Interview avec Monsieur Koffi N'Guessan, Ministre de l'Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l'Apprentissage : « L'École de la Deuxième Chance (E2C), c'est donner l'espoir et l'occasion à un jeune d'avoir la compétence dans un domaine bien précis et d'aller travailler. ».

  • Source: CICG
  • Date: mar. 26 déc. 2023
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L'École de la Deuxième Chance (E2C) est l'un des deux programmes phares déployés par le ministre de l'Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l'Apprentissage, Koffi N'Guessan, afin de revaloriser son secteur. Grâce à l'E2C qui est une voie de sortie pour près de 4 à 6 millions de jeunes diplômés sans emploi, déscolarisés, non scolarisés ou mal insérés en emploi, 165 jeunes ont bénéficié de formations dans le Bâtiment et Travaux publics (BTP) en France depuis octobre 2022 et 15 000 apprentis sont déjà en formation dans les ateliers de mécanique, de couture, de soudure, etc., pour être insérés par l'État. Dans une interview accordée au Centre d'Information et de Communication gouvernementale (CICG), à son cabinet sis à Abidjan-Plateau, cet avocat des jeunes sortis trop tôt de l'école définit le concept E2C et présente les premiers acquis de la phase pilote.

1. Monsieur le Ministre, qu'est-ce c'est que l'École de la Deuxième Chance (E2C) ?

Près de 95% des enfants sont dans le système d'enseignement de type général. Cependant, il y a plusieurs goulots d'étranglement du CM2 à la Sixième, de la Troisième à la Seconde et de la Terminale à l'Université. Au regard des résultats du CEPE, du BEPC et du Baccalauréat, de nombreux jeunes sont sortis du système. Sur une population de près de 30 millions d'habitants, nous avons 4 à 6 millions de jeunes qui sont diplômés sans emploi, déscolarisés, non scolarisés ou mal insérés en emploi. Que faisons-nous pour ces jeunes qui sont sortis très tôt du système et qui veulent apprendre un métier ? C'est pour ce stock de jeunes que nous avons créé l'École de la Deuxième Chance pour leur donner cet espoir. Ce programme est destiné à requalifier, reconvertir ces jeunes aux métiers sur une courte durée et à garantir leur insertion professionnelle, avec l'appui, bien sûr, de nos partenaires du secteur productif et du gouvernement. Et cette École doit fonctionner en grande synergie avec tous les autres départements ministériels. Celui qui a eu la maîtrise peut être reconverti en informaticien. Un jeune qui n'a pas eu le BEPC, mais qui est à la maison, peut être reconverti en un grand conducteur d'engin. Un autre qui a eu le baccalauréat, mais qui n'a pas eu la chance d'aller à l'université, peut être reconverti en un spécialiste de la grande distribution. À partir de cette reconversion, il peut refaire son parcours et revenir encore à l'école pour s'inscrire. C'est ce type de passerelle que nous essayons de créer pour donner l'espoir à tous ces jeunes. L'apprenant peut commencer étant titulaire d'un CAP pour finir titulaire d'une maîtrise ou d'une licence professionnelle dans un domaine précis. C'est cela le projet de formation de 165 jeunes ivoiriens au BTP dans le Centre de Formation continue des Travaux publics (CFCTP) de Egletons, le Centre de Formation professionnelle initiale de Lyon et le Centre de Formation des Apprentis (CFA) de Bordeaux, en France. C'est cela le projet avec la grande distribution et c'est aussi cela les projets que nous allons avoir dans les autres secteurs au niveau de l'agriculture. L'idée de l'E2C, c'est qu'il ne s'agit pas de donner une formation ou une compétence à un jeune qui va encore retourner à la maison. Mais, c'est de donner l'occasion à un jeune d'avoir la compétence dans un domaine bien précis et d'aller travailler. C'est ce qui différencie l'E2C de tous les autres programmes.

2. Quels sont les acquis majeurs, à mi-parcours, de la mise en œuvre de l'E2C, surtout en cette année 2023 dédiée à la jeunesse, à travers le Programme Jeunesse du Gouvernement (PJ Gouv 2023-2025) ?

2023, année de la jeunesse avec le PJ Gouv 2023-2025, a été le lancement d'un processus, donc une année de départ. De façon globale, pour 2023 uniquement, ce sont près de 130 jeunes qu'on devait former en France et insérer en activité dans le milieu du BTP, notamment dans divers métiers : la topographie, la mécanique d'engins (pelles hydrauliques, tracteurs, niveleuses, compacteurs, etc.), la conduite d'engins, les métiers du bâtiment (maçonnerie, coffrage, menuiserie), les métiers de climatisation et froid effectués à Bordeau et les métiers audiovisuels (cameramen, photographes, etc.) avec d'autres partenaires qui sont allés à Lyon. Quant au taux d'insertion, il est de 100% d'autant plus que le secteur productif professionnel est à la base même de la sélection.
Au niveau du BTP, ce sont 165 jeunes formés en France entre trois à huit semaines, selon le métier. La phase expérimentale a commencé en 2022 avec près de 35 jeunes dont neuf filles, et la seconde phase en 2023, avec 130 jeunes dont 21 filles. La première cohorte a commencé en octobre 2022 pour finir avant la fin de l'année. La seconde cohorte a débuté en juin 2023 et la dernière vague de cette seconde cohorte à Egletons a fini le 9 décembre. Ȧ leur retour, ces jeunes font, dans l'entreprise qui les ont coptés au départ, une formation d'un stage d'à peu près trois mois où les méthodologues et les inspecteurs du ministère vont les suivre pour s'assurer qu'ils appliquent effectivement en Côte d'Ivoire les connaissances acquises en France. Ils sont ensuite évalués et c'est en ce moment qu'on leur délivre le Certificat de Qualification professionnelle (CQP) qui est le diplôme ivoirien sanctionnant ces formations. Les apprenants perçoivent également une prime mensuelle de stage pour faciliter leur transport.
Dans le secteur de la grande distribution (boucherie, boulangerie-pâtisserie, fruits et légumes, poissonnerie, charcuterie et fromage), en partenariat avec le consortium de la grande distribution en Côte d'Ivoire, nous avons déjà formé près de 500 jeunes de 18 à 35 ans ayant le niveau 3ème, pour un taux d'insertion d'environ 80%. Nous sommes en train de recruter actuellement sur la grande distribution une troisième cohorte de 650 jeunes dont on a fait les entretiens en octobre dernier.
En collaboration avec les ministères en charge des Sports et la Promotion de la Jeunesse, nous avons recruté et formé à peu près 5 000 jeunes aux métiers du sport, en prélude à la CAN prévue en Côte d'Ivoire. L'expérience d'autres pays dans la gestion des infrastructures post-CAN nous montre qu'après la compétition, ces infrastructures sont abandonnées. Ces jeunes sont formés à l'animation sportive, la maintenance des infrastructures sportives que sont le gazon, l'électricité, la climatisation, le bâtiment, voire dans la fabrication du matériel sportif que sont les ballons, les poteaux, les filets, etc.
Concernant le dispositif d'apprentissage qui fait partie de la composante essentielle de l'E2C, plusieurs projets ont été lancés. Le premier projet est celui de la formation qualifiante par apprentissage avec l'appui du C2D qui est appelé à former 6 000 apprentis de 2022 à 2023. Ces 6 000 apprentis ont fini leur formation au mois de septembre dernier. Nous sommes dans le processus d'insertion. Nous avons aussi des projets sectoriels, notamment le projet d'apprentissage d'éboulement qui est aussi en cours avec des entreprises agro-industrielles sur plusieurs mines qui concerne 75 apprentis. Il existe un projet d'apprentissage dans le Grand Nord dans le cadre de la gestion de la zone frontière post-crise et ce sont 1 500 apprentis qui y ont été formés. Nous avons aussi un volet apprentissage avec le Bureau international du Travail (BIT) qui a permis de former 80 jeunes sortis des plantations dans le cas de la lutte contre l'exploitation et la traite dans la cacaoculture. D'ailleurs, nous avons dans nos unités mobiles de formation près de 220 jeunes qui sont en cours de formation sur ce segment. Nous avons également le projet de formation-insertion avec les entreprises Kaydan avec 220 jeunes qui ont été recrutés dans les métiers du bâtiment qui sont en formation dans le cas des chantiers-écoles. Il y a encore près de 1 000 jeunes qui ont été recrutés par Palmci et Utexi.


3. Comment ont été sélectionnés ces jeunes au niveau du BTP ?

Bien avant, je voudrais relever que le secteur du BTP est devenu un secteur très florissant où la recherche de main d'œuvre qualifiée est forte. La sélection des bénéficiaires du projet BTP a été faite en deux cohortes. L'appel à candidature a été lancé au mois d'août 2022, via les médias et les communiqués sur le site du Ministère. Nous avons reçu près de 3 500 dossiers. Ȧ l'issue des entretiens avec le milieu professionnel, nous avons recruté à peu près 500 jeunes globalement qui étaient dans un noyau. Et après, nous avons pris les premiers 35 jeunes. Et lorsque les premiers 35 jeunes ont été formés, nous avons pris en 2023 ceux qui sont entre les 35 premiers et les 500, notamment 130. Ces différents jeunes ont été recrutés objectivement sur une cohorte de près 1 400. Ȧ la fin des entretiens avec les mises en situation dans les entreprises, ou par rapport aux différentes interrogations, ils ont été sélectionnés même préalablement par le secteur professionnel avant de commencer leurs stages. C'est une formation-insertion pour laquelle le ministère n'a fait que donner un cadre formel.

4. Qui s'est occupé de la prise en charge de ces bénéficiaires des projets BTP en France ?

Le ministère prend tout en charge via le Fonds de Développement et de la Formation professionnelle (FDFP), avec l'appui du gouvernement. Les billets d'avion, les frais de passeport, les frais médicaux, les frais de formation, les frais de transports et un forfait durant le séjour pour leurs petites dépenses sont pris en charge entièrement par l'État de Côte d'Ivoire. Le FDFP met également à la disposition de tous les jeunes les kits nécessaires pour l'apprentissage. Au passage, je tiens à remercier sincèrement S.E.M. l'ambassadeur de France en Côte d'Ivoire, Christophe Belliard. C'est grâce à lui que nous avons signé les premiers accords avec les entreprises du club Abidjan ville durable. Ce sont ces premières entreprises qui ont recruté nos premiers compatriotes formés dans le cadre du BTP à Egletons. L'ambassade de France nous a également appuyés en acceptant de délivrer les visas à nos compatriotes.


5. Ȧ ce stade, pourrait-on dire que l'E2C est un produit vendable ?

L'E2C est un concept nouveau en Côte d'Ivoire et certains n'y croyaient même pas. L'idée, c'est qu'il n'y a pas de sots métiers. Il faudra repenser le système et attirer les jeunes. Parmi les jeunes qui sont partis en Europe, certains ne croyaient pas à cette chance qu'on leur donnait. D'autres ne croyaient pas pouvoir avoir un métier et s'insérer si facilement en activité. Ils sont nombreux tous ces jeunes pour lesquels on doit fournir des efforts de formations nécessaires pour leur insertion. Autant on a décidé d'aller former certains en Europe, autant en interne des projets en apprentissage sont en œuvre sur toute l'étendue du territoire national pour d'autres. L'E2C est un point de départ. De plus en plus, le concept commence à être compris. Il appartient à toutes les structures de tous les ministères de pouvoir l'amplifier et d'informer les jeunes, parce que les possibilités existent. Que ce soit au niveau du sport, de l'agriculture, de l'industrie, du commerce, les offres sont là. Mais il y a un besoin de qualification. Aujourd'hui, on a besoin de bons plombiers, de bons menuisiers, de bons électriciens bâtiments, et autres. Le succès de ces projets pilotes est la preuve que l'E2C fonctionne bien et nous allons travailler justement avec les autres secteurs professionnels, avec les autres ministères pour aller à échelle. L'ambition du Président de la République, S.E.M. Alassane Ouattara, c'est de ne laisser personne en dehors du circuit. Avec l'E2C, la valorisation des métiers par la formation est possible.




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