Procès des pro-Gbagbo, inculpation des FRCI / Frédéric Geel (FIDH) : « Il faut un procès transparent »


''On souhaite que ces procès de la crise post-électorale aient lieu comme un procès pédagogique'', affirme Frédéric Geel.
  • Source: L'Inter
  • Date: vend. 14 août 2015
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Frédéric Geel, responsable du bureau Afrique de la Fidh, a répondu, aux questions de Radio France internationale sur la situation des droits de l'Homme en Côte d'Ivoire.

Le 4 août, le Commandant Séka Yapo a été condamné à vingt (20) ans de prison pour l'assassinat en 2011, du chauffeur d'un ancien ministre. Mais cet individu est surtout le chef présumé des escadrons de la mort et le principal suspect dans la disparition de Guy-André Kieffer en 2004. Est-ce que vous pensez qu'il sera jugé un jour pour ces crimes ?

Nous l'espérons, en tant qu'organisation de défense des droits de l'Homme. Nous l'espérons aussi pour les victimes avec lesquelles on travaille depuis cette époque. Cela prouve que la justice ne doit pas s'arrêter, évidemment, à la crise post-électorale, mais doit investiguer sur 10 ou 20 ans de crimes en Côte d'Ivoire, et faire en sorte que les victimes puissent être rétablies dans leurs droits. Ça sera probablement une des conditions de cette réconciliation dont on parle tant en Côte d'Ivoire.

 

En mars dernier, Simone Gbagbo a été condamnée à 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Mais elle n'a pas été jugée pour les crimes de sang qui lui sont reprochés. Est-ce que vous pensez qu'elle le sera un jour ?

Nous l'espérons. Nous travaillons dans ce sens-là. Il y a une procédure judiciaire en cours aujourd'hui qui la vise, elle, ainsi qu'un certain nombre de membres du régime pro-Gbagbo. De la même façon que des Frci. Ce procès devrait avoir lieu. Que ce soit un ou plusieurs procès, ils devront avoir lieu, mais surtout différemment du premier procès. Le premier procès était un procès assez inique, assez politique, en l'absence totale de victimes. La seule victime, c'était l'Etat, en quelque sorte. La démonstration a été faite qu'on ne peut pas organiser, à nouveau, un tel procès. Il faut un procès transparent, avec des preuves, avec des témoins solides. La véritable donne qui change, c'est la présence des victimes qui sont là pour témoigner, pour dire. ''Un tel a commis ce crime-là''. Voilà ce qui est arrivé à ma famille. Voilà ce qu'on a pu voir. Et ça, ça doit changer la donne. Mais il faut aussi une vraie volonté des autorités politiques.

 

Est-ce qu'on peut imaginer, un jour, Simone Gbagbo et le Commandant Séka Yapo, l'ancien chef de sa sécurité, dans le même box des accusés ?

Ça serait une vraie logique d'autant plus que des témoignages très précis existent sur l'activisme de Séka Yapo, Séka Séka, comme on l'appelle. Pendant la crise post-électorale, il a enlevé des gens, il a tué des gens. Ça, aujourd'hui, on en a des preuves. Dans un premier temps, on souhaite que ces procès de la crise post-électorale aient lieu comme un procès pédagogique, dans lequel il y a aussi bien des Frci que des pro-Gbagbo qui sont inculpés et qui doivent rendre des comptes. Et ensuite, on espère pouvoir remonter le temps de l'impunité et juger pour les crimes qui ont eu lieu dans la décennie des années 2000.

 

Du côté du camp Alassane Ouattara, la nouveauté, depuis un mois, c'est que la justice ivoirienne a inculpé une quinzaine de chefs militaires, des anciens Frci. Comment accueillez-vous cette nouvelle ?

Très favorablement. Cela a été un long processus. C'est une demande que nous avons faite depuis plusieurs années. En alimentant ces procédures judiciaires, c'est un bon signal pour montrer la volonté du président qu'il n'y ait pas d'impunité, qu'il n'y ait pas non plus de sélectivité dans le (...)

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