Bombardement de Bouaké : de Paris à Abidjan, qui était aux commandes ?


Les acteurs du bombardement de Bouaké. © Montage J.A.
  • Source: jeuneafrique.com
  • Date: sam. 05 août 2017
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Pilotes, militaires, politiques et mercenaires, les protagonistes du bombardement de Bouaké du 6 novembre 2004 sont à chercher à Paris comme à Abidjan. Découvrez ce qu'il faut savoir sur eux, avec notre infographie interactive.

Quel est le point commun entre le mercenaire français Jean-Jacques Fuentes, l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, le diplomate Gildas le Lidec ou le général Philippe Mangou ? Tous étaient en poste au moment du bombardement de Bouaké, le 6 novembre 2004. Certains ont joué un rôle direct, d’autres plus lointain.

Quelques-uns d’entre eux se sont exprimés devant la justice française, dans des dépositions que Jeune Afrique a pu consulter. D’autres, en revanche, se murent dans le silene et ont disparu depuis les faits. Voici ce qu’il faut savoir sur les principaux acteurs d’une tragédie qui reste aujourd’hui encore mystérieuse.

Cliquez sur les portraits pour accéder aux informations dans notre trombinoscope interactif ci-dessous. Si vous ne parvenez pas à visualiser l’infographie, les textes sont retranscrits dans leur intégralité à la suite de cette article.

 

Yuri Sushkin et Barys Smahin, Patrice Oueï, Ange Gnanduillet, Diopoh Oupoh

* Fonction au moment des faits : Pilotes et copilotes des SU25.

* Implication : Yuri Sushkin et Barys Smahin seraient les pilotes des SU25 ayant bombardé Bouaké le 6 novembre 2004. Arrêtés au Togo, ils ont été relâchés deux semaines plus tard. La justice française soupçonne Robert Montoya d’avoir favorisé leur fuite. Patrice Oueï et Ange Gnanduillet auraient été les deux co-pilotes présents à bord des avions. Mais d’autres témoignages innocentent Patrice Oueï, désignant un certain Diopoh Oupoh comme second copilote.

* Leurs déclarations : « Si c’est de notre fait, c’est vraiment une bavure », affirme le capitaine Gnanduillet. « Nos avions effectué ce samedi deux ou trois passes sur Bouaké. À la troisième, nous avons visé une position de rebelles à 500 mètres des Français. Nous tirions des bombes et des roquettes. Ça n’est pas précis. Beaucoup moins que des missiles », ont encore indiqué Patrice Oueï et Ange Gnanduillet.

* Ce qu’ils sont devenus : Patrice Oueï et Ange Gnanduillet sont restés dans l’armée ivoirienne et ne se sont plus exprimés sur cette affaire depuis début 2006. Quant à Yuri Sushkin et Barys Smahin, ils n’ont pas réapparu depuis leur fuite du Togo en novembre 2004.

 


Édouard Séka Yapo

* Fonction au moment des faits : Colonel-major, commandant des forces aériennes.

* Implication : C’est lui qui gérait le repérage des cibles de l’armée ivoirienne avec le pilote mercenaire Jean-Jacques Fuentes.

* Ses déclarations : Il ne s’est jamais exprimé devant la justice. Jean-Jacques Fuentès a cependant déclaré dans son audition le 26 octobre 2006 : « Séka est venu vers moi sur le tarmac [à Yamoussoukro] en écartant les bras et a déclaré : ‘‘ Je ne voulais pas ça ’’. Je lui ai demandé de quoi il s’agissait, il m’a regardé et est parti sans répondre. »

* Ce qu’il est devenu : Actuellement retraité, probablement en Côte d’Ivoire.

 


Laurent Gbagbo

 

 

* Fonction au moment des faits : Président de la République de Côte d’Ivoire.

* Implication : Selon la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), il aurait pu, influencé par des proches tels que Kadet Bertin Gahié, son conseiller en sécurité, être impliqué directement, (voir les différents scénarios, p. XX). Cependant, d’autres témoignages mettent en doute cette hypothèse, comme celui du général Poncet.

* Ses déclarations : Le jour de l’opération, Laurent Gbagbo affirme avoir été prévenu par Mathias Doué : « Mon chef d’état-major […] m’informe qu’un bombardement aérien s’est produit et qu’un Français est mort à Bouaké. Je lui demande un rapport écrit. » Ce sont finalement les ambassadeurs français et américain qui lui annoncent le bilan définitif. Sur les causes du bombardement, Gbagbo déclare à la juge d’instruction Sabine Kheris, le 28 avril 2014 : « Je n’ai jamais su, mais je pense que Poncet le sait. Je pense que Doué sait quelque chose aussi. D’ailleurs, il a fui le pays quand il a été suspendu […]. Il n’est revenu qu’en avril 2011 avec Ouattara, après mon arrestation. »

* Ce qu’il est devenu : Battu par Alassane Ouattara et chassé du pouvoir par la force en 2011, il attend son jugement à la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité en relation avec la crise post-électorale.

 


Gildas Le Lidec

 

 

* Fonction au moment des faits : Ambassadeur de France en Côte d’Ivoire.

* Implication : Il affirme avoir été tenu à l’écart de la décision de destruction de l’aviation ivoirienne après le bombardement.

* Ses déclarations : Il estime que Laurent Gbagbo n’était pas au courant des événements à venir à Bouaké. Lorsque ce dernier le reçoit au palais présidentiel le lendemain du bombardement, il « est dans un état incroyable, il est livide, il tremble. Il n’est pas du tout dans son assiette », raconte-t-il. Le Lidec propose alors une hypothèse : « Le général Mangou ou les chefs militaires de son armée, constatant qu’ils ne réussiraient pas l’offensive contre les pro-Ouattara, auraient préféré s’en prendre aux Français en faisant ainsi une opération de diversion pour cacher leur défaite… » Enfin, selon lui, la relation entre Gbagbo et Chirac aurait accentué le problème : « Il existait un vrai problème de communication entre les deux hommes. L’histoire aurait été différente si Chirac avait davantage échangé avec Gbagbo, qui n’était pas antifrançais, contrairement à ce que l’on disait. »

* Ce qu’il est devenu : Il a continué sa carrière d’ambassadeur, successivement en poste au Japon, à Madagascar et en Thaïlande. Il a pris sa retraite depuis.

 


Michel de Bonnecorse

 

 

* Fonction au moment des faits : Conseiller Afrique du président de la République française.

* Implication : Chef de la cellule Afrique de l’Élysée, il a suivi au jour le jour les événements ivoiriens.

* Ses déclarations : Au sujet de la libération des pilotes biélorusses arrêtés au Togo, devant la juge Sabine Khéris le 13 avril 2015 : « C’est une affaire qui ne nous a pas été signalée à l’Elysée, […] sinon nous aurions sans doute demander à récupérer ces pilotes. » Et d’ajouter, à la question de savoir qui a donné l’ordre de ne rien faire au sujet des Biélorusses, finalement expulsés du Togo : « Ça peut être un directeur de cabinet à l’Intérieur, à la Défense ou au ministère des Affaires étrangères.»

* Ce qu’il est devenu : Passé dans le privé en 2009, dans le secteur du transport maritime, il est aujourd’hui retraité.

 


Robert Montoya

 

 

* Fonction au moment des faits : Ex-gendarme de la cellule antiterroriste de l’Élysée reconverti dans le négoce des armes à partir du Togo et en lien avec la Biélorussie, il était conseiller spécial du président Laurent Gbagbo.

* Implication : Il a vendu à la Côte d’Ivoire les deux Sukhoi impliqués dans le bombardement, comme il le confirme dans une déposition faite devant la justice togolaise le 4 janvier 2006. Il aurait également permis l’exfiltration depuis la Côte d’Ivoire vers le Togo et via sa secrétaire, Gallyna Nesterenko, des Biélorusses impliqués dans le bombardement de Bouaké.

* Ses déclarations : Il affirme que sa secrétaire a simplement servi de traductrice entre les inculpés et la police togolaise.

* Ce qu’il est devenu : Il continue de mener ses différentes activités depuis le Togo.

 


Jean-Jacques Fuentès

* Fonction au moment des faits : Pilote et mercenaire, il travaillait régulièrement pour les FANCI, en liaison avec le colonel-major Édouard Séka Yapo.

* Implication : Il participait à la partie aérienne de l’opération Dignité, qui avait pour objectif de reprendre la ville de Bouaké aux rebelles.

* Ses déclarations : « On mettait tout en place pour reprendre la ville de Bouaké et monter la contre-offensive afin de chasser les rebelles. Tout s’est déroulé pratiquement selon les plans, sauf ce fameux après-midi où les pilotes biélorusses ainsi que les deux pilotes ivoiriens auraient bombardé le lycée Descartes », a-t-il déclaré lors de son audition le 26 octobre 2006. Il a également affirmé que le lieutenant Patrice Oueï avait reçu, en sa présence, un appel d’une source française qui lui aurait transmis les coordonnées du camp Descartes, précisément d’un gymnase où devait se tenir une réunion de chefs rebelles. Il précise que le colonel Mangou aurait demandé une vérification de la cible, mais que celle-ci n’a finalement pas été effectuée à cause “de la guerre des petits chefs”, parmi lesquels Patrice Oueï.

 


Général Mathias Doué

 

 

* Fonction au moment des faits : Chef d’état-major de Laurent Gbagbo.

* Implication : C’est lui qui informe le président ivoirien du bombardement.

* Ses déclarations : Il ne s’est jamais exprimé devant la justice.

* Ce qu’il est devenu : Jugé responsable de l’échec de l’opération Dignité, il est limogé le 13 novembre 2004. Il disparaît ensuite et est accusé à plusieurs reprises de chercher à renverser Gbagbo. Rentré à Abidjan après l’élection d’Alassane Ouattara, il y passe sa retraite, jusqu’à son d (...)

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