Un an après sa mort, des vérités jamais dites sur Yacou le chinois
Comment le Caïd de la MACA a été réellement tué

  • Source: linfodrome.com
  • Date: mar. 21 fév. 2017
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Le 20 février 2016, Facebook et YouTube se faisaient l'écho de la mort de Yacou le Chinois, tué le matin même. Les jours suivants, la presse écrite ivoirienne relayait à son tour l'information. Gravement blessé au poumon lors d'un échange de tirs entre détenus et Gardes pénitentiaires, dans la cour de la prison, il a finalement été achevé d'une balle dans la tête. La énième mutinerie à laquelle ce dernier vient de participer à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca) signe la fin de son règne sur la prison.

Depuis août 2011, date de la réouverture de la Maca, suite à sa rénovation par l'Etat ivoirien, Yacou le Chinois défraye la chronique et les réseaux sociaux. Une vidéo postée sur YouTube le 23 janvier 2016, et intitulée « Yacou chinois, toute la vérité sur ma personne », et qui résonne aujourd'hui comme un testament, totalise un an plus tard plus de 370 000 vues. Yacou le Chinois a été le véritable chef de la prison, le parrain de la Maca. Il a également exercé une fascination certaine dans l'opinion publique ivoirienne et au-delà.

 

A la tête du « gouvernement » de la prison 

En parallèle de l'administration officielle, Yacou le Chinois, condamné à vingt ans de prison pour braquage de banques avec violences, dirige littéralement la prison avec l'aide de son « gouvernement ». Ce dernier se compose d'un adjoint et d'une armée d'obligés, ses « éléments ». Certains sont chargés de maintenir l'ordre, les « requins », d'autres sont responsables, soit d'un bâtiment, d'un étage ou d'une cellule. Les agents pénitentiaires, en effet, n'interviennent pas à l'intérieur des édifices et se contentent au mieux d'une présence dans la cour. Les transactions sont également garanties par un « notaire » dans chaque unité. Yacou et ses éléments décident de l'attribution des cellules, organisent les divers trafics qui irriguent l'économie informelle de la prison (drogues, téléphones, trafics d'influence), avec la complicité d'acteurs au sein de l'administration pénitentiaire comme hors de la prison. Ils revendiquent le maintien de la bonne moralité des prisonniers en débusquant et condamnant les pratiques homosexuelles, assurent ostensiblement l'entretien d'une armée de « valets » – détenus sans soutiens extérieurs qui assurent l'entretien des locaux (hygiène, corvée d'eau, cuisine). Yacou collecte, via ce « gouvernement », les taxes payées par les détenus pour se voir attribuer une cellule.

Cette double gouvernance de la prison s'observe dans d'autres lieux de détention sur le continent africain et ce dès la période coloniale. Mais ce phénomène est particulièrement développé à la Maca. Comment comprendre que ce personnage ait suscité un tel engouement médiatique ? Que révèle sa mort sur l'évolution de la Côte d'Ivoire quelques années après la fin du conflit postélectoral qui a opposé l'ancien président, Laurent Gbagbo, à l'actuel chef de l'Etat, Alassane Ouattara ? Pour tenter de répondre, il faut revenir à la biographie de Yacou le Chinois dans laquelle s'entremêlent grand banditisme et politique sur fond de guerre civile.

 

Homme de main de Wattao 

De son vrai nom Yacouba Coulibaly, Yacou le Chinois reçoit son sobriquet en raison de ses yeux légèrement bridés. Condamné à une première peine de prison en 2010 pour vol aggravé, il s'évade rapidement. L'année suivante, il s'engage au plus fort de la crise postélectorale dans les Frci, les forces loyales à Alassane Ouattara, l'actuel président. Il reprend alors les braquages et les agressions à Abidjan. Il est à nouveau arrêté en 2011, condamné à vingt ans d'emprisonnement, et retourne à la Maca, désormais rénovée. Affecté au bâtiment C, celui des lOngues peines, et auréolé d'une solide réputation, il devient le chef du « gouvernement » interne de la prison. C'est aussi grâce à ses liens avec le pouvoir ivoirien qu'il parvient à imposer son autorité dans l'établissement. Différentes sources s'accordent pour dire qu'il avait pour mission de surveiller les détenus pro-Gbagbo. D'ailleurs, de nombreux meurtres de détenus lui seraient imputés ainsi qu'à ses éléments. Il est aussi très attaché à Wattao, auprès de qui il s'engage en 2011. Wattao, de son vrai nom Issiaka Ouattara, est alors un des commandants de zone (com-zone) des Frci. Sous-officier au début du conflit, il devient chef de guerre puis est nommé à l'issue du conflit commandant de la sécurité des quartiers sud d'Abidjan et chef des opérations du Centre de coordination des décisions opérationnelles (Ccdo). Cette unité d'élite créée par le président Ouattara et composée de 750 hommes (issus des forces de police et de l'armée) est placée sous la tutelle directe du ministère de l'intérieur qui l'accueille dans ses locaux. Elle a vocation à encadrer la sécurité des sites stratégiques, la lutte contre le grand banditisme et le terrorisme, à garantir le maintien de la sûreté de l'Etat, à assurer une activité de renseignement et à intervenir dans la gestion des catastrophes naturelles. En outre, Wattao est également commandant en second de la Garde républicaine. Mais sa réputation est sulfureuse et il est accusé, y compris dans le cadre d'un rapport de l'Onu publié en avril 2013, d'être l'un des acteurs du non-respect de l'embargo sur l'exportation de diamants. Malgré ses amitiés avec le premier ministre Guillaume Soro, il est accusé de malversations et de divers trafics en 2014.

 

L'El Capo de la maison d'arrêt 

En juillet 2014, il est démis de ses fonctions de commandant de la sécurité d'Abidjan-Sud et de chef du Ccdo. Peu avant les élections du 25 octobre 2015, l'État ferme une mine d'or qu'il possède dans la région de Daloa, prenant ainsi ses distances avec un allié turbulent. Il est envoyé au Maroc d'où il revient en juin 2015 avec un diplôme d'état-major marocain et ne conserve aujourd'hui que son poste de commandant en second de la Garde républicaine. (Il a été nommé en janvier 2017 commandant de la Garde Républicaine ndlr). Yacou le Chinois ne sort pas indemne de la désaffection de son mentor. Avant la chute de Wattao, les rumeurs allaient bon train sur ses liens avec le nouveau pouvoir en place et sur le soutien qu'il recevait directement de ce dernier. Ils lui permettaient de mener grand train en prison et de développer impunément divers trafics. (...) Il gagne le surnom d'El Capo pour sa mainmise sur la circulation de drogues dans l'établissement et ses nombreuses conquêtes féminines. La capacité de Yacou le Chinois à se jouer des frontières (physiques ou statutaires) témoigne de son pouvoir. Il reçoit des détenues dans le bâtiment des hommes alors qu'elles n'y ont officiellement pas accès, il entretient financièrement ses « fiancées » alors qu'il est incarcéré… De surcroît, certaines d'entre elles travaillent comme agents de l'administration pénitentiaire de la Maca. Dans la prison, Yacou le Chinois est en permanence accompagné de ses « bons petits », éléments dévoués à sa cause et dans une relation de clientèle avec lui. Dans le vocabulaire de la prison, les « bons petits » sont des détenus dans une relation de services auprès d'un prisonnier plus puissant. Ils font la lessive, cuisinent, parfois procurent des services sexuels contre une garantie de protection, de la nourriture, des produits d'hygiène. Yacou le Chinois est également (...)

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