Plateau : Le maire Akossi Bendjo cité dans une affaire d'évasion fiscale

  • Source: linfodrome.com
  • Date: mer. 23 mai 2018
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West AFrica leaks. C'est les nouvelles révélations faites par les journalistes ouest-africains réunis au sein de la Cellule Norbert Zongo pour le Journalisme d'investigation en Afrique de l'ouest (Cenozo) sur des paradis fiscaux que détiendrait plusieurs personnalités de la sous-région. Au nombre des accusés, l'actuel maire du Plateau, Noel Akossi Bendjo cité dans une affaire de plusieurs milliards de F Cfa.

L’actuel maire du Plateau, Noël Akossi Bendjo, a créé depuis 1997 une société dans un paradis fiscal, le Bahamas. Mais pour ne pas apparaitre officiellement comme le propriétaire, il a mis en place un montage opaque et de dissimulation, avec l’aide du cabinet d’avocat Mossack Fonseca, spécialisée dans la création de sociétés offshores. 

Secrétaire exécutif du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci, parti membre de la coalition RHDP au pouvoir), président du Conseil d’administration de Société ivoirienne de raffinage (SIR) jusqu’en mars 2018, maire depuis 2001 du Plateau (le centre des affaires de la capitale économique de la Côte d’Ivoire, Abidjan)…, Noël Honoré Charles Akossi Bendjo n’est pas seulement un homme politique de premier plan. Il est aussi un homme d’affaires. Et dans le business, le profit maximum reste le leitmotiv.

Pour ce faire, cet ingénieur en génie chimique de 67 ans s’est orienté vers les Bahamas, l’un de ces territoires où la fiscalité est quasi-inexistante et l’anonymat est garanti pour les véritables propriétaires de sociétés créées.Pourquoi s’est-il exilé dans ce paradis fiscal ?

Grâce à une enquête réalisée dans le cadre du projet « West Africa Leaks », la plus vaste collaboration de journalistes de l’Afrique de l’ouest (regroupant 13 journalistes de 11 pays) avec la Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) et la Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’ouest (Cenozo), plus de 27,5 millions de documents confidentiels ont été exploités.

Il ressort que Noël Akossi Bendjo a créé depuis 1997 une société dans un paradis fiscal, les Bahamas. Mais selon les documents en notre possession, pour ne pas apparaitre officiellement sur certains documents, le maire de la commune du Plateau (Abidjan) a utilisé un montage opaque, ainsi qu’une société écran avec l’aide du cabinet d’avocat Mossack Fonseca (Mossfon).

Bendjo sollicite ce cabinet d’avocats spécialisé dans la création et l’administration de sociétés offshores et qui a ses bureaux partout dans le monde : Royaume Uni, Etats-Unis, Hong-Kong, Luxembourg, Singapour, Emirats Arabes Unis, Brésil, Bahamas... Le 18 mars 1997, alors qu’il était nommé cette année-là directeur général de Société ivoirienne de raffinage (SIR, une entreprise publique), il crée la société Benath Company Limited.

La société sera alors enregistrée par Mossack Fonseca et sera domiciliée au siège de ce cabinet d’avocats aux Bahamas, comme c’est le cas pour la plupart de nombreuses sociétés offshores. Mais Mark Elliott (domicilié à Londres) est alors désigné comme « premier directeur » de cette société offshore d’un capital de 5 000 dollars (environ 3 millions de francs Cfa).

Ce dernier, comme le montre nos documents, semble n’être qu’un homme de paille afin de dissimuler l’identité de la véritable personne qui se cache derrière cette entreprise : Akossi Bendjo. Pour résumer, la société Benath Company a son siège aux Bahamas, dispose d’un directeur résidant à Londres et son deteneur d'actions se trouvant lui à Abidjan

Les sociétés offshores peuvent être légales mais se trouvent être en même temps au cœur d’un vaste système de dissimulation. En effet, leurs propriétaires cherchent bien souvent à dissimuler l’argent sale ou à échapper au fisc. En clair, les individus et entreprises sollicitent en général les paradis fiscaux pour éviter de payer davantage d’impôts dans leur pays ou là ils réalisent des activités. Par exemple : entre 1998 et 2015, Benath Company a payé entre 300 et 600 dollars annuels à l’administration fiscale du Bahamas.

Pour l’administration de la société, un « second directeur » est nommé. Ainsi, dès sa création en 1997, Benath Company LTD est co-dirigé par Kouakou Yao Auguste Haccandy, un ivoirien domicilié à Abidjan. Interrogé par Eburnie Today, ce dernier, également conseiller municipal au Plateau, affirme qu’il ne sait pas à qui appartient Benath Company. Il soutient que c’est Mark Elliott, qui lui a été « présenté par les amis de la SIR à l’époque, Bendjo et autres », qui l’a contacté et lui a donné un mandat. « C’est lui le dirigeant de la structure. Et moi il m’a donné un mandat de représentation pour la Côte d’Ivoire. Donc je ne suis pas le dirigeant de Benath International. J’ai eu un mandat pour les représenter en Côte d’Ivoire, de rechercher des marchés pour eux », défend-il. Un choix qui ne s’est pas fait au hasard. Ce cadre financier était un homme d’affaires.

Pourtant, selon les documents internes du cabinet Mossfon consultés, le capital de Benath Company est libellé en actions au porteur (bearer shares). Et l’on constate que l’actuel maire du Plateau détient 100% des actions de cette entreprise. Seulement, il ne souhaitait apparaitre nulle part : un anonymat qui peut lui permettre de réaliser des opérations sans laisser de traces.

En plus, selon des documents datés du 18 mars 1997, Elliott et Haccandy ont été nommés comme les premiers administrateurs de la société, et doivent « servir comme tels jusqu'à ce que leur (s) successeur (s) aient été élus ou jusqu'à leur démission ou révocation ». En clair, ils sont des prête-noms - appelés dans le jargon, les nominees ou nominee directors – qui apparaissent comme les gérants officiels de la société.

Jessica Ebrard, coordonnatrice anti-blanchement à l’ONG Transparency International, interrogée par ICIJ, décrypte cette pratique : « Les administrateurs nominés et les « actions au porteur » obscurcissent la réalité de qui opère réellement ou bénéficie de l’entreprise. En effet, ils sont enregistrés comme les propriétaires légaux d’un actif sans réellement posséder le droit de jouir de ses avantages. Les administrateurs mandataires et les « actions au porteur » sont utilisés avec des structures d’entreprise complexes et opaques mises en place dans différentes juridictions, ce qui permet de cacher facilement les propriétaires bénéficiaires de la société ».

Mais la volonté de renforcer davantage l’anonymat est claire. Les dirigeants délivrent en outre toutes les parts de la société à un intermédiaire de façade. « SCP B. Claver est maintenant propriétaire de 100% des actions de Benath Company Ltd. », mentionne le procès-verbal d’une réunion en date du 4 juillet 2005. « Benath me dit : ‘’je t’ai donné un mandat, en vertu de ce mandat, signe que je cède mes parts à SCP B. Claver’’, moi je signe », fait valoir Haccandy, qui affirme ne pas connaitre cette société.

En tout cas, cette opération s’appelle le shareholding. Cet actionnaire intermédiaire (nominee shareholder) est en réalité une société écran pour Benath Company auprès de Mossack Fonseca. Ce procédé permet aux véritables propriétaires de ne pas être démasqués. C’est une couche supplémentaire de protection.

La méthode est classique. Après avoir servi d’intermédiaire, Mark Elliott « a présenté sa démission » de la société lors d’une réunion des directeurs le 10 mai 2001 à Abidjan (Côte d’Ivoire), révèle le procès-verbal de cette rencontre. Deux ivoiriens sont officiellement aux commandes de Benath Company : Kouakou Yao Auguste Haccandy et Serge Mobio. Ce dernier fait son entrée dans l’entreprise avec 1% des parts contre… 99% des parts pour Noël Akossi Bendjo.

« Je ne suis pas actionnaire », a néanmoins rejeté l’actuel maire du Plateau répondant à nos questions le18 mai après plus d’un mois de demande d’interview et de nombreuses relances. « Les documents scellés sont chez le notaire aux Bahamas. Je suis administrateur » depuis 2014, fait valoir le Secrétaire exécutif du Pdci en charge de la mobilisation, numéro 3 du parti.

Benath Company a fait des affaires sur les bords de la lagune Ebrié. Auguste Haccandy assure que cette société offshore a « fait une affaire en Côte d’Ivoire avec un capital de 80 millions [de francs Cfa] : la société qui a été créée, qui est Klenzi, la seule » - Klenzi est créée en 1998. Mais, quand on lui rappelle plus tard l’investissement dans la Société de Tuyauterie et de chaudronnerie d’Abidjan (STCA), il se reprend : « Benath a fait deux affaires en Côte d’Ivoire par moi ».

D’abord, Haccandy déclare – il nous a reçus deux fois dans son bureau au Plateau - que les actionnaires de Klenzi Distribution sont Jean Yoou Dogo (actuel vice-président du Conseil régional du Sud-Comoé - Aboisso), lui-même (avec 9% des actions), et Benath Company, l’actionnaire majoritaire avec des parts « de l’ordre de 60% ». Mais ses parts retombent à 1,2% lorsque le capital de la société est ensuite relevé à 774 millions de francs Cfa. En 2010, Klenzi a créé un Groupement d’intérêt économique (GIE) avec la société BEN & CO au Mali pour l’approvisionnement en carburant de la mine d’or de Tongon, dans le nord de la Côte d’Ivoire.

Par ailleurs, se souvient Haccandy, après « plus d’un an » de négociation qui a abouti à la « mi-2014 », Afriquia, filiale du groupe énergétique marocain Akwa group, prend le contrôle de Klenzi Distribution dont la vente a été motivée par sa faillite. Afriquia a acquis 80% du capital du distributeur ivoirien de produits pétroliers. Montant de l’opération, selon Le Monde : 6,9 millions d’euros (plus de 4,5 milliards de francs Cfa) pour l’achat d’une quinzaine de stations-service.

Mais en prenant en compte les actifs et les passifs, le rachat aurait rapporté moins aux actionnaires. « C’est en dessous de 2 milliards qu’ils ont payé globalement. Donc quand j’entends les 4,5 milliards et tout ça… C’est en dessous de 2 milliards », assure Haccandy. Réponse de Bendjo - qui a « signé » l’acte de cession de Klenzi pour le compte de Benath Company, selon Haccandy - sur le montant de ce rachat : « Je ne sais pas ».

Les actionnaires ont-ils perçu l’argent de ce rachat ? « C’est des choses qui se font chez notaire. Ils [les marocains qui ont acheté Klenzi] ont vir& (...)

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