Siaka Konaté, maire de Fakola : « Voici les autres localités du Sud visées par Ansar Dine »


(Photo d'archives)
  • Source: L'Inter
  • Date: vend. 24 juil. 2015
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Maire de Fakola, M. Siaka Konaté est nutritionniste de formation et a servi pendant 12 ans avec l'Ong Save the children dans les localités du Nord-Mali, en partie occupées par les combattants djihadistes qui ont attaqué sa commune le dimanche 28 juin dernier. Une semaine après cette incursion dans son village, le premier magistrat de Fakola, que nous avons rencontré dans la nuit du samedi 4 au dimanche 05 juillet 2015 dans la ville de Kolondiéba, se prononce sur cette attaque. Etat d'esprit des populations, dégâts laissés par les djihadistes, localités visées, conflit foncier entre Maliens et Ivoiriens etc.. Siaka Konaté se lâche. Entretien...

Quel est l'état d'esprit de vos administrés une semaine après le passage des djihadistes?

Avant toute chose, vous voudrez bien me permettre de vous présenter, au nom de la municipalité, nos vives excuses, à vous-même, à votre rédaction et à votre pays, pour le regrettable incident survenu lors de votre mission à Fakola. J'ai tenu à venir vous rencontrer ici à Kolondiéba dont dépend administrativement ma commune, pour vous le signifier personnellement. Cet incident est lié au fait que les populations sont très angoissées. Vous demandiez l'état d'esprit, eh bien, nos populations ont peur. Les activités sont quasiment au ralenti. Tout le monde a la peur au ventre, parce que les populations ne veulent pas vivre la terreur que certains ont pu vivre au Nord avant de venir au Sud. Vous savez, le passage des djihadistes a changé les habitudes. Fakola, c'est un village où on se connaît tous. Dès que quelqu'un arrive, on le sait tout de suite et la première des choses à faire, c'est de signaler cette présence aux forces de l'ordre. C'est une consigne de sécurité que nous avons fait passer. On estime que ce sont elles qui sont habilitées à faire les vérifications en la matière pour savoir qui vient en ami et qui vient en ennemi. Mais, il peut y avoir des dérapages, comme ce fut le cas avec votre arrestation. C'est pourquoi j'ai tenu à venir jusqu'à vous, et même à vous accorder cette interview. Dieu sait faire les choses. Certainement, sans cet incident malencontreux, je ne vous aurais pas parlé. C'est dire qu'il faut dépasser cela. Votre mérite est grand. Le mérite de votre journal est grand. Sans le savoir, votre rédaction vient de donner une leçon de professionnalisme et de courage aux hommes de média maliens, parce que cela permet de toucher du doigt des réalités des populations victimes des frappes des djihadistes.

 

De loin, beaucoup a été dit sur l'attaque contre votre localité. Elle a été même revendiqué-ci et là. Qui sont les auteurs de cette incursion et quel est le bilan?

L'action a été revendiquée effectivement par divers groupes, certainement pour faire diversion. Mais, sur le terrain, les djihadistes ont planté, dans la cour de la mairie, un drapeau noir sur lequel il était inscrit ''Ansar Dine Sud'', qui est un appendice de l'autre groupe basé jusque-là au Nord et qui menaçait depuis bien longtemps de déporter la guerre dans nos localités du Sud. Ce fait traduit éloquemment la main du groupe djihadiste Ansar Dine derrière cette attaque. Mieux, ils ont animé un prêche comme dans les habitudes de ce groupe terroriste, au cours duquel ils ont précisé qu'ils n'ont affaire qu'aux hommes en uniforme et aux serviteurs de l'État, ainsi qu'à tous ceux qui sont les ennemis de l'islam, selon eux. Il est, dès lors, manifeste que c'est le groupe Ansar Dine qui a attaqué Fakola. Pour ce qui est du bilan, ils ont incendié totalement les locaux de la gendarmerie et du camp des Eaux et forêts. Dans mon service, qui a été aussi ciblé et attaqué, trois bureaux dans lesquels les combattants djihadistes ont jeté des grenades sont totalement hors service. Plus rien ne peut y être fait comme activité municipale. Il faut des travaux de réhabilitation des locaux de la mairie pour rendre tout le bâtiment et tous les services opérationnels. Il y a aussi le volet préjudice moral. Les populations sont traumatisées et elles ont peur de vivre la terreur des djihadistes comme c'est le cas dans des localités du Nord.

 

Vous dites que les djihadistes avaient annoncé une action en direction de Fakola. Pourquoi n'avoir pas pris les mesures pour les contrer ou les en dissuader?

C'est vrai, l'attaque de Fakola n'était pas pour nous une surprise. Elle avait été annoncée. Et elle s'est même précisée tout juste après l'attaque contre Misséni. Ce n'est pas que rien n'a été fait. D'abord, il faut savoir que l'Etat malien a signé des accords de paix au Nord avec les mouvements djihadistes, et notre gouvernement entend respecter sa signature. C'est ce moment que les assaillants choisissent pour attaquer des localités du sud malien. Je dois dire qu'ils ont abusé de la confiance de l'État. Attaquer Fakola qui revient à attaquer Kolondiéba, c'est abuser de la confiance des dirigeants du Mali en profitant des accords de paix pour ouvrir de nouveaux foyers d'attaque au Sud. Toutefois, on ne peut pas dire qu'aucune mesure n'a pas été prise pour empêcher cette incursion. Non! Des mesures ont été prises, mais elles ont été en partie contournées. Pour opérer, les assaillants ont profité d'une vaste forêt qui sépare la Côte d'Ivoire et le Mali à partir du village de Sama. C'est même parce que des mesures ont été prises qu'ils n'ont pas pu s'installer longtemps. Ils ont juste frappé et sont ressorties peu après.

 

Où étaient les agents commis à la sécurisation des populations quand on sait que les populations de Kolondiéba avaient, à propos, fait une marche pour dénoncer le laxisme des forces de sécurité?

Moi, je suis un civil, et je pense que les autorités militaires sont mieux placées pour répondre à cette question. Ce que je peux dire, c'est que les djihadistes avaient annoncé que des localités du sud sont dans leur viseur. Ils ont dit qu'ils vont déporter la guerre dans le Sud pour que leurs revendications soient prises en compte, notamment celles de l'instauration de la charia. Au nombre des localités visées, ils ont cité clairement Misséni, qui a été attaqué, et ensuite Fakola qui a aussi été attaqué seulement 10 jours après Misséni. A l'instar de ces localités, ils ont cité également Koutéla, Kolondiéba, Kadiana, Bougouni et même la région de Sikasso. C'est dire que nous devons prendre la menace très au sérieux. Je suis le président de l'association des maires du cercle de Kolondiéba. Dans le Nord où je menais mes activités professionnelles d'expert-conseil en nutrition, j'ai vu les dégâts laissés par les islamistes assimilés à des terroristes. Je suis donc mieux placé pour savoir le danger réel que représente ce que j'appellerais ''l'angoisse Ansar Dine''. Populations comme élus, nous sommes tous angoissés, et le soutien de pays amis comme la Côte d'Ivoire, ou encore de nos collègues de l'autre côté de la frontière, notamment Tengrela et Bo (...)

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