Attaques djihadistes au sud-Mali / Un officier malien révèle : « Des ex-combattants ivoiriens annoncés parmi les terroristes » - Le témoignage d'un sous-préfet malien


(Photo d'archives)
  • Source: L'Inter
  • Date: jeu. 23 juil. 2015
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Samedi 4 juillet 2015. Il est précisément 12h49mn quand nous mettons les pieds à Fakola, sous un soleil de plomb. Commune rurale du Mali située à 27 kilomètres au sud de la frontière ivoiro-malienne et à 45 km de la ville ivoirienne de Tengrela, Fakola a été attaquée dans la matinée du dimanche 28 juin 2015 par des combattants djihadistes se réclamant du mouvement Ansar Dine.

A l'entrée sud de ce gros bourg situé à environ 300 km de Bamako, la capitale malienne, rien n'indique au visiteur qu'il y a eu une incursion de présumés djihadistes sur les lieux, il y a moins d'une semaine. Mais, au fur et à mesure que nous avançons au cœur de la localité, nous constatons qu'il s'y est passé bien de choses. La vie est, en effet, au ralentie depuis le passage des combattants d'Ançar Dine. La preuve, plusieurs magasins, en cette mi-journée, restent encore fermés. Sous la canicule, les quelques commerçants, qui ont décidé de braver la chaleur et la peur, jettent à notre endroit des regards curieux. Ici, les gens se connaissent presque tous. Donc, la présence d'une personne étrangère est tout de suite remarquée. Dans cette psychose généralisée sur l'unique voie principale de la localité, nous traversons le marché sur notre moto-taxi et marquons un arrêt au niveau d'une vendeuse de lait de vache. Pour établir la conversation, nous nous improvisons en client et tendons un billet neuf de 1000F Cfa à la dame pour l'achat de lait. A la vue de ce billet, le visage de la dame s'illumine comme si on lui tendait une liasse de billets de banque. Elle nous fera comprendre, toute souriante, dans les échanges, que depuis le matin elle n'a pas pu avoir le moindre sou. Nous sommes, donc, le seul client qui lui permettra de ne pas rentrer avec la bourse vide à la maison après avoir bravé toute la canicule et la frayeur d'une éventuelle attaque de djihadistes non loin de la localité, selon elle. «Depuis que notre village a été attaqué, les clients se font rares. Tous ceux qui avaient réussi à fuir le village, ne sont pas retournés. Ceux qui sont revenus aussi, sont sur leur garde. Majoritairement, ils préfèrent rester devant leurs portes. Il est donc difficile depuis lors de faire de bonnes affaires. Rentrer à la maison avec même 500 F est un exploit, un don d'Allah», nous explique-t-elle. «La preuve, le marché est quasi-vide. Plus rien ne marche. De gros acheteurs que sont les orpailleurs clandestins, ont fui avec l'arrivée de nos militaires et leur présence tout le long de la forêt de Sama», ajoute-t-elle. Nous tenons là, une opportunité d'en savoir davantage sur les circonstances de l'incursion de présumés djihadistes la semaine dernière, et leur impact sur le quotidien des populations. Nous en profitons pour enchaîner les questions. A cœur joie, notre bonne dame, nez et oreilles ornés de boucles en étoffes de fil et de métal, se lâche. On apprend des échanges que c'est tôt le matin, précisément aux alentours de 6h, ce dimanche 28 juin, que des hommes armés, se réclamant du mouvement djihadiste Ançar Dine, ont pris le contrôle des lieux.

 

La marque Ansar Dine

Pour corroborer ses propos, elle affirme que les assaillants ont laissé leur signature à la mairie. Dans l'enceinte de cette administration, ils avaient dressé un drapeau noir sur lequel était écrit ''Ançar Dine Sud''. Un message clair pour signifier leur appartenance au groupe terroriste malien ''Ansar Dine'' sévissant au Nord. Ce mouvement djihadiste compte, depuis peu, s'installer dans le Sud du Mali. Notre source a ajouté que les combattants djihadistes, qui ont assiégé Fakola, ont brûlé un véhicule des forces de sécurité maliennes et saccagé la sous-préfecture avant de s'attaquer au camp de gendarmerie, des Eaux et forêts et aux locaux de la mairie. «Ils étaient enturbannés. Ils avaient un drapeau noir et scandaient des versets du Coran. Ils ont d'abord attaqué le camp de la gendarmerie et ensuite le camp militaire où, selon ce qui nous a été rapporté par la suite, ils ont brûlé un véhicule de l'armée et saccagé le siège de la sous-préfecture», a-t-elle relaté. Après ces informations, elle nous indique les bureaux et la résidence du sous-préfet tout en prenant le soin d'ajouter qu'il n'est pas évident de le trouver sur place, sans l'avoir prévenu auparavant. «Je constate bien que vous êtes des étrangers. On se méfie beaucoup des gens qu'on ne connaît pas. On a peur. Tout le monde a peur y compris le sous-préfet. Son bureau a été attaqué et détruit. C'est parce que vous avez fait beaucoup d'achat et que vous ne présentez aucun signe visible de militantisme à Ançar Dine, que je me suis ouverte à vous sinon, je ne vous aurais rien dit. Sur place, vous verrez, les gens vont vous tourner en rond parce qu'ils ne vous connaissent pas. Ici, les habitudes ont changé radicalement. Pas question de montrer chez quelqu'un quand on ne te connaît pas. Si vous ne faites pas attention, votre présence sera immédiatement signalée», nous averti notre interlocutrice. Quoique prévenu, nous laissons notre guide et la commerçante et nous nous rendons à pieds à la résidence de l'administrateur civil pour y faire viser notre ordre de mission. Mais, comme prédit par notre informatrice, le maître des lieux n'est effectivement pas en place. Du moins, c'est ce qui nous est rapporté par ceux que nous trouvons sur les lieux. Des jeunes gens très méfiants qui demandent à savoir le mobile de notre présence avant de nous dire quoi que ce soit. Nous déclinons notre identité. Puis, nous leur signifions notre désir de présenter nos civilités au sous-préfet pour bénéficier de sa protection afin de continuer notre mission. L'un de nos interlocuteurs passe quelques coups de fil. Au terme des échanges, il indique que l'autorité venait de quitter Fakola et qu'il était au regret de ne pouvoir nous recevoir. Peiné, nous rebroussons chemin. Cette fois, nous mettons le cap sur la résidence du maire. Autre lieu, même résultat. Ici aussi, point de maître des lieux. On nous apprend que le maire est en mission hors de la ville. Sur les différents trajets, le constat est saisissant. Personne ne veut nous dire mot. Peur panique oblige. De retour, plus de 30 mn plus tard, notre commerçante, informée de notre infortune, dit nous avoir prévenu. Après des hésitations, elle nous donne le contact de l'un des jeunes leaders de Fakola, présent lors de l'arrivée des djihadistes. A l'en croire, ce dernier aurait été de ceux qui ont sensibilisé les populations à ne manifester aucun signe d'hostilité vis-à-vis des assaillants pour éviter des exécutions sommaires. «Quand ils ont pris la ville, les djihadistes ont fait un prêche dans lequel ils ont déclaré n'être pas venus s'attaquer aux populations, mais, qu'ils sont plutôt aux trousses des porteurs d'uniforme (treillis) et les serviteurs de l'État malien. Ils ont déclaré être venus combattre les ennemis de l'islam. Ils ont parlé. Personne n'a riposté parce que ce jeune-là et ses camarades nous avaient, par avance, enjoint de garder notre calme et que si nous ne pouvions pas le faire, de quitter Fakola. Je pense que lui pourra t'informer plus que moi», a-t-elle signifié. Joint au téléphone par la vendeuse de lait, ce jeune leader dont nous gardons volontiers l'identité, a accepté de se prêter à nos questions.

 

Pourquoi Fakola est tombé facilement

De notre entretien, on retiendra, au titre des dégâts laissés par les djihadistes assimilés à des terroristes, que ce sont les infrastructures de sécurité et de l'administration de ce village du cercle administratif de Kolondiéba et de la région de Sikasso qui ont été visés et détruits. «Les djihadistes sont venus par groupes de dix en voiture et par groupes de deux à moto. Ils ont pris d'assaut les principaux points d'entrée et de sortie du village. Notamment le côté sud, qui part à la forêt de Sama près de la frontière Sud avec la Côte d'Ivoire au côté Nord qui mène à la ville ivoirienne de Samatiguila. Par la suite, ils se sont attaqués aux symboles de l'Etat, à savoir la sous-préfecture, la base du détachement de la gendarmerie et la mairie. Mais, ils n'ont rencontré aucune résistance tout simplement parce que tous les éléments du détachement de la gendarmerie et ceux commis à la surveillance de la sous-préfecture avaient fui. Des habitants ont fait de même. Et aujourd'hui, la plupart de ceux qui sont revenus, restent toujours angoissés et apeurés», a-t-il confié.

 

Forêt de Sama, Sokourani, le gîte des djihadistes 

Revenant sur l'état d'esprit des populations qui n'est toujours pas à la sérénité, en dépit du dispositif impressionnant de sécurité déployé dans la zone (surtout dans le village de Sama, théâtre des opérations où sont déployés des blindés et des centaines d'hommes armés jusqu'aux dents), le jeune leader explique que les combattants djihadistes se sont retranchés dans la forêt frontalière entre la Côte d'Ivoire et le Mali. Il s'agit d'une forêt qui s'étend de Sama à Soromana, côté malien, et de Fafala (région de la Bagoué) et Mahandjana (région du Kabadougou) en territoire ivoirien. «L'attaque de notre village était prévisible, puisque les habitants de Sama, qui est un village voisin avec votre pays (la Côte d'Ivoire) avaient tiré la sonnette d'alarme par rapport à la présence des djihadistes dans cette forêt frontalière. Selon les informations recueilles après l'attaque, ils ont même fait un rapport détaillé adressé aux autorités maliennes sur leur présence dans cette zone. Même le Procureur de Sikasso a eu copie du rapport. Nos autorités militaires n'ont pas vite pris la mesure du danger et ce qu'on a redouest arrivé. Les assaillants sont encore présents là où ils sont sortis pour mener l'attaque», est-il convaincu. Comme notre interlocuteur, de nombreux habitants de Fakola demeurent encore dans la hantise d'une nouvelle attaque djihadiste. Outre la présence des djihadistes dans la forêt de Sama, notre informateur a révélé qu'un autre groupe s'est dirigé vers Sokourani. Cette localité, dira-t-il, «est un fief d'intégristes religieux situé dans le cercle de Kolondiéba dont fait partie notre village (Fakola). Comprenez dès lors que les populations ne peuvent pas être sereines. Elles ont peur et restent sur leur garde. C'est une peur légitime», apprécie-t-il. Au terme de l'entretien avec ce leader de la jeunesse de Fakola, qui avait été attaquée 24 heures après Nara, dans la région de Koulikoro, et plus d'une semaine après Misséni également proche de la frontière ivoirienne, nous nous dirigeons vers le domicile de l'imam de Fakola. Sur notre route, au niveau du marché, à moins de 30 mètres, nous apercevons notre guide aux mains des gendarmes maliens.

 

7 heures dans l'enfer malien 

Ceux qui le détiennent nous aperçoivent au même moment. Flairant le danger, nous entrons dans un magasin de portable pour y simuler l'achat d'un appareil photo. Mais, sans se laisser distraire, ces gendarmes, visiblement lancée à nos trousses, vont boucler tout le périmètre. Fouillant tous les magasins avec notre guide pour nous identifier. A preuve une fois dans le magasin dans lequel nous nous trouvions, ce dernier nous désigne, et sans aucune forme de procédure, l'un des gendarmes pointe son arme (un pistolet automatique) sur notre tempe. Nous sommes mis aux arrêts. Bien que nous présentons tous nos documents, (carte de presse, ordre de mission, etc), l'agent reste intraitable et menace même de nous abattre si nous opposons une quelconque résistance. En route à destination de la brigade de gendarmerie, à moins de 20 mètres, nous dépassons la mairie. L'une des structures de l'État touchée par les djihadistes sur leur passage. Depuis notre position, nous apercevons le portail défoncé. Cette ouverture permet à tout visiteur de voir des portes des bureaux saccagés par les assaillants. Moins de 5 minutes plus tard, nous sommes sur les ruines du poste de gendarmerie. Il ne reste plus rien. Tout a été détruit par les obus que les djihadistes y ont jetés. Des pans du mur, qui ont résisté, sont totalement dénudés et décoiffés, noircis par le feu. Preuve visible de l'antipathie qui anime les djihadistes vis-à-vis des soldats maliens. Tout le bois de la charpente, ou encore la porte d'accès et les fenêtres ont été réduits en cendres. Les tôles déchiquetées et éparpillées cà et là, portent encore les stigmates des tirs djihadistes qui ont visé ce service de l'armée malienne. C'est un arbre à proximité de ce poste totalement incendié qui fait désormais office de brigade. C'est à l'ombre de cet arbre que le chef du peloton va passer le message de notre arrestation. Son rapport à différentes unités sur le terrain pour barrer la route aux djihadistes est sentencieux et sans appel. Il ne nous présente, ni comme un présumé djihadiste, ni comme un collaborateur de mouvement islamiste, mais comme un djihadiste tout court. Morceaux choisis: «Mes éléments et moi venons d'appréhender deux djihadistes venus de Côte d'Ivoire. L'un se dit journaliste sans l'autorisation du ministre de l'Administration du Territoire et le second prétend être moto-taxi». Puis d (...)

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