« Nous serons rentables à partir de 2018 » : René Décurey, Directeur général d'Air Côte d'Ivoire

  • Source: jeuneafrique.com
  • Date: vend. 28 juil. 2017
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La compagnie établie à Abidjan renouvelle sa flotte et prévoit une desserte quotidienne pour chacune de ses destinations. Malgré la concurrence régionale, son directeur entrevoit les premiers bénéfices.

Avec 850 000 passagers prévus en 2017, contre 250 000 en 2013, le succès d’Air Côte d’Ivoire parle de lui-même. Alors qu’elle s’apprête à recevoir, le 17 juillet, le premier de ses cinq nouveaux Airbus à Toulouse, Air Côte d’Ivoire continue de mener pas à pas sa stratégie qui doit en faire un acteur incontournable pour toute l’Afrique de l’Ouest. Fin juin, en marge du salon du Bourget, où il a rencontré les constructeurs Airbus et Bombardier ainsi que ses sous-traitants, René Décurey, le directeur général d’Air Côte d’Ivoire depuis sa création en 2012, s’est confié à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Vous avez connu un taux de croissance du trafic de 19 % en 2016. À quoi attribuez-vous le succès rapide d’Air Côte d’Ivoire alors que tant d’autres compagnies africaines ont disparu ?

René Décurey : La sous-capitalisation a été fatale à beaucoup d’opérateurs du continent. L’État ivoirien [actionnaire à 55,8 %] nous a permis de disposer de moyens importants sans trop interférer dans notre gestion.

Nous avons un autre avantage, c’est que le président de la compagnie, Abdoulaye Coulibaly, a aussi la casquette de président de l’aéroport d’Abidjan. Ainsi, l’aéroport est à l’écoute de la compagnie aérienne et pas le contraire. Ils ont compris que nous avions une stratégie de hub et nous ont accompagnés dans cette démarche.

L’aéroport d’Abidjan mène actuellement des travaux d’agrandissement. Quel avantage cela représente-t‑il pour vous ?

Pour la direction de l’aéroport, il ne s’agit pas tant de développer un hub que d’attirer le maximum de compagnies. Mais Air Côte d’Ivoire lui fournit 46 % de son trafic. Nous rencontrons à chaque fois les opérateurs qui souhaitent atterrir à Abidjan pour voir quelles sont les opportunités de collaboration, afin que l’on puisse répartir les passagers dans la sous-région et opérer une meilleure connectivité. On travaille actuellement avec Air France, notre partenaire stratégique [qui détient 10,8 % du capital d’Air Côte d’Ivoire], sur la question de l’harmonisation, de la continuation entre nos vols et les leurs.

Dans quels pays envisagez-vous d’étendre votre offre ?

Nous allons d’abord augmenter nos fréquences sans ouvrir de nouvelles destinations, car notre stratégie consiste à bâtir un hub régional, pas à lancer des long-courriers vers l’Europe. Notre objectif d’ici cinq ans, c’est d’être la compagnie la plus importante d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.

Pour cela, notre priorité consiste à passer à un vol quotidien sur chaque destination. Le marché l’exige, même dans des pays qui sont pour l’instant victimes de crises politique ou pétrolière comme le Congo, le Gabon ou le Tchad. Ce sera pour nous un véritable défi. Il faut tenir compte de dynamiques qui changent en permanence. Quand on a commencé nos opérations en 2012, l’Afrique centrale était extrêmement forte.

Air France a fait d’Air Côte d’Ivoire sa tête de pont en Afrique de l’Ouest. Cela vous empêche-t‑il d’établir d’autres partenariats ?

Air France nous aide à nous positionner comme la compagnie régionale de référence pour distribuer son trafic en Afrique. On ne voit aucune objection à nouer des accords semblables avec d’autres compagnies, qui nous permettraient d’avoir des taux de remplissage de nos vols plus importants et une meilleure rentabilité.

Air France a aussi annoncé en mars son intention de participer à votre augmentation de capital. Comment celle-ci avance-t‑elle ?

Notre capital passera de 63 à 130 milliards de F CFA [de 96 à 198 millions d’euros]. Tous les actionnaires ont suivi : Air France, la Banque africaine de développement et la Banque ouest-africaine de développement, qui a participé à hauteur de 5,319 milliards de F CFA, les investisseurs privés… Ces nouveaux moyens serviront à renouveler notre flotte. Nous réceptionnerons d’ailleurs le 17 juillet le premier des cinq Airbus A320 que nous avons commandés. Il ne s’agit pas d’un accroissement de la flotte, chaque avion neuf viendra en remplacement d’un ancien.

Cette augmentation de capital vous servira aussi à investir dans la formation…

Effectivement, nous entendons former des pilotes et des mécaniciens. Nos techniciens ont en moyenne 55 ans. Aujourd’hui, quand un technicien africain est formé en Europe, il y reste ! Notre ambition et celle de l’Institut national polytechnique Félix-Houphouët-Boigny, avec lequel nous avons monté un centre, n’est pas de former seulement les pilotes d’Air Côte d’Ivoire mais également ceux de toute la sous-région.

Grâce à cette main-d’œuvre et à notre hangar de maintenance, dont les travaux pourraient démarrer dès 2018, nous pourrons assurer le suivi complet d’un avion. Aujourd’hui, quand un appareil tombe en panne, on doit faire venir la pièce d’Europe, ce qui le cloue au sol toute une journée.

"Aujourd’hui, quand un technicien est formé en Europe, il y reste !"

Vous investissez beaucoup. Pour autant, la compagnie n’est pas encore rentable…

On arrivera à 100 milliards de F CFA de chiffre d’affaires fin (...)

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