Entretien - Bombardement du camp militaire français de Bouaké en 2004 / Le procès s'ouvre le 17 mars en France : Un avocat des familles charge trois anciens ministres français


La couverture de l'ouvrage «Crimes sans châtiment», de Jean Balan.
  • Source: linfodrome.com
  • Date: sam. 01 fév. 2020
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En 2004, le camp militaire français de Bouaké, en Côte d'Ivoire, était bombardé et neuf soldats trouvaient la mort. Le 17 mars 2020, un procès doit se tenir en France. L'un des avocats des familles, Me Jean Balan, publie aux éditions Max Milo «Crimes sans châtiment», un livre à charge contre certains ministres français de l'époque.

Le 6 novembre 2004, neuf soldats français et un civil américain sont tués dans le bombardement d'une caserne de l'armée française à Bouaké, dans le centre de la Côte d'Ivoire. Le 17 mars prochain doit s'ouvrir à Paris le procès de cette affaire, les trois pilotes biélorusses et ivoirien seront jugés par contumace. Qu'est-ce qui risque de ne pas figurer dans le procès, et qu'affirme votre livre ?

L'essentiel. Les commanditaires qui ont donné l'ordre que le campement de Bouaké soit bombardé ; ça ne figurera pas au dossier parce qu'on a été empêché totalement de le savoir.

Alors cette frappe intervient trois jours après le lancement par le président Gbagbo d'une tentative de reconquête militaire du nord de la Côte d'Ivoire, et selon les autorités françaises de l'époque, selon Jacques Chirac, c'est Laurent Gbagbo qui donne l'ordre de frapper une position française à Bouaké, qu'est-ce qui vous fait penser, vous, que ce n'est pas Laurent Gbagbo ?

 Ce n'est pas moi qui le pense, c'est absolument tous les protagonistes, y compris Chirac. Même dans le dossier, il résulte totalement que, dès le début, absolument dès le début, il savait pertinemment que ce n'était pas Gbagbo qui avait donné l'ordre. Ce qui est absolument sûr, c'est que les autorités françaises du gouvernement de l'époque, ont absolument tout fait d'une manière concertée, organisée -ce n'est pas moi qui le dis, c'est la juge d'instruction qui le dit- elles ont fait en sorte que l'enquête judiciaire ne puisse pas prospérer depuis 2004, et ça a continué par la suite. Et dans ces conditions-là, on a été toujours empêché de prendre le fil pour voir qui a été le donneur d'ordre. Et Dominique de Villepin, pendant des années, parle avec son cynisme habituel, c'est-à-dire que lui ne sait rien, il ne sait même pas que la Côte d'Ivoire existe.

Dominique de Villepin ?

Voilà ! Et Michèle Alliot-Marie, avec un tissu de mensonges absolument hallucinant dès le début jusqu'à la fin, et qui changeait de mensonge, au fur et à mesure que la juge d'instruction démentait totalement ses dires. Quand on prend tant de risques, c'est qu'on veut, à aucun prix, ne pas connaître la vérité.

Ce que vous dites, c'est que si Dominique de Villepin, ministre de l'Intérieur de l'époque, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense de l'époque, et Michel Barnier, ministre des Affaires étrangères de l'époque, ne répondent pas avec franchise aux questions qui leur sont posées, c'est parce qu'ils ont quelque chose à cacher, c'est ça ?

C'est exactement ça.

Alors, ces trois anciens ministres français sont en effet en couverture de votre livre. Quelle pouvait être la manipulation française dans cette frappe de deux avions ivoiriens contre une position de l'armée française ?

 La manipulation de ces trois-là… Je ne peux pas démontrer que ce sont eux qui ont manipulé. Ce que je démontre, c'est qu'ils ont tout fait pour qu'on ne puisse pas arriver à tirer le fil. L'intérêt, il est très simple, ils voulaient se débarrasser de Gbagbo, et il fallait un prétexte à un moment donné. À la fin de mon livre, tout est clair, c'est une note approuvée par le président Chirac, écrite par son chef d'état-major Georgelin, où il est dit absolument très clairement qu'il faut expliquer à Soro et à Ouattara -Soro étant le chef des rebelles - que la meilleure manière de se débarrasser de Gbagbo, termes utilisés par eux, ce sont les élections. Donc ils avaient envisagé très clairement de se débarrasser de Gbagbo. Maintenant, si quelqu'un a sauté le pas en bombardant le camp de Bouaké tout simplement pour avoir un prétexte pour faire un coup d'État militaire, c'est un pas que je franchis, je le franchis parce que sinon il n'y a absolument aucune logique dans ce bombardement.

Donc dans cette hypothèse, il y a des faucons dans l'entourage de Jacques Chirac qui sont peut-être complices de quelques hommes dans l'état-major ivoirien pour provoquer un immense scandale autour de la mort de soldats français ;ce qui servira ensuite de prétexte à la chute de Laurent Gbagbo, c'est ça ?

 Je suis votre hypothèse qu'il y ait peut-être une certaine aide de l'état-major de Gbagbo, notamment le général Doué, mais qui est mort à l'heure actuelle, c'est une hypothèse qui peut se tenir, mais l'initiative ne venait pas des sous-fifres ivoiriens.

Vous pensez que l'initiative vient de Paris en fait ?

Je le pense, je le pense très sincèrement, mais pour répondre, vous avez dit des faucons, moi je dirai tout simplement des cons.

Simplement, c'est drôlement risqué de la part de ces faucons de mettre en danger la vie de leurs compatriotes français sur le terrain.

 Mais ce n'est pas que c'est risqué, c'est complètement imbécile, bon je ne pense pas du tout que les morts étaient prévues, l'endroit principal qui a été bomb (...)

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