Côte d'Ivoire / Menace terroriste : Ces failles qui profitent aux Djihadistes à la frontière - Des affrontements font plusieurs morts et des blessés


(Photo d'archives)
  • Source: L'Inter
  • Date: vend. 17 juil. 2015
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Il n'est pas facile d'entrevoir un contrôle rigoureux de la frontière entre la Côte d'Ivoire et le Mali, l'un de ses voisins du Nord. Notre incursion en territoire malien, après des frappes djihadistes dans deux localités, à savoir Misséni et Fakola, aux portes de la Côte d'Ivoire à partir du département de Tengrela, nous a permis de toucher du doigt plusieurs réalités, dont profitent les mouvements terroristes pour mener leurs opérations.

En premier, la porosité de la frontière entre les deux pays. En effet, plusieurs voies parallèles mènent de Tengrela au Mali. Ces pistes demeurent, pour la plupart soit méconnues, soit non contrôlées par les forces de défense et de sécurité des deux Etats voisins, séparés à la frontière Nord par une forêt d'environ 15.000 hectares (axe Missasso, village ivoirien – Sama, village malien) et du côté Sud par une forêt de plus de 2000 hectares (axe Soromana – Fafala et Mahandjana). Au centre de ce massif forestier qui s'étend de Sama à Soromana, côté malien, et de Fafala et Mahandjana (villages ivoiriens sur l'axe de Misséni, localité malienne victime de l'attaque du 18 juin dernier revendiquée par Ançar Dine), où les djihadistes ont pris leurs quartiers, se trouve un fleuve. Cette étendue d'eau est un affluent de la Bagoué. En ce lieu aussi, aucun contrôle n'est effectué. Or, de ce fleuve, des djihadistes retranchés dans la forêt frontalière peuvent opérer et prendre pour cible des localités comme Dondéréké et Zéguéré sur le sol malien, ou Féni et la sous-préfecture de Débété, voire Tengrela, le chef-lieu de département en territoire ivoirien.

 

Des morts et des blessés dans des affrontements entre Maliens et Ivoiriens….

Autre réalité non moins inquiétante, le différend foncier entre villageois maliens et ivoiriens. Déjà le 27 mai dernier, des habitants des villages frontaliers ivoiriens que sont Guéguéni et Wéli, avaient saisi les services de la mairie de Tengrela puis ceux du Conseil régional de Bagoué pour se plaindre de l'annexion de leurs terres par leurs voisins maliens des villages de Sama et de Kotela. Dans le rapport versé à leur plainte, ils faisaient remarquer que leurs cultures de maïs, d'arachides et de coton avaient été détruites lors d'une descente expéditive de planteurs maliens sur leurs terres. De leur côté, des autorités maliennes du cercle administratif de Kolondiéba, dont dépend cette partie sud du pays, affirment le contraire. Celles-ci soutiennent mordicus que ce sont les villageois ivoiriens qui ont mené l'expédition sur leur sol. «Il y a une liste de victimes qui est disponible. Ce sont nos parents qui ont plutôt été attaqués par leurs voisins ivoiriens. Ces affrontements frontaliers ont fait deux morts côté malien. Sur cette liste de victimes décédées, il y a par exemple Minata Goita, qui a été tuée dans le campement de Bakary Dao. D'ailleurs, ce campement a été incendié avec tous les biens à l'intérieur, des vêtements et des vivres. De même, de fortes sommes d'argent ont été emportées. Même la volaille n'a pas été épargnée. Le dossier a été transmis à la mairie de Fakola le 2 juillet dernier avec la liste des victimes et des dégâts», a révélé notre source. Puis d'indiquer que la complicité entre les autorités ivoiriennes et maliennes sur la question de la lutte contre le terrorisme qui menace les deux Etats, a pesé beaucoup dans la gestion de ce dossier. «Nous n'avons pas fait de bruit, nous ne nous sommes pas trop plaints auprès des autorités ivoiriennes parce que nous bénéficions du soutien de ce pays frère contre nos terroristes. Pour un antécédent entre les populations des deux côtés, sur des parcelles de forêts, il est hors de question de mettre nos deux armées dos-à-dos à la frontière commune pendant qu'elles font front commun contre des djihadistes», précise notre informateur. Quant à savoir s'il y a un lien entre ces affrontements liés au foncier et les attaques djihadistes, notre source se veut très affirmative. «Oui. Les djihadistes en sont informés. Et, ils ont même contribué à mettre de l'huile sur le feu pour pousser les populations à l'affrontement. Entre-temps, en dessous, eux, préparaient leurs attaques». A cette bombe foncière, non désamorcée à temps, est venu s'ajouter le non-démantèlement de tous les sites d'orpaillage clandestin. Les djihadistes en ont également tiré profit, puisque cela leur a permis d'installer et de prendre racine dans le massif forestier frontalier, d'où ils ont préparé minutieusement les attaques contre les localités de Misséni et Fakola. Faut-il le préciser, ces assaillants n'ont enregistré aucune perte en vie humaine, selon nos sources. Ils ont frappé et sont ressortis peu après avoir planté leurs drapeaux noirs estampillés Ançar Dine Sud, une branche du mouvement actif au Nord-Mali. Pour le cas du site localisé dans le rayon des villages de Missasso, Maniasso et Sama, devenu un véritable centre d'affaires, les populations voyaient bien les djihadistes. Mais, ces derniers se sont camouflés en se faisant passer pour des orpailleurs. Ils ont pu ainsi tromper la vigilance des villageois, qui leur ont indiqué des pistes parallèles pour échapper, en cas de nécessité, aux forces de l'ordre. «Le site entre Sama et Missasso, qui est plus en territoire ivoirien, n'était pas connu de nos services. Or, c'est sur ce site que se trouvaient les djihadistes qui ont attaqué Fakola, localité plus proche de Samatiguila (en terre ivoirienne) que de Tengrela. De cette mine clandestine, ils sont passés par Sama à (4km de la Côte d'Ivoire), pour aller frapper Fakola. Puis, ils sont revenus dans cette mine où ils se cachent dans les rochers. C'est d'ailleurs là qu'ils ont pris leurs quartiers. Certains dormaient sous des tentes dressées sur les lieux, et d'autres dans des grottes», renseigne un responsable de la sécurité locale.

 

Un large territoire sans poste frontalier avancé… 

Le non-démantèlement de toutes les mines d'or clandestines, où des enfants maliens et guinéens étaient l'objet d'exploitation et de traite, peut aussi tirer sa source d'un autre problème relevé. Il s'agit cette fois de l'absence de poste frontalier avancé le long des deux territoires. Tout djihadiste peut parcourir tranquillement des dizaines de kilomètres sans présence dissuasive des forces de défense et de sécurité pour mener sereinement des activités subversives. A titre d'exemple, du poste frontalier de la sous-préfecture de Kadiana, sur le sol malien, au poste frontalier ivoirien de Nigouni, qui fait 30 km, il n'y a aucun poste avancé ni de dispositif de sécurité entre les deux pays. C'est un espace de plus de 20 km laissé aux djihadistes pour préparer des frappes éventuelles. C'est le lieu d'interpeller les autorités compétentes des deux pays sur ces failles dont profitent indubitablement les forces du mal coalisées sous le visage de l'islamisme-djihadiste. Déjà, il faut noter avec satisfaction les rencontres entre le ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi et les élus et cadres de la Bagoué, pour non seulement rassurer les populations, mais aussi et surtout se faire une idée réelle des spécificités de la zone afin d'y adapter le plan de sécurisation. Certainement ces failles seront relevées et le ministre (...)

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