Violences au campus de Cocody : Des révélations sur les étudiantes violées
Nathalie Kouakou-Tra, Amnesty Côte d'Ivoire : « Les policiers qui ont violé portaient des cagoules »
« Disons la vérité à Ouattara »


Nathalie Kouakou-Tra réclame la mise en place d'une commission d'enquête sur l'expédition policière au campus de Cocody pour permettre l'indemnisation des étudiantes violées (Photo d'archives)
  • Source: L'Inter
  • Date: sam. 14 mai 2016
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Le 13 avril dernier, des policiers avaient mené une expédition au campus de Cocody. Un mois après ces faits, la présidente de la section Côte d'Ivoire d'Amnesty international, Nathalie Kouakou-Tra est montée au créneau. Dans cette interview, l'activiste ivoirienne brise le silence et fait des révélations exclusives.

Un mois en arrière, comment avez-vous vécu les événements survenus au campus de l'université Félix Houphouet-Boigny de Cocody ?

C'est avec le cœur brisé que j'ai vécu les événements qui se sont produits à l'université le 13 avril dernier. C'était à nouveau une violence inouïe sur nos jeunes frères et sœurs, nos étudiants, que nous vivions. C'est une intervention policière qui a été grave, en termes de violations des droits de l'homme, d'atteinte à la dignité humaine, notamment de la femme. Il y a eu vol, parce que des étudiants ont vu leurs téléphones portables et leurs ordinateurs emportés. Les portes des chambres universitaires ont été cassées, les biens des étudiants ont été endommagés, saccagés.

 

Quelques heures après la descente policière, vous avez mené des investigations sur cette affaire. Peut-on avoir les conclusions de votre rapport d'enquête ?

Il faut dire que j'ai été fortement interpellée par cette énième descente musclée de la police sur le campus. J'ai donc effectivement mené pour le compte d'Amnesty Côte d'Ivoire, dont je suis la présidente, des investigations pour comprendre ce qui s'était véritablement passé cette nuit-là. J'ai pu rencontrer certaines victimes, dont des blessés. L'un de ces blessés a eu la jambe cassée, et l'os du pied était sorti. Il est là, sans aucune prise en charge, et se débrouille pour se soigner en cantimini. J'ai échangé également avec 2 des jeunes filles victimes, agressées sexuellement. Ce sont des faits vrais. Il y a donc bel et bien eu viol. 

 

Pourtant, le gouvernement est formel en déclarant qu'il n'y a eu aucun cas de violence sexuelle sur le campus ce jour-là...

C'est une polémique inutile. La solution pour y mettre fin est pourtant toute simple. Il revient à l'Etat, et c'est mon souhait, de prendre des mesures pour que la vérité éclate. Il faut, dans ce sens, mettre en place une commission nationale indépendante d'enquête pour éclairer l'opinion sur ce qui s'est passé. Nous réclamons de tous nos vœux cette commission pour que les responsabilités soient situées et que tous ceux qui se sont rendus coupables de sévices corporels, d'agressions physiques atroces, de torture, et surtout de violences sexuelles, puissent être identifiés et sanctionnés.

Si le gouvernement ne le fait pas, on pourrait, fort malheureusement, conclure qu'il poursuit la culture de l'impunité. C'est une forme de violence de l'Etat sur ses propres  concitoyens, qu'il a pourtant le devoir de protéger. C'est une descente policière que nous, en tant que défenseurs des droits de l'homme, vivons très mal. Revenant à notre rapport sur l'affaire, je note qu'il s'agit de jeunes femmes. Je ne sais pas pourquoi elles fabriqueraient pour dire qu'elles ont été violées. En outre, j'ai pu voir 2 des femmes violées. Elles ont été suivies par un médecin, qui a recommandé un suivi psychologique parce qu'elles ont été traumatisées et elles le sont encore. Elles ne veulent même plus entendre parler de l'université, encore moins d'études supérieures. C'est dire que ce sont des âmes en peine, écartées du circuit universitaire par la faute des policiers inhumains qui ont abusé d'elles, de leurs corps, de leur jeunesse et leur vulnérabilité. Elles ont été agressées. Elles ont été violées. Il faut que l'Etat prenne ses responsabilités. J'ai écouté attentivement leur récit.

 

Que vous ont-elles rapporté comme faits ?

Elles m'ont décrit une scène de terreur et d'horreur qui leur hante encore l'esprit, et Dieu seul sait quand est-ce qu'elles pourront sortir ces images atroces du viol de leurs esprits, de leurs têtes. Elles étaient dans des chambres du bâtiment C, qui est celui des garçons. Une était dans la chambre d'un parent, et l'autre dans celle d'un de ses camarades étudiants. A leur arrivée, les policiers, selon leurs explications, ont cassé les portes. La première a déclaré que la chambre a été fouillée de fonds en comble. Tout a été mis sens dessus dessous. Puis, elle a été soumise à un interrogatoire musclé sur de supposés liens avec les meneurs de la Fesci. Elle a été terrorisée avec des questions sur son parent pour savoir s'il était membre de la Fesci, s'il participait aux réunions de cette organisation syndicale et quel était son degré d'intervention dans l'exécution des activités dudit syndicat. Elle a avancé qu'elle n'en savait rien.Ceux qui l'interrogeaient étaient 2 et portaient des cagoules. Quand le premier est sorti de la pièce, le second est resté et l'a agressée sexuellement. La 2ème, c'est un peu le même schéma. Ils ont cassé la porte. Ils sont entrés. Dans la chambre, un l'a déshabillée et l'a violée. Il lui aurait dit ceci : « De toutes les façons, tu ne peux pas me reconnaître. Tu ne peux rien me faire». Je m'interroge : Pourquoi l'Etat envoie des policiers cagoulés la nuit dans des chambres d'une cité universitaire ? Les policiers, qui ont volé les affaires des étudiants, et qui ont violé des étudiantes, portaient des cagoules lors de l'opération. Pourtant, nous ne sommes pas en situation de guerre. Pourquoi cagouler des agents de police pour les envoyer dans une cité universitaire, la nuit ? N'est-ce pas pour éviter qu'on les reconnaisse et on les sanctionne s'ils faisaient mal le travail, comme c'est le cas actuellement avec les violences physiques et sexuelles ? Partant de là, ils pouvaient donc commettre toutes les exactions qu'ils voulaient. Nous dénonçons cela.

 

Cette version des victimes que vous avez rencontrées n'est-elle (...)

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