Affaire ''Casse de la BCEAO'' / Condamné à 20 ans de prison : Koné Katinan réagit et fait de graves révélations

  • Source: linfodrome.com
  • Date: dim. 21 janv. 2018
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Le 18 janvier 2018, le tribunal d'Abidjan a condamné l'ancien président Laurent Gbagbo, l'ex-Premier ministre Aké N'Gbo, le ministre Désiré Dallo et le ministre Justin Katinan Koné à 20 ans de prison dans l'affaire de «casse à la BCEAO» durant la crise postélectorale. Depuis son exil au Ghana, le Porte-parole de Gbagbo, Koné Katinan, a tenu à réagir. Ci-dessous l'intégralité de sa réaction.

Depuis le 11 Avril 2011, nous  faisons l’objet d’un harcèlement politico-judiciaire sans précédent de la part du gouvernement Ivoirien. Chaque jour apporte un épisode de cette interminable série « Justin Katinan Koné » que l’on sert au monde entier avec des périodes de suspense dignes des séries hollywoodiennes ou brésiliennes dont raffolent nos compatriotes. Il a fallu une visite au Président Laurent Gbagbo et un séjour médiatisé en Europe pour que les scénaristes ressortent, avec un génie consommé, d’autres épisodes. Depuis plus de six ans, sans tenir compte des souffrances morales que peut endurer notre famille, l’on s’acharne sur nous en utilisant toutes les méthodes possibles d’agressions morales et physiques : gel de nos avoirs bancaires, et mises sous séquestre de nos rares biens, fruits de 25 ans de travail à la direction générale des impôts, tentatives d’assassinats, tentatives de kidnapping, des procès devant des tribunaux ivoiriens et étrangers, des surveillances policières qui pénètrent même notre intimité, le tout sur un fond de diabolisation, d’accusations et de faux témoignages. La situation est telle que les autorités du Ghana, jusqu’au sommet de l’Etat, qui ne comprennent pas ce harcèlement, nous interrogent régulièrement sur le fondement de celui-ci. Pour elles en effet, cette animosité va au-delà des batailles politiques classiques. Nous leur répondons invariablement que nous-même ne pouvons expliquer cette animosité des autorités ivoiriennes à notre égard. Celles-ci seules pourront un jour rendre publiques les raisons de leur acharnement sur nous. Puisque nous avons du mal à nous convaincre nous-même que cette chasse de Justin Katinan Koné soit liée à notre rôle dans la crise post-électorale de 2011, rôle lié à notre fonction de membre du gouvernement. Cette raison ne peut valablement justifier un tel niveau de haine, puisque les autres membres du gouvernement, ayant eu une autorité plus forte que la nôtre au sein de l’équipe gouvernementale, ne subissent pas autant d’assauts répétés du gouvernement ivoirien.

Pourtant, depuis plus de 6 ans, nous n’avons de cesse de nous investir dans la recherche d’une solution politique et diplomatique à la crise ivoirienne.  Tous ces efforts, que nous portons aujourd’hui à la connaissance de toute l’opinion nationale et internationale (II), sont combattues par les autorités ivoiriennes, qui, n’étant pas prêtes pour une vraie réconciliation en Côte d’Ivoire, s’attèlent à nous anéantir d’une façon ou d’une autre, comme le prouvent la liste de tous les actes de violence perpétrés contre notre personne (I).

Chronologie d’unelongue liste d’actes de violence de l’Etat contre nous et notre famille.

I-1. L’arrestation de notre chauffeur à la frontière de Noé

Deux semaines après notre arrivée au Ghana le 13 avril 2011, nous demandons à notre chauffeur de nous apporter ce qui reste de nos livres après le passage violent des rebelles à notre domicile et le pillage de celui-ci. Nous tenions à nos livres plus que n’importe quel autre bien, surtout que nous avions besoin de certains pour achever la rédaction d’une thèse. Le chauffeur est arrêté à la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Ghana puis conduit à la Dst. Il y est soumis à un interrogatoire serré puis il est relâché. Nos livres sont encore sous séquestre à la Dst.

I-2.Intimidations policières contre notre famille

Depuis juillet 2011, nos enfants sont retournés avec leur maman en Côte d’Ivoire pour poursuivre leurs études scolaires. En décembre 2011, ils viennent passer les vacances avec nous. Le 2 janvier 2012, à leur retour, la police est allée les chercher jusque dans l’enceinte de l’avion, leur tante qui les accompagnait est soumise à un interrogatoire de la part de la police, puis ils sont embarqués dans la voiture du commissaire Lanzéni, commissaire de l’aéroport d’Abidjan au moment des faits, qui dit avoir reçu des instructions de sa hiérarchie pour conduire nos enfants à la maison. Or, dans la réalité, l’on cherchait à savoir où se situe le lieu d’habitation de notre famille. Nous donnons des instructions fermes pour que les enfants soient déposés ailleurs que le lieu où ils habitaient effectivement. Au moment des faits, des trois enfants présents ce jour-là, l’ainée avait 8 ans, le second en avait 5 et la dernière 2. Ces enfants qui se remettaient difficilement du traumatisme de la guerre et dont la seule vue d’un homme en tenue, fut-t-il un vigile, les rendait malades, sont soumis à un tel traitement policier à l’aéroport d’Abidjan, tout simplement parce qu’ils sont nos enfants.  Pour tous ceux qui fantasment sur notre prétendue richesse que nous aurions subitement acquise après avoir volé environ 400 milliards de F Cfa (800 millions USD) à la Bceao, nous leur rappelons que, dans l’incapacité d’assurer une scolarité adéquate à l’étranger à nos enfants, notre famille est retournée en Côte d’Ivoire depuis juillet 2011. Notre famille n’est ni en Europe, ni en Amérique. Les enfants sont bien en Côte d’Ivoire où leur mère se débat pour subvenir à leurs besoins. C’est bien ce pays dans lequel se trouve notre famille, en notre absence, que l’on nous prête toutes les intentions de déstabilisation sachant que les autorités ivoiriennes ne feront d’une bouchée toute notre famille, à la moindre escarmouche. Sommes-nous devenus si fou au point de sacrifier nos propres enfants ?

Tous ces deux faits ont eu lieu avant que l’on enregistre les premières attaques contre les positions des Frci en Côte d’Ivoire. Donc, faire croire que la haine que le gouvernement ivoirien nourrit à notre égard serait liée à des entreprises de déstabilisation que nous aurions financées est un gros mensonge.

I-3. Tentative d’arrestation au Cameroun

Le 22 février 2012, le journaliste franco-camerounais, Charles Onana doit dédicacer son livre « Côte d’Ivoire : le coup d’Etat ». C’est le premier livre écrit par un intellectuel africain et qui révèle au grand public, avec un regard non partisan, les manœuvres déstabilisatrices menées contre le Président Laurent Gbagbo par les différents gouvernements français sous les présidences successives de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy. Nous nous rendons à cet effet, le 20 janvier 2011, à Yaoundé pour représenter le président Laurent Gbagbo. A quelques heures de l’évènement, les autorités camerounaises l’annulent. Approchées, celles-ci nous diront qu’elles ont été saisies à la fois par l’ambassadeur de la France et celui de la Côte d’Ivoire à l’effet d’annuler la cérémonie de dédicace et de procéder à notre arrestation parce que nous faisions l’objet d’un mandat international. Des policiers ivoiriens avaient même été envoyés sur place pour assurer notre escorte jusqu’à Abidjan. Nous sommes obligés de quitter notre hôtel pour nous réfugier dans une brousse à la sortie de Yaoundé et quitter nuitamment Yaoundé pour nous rendre à Douala et, de là, nous échapper vers un autre pays. Le journaliste Armand Irié, alors réfugié au Cameroun, en payera les frais, puisque pris pour nous, il sera détenu quelques jours par la police camerounaise.

Si tant est que c’est parce que nous cherchons à déstabiliser notre pays, que cherche alors l’ambassadeur français dans une affaire ivoiro-ivoirienne ? Mais il ne sera pas le seul ambassadeur français à vouloir notre tête comme on le verra plus tard.

I-4. Tentative d’arrestation à Lomé

Le 4 juin 2012, nous devons nous rendre à un rendez-vous à Malabo pour répondre à une audience que les autorités équato-guinéennes nous avaient accordée dans le cadre de notre mission de porte-parole du Président Laurent Gbagbo. Nous devons prendre le vol à Lomé. Une erreur au niveau de l’agence qui nous a vendu le billet entraine une confusion quant à l’heure de départ de l’avion. Nous ratons l’avion. Le prochain vol est prévu pour le lendemain nuit. Notre rendez-vous est compromis. Nous décidons de passer la nuit à Lomé. Nous appelons l’hôtel où nous avons l’habitude de loger pour lui demander une réservation. En sortant de l’aéroport de Lomé, nous rencontrons monsieur Soro Seydou dit Soro coton que nous appelons affectueusement grand frère. Lui aussi va à Malabo. Pour les mêmes erreurs sur l’heure du vol, il a raté aussi son avion. La compagnie CEIBA nous conseille de nous rendre au Bénin pour embarquer avec nos mêmes billets la nuit à partir de l’aéroport de Cotonou. Ce que nous faisons. Nous oublions de rappeler l’hôtel pour annuler la réservation que nous avions faite quelques heures avant. La nuit, des hommes en tenue de gendarmerie et d’autres en civils, ces derniers reconnus, du fait de l’accent, par la réception de l’hôtel comme des ivoiriens, se rendent à l’hôtel. Ils sont venus exiger à la réception que le numéro de notre chambre leur soit communiqué. Le réceptionniste se rendra compte que, bien que notre réservation soit encore valable, nous ne sommes pas arrivés à l’hôtel. Les hommes en tenue et en armes quittent l’hôtel. Mais deux hommes en civil restent dans les environs pour attendre certainement notre arrivée. Deux jours, alors que nous étions à Malabo, le ministre Lida Kouassi Moïse est arrêté le 6 juin 2012.

I-5. Annonce de notre arrestation au Cameroun

Le 29 juin 2012, la télévision ivoirienne, dans une présentation télévisée improvisée toute affaire cessante, la chaine principale de la télévision nationale annonce que nous avons été arrêté au Cameroun et que la procédure de notre  extradition en Côte d’Ivoire était en cours et que les heures qui suivent nous serions à Abidjan. Des dispositions sont déjà arrêtées à Abidjan pour nous accueillir. Pourtant, depuis la dernière tentative de notre arrestation avortée de février 2012, nous n’avons plus jamais remis pieds dans ce pays que nous aimons tant. Les jours qui suivent, le chef de l’Etat de Côte d’Ivoire, rentrant d’une mission, annonce que nous sommes effectivement arrêté et qu’il était en discussions avec le Président Paul Biya pour convenir des modalités de mon extradition.  Nous sommes ce jour-là au Ghana. Nous refusons de faire un démenti par respect à la fonction de chef d’Etat. En effet, nous imaginons comment il peut être contrariant pour un chef d’Etat de se tromper de la sorte. Nous ne voulons pas en rajouter à ce qu’il pourrait déjà ressentir. Malgré ce signe de respect, le chef de l’Etat ivoirien ne cessera de dire, dans ses cercles les plus proches, qu’il fait de notre arrestation son affaire personnelle.

I-5. Tentative de kidnapping et d’extradition clandestine à l’aéroport d’Accra

Pour des raisons que nous aborderons plus tard, nous avons une série de rendez-vous à honorer à Prétoria notamment avec le Président Jacob Zuma, le Président Thabo Mbeki, et surtout, avec Madame Zuma, nouvellement élue Présidente de la Commission de l’Union Africaine. Nous nous rendons en Afrique du Sud la nuit du dimanche 19 au lundi 20 août 2012. Le vendredi qui précède notre départ, de nombreuses informations provenant de sources ghanéennes et ivoiriennes font état de ce que les autorités ivoiriennes sont informées de ce déplacement et qu’elles ont décidé de nous arrêter si l’avion passe par un aéroport de ce qu’elles appellent « pays amis ». L’importance de notre mission en Afrique du Sud méritait que certains risques fussent pris. De retour de la mission, le 24 août 2012, nous commettons l’erreur, par ignorance, de prendre le vol SAA qui atterrit d’abord à Accra avant de poursuivre son vol vers Abidjan. A Accra, après les formalités d’immigration, alors que nous attendons dehors notre chauffeur, nous sommes interpellés par la police de l’immigration qui tente de nous faire monter de force dans le même avion que nous venions de quitter et qui devrait continuer à Abidjan. Il a fallu ce jour-là, la vigilance de maitre Bourthoumieux Lucie qui, par sa prompte réaction, a su avertir à temps certaines autorités politiques ghanéennes. La tentative d’enlèvement ayant échoué, l’affaire prend l’allure d’un procès en extradition qui ne connaîtra son dénouement que le 30 août 2013, soit plus d’un an. Nous passons un mois en détention dans une cellule du Bureau national d’investigation (Bni). Pendant notre séjour en détention, la police nous confronte avec un lugubre personnage bien connu du milieu criminel d’Accra, d’origine ghanéenne, homme des sales besognes recruté par monsieur Hamed Bakayoko, alors ministre de l’Intérieur, pour, dit-on, infiltrer le milieu des réfugiés ivoiriens, les appâter par des promesses fermes de les aider à renverser le gouvernement ivoirien. Il est arrêté et emprisonné dans le cadre d’une vidéo qui montre des officiers ivoiriens prononcer un discours de prise de pouvoir. C’est en prison que la police ghanéenne, qui enquête également sur cette affaire, informe de l’existence de cette vidéo. L’illustre personnage profitait de l’homonymie avec une très haute personnalité ghanéenne, par ailleurs ami du Président Laurent Gbagbo, pour soutirer de l’argent aux autorités ivoiriennes sous promesses de leur livrer les pro-Gbagbo exilés au Ghana. Présenté, sans que nous ne sachions, à cet individu, il reconnaîtra devant la police ghanéenne, sur PV ne nous avoir jamais rencontré et que nous n’avions jamais sollicité ses lugubres services même s’il reconnait que nous faisions partie des personnes que le gouvernement ivoirien lui avait demandé d’appâter. Son audition confirme la nôtre, puisque par des astuces dont seuls sont capables les policiers, ils nous ont fait rencontrer cette personne dans le bureau de l’officier chargé de l’enquête afin de voir si notre réaction, à sa vue, aurait révélé quelque accointance avec lui. Nous ne le connaissions pas et les policiers ont dû le relever immédiatement. Ce lugubre personnage est jugé plus tard et est condamné à une lourde peine d’emprisonnement pour usurpation d’identité et escroquerie. Pendant cette période de détention, le gouvernement ghanéen fait l’objet d’une pression énorme conduite au Ghana par l’ambassadeur de France. Du côté d’Abidjan, le régime va jusqu’à fermer, de façon unilatérale, la frontière de la Côte d’Ivoire avec le Ghana.

Après un mois de détention, le 24 septembre 2012, le juge nous accorde une liberté sous caution. La caution fixée à 50 000 GHS (environs 15 millions de F Cfa) n’est pas exigible lorsque des personnes s’en portent garantes. Des Ghanéens, que nous n’avons jamais vus, mobilisés par l’ancien aide de camp de Thomas Sankara, Feu Etienne Zongo, lui aussi en exil depuis l’assassinat du capitaine Thomas Sankara, se portent caution. Nous sommes libérés et nous quittons notre cellule le mercredi 25 septembre 2012 avec instruction de passer tous les 2 jours signer un registre pour signaler notre présence sur le territoire ghanéen. Une seule omission de cette formalité entrainerait de facto la suspension de la liberté sous caution et notre retour en prison.

I-6   Deuxième tentative de kidnapping

Le vendredi 27 septembre 2012, aux environs de 16 heures, alors que nous venions d’accomplir notre première formalité au bureau de l’officier du Bni, un nombre important de policiers en civil nous arrêtent de nouveau. Ces policiers se présentent comme étant de l’Interpol, bureau d’Accra. Curieusement, ils ont une escorte motorisée. Une bataille s’engage avec ces policiers que nous trouvons, par ailleurs, bizarres. Nous avons le temps d’appeler l’officier du Bni que nous venions de quitter à l’instant. Il court et arrive sur les lieux pieds nus. Il interroge les policiers venus nous arrêter sur les raisons de cette autre arrestation alors que nous venons de bénéficier d’une liberté provisoire. Les policiers rétorquent qu’ils ont reçu l’ordre de leurs supérieurs hiérarchiques de nous arrêter et de nous amener. Il leur demande où nous amenaient-ils. La réponse qu’ils donnent lui met la puce à l’oreille. Il décide de venir avec nous là où ils nous amenaient parce qu’il est responsable de notre sécurité. La réaction de cet officier venait de faire échouer une autre tentative d’enlèvement. En effet, ce jour-là, un avion spécialement affrété par le gouvernement ivoirien attendait à l’aéroport d’Accra pour nous conduire à Abidjan. L’escorte motorisée devrait servir à ouvrir le passage jusqu’à l’aéroport. Au bureau d’Interpol où nous sommes conduits, une demi-douzaine de policiers ivoiriens, dont nous connaissons bien l’identité mais dont nous taisons les noms par respect pour leurs familles, tentent par tous les moyens de nous embarquer en invoquant une hypothétique procédure accélérée dite de « police-à-police » qui consisterait à arrêter des personnes pour les remettre à la police d’un autre pays sans passer par la voie judiciaire. Nous nous opposons de toutes nos forces à cette tentative de contournement de la loi. Nous exigeons le respect de nos droits et la présence de notre avocat avant toute audition. De guerre lasse, ils finissent par abandonner leurs prétentions et nous sommes jetés dans le pire des cachots en cohabitation avec les plus grands criminels du Ghana. C’est seulement le lundi 30 septembre 2011 que nous sommes présenté à un autre juge pour une autre procédure en extradition alors que la première était encore pendante. C’est ce jour-là aussi que nous apprenons, qu’une juge ivoirienne, beaucoup plus militante du Rdr que juge, en toute consciente du faux qu’elle faisait, après, nous imaginons avoir prié Dieu le matin et lui demander sa grâce pour la journée, a émis un mandat international contre nous pour l’assassinat de 2 personnes dont un vieux soudeur de 83 ans. Ce jour-là, nous avons eu un dégoût profond pour la justice de notre pays. Nous restons encore en prison pratiquement un autre mois. Las d’attendre les preuves du gouvernement ivoirien établissant notre responsabilité dans ces deux meurtres imaginaires, le juge Ali Baba nous décharge de cette offensante infraction qu’on a créée de toutes pièces pour donner une assise légale à une tentative d’enlèvement. Ces tentatives d’enlèvement finiront par irriter les autorités ghanéennes qui le feront savoir à l’Onu par un rapport produit par l’un des experts de l’Onu chargé du respect de l’embargo au Libéria en 2014.

1-7. Plusieurs heures d’audition par la police ghanéenne actionnée par la présidence ghanéenne pour mes prétendus financements de coups d’Etat

Le 14 juillet 2015, nous sommes convoqués à la direction générale du Bni. Une fois là-bas, nous sommes soumis à un interrogatoire qui dure deux jours. L’interrogatoire porte sur l’objet de la coordination du Fpi en exil, sur nos accointances supposées avec certains cadres civils et militaires, sur le prétendu financement d’une branche armée au Ghana. On nous interroge sur la vie de tous les cadres pro-Gbagbo les plus actifs au Ghana, notamment le président de la coordination du Fpi en exil, le ministre Emile Guirioulou, les ministres Ahoua Don Mello, Sécré Richard, Damana Pickass, et des officiers militaires en exil au Ghana dont j’ignore l’existence de la plupart d’entre eux. Ce jour-là, nous avons senti la plus grande peine de notre vie quand l’officier, conscient du mal qui nous était fait, nous a montré le dossier ouvert sur nous dans leurs services. Nous découvrons que nous étions épié et espionné, écouté, suivi, jusqu’à la limite de notre intimité depuis janvier 2012. Le dossier était aussi volumineux qu’une encyclopédie.  Après avoir fouillé et refouillé, ils n’avaient rien découvert de compromettant. Mieux, ils avaient découvert, au cours de leur longue enquête, que la Bceao avait commandé deux audits, l’un interne et l’autre externe, à l’effet d’évaluer, le cas échéant, le vol qu’elle aurait subi. Les deux audits étaient arrivés à la conclusion qu’aucun vol n’avait été fait à la Bceao. Toute chose qui confirme le résultat de leur filature et surveillance. Nous faisons partie des hommes les plus suivis par les services d’intelligence du Ghana pour essayer de trouver la moindre preuve de ce que le gouvernement de notre pays disait sur notre compte. Nous apprendrons plus tard, par d’autres sources, que le gouvernement ivoirien a transmis une liste de personnes, exilés ivoiriens civils et militaires, à l’Onu qui, à son tour, la transmise au gouvernement ghanéen à des fins d’enquête et rapport à transmettre au bureau du Sg de l’Onu. Cette liste était accompagnée d’une note dans laquelle les personnes au sujet desquelles l’on nous interrogeait étaient présentées par le gouvernement ivoirien comme étant des déstabilisateurs du régime et que je serais leur financier.  Quelques semaines plus tard, nous sommes convoqué au Palais présidentiel à Accra. Nous sommes reçu par le Conseiller spécial du président de la République, l’ambassadeur El Hadj B. K. (le pouvoir d’Abidjan pourra bien l’identifier à partir des indications que nous donnons, car il est très proche du chef de l’Etat ivoirien).  Nous sommes soumis à un autre interrogatoire mais dans une ambiance plus détendue, voire amicale, en présence de deux de ses collaborateurs, tous des officiers supérieurs de police. Au bout de l’interrogatoire, il nous dit, qu’il pense qu’il y a des personnes dans l’entourage du chef de l’Etat ivoirien qui nous détestent et qui lui transmettent des fausses informations nous concernant. Il complète en disant qu’après trois ans d’enquête sur nous, toutes les autorités ghanéennes, y compris le président de la République, sont convaincues que les accusations d’argent volé qui nous servirait à déstabiliser la Côte d’Ivoire sont fausses. Toujours selon notre interlocuteur, ces informations proviennent de personnes malveillantes qui les colportent au chef de l’Etat ivoirien. Il nous propose sa disponibilité pour servir de médiateur entre le chef de l’Etat et nous afin de lever ces suspicions. Ce jour-là, il tente d’appeler le président ivoirien pour que nous lui parlions au téléphone. Nous lui avons dit que, dans notre culture et pour le respect que nous avons pour la fonction suprême de notre pays, nous ne pouvons pas nous permettre de parler directement au téléphone au chef de l’Etat sans que ce ne soit lui-même qui en prenne l’initiative. Nous ne trouvons pas cela respectueux de notre part.

Par ailleurs, nous lui disons que nous ne voyions pas d’inconvénient à ce qu’il joue le rôle d’intermédiaire, mais pas seulement entre le chef de l’Etat et nous, mais que la question des réfugiés soit posée de façon globale et qu’une solution d’ensemble soit trouvée. Que nous en faisions une question de principe. Au besoin, le chef de l’Etat ghanéen pourrait bien s’impliquer puisque nous savions qu’il se rendrait en Côte d’Ivoire. Notre raisonnement a convaincu notre interlocuteur qui a néanmoins insisté pour que nous parlions au ministre Amon Tanoh. Sur le champ, il appela le ministre Amon Tanoh qui se trouvait ce jour-là à Paris. Nous avons échangé quelques civilités. Nous nous sommes connus quand il était ministre en charge de la construction et nous directeur du cadastre.

I.8. Condamnation à 20 ans de prisons dans un procès dans lequel nous n’avons pas reçu de citation à comparaître

Le 18 janvier 2018, le tribunal condamne le président Laurent Gbagbo, le Premier ministre Aké N’Gbo, le ministre Désiré Dallo et le ministre Justin Katinan Koné à 20 ans de prison. Ils doivent payer à l’Etat de Côte d’Ivoire des dommages et intérêts de 329 milliards de FCFA (700 millions USD).

Alors que le Premier ministre Aké N’Gbo et le ministre Désiré Dallo, présents en Côte d’Ivoire, sont reparti libres du tribunal, puisqu’aucun mandat de dépôt n’a été émis contre eux, paradoxalement, le juge émet deux mandats internationaux ; l’un contre le président Laurent Gbagbo, détenu en prison à La Haye, et le second contre le ministre Justin Katinan Koné, en exil au Ghana.

Dans ce procès 3 informations capitales sont à retenir :

–La Bceao, victime présumée du vol, ne s’est pas constituée partie civile. Elle n’a même pas daigné se présenter aux audiences ;

– La quasi-totalité des banques commerciales, elles aussi présentées comme victimes, ne se sont pas constituées parties civiles. Elles non plus ne sont pas venues aux audiences. C’est donc de façon superfétatoire que, pour cacher sa gêne, le juge les a déboutés de leurs prétentions puisque, en définitive, elles n’en ont formulé aucune.

– Seul l’Etat et la Bni se sont constitués parties civiles. Le premier prétend que l’argent utilisé pour effectuer les dépenses de l’Etat, y compris le salaire des magistrats et tout le personnel de justice de Côte d’Ivoire, même celui des gens du golf hôtel, constitue un préjudice pour lui. Je rappelle que les salaires de décembre 2010 à mars 2011 avaient été entièrement payés et que, l’Etat n’a pas eu à payer à nouveau ces mois de salaires aux fonctionnaires et agents de l’Etat. Il en va ainsi des autres charges de l’Etat. Donc, l’on ne peut que s’interroger de l’origine du préjudice que l’Etat prétend avoir subi.

La Bni, quant à elle, qui a correctement fonctionné tout le temps de la crise, prétend que les casses de ses agences pendant la guerre qui a eu lieu à Abidjan est de notre fait. En d’autres termes, le fait que les rebelles aient pillé notre domicile nous est imputable puisque tous ces sinistres ont eu lieu pendant la même période.

Le président Laurent Gbagbo et nous n’étions même pas représentés à ce procès puisque nous n’avons même pas reçu de citation à comparaître. Or cette exigence est d’ordre public et d’exigence stricte de la procédure pénale. Son inobservation entraîne de facto l’annulation de la procédure.

Deux raisons majeures expliquent les lourdes condamnations et les mandats émis contre le président Laurent Gbagbo et moi :

Les avocats de l’Etat de Côte d’Ivoire à la Cpi lui ont fait savoir qu’ils n’avaient plus d’arguments juridiques pour s’opposer à une libération provisoire du président Laurent Gbagbo. Le mandat international est la parade trouvée pour restreindre ses mouvements et, le cas échéant, son retour en Côte d’Ivoire.

Le chef veut se venger pour avoir annoncé à tort mon arrestation en 2012. Il faut bien que la justice militante ivoirienne lui en donne l’opportunité.

 

Malgré la persécution dont nous faisons l’objet de la part des dirigeants de notre pays, nous restons constants et ferme sur certaines positions. Cette constance ne fait pas de nous pour autant un monstre. Depuis notre nomination comme porte-parole du président Laurent Gbagbo, nous n’avons de cesse d’appeler les dirigeants ivoiriens à un vrai dialogue politique avec le président Laurent Gbagbo, le seul capable de construire une réconciliation solide dans l’intérêt de tout le monde. Nous nous sommes donné corps et âme à cette tâche. Mais c’est bien le régime ivoirien qui reste fermé comme on le verra dans la partie qui va suivre.

Plusieurs initiatives de dialogues étouffées par Abidjan

Deux accusations fausses, l’une étant la conséquence de l’autre, sont portées régulièrement contre nous :

Nous aurions cassé la Bceao et emporté environ 400 milliards de F Cfa (800 000 millions de dollars américains) ;

En conséquence de quoi, nous entretiendrions une branche armée au Ghana pour déstabiliser la Côte d’Ivoire.

Nul ne peut comprendre le drame que nous vivons s’il fait abstraction du lien de cause à effet entre les deux accusations, lesquelles accusations étouffent tous les efforts que nous avons entrepris durant ces 6 dernières années pour proposer des solutions à la situation du pays, notamment celle du président Laurent Gbagbo qui conditionne aussi celle des réfugiés.

II.1 Le lien de causalité entre le prétendu casse de la Bceao et les accusations de déstabilisation

La première fois que nous entendons parler de l’affaire du vol que nous aurions commis à la Bceao, c’est un avocat, ami de notre famille, qui a bien voulu venir nous voir au Ghana pour discuter avec nous des questions du dégel de nos avoirs vu les urgences que nous avions par rapport à la scolarité de nos enfants. C’est lui qui nous informe qu’il avait eu une discussion avec le ministre de la justice, l’avocat Ahoussou Kouadio, ce dernier lui aurait dit que nous sommes sorti de la Côte d’Ivoire avec plusieurs dizaines de sacs d’argent issus du casse que nous aurions perpétré à la Bceao. Nous sommes en juillet 2011. Nous en rions et nous lui répondons que ce n’est pas possible que le ministre de la justice dise des contrevérités avec autant de légèreté. Nous n’avons vraiment pas accordé une attention particulière à l’accusation. Quelques mois plus tard, c’est le Secrétaire général par intérim du Rdr, Amadou Soumahoro qui, au cours de l’une de ses sorties dont lui seul en le secret, dit que nous ne serons jamais rien en Côte d’Ivoire et que les actes graves de vols que nous avons posés à la Bceao sont inacceptables. Début d’année 2012, c’est le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko (décidemment, c’est une affaire de Koyaka), au cours d’un entretien télévisé qui affirme, lui aussi, que nous avons volé de l’argent à la Bceao, des centaines de milliards. Venant de ces hautes personnalités, ces déclarations font mouche. Dans une société ivoirienne, formatée dans le moule de la corruption depuis des décennies, plusieurs personnes, même au sein de notre propre famille politique, y croient.  Dès lors, notre vie prend une autre tournure. Chacun voulait nous rencontrer pour solutionner ses problèmes existentiels. Nous avons eu droit à toutes sortes de sollicitations allant de quelques dizaines de milliers à des milliards de F Cfa pour divers projets. Incapable de répondre à une seule de ces sollicitations, nous faisons l’objet de toutes les récriminations et de ressentiments dont certains s’expriment sous forme de faux témoignages contre nous. Nous avons même failli faire l’objet d’enlèvement par certains de nos compatriotes qui étaient convaincus que nous avions l’argent du président Laurent Gbagbo et que nous refusions de leur venir en aide ou d’accompagner leurs diverses entreprises. C’est l’une de nos connaissances, ayant participé à ce projet, qui attire notre attention sur cette menace. Leur raisonnement est simple. Si le président Laurent Gbagbo nous a choisi pour être son Porte-parole alors que nous n’occupions pas les premières fonctions, ni au sein de l’appareil de l’Etat, ni dans celui du parti, c’est bien parce que nous gardons un grand secret du président Laurent Gbagbo. Il se dira même que nous avons été arrêté à l’aéroport d’Accra parce que nous venions de cacher l’argent du président Laurent Gbagbo en Afrique du Sud.

De façon évidente, cette accusation mensongère nous a causé énormément de préjudice. C’est elle qui continue de nourrir toute la légende du voleur richissime qui veut déstabiliser son pays.

Pourtant, quelques mois seulement après notre sortie du pays, la Bceao, suite à des audits commandés, savait qu’elle n’avait jamais été volée, du moins, pas par nous. Pourquoi alors l’on se tait et laisse se poursuivre cette diabolisation. La preuve : au cours d’un séminaire organisé par ses services début 2016, le ministre en charge du budget a dit que la dette de la Bceao sur l’Etat suite au vol qu’elle a subi est de 50 milliards de F Cfa. En le disant, le ministre fait allusion de façon claire aux casses de 2003 opérées à Man et à Bouaké. Nous avons entendu dire que dans le procès que l’Etat a quand même tenu à ouvrir contre le Président Laurent Gbagbo, le Premier ministre Aké N’Gbo, le ministre Désiré Dallo et nous, la Bceao ne s’est pas constituée partie civile. Comment une banque centrale, que l’on dit avoir été volée, ne se constitue pas partie civile au procès de ses supposés voleurs ? Dans la réalité, il n’y a jamais eu de vol, ni à la Bceao, ni dans aucune autre banque pendant notre administration.

Or, c’est sur cette accusation totalement fausse que s’est bâtie notre réputation de déstabilisateur universel. C’est elle qui nourrit de nombreux ressentiments contre notre personne. En effet, il est difficile de soutenir que nous entretenons une armée sans en donner la source de financement. Leur histoire ne tiendrait pas. Par leur propre expérience, ils savent au moins ce que coûte l’entretien d’une armée. Notre salaire de 25 ans réuni ne peut supporter une telle charge financière. S’étant enfermés dans une bulle de mensonges d’où ils ne peuvent sortir, ils s’effraient eux-mêmes, en bloquant ou en sabotant toutes les initiatives que nous n’avons cessé de prendre pour ouvrir un vrai débat nécessaire à la réconciliation nationale.

 

II.2. De nombreuses initiatives de dialogues contrecarrées par le mensonge

Le 26 mai 2011, le président Laurent Gbagbo nous nomme comme son Porte-Parole. Le mandat signé de lui nous parvient par le soin de ses avocats le 7 juin 2011. Nous demandons que le mandat manuscrit du président soit authentifié pour lui donner une plus grande force probante. Ce qui sera fait une dizaine de jours plus tard. N (...)

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