Interview / 3 ans après la crise ivoirienne : L'ambassadeur d'Afrique du Sud en Côte d'Ivoire fait des clarifications sur l'affaire Gbagbo


S.E Laurence Vusi Sindane, ambassadeur d'Afrique du Sud en Côte d'Ivoire.
  • Source: Linfodrome.ci
  • Date: lun. 24 fév. 2014
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Relations Côte d'Ivoire-Afrique du Sud, l'affaire Gbagbo et tout ce qui est dit au sujet de son exil en cas de liberté provisoire, ainsi que la situation en Afrique, S.E Laurence Vusi Sindane, ambassadeur d'Afrique du Sud en Côte d'Ivoire dit tout. C'est dans cette interview qu'il nous a accordée le jeudi 20 février 2014, à l'ambassade, à Cocody.

Quel est l'état des relations entre la Côte d'Ivoire et l'Af Sud, trois ans après le crise ivoirienne ?

Les relations entre nos deux pays sont très très bonnes, et d'ailleurs nous continuons de travailler pour les améliorer. Nous avons du travail sur la table pour essayer d'avoir en cette 2014 des échanges à un très haut niveau. Je pense que d'ici la fin de l'année, nous aurons des rencontres dans ce cadre avec des autorités de ce pays.

Pourrions nous avoir quelques signes de cette bonne relation ?

Pour répondre à cette question, je veux prendre un sujet d'actualité qui est le congrès de l'Association Africaine de l'Eau qui se tient en ce moment (Ndlr : jeudi 20 février) en Côte d'Ivoire. Vous savez que cette association est actuellement dirigée par un ressortissant de l'Afrique du Sud, qui a même été reconduit récemment à la tête de cette organisation. Pour nous, le fait que cette convention se tienne en Côte d'Ivoire est la preuve de l'excellence des relations que nous avons. Il ne s'agit pas de rester en Afrique australe avec nos partenaires et que les Ivoiriens restent en Afrique de l'ouest avec les leurs. Nous sommes ensemble, et pour nous, c'est une très très bonne chose. Il y a aussi qu'en décembre dernier, nous avons eu le plaisir d'accueillir une délégation de haut niveau qui est venue, dans le cadre d'échanges entre nos autorités respectives pendant une rencontre à Marrakech, s'entretenir avec de dirigeants en ce qui concerne de la continuation des relations entre les deux pays. Pendant ce même mois de décembre, nous avons eu une importante délégation venue s'enquérir du retour de la BAD définitif en Côte d'Ivoire, des besoins de la Côte d'Ivoire et la possibilité de l'Afrique du Sud de l'aider dans ce sens.

Nous pouvons également citer la réaction du Président Alassane Ouattara lors du décès de l'icône Nelson Mandela, le 15 décembre dernier. Il a joint sa voix, sa foi et sa sympathie à tout le reste du monde pour rendre un dernier hommage au défunt. On peut aussi parler de la réunion du BRICS qui s'est tenue en mars 2013 en Afrique du Sud que le Président Ouattara a honoré de sa présence. Nous ne citerons pas tous les échanges, mais dire que les deux pays échangent à un très haut niveau ; la communication est fluide et il n'y a pas de problèmes.

Revenons à la crise postélectorale. L'Afrique du Sud était perçue comme un soutien de Laurent Gbagbo. Pourquoi l'a-t-elle abandonné ?

C'était une perception. Le peuple ivoirien avait sans doute l'impression que l'Afrique du Sud soutenait une partie pendant cette crise. Nous le prenons comme tel. C'était une perception parce que nous n'avons aucun élément tangible, aucune preuve pour dire de façon matérielle qu'il était établi que l'Afrique du Sud avait un soutien pour l'une des parties engagées dans la crise dont nous parlons. Mais dans tous les cas, n'oublions pas la Côte d'Ivoire avec le gouvernement Gbagbo échangeait avec les gouvernements des autres pays ! Dans ce cadre, il est évident que l'Afrique du Sud faisait partie de ces pays avec lesquels le gouvernement Gbagbo échangeait. Jusqu'à ce que nous arrivions à un niveau de la crise, nulle part il n'existait un embargo contre le gouvernement de l'ancien président. Les relations étant normales entre les deux pays, nous avons échangé avec le régime qui était en place. Ensuite, nous sommes arrivés à un niveau de la crise où il a été demandé à l'Afrique du Sud d'intervenir. Vous vous souvenez que même le Président Jacob Zuma est venu ici et qu'il s'est entretenu avec les différents protagonistes, au même niveau.

Il a non seulement rencontré le gouvernement qui était en place, mais aussi la partie qui était recluse à l'hôtel du Golf, dans un souci de réconcilier les deux parties. C'était ça l'agenda principal du Président Jacob Zuma quand il a accepté cette médiation. Vous avez vu que plus tard, les choses ont évolué et changé sur le terrain, et le gouvernement sud africain continue toujours d'échanger, dans le cadre légal, avec le gouvernement ivoirien qui est en place en ce moment. Souvenez-vous que quand le président Jacob Zuma est venu en Côte d'Ivoire pour son intervention, il y a une partie de la population qui n'a pas bien accueilli cette démarche, sans doute, à cause de cette mauvaise perception que ces gens avaient de cette approche. N'empêche, aujourd'hui, les choses sont devenues normales et les relations sont avec la Côte d'ivoire et non avec des individus. Pour me résumer, nous n'avions pas, en tant que République, une relation particulière avec un dirigeant ici, mais avec un gouvernement et un pays.

Gbagbo est à la Haye. Il se raconte qu'en cas de liberté provisoire, sa destination d'exil est l'Afrique du Sud. Pourriez-vous nous dire ce qu'il en est exactement ?

C'est une rumeur dont j'ai entendu parler moi-même. Elle reste au stade de la rumeur parce que mon gouvernement n'a jamais communiqué sa position sur cette rumeur. Mais ce qui est bien à savoir, c'est que l'Afrique du Sud a une tradition d'hospitalité en ce qui concerne des anciens dirigeants de très haut niveau qui ont eu des difficultés avec la justice de leur pays ou d''ailleurs. Nous avons en mémoire le cas du Rwanda. Nous avons accueilli en exil des dirigeants de ce pays. Il y a aussi le cas du président de Haïti qui est venu en paix passé son temps d'exil. C'est une tradition que nous avons. Je ne pense pas que si le cas de l'ex-président Laurent Gbagbo se pose à notre gouvernement, il va en faire une difficulté. Non ! Nous avons accueilli beaucoup de personnalités de haut rang qui ont demandé à notre pays de les accueillir comme exilés et nous l'avons toujours fait. Je ne crois pas que ce soit un problème majeur. Mais, comme je l'ai dit, c'est une rumeur et il n'y a rien de tangible là-dessus.

Des dirigeants africains au sein de l'Union Africaine, dont votre compatriote Dlamini Zuma est la présidente de la Commission, se sont élevés contre les méthodes de la CPI à l'endroit des africains. Peut croire que votre pays fait un lobbying pour la libération de Laurent Gbagbo, quand on sait que pour l'assaut final contre lui, il a fallu l'accord de votre l'Afrique du Sud?

J'aimerais faire un petit point. En ce qui concerne l'assaut final dont vous avez parlé pendant lequel le président Gbagbo a été arrêté ou enlevé, je veux préciser que ce n'est pas à la résidence ou à l'ambassade d'Afrique du Sud qu'il s'était réfugié. Il était à la résidence de la présidence de la république avec ses collaborateurs et c'est là-bas que les faits se sont passés. Nous n'avons rien à avoir avec cet évènement. Il faut que cela soit clair. Même si à un moment, certains de ses officiers nous ont approchés, peut-être pour avoir l'asile. Mais ce n'est pas le sujet. Le sujet c'est que l'ancien président était à sa résidence officielle avec certains de ses collaborateurs et c'est là-bas qu'il a été arrêté. Nous n'avons pas participé à cette opération. En ce qui concerne ce que vous dites par rapport à la présidente de la Commission de l'Union Africaine, je crois qu'il ne serait pas juste de nous asseoir ici aujourd'hui et lui prêter ces paroles-là. N'oubliez pas qu'elle est présidente d'une Commission, et que ce qu'elle dit et fait dans le cadre de son mandat reflète normalement la ligne de conduite de l'UA. Et je me souviens clairement que la position de l'Union Africaine est faite et distribuée partout sur le fait qu'il n'était pas normal pour le tribunal international de poursuivre des présidents qui sont en fonction. C'est le cas du Kenya qui a déclenché cette réaction. L'UA, c'est tous les Africains, donc cette déclaration qui a été lue, même si elle a été faite par la présidente de la Commission Mme Dlamini Zuma, nous devons être honnêtes pour dire que c'est la position de l'Union Africaine. On ne peut isoler la présidente de la Commission de ce groupe, même si nous sommes convaincus qu'elle partage cette vision. Ça été clair que lorsqu'un président de la république est en exercice, il n'est pas bien de le poursuivre de cette façon. Cela provoque le déséquilibre politique du continent. Donc, ce n'est pas une affirmation de Mme Dlamini Zuma. C'est une position de l'Union Africaine.

Quelle est la situation en Afrique du Sud, étant entendu que l'on craignait une dégradation de la cohésion sociale après le décès de Nelson Mandela

La situation est celle que tout le monde voit en ce moment. Tout se passe comme cela devrait se passer. C'est vrai que nous avons connu récemment des grèves de miniers un peu plus violentes que ce nous avons connu par le passé. Ce que personne ne souhaite d'ailleurs. Mais ce qui est intéressant à savoir, c'est que ces mouvements ont eu lieu depuis la nuit des temps en Afrique du Sud. Que ce soit sous Mandela ou avant lui, au temps de l'apartheid, il y avait des grèves. Tout ce que nous souhaitons est que la violence ne soit pas utilisée, mais cela est difficile. Ce à quoi nous assistons en ce moment est la manifestation de la frustration trop grande de certaines personnes dans certains secteurs d'activités. La violence grandit avec la quantité de frustrations que ces personnes ont emmagasinée. Tout ce qu'elles demandent, ce sont de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires. Quant à comment ça se passe, on ne peut pas l'anticiper. Tout ce qu'on peut faire, c'est de contenir ces choses. Sinon, tout se passe en Afrique du Sud comme cela devrait se passer ailleurs. Il y a aussi que certaines communautés se radicalisent dans leur protestation. Nous l'avons vu à plusieurs occasions. Mais, cela est dû au fait que ces populations attendaient quelque chose de nos gouvernants. Ce quelque chose qui n'a pas été satisfait. Plus on espère du gouvernement, surtout dans les services publics, plus on est déçu lorsque les services ne sont pas à la hauteur. Donc il y a des grèves, des démonstrations plus ou moins violentes. Nous avons eu plusieurs cas où la police a été incriminée parce qu'elle a été un peu trop violente dans le maintien de l'ordre. Seulement sachez que la revendication est chez nous une tradition. Et dire, juste pour rire un peu, qu'au temps de l'apartheid, ce n'est pas tout le monde qui était militant et qui se battait. Aujourd'hui, il y en a qui disent que c'est l'occasion pour eux de mener le combat qu'ils n'ont pas pu mener. Donc, ils prennent la rue et ils manifestent. Il y a aussi ce grand problème, surtout du point de vue de ceux qui sont hors de l'Afrique du Sud. Vous savez qu'en Afrique du Sud, dans les petites localités, la plupart des commerçants sont des étrangers, et très souvent il y a des frictions. Par exemple, il y a des meurtres commis parce que le tenancier s'est défendu contre un vol. Mais dans sa défense, il tue par exemple le présumé voleur qui se trouve être un natif de la localité. Vous imaginez la réaction des parents : « l'étranger qui tient la boutique-là a tué notre enfant », et ils commencent à brûler les boutiques de tous les étrangers aux alentours. C'est dommage ! Mais ce sont des choses qui arrivent, nous devons le reconnaître. Mais quand elles sont rapportées, elles donnent l'impression qu'une certaine communauté étrangère est ciblée de façon systématique en Afrique du Sud. Ce qui n'est pas vrai. Ce sont des réactions communautaires qui arrivent et il faut en tenir compte. Mais pour moi, le plus intéressant est de parler du grand débat qui se tient actuellement en Afrique du Sud. C'est un débat très très important. Vous savez, nous sommes en 2014, et pour nous, c'est le moment de nous asseoir et de réfléchir sur les acquis de la liberté. Depuis l'acquisition de la liberté en 1994 jusqu'en 2014, qu'avons-nous fait en Afrique du Sud ? Est-ce que le pays est un endroit où il fait mieux vivre, comparé à 1994 ? Donc, à tous les niveaux, gouvernement, parlement, Ongs, organisations de la société civile, tout le monde se joint à ce débat. Et la réponse est implacable : « oui, l'Afrique du Sud est un endroit où il fait mieux vivre depuis 1994 quand la liberté a été octroyée aux noirs de choisir leurs propres dirigeants ». Ceci est intéressant à savoir d'autant plus que nous avons accueilli beaucoup d'étrangers. Quand nous parlons d'étrangers, il ne s'agit pas d'étrangers de la sous-région, ni du continent africain, mais du monde entier qui sont venus d'eux-mêmes s'installer en Afrique du Sud pour un mieux-être. Nous ne les avons pas parqués dans des camps, ce sont des personnes qui se sont intégrées à la vie sud africaine. Partout il y a eu des Sud Africains, il y a des étrangers. Certains sont allés en Afrique du Sud pour y bâtir des familles avec des Sud Africains ou des Sud Africaines. Je peux le dire, les débats nous ont démontré que notre pays est un endroit où il fait mieux vivre.

Le testament de Mandela a été lu. Comment un président africain, pour ce que nous voyons, peut-il avoir que deux milliards francs Fcfa comme fortune ? Et comment expliquez-vous qu'il n'ait rien légué à Winnie ?

En ce qui concerne le premier volet de votre question, je ne sais pas si vous avez eu cette sensation lorsque nous avons reçu l'annonce du décès de Nelson Mandela. C'était comme si le monde avait cessé de respirer pendant quelques secondes. Ceci pour une seule raison. C'est que le monde entier était unanime pour reconnaître que la terre venait de perdre un homme de valeur et d'honneur. Sa vie doit nous servir d'exemple. Mandela ne vivait pas pour lui mais pour les autres. Et je puis vous l'affirmer, il donnait plus qu'il ne recevait. Je ne pense pas qu'un tel homme se soit plu de prendre ce qui devait revenir au peuple et le garder par devers soi. Pour parler de Winnie Mandela, j'aimerais qu'on s'en tienne à ce qu'elle même a dit. Elle a dit qu'elle ne s'attendait pas à une part d'héritage dans la fortune de Mandela. N'oubliez pas qu'ils étaient divorcés et que le président Mandela s'&ea (...)

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