Après Anaky Kobenan, Danielle Boni Claverie conteste l'éligibilité de Ouattara et propose une plate-forme transitionnelle

  • Source: L'Intelligent d'Abidjan
  • Date: vend. 19 juin 2015
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Deux temps forts peuvent être retenus de l'intervention de Danielle Boni Claverie, la présidente de l'Union républicaine pour la démocratie (URD), au cours de la conférence de presse qu'elle a animée le jeudi 18 juin 2015 dans un réceptif hôtelier à Cocody. A savoir, sa contestation de la candidature du Président Alassane Ouattara, candidat à sa propre succession, et sa proposition d'une plate-forme transitionnelle incluant le report des élections à venir. Une position qui avait été affirmée il y a exactement deux semaines, par Anaky Kobenan, le président du Mouvement des forces d'avenir (MFA).

Avant de se prononcer sur l'éligibilité de l'actuel chef de l'Etat ivoirien, Danielle Boni Claverie a d'abord tenu à montrer l'objectivité de sa position sur le sujet. « Je m'accorde une légitimité qui vient de mon parcours, de mon expérience, de mon âge et parce que je ne peux pas être soupçonnée de visées électoralistes puisque l'article 35 de la Constitution m'empêche d'être candidate. Oui, je suis inéligible parce que je suis une “ou'' c'est-à-dire qu'un de mes parents n'est pas ivoirien. Je trouve cela injuste », a-t-elle précisé.

Elle a ensuite abordé la question de l'éligibilité d'Alassane Ouattara en ces termes : « Je regrette que le Président Ouattara n'ait pas procédé dès le début de son mandat au toilettage de notre loi fondamentale en amendant tout particulièrement l'article 35. Ce qui le contraint aujourd'hui à respecter cette même loi (…) Mon parti et moi n'avons jamais fait l'apologie de positions extrêmes ou virulentes, mais à ceux qui défendent la thèse que le Président est rééligible de plein droit parce qu'ayant exercé la fonction présidentielle, nous répondons que la Constitution impose les mêmes conditions à tous les candidats ».

Danielle Boni Claverie a même clarifié son opinion au cours des échanges avec la presse. « Dans le débat sur l'article 35, j'ai voulu montrer que, bien sûr, la fonction présidentielle met tous les projecteurs de l'actualité sur le Président Ouattara. Mais nous sommes nombreux en Côte d'Ivoire à ne pas pouvoir nous présenter. Ce fait n'est pas normal. Et c'est cela que je veux dénoncer. La vérité, c'est que le Président Ouattara est inéligible, au même titre que d'autres Ivoiriens dont moi-même. (…) Nous pensons que ce n'est pas un crime de lèse majesté que d'évoquer l'inéligibilité du Président. Elle doit faire partir d'un débat. Et je sais que je peux peut-être décevoir le pouvoir parce qu'il ne va pas dans cette voie. Mais je pense que les propos que j'ai tenus n'ont rien de provocateur, de déstabilisateur, encore moins d'insurrectionnel. (…) Il n'y a pas de sujet tabou et nous pouvons mener le débat dans le calme, la paix, sans violence verbale, en toute responsabilité », estime-t-elle.

Une plate-forme transitionnelle

Sur cette base, la présidente de l'URD s'est interrogée : « Alors comment sortir de ce dilemme ? ». « L'URD propose le report des élections sur une durée à étudier de façon consensuelle. L'URD propose la constitution d'une plate-forme transitionnelle avec une feuille de route précise qui aura à mener un certain nombre de réformes pour améliorer le système politique et électoral, notamment amender la Constitution et l'article 35 pour permettre à tout candidat qui le désire de se présenter. Cette plate-forme transitionnelle –j'évite le terme “transition'', trop lié dans l'imagerie populaire à des coups d'Etat ou des situations insurrectionnelles – devrait avoir comme mission la révision de la Constitution et la reprise de tout le processus électoral », a répondu Danielle Boni Claverie.

Crédibilité des prochaines élections

La présidente de l'URD a également exprimé ses doutes sur la crédibilité des prochains scrutins électoraux qui démarrent par la présidentielle d'octobre. « La démission de M. Francis Wodié le 3 février 2015 et son remplacement par M. Mamadou Koné, un militant du RDR, proche du Président Alassane Ouattara n'est pas de nature, à notre avis, à garantir des élections transparentes et démocratiques dans notre pays. Il semblerait en effet que sa démission ait un rapport avec la révision de l'article 35. La proximité du candidat Président et du nouveau patron du Conseil constitutionnel ne couvre-t-elle pas la volonté de s'assurer de décisions en sa faveur. Je rappelle que la même proximité avait été violemment dénoncée par l'opposition d'alors, aujourd'hui au pouvoir », a exposé comme inquiétude Danielle Boni Claverie.

Autres appréhensions de la présidente de l'UDR : le fonctionnement de la CEI, la révision du code électoral et de la liste électorale. Sur le fonctionnement de la CEI, elle a indiqué que « contrairement à ce qui (leur) avait été promis, le mode de décision est toujours basé sur le vote majoritaire et non consensuel », alors que « dans (sa) composition actuelle, le pouvoir compte sur les 17 membres, 9 membres qui lui sont clairement acquis ». « Avec un tel déséquilibre, a-t-elle poursuivi, rien ne garantit une organisation saine des élections ».

Elle a ensuite fait « le constat amer de la rédaction d'un code électoral sans aucune consultation ni participation de l'opposition ». Ce code, selon elle, n'a pas fait l'objet ni de publication ni de diffusion. Enfin, pour Danielle Boni Claverie, il est anormal que sur simple présentation d'un certificat de nationalité, on puisse se faire enrôler alors qu'avant, cela se faisait sur présentation de la CNI plus complète au niveau des informations.

Danielle Boni Claverie a estimé en outre que les élections ne peuvent pas être organisées « sans un désarmement effectif des supplétifs et des ex-combattants et sans l'encasernement des FRCI ». Elle a rappelé dans ce sens que selon les chiffres officiels, 18 000 combattants manquent à l'appel. « Et les armes par voie de conséquence n'ont pu leur être retirées », a conclu la présidente de l'URD. 

La justice

Dans la foulée, la présidente de l'URD a réclamé l'élargissement de tous les détenus sans inculpation ni jugement, et la libération de tous les détenus politiques dont l'ex-Président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé.

A.A




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