.

                                  Apprenti

Chantal Akissi, malgré son statut de femme, ne veut pas entendre parler de job de vendeuse ou de serveuse : « Je suis certes une femme, mais ce n’est pas en aidant à vendre ou en servant que je vais apprendre à préparer. Ça se passe à la maison et auprès de ma mère ». En choisissant d’être secrétaire ou aide-vendeuse de cercueils, elle savait à quoi s’en tenir. « Petite, j’avais peur lorsque je voyais un cercueil. On nous déconseillait même de nous en approcher. Mais avec le temps et l’âge, la peur a commencé à se dissiper. Mieux, en venant ici, je me suis dit que c’est un lieu de travail discret et tranquille, où il n’y a pas de place pour les paresseux. Ici, il faut être aussi courageux. Dans ma vie, j’ai toujours été disponible. En étant secrétaire dans une entreprise de vente de cercueils, je veux aider des personnes affligées à accompagner dignement leur défunt » témoigne-t-elle.

Depuis la fermeture des classes fin juin, Dallaud Vallet Pierre, âgé de 16 ans, et son cadet de trois ans, Dallaud Beugré, ont été « confiés » à Odjé, fabricant de cercueils à Yopougon. Si dans leur début, ils avaient du mal à appliquer les consignes, comme le soutien M. Odjé, les choses semblent aller mieux désormais. « Ça va maintenant. Mon petit frère et moi mastiquons les cercueils. C’est-à-dire, nous mélangeons la poudre de bois à la colle, pour travailler. Nous faisons également des ouvertures (trous) au niveau des cercueils », nous explique Vallet Pierre qui fera la classe de 3e   à la rentrée prochaine, dans un collège de Yopougon. Pour lui, leur arrivée et leur adaptation ont permis d’accélérer la fabrication de cercueils. « A notre arrivée ici, c’étaient cinq cercueils par jour que nous aidions à faire. Avec notre implication, régulièrement, nous sommes passés à environ huit (8) cercueils par jour », révèle-t-il.

Quant à son petit frère Beugré, élève en classe de 5e, au lycée municipal Gadié Pierre 2 de Yopougon, il donne les raisons qui les ont poussés à choisir ce job de vacances.

« Salaire »

« Beaucoup ont peur de faire ce boulot. Même si c’est sur conseil d’une parente que nous sommes ici, il aurait fallu que nous aimions ce boulot. C’est trop tôt de le dire, mais, nous voulons apprendre, toutes les vacances et envisager de faire carrière dedans. On peut être propriétaire d’un atelier (de fabrication) un jour pourquoi pas ? Sinon, pourquoi nous allons quitter notre domicile de Yopougon-Gesco avant 7h, pour être ici (Yopougon-Chu, distant de plusieurs kilomètres) au plus tard à 8h ? », souligne, avec aisance, le petit Beugré qui indique que le trav (...)

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