Exploitation minière à Hiré : Des populations sur le pied de guerre - Les responsables de Newcrest crachent leur vérité


(Photo d'archives)
  • Source: Linfodrome.com
  • Date: vend. 27 mars 2015
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Désillusion, désolation, frustration et colère. Tels sont les sentiments qui animent des populations de Hiré (244 km d'Abidjan) que nous avons rencontrées, du 2 au 5 mars 2015. Révoltées parce que se sentant à la fois roulées dans la farine par la société minière Newcrest et laissées pour -compte par l'Etat de Côte d'Ivoire, ces populations sont désormais prêtes à en découvre. Hiré, une véritable poudrière qui peut exploser à tout moment…

Hiré, la cité minière contrastant avec son aspect de vieille ville, poussiéreuse, dotée d'une seule artère bitumée, laisse apparaître des nids de poule qui obligent les automobilistes et les nombreux motocyclistes à zigzaguer. Le plus frappant, pour le visiteur, c'est le manque criant d'eau. En sus, la population, à majorité paysanne, est « en chômage » du fait de l'exploitation des gisements d'or dans cette localité. Et, la colère s'est emparée des cœurs. Tous dénoncent l'inadéquation entre les compensations et l'ampleur de la destruction des cultures. Les taux, selon eux, sont largement en deçà des barèmes. A cela, s'ajoutent, toujours aux dires des populations, le manque de transparence qui entoure l'opération, et les paiements en monnaie de singe.

« Nous sommes mal dédommagés. Tenez, ma plantation a été détruite. J'ai 6 ha de teck, et pour tout dédommagement, on m'a remis 580.000 francs Cfa. Voici la compensation qu'on me donne pour une plantation que je perds pour toujours », dénonce Konan Akissi que nous avons rencontrée dans la cour de la sous -préfecture. Souanga Kouadio, qui disposait d'un demi-hectare de teck, a été compensé à hauteur de 200.000 francs Cfa. En un battement de paupières, nous nous retrouvons sous une avalanche de plaintes de nombreux paysans, chacun portant un grief spécifique. Pour eux, le barème appliqué au dédommagement doit être élucidé. Mieux, toutes les personnes se trouvant sur le périmètre des cinq gisements à exploiter (772 ha ) doivent être entièrement prises en compte. En outre, ils dénoncent des paiements partiels. « J'ai 3,5 ha de plantation dont 1,25 ha de cacao. La mine a construit une route qui traverse ma plantation. On m'a donné 4,7 millions de francs Cfa en me faisant croire que le gros reste à venir, mais je me rends compte que c'était une arnaque », se plaint Ernest Yao.

Quant à Eric Konan Kouassi, il a été déclaré non impacté, pourtant, il n'a plus accès à sa plantation. Ce planteur pose ensuite la problématique du nouveau code minier et son application. Des plaignants mettent également à nu des paiements sans certificats de compensation. « Sans m'avoir dit le montant de ma compensation, on a pris mon doigt, on l'a trempé dans l'encre et on l'a apposé sur le papier à trois reprises. Puis, on m'a donné 225.000 francs Cfa dans une enveloppe et on m' a dit de partir. C'est tout. On ne m'a rien expliqué », souligne Kouadio Adjoua. A Bouakako (environ 4 km de Hiré), c'est la colère généralisée. Emmanuel Koffi N'Guessan, chef du village et propriétaire terrien de Hiré ne cache pas son amertume. « La mine est arrivée ici grâce à l'État de Côte d'Ivoire. Hormis le préau qui a été construit, aucune autre infrastructure à caractère social n'a été faite pour notre bénéfice », déplore-t-il.

Félix Badou Kacou, notable renchérit en indiquant que rien de concret n'a été fait pour cette population. « Quand une mine s'installe quelque part, en compensation des terres qui seront à jamais perdues du fait de l'exploitation, les populations bénéficient de retombées. Mais, dans notre cas, Newcrest n'a rien fait pour nous. Alors qu'à moins de 10 Km, une autre mine est installée à Agbaou, mais là- bas, les choses se passent autrement. Les populations sont à l'aise. Le pied de teck détruit est compensé à 10.000 francs Cfa, quand chez nous, c'est 1500 francs. Pourquoi font-ils cela ? », interroge-t-il, la gorge nouée.

 

Réparer le dommage causé

Une autre situation qui fâche davantage les propriétaires terriens de Hiré, c'est que cette société minière a commencé à exploiter le premier des cinq gisements de Hiré, sans avoir sacrifié au rituel de la libation. « Ils foulent au pied nos traditions et bafouent nos valeurs, et ce qui fait notre dignité. Et cela, nous ne pouvons l'accepter », martèle-t-il. Il fait en sus remarquer que très peu de jeunes du village ont été recrutés pour travailler à la mine. Une injustice de trop. D'ailleurs, ces propriétaires terriens ne comptent pas faire passer cette situation par perte et profit. Un comité de rédaction d'un livre blanc a été mis sur pied afin de prendre le taureau par les cornes. « Le livre blanc est une compilation des besoins du village. Ce document sera assorti d'une mise en garde ferme. Des conditions à satisfaire d'abord. A prendre ou à laisser », indique Jérémie Gnamini, président de ce comité.

Pour lui, Newcrest devra d'abord réparer le dommage moral causé avant toute négociation. « On parle de destruction des terres pour un peuple agricole qui n'a pas été préparé à cela. On détruit des patrimoines entiers pour des broutilles. C'est à croire que l'État nous a abandonnés à notre sort. L'investisseur a payé 100 milliards de Fcfa à l'État, à Abidjan et c'est tout, nous avons été oubliés purement et simplement », regrette-t-il. Au sujet de la base de calcul des dédommagements, les services du ministère de l'Agriculture indiquent que leurs registres sont détenus par la société minière. «Nous ne pouvons pas renseigner les personnes qui nous approchent parce que le fichier est aux mains de Newcrest. Les copies nous sont parvenues en partie. Sinon, nous faisons ensemble l'investigation mais ce sont eux qui font les calculs », confie Mme Kady, chef de secteur du développement agricole.

Quant au révérend Emmanuel Maba, pasteur de l'Église Méthodiste Unie de Hiré, il ne passe pas par quatre chemins pour mettre à nu « la mauvaise foi » et la « méchanceté » de cette société minière. Membre de la commission de résolution des doléances sur l'acquisition et la compensation des terres du projet Hiré, ce leader religieux regrette que la compagnie minière relègue au second plan l'aspect social. « Dans les normes, quand une mine s'installe sur un territoire, elle procède à des dédommagements.

 

Application du nouveau code minier

Mais Newcrest, à Hiré, n'a pas l'oreille à cela. Elle ne regarde que ses intérêts. Elle ruse avec la population. Pour contourner les prescriptions de son cahier de charges, elle a établi quelque chose de précaire, un barème bizarre qu'elle dit avoir obtenu de manière consensuelle avec les populations. De la poudre aux yeux. Elle définit un périmètre d'exploitation de 772 ha. Mais pour ne pas dédommager les pauvres paysans, elle a fait savoir qu'elle n'exploitera que 450 ha. Du coup, elle ne prend en compte que les personnes ayant des parcelles dans cette zone. Les autres sont déclarées non impactées. On leur donne un forfait. Et puis, un matin, vous trouvez leurs machines au delà de la zone non impactée. C'est assez astucieux », se désole-t-il. Pasteur Maba note que le désintérêt que manifestent des cadres de cette région pour cette cause, est la preuve qu'il y a bien anguille sous roche. Puis d'asséner : « Un autre problème que la mine évite, c'est l'application du nouveau code minier qui a été promulgué en décembre 2014. Elle refuse d'appliquer cette loi et s'arc-boute sur des arrangements bidons qui ont été signés par des analphabètes.

Une vieille dame est venue me voir ici pour me montrer une enveloppe de 153.000 francs Cfa pour 1 ha d'hévéa détruit. C'est révoltant tout cela. Dites moi, cette mémé a quoi pour survivre ? C'est la mort assurée pour elle. Il y a des choses qu'il ne faut pas faire dans la vie», s'énerve le guide religieux. Il a encore évoqué des cas de personnes à qui l'on a payé des sommes d'argent dérisoires au motif que sur leurs parcelles, se trouvent des « cultures pièges ». « Hiré est une poudrière qui va exploser si on n'y prend garde. Le peuple Dida est bafoué dans sa dignité. Creuser sa terre sans libation, c'est une insulte, une provocation », martèle Victor Koffi, fils de Bouakako. Candidat aux dernières législatives, M. Koffi dit avoir troqué le costume du politique contre la chemise du paysan. « Personne n'est content de cette mine. Si rien n'est fait, les jours à venir seront difficiles aussi bien pour la mine que pour nous.

Couleur sang

L'or que Newcrest exploite aura la couleur de notre sang. Quand les gens ont le dos au mur, que leur reste t-il comme alternative ? Cette situation ne peut plus durer. Si rien n'est fait, nous allons arrêter le travail. Nous l'avons déjà fait. La prochaine sera à la hauteur de la provocation de Newcrest », menace Victor Koffi, puis, il lance ce cri de détresse à l'endroit du président de la République : « M. le Président, la situation que nous vivons, ce n'est pas vous qui l'avez créée, vous l'avez trouvée. Mais, le peuple d'Hiré se meurt et vous appelle au secours ». Les populations ont également dénoncé la promiscuité entre le site d'exploitation et les habitations.

A environ 300 mètres du site dénommé « Chapelle », se trouve une école primaire : le groupe scolaire Hiré Stade 1, 2 et 3 qui compte mille enfants et 23 enseignants. « Le site est rapproché de l'école et le bruit des engins gène énormément le bon déroulement des cours. A cela, il faut ajouter la poussière en provenance du site d'exploitation. Voyez le véhicule qui est stationné sous l'arbre. Il a été garé à 7h et il est 11h. Il est tout rouge de poussière. Cela vous donne une idée de la quantité de poussière que nous respirons, les enfants et nous », soulign (...)



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