Bancarisation et couverture assurance : le difficile décollage !

  • Source: cotedivoire-economie.com
  • Date: jeu. 14 mai 2015
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La question de la dette intérieure reste une épine dans le pied pour l'Etat de Côte d'Ivoire, notamment celle contractée envers les fournisseurs. Retour sur cette pomme de discorde entre le gouvernement et les opérateurs économiques ivoiriens.

Le constat est net. Les Ivoiriens ne se bousculent pas aux portes des banques et des compagnies d'assurances. Traduction parfaite : le taux de bancarisation stagne autour de 14%. Et pour l'assurance, en dessous de 5%. La difficile couverture du territoire national par les services bancaires est une réalité, mais pour certains observateurs la culture de l'épargne n'est pas encore suffisamment ancrée dans les habitudes des populations. Quand d'autres voient le problème bien au-delà. Les revenus relativement faibles et la précarité des emplois ne permettent pas aux populations de placer une partie de leurs gains en banque ou de s'offrir une police d'assurance. La moitié de la population ivoirienne vit en dessous du seuil de pauvreté (moins d'un dollar par jour). Cette frange de la population, la plus vulnérable de la société, n'a pas accès aux services de base. D'ailleurs, selon le Premier ministre Daniel Kablan Duncan, 85 à 90% de la population ivoirienne ne bénéficie d'aucune couverture sociale. En outre, des risques sociaux majeurs tels que la maladie et le chômage ne sont pas suffisamment couverts par le système actuel.

Un autre fait, c'est que les détenteurs de comptes bancaires estiment que les banques ne répondent pas à leurs véritables préoccupations. «Il est vrai que les populations vont vers les banques pour sécuriser leurs avoirs ou les faire fructifier mais, en réalité, ce que beaucoup recherchent en ouvrant un compte en banque, c'est de pouvoir bénéficier de crédits ou de financements de la part des banques lorsqu'elles en sollicitent. Mais les clients se heurtent généralement aux difficiles conditions imposées par les banques, aux garanties et autres. C'est un secret de polichinelle. L'accès au crédit en Côte est difficile. Les banques prêtent peu et cela n'est pas encourageant», confie un dirigeant d'une PME. 

Des prêts ciblés

A entendre les professionnels du secteur, les banques ne prêtent qu'à ceux qui peuvent rembourser, et bien. Les prêts sont ciblés. «Aujourd'hui, ce que nous demandons aux populations repose sur un certain nombre de principes. Il y a le principe du droit au compte, que nous avons décidé de remettre sur la table et d'exercer dans les faits, c'est-à-dire permettre à toute personne qui le souhaite de pouvoir ouvrir des comptes dans nos livres. Mais on souhaite que les comptes qui sont ouverts soient alimentés. L'autre aspect où les conditions sont posées en termes de solvabilité, c'est lorsque le client va solliciter un financement au niveau de la banque, là nous nous assurons qu'il a le profil requis pour pouvoir emprunter, soit une avance sur salaire, soit un crédit d'investissement, soit un crédit d'équipements, soit un crédit immobilier», souligne le président de l'Association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d'Ivoire (APBEF-CI), Souleymane Diarassouba. Normal, diront certains. Mais pour d'autres analystes, les banques en font un peu trop et donnent l'impression de ne pas prendre suffisamment conscience qu'un de leurs principaux rôles, c'est le financement de l'économie. Eh bien, cette inquiétude pourrait être levée.

Le secteur bancaire semble désormais avoir pris l'ampleur de la menace. Souleymane Diarrassouba révèle qu'en 2015 les PME/PMI seront largement prises en compte dans le portefeuille de financement, de même que l'immobilier. Une priorité qui répond à la préoccupation du président de la République, Alassane Ouattara, qui déplorait le faible accès au financement des PME/PMI pour accroître leur compétitivité, lors de la cérémonie d'ouverture de la Maison de l'entreprise  le 21 septembre 2014. «Sans financement adéquat, la croissance des PME est ralentie. Tout comme le sang qui irrigue le cœur, le crédit bancaire doit irriguer notre économie. Si le débit n'est pas assez suffisant, alors le cœur s'essouffle, tout comme la croissance économique d'un pays», avait interpellé le président Alassane Ouattara.

 

La BCEAO préoccupée

La Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) reste aussi préoccupée par le faible taux de bancarisation dans la zone. Elle a pris de nouvelles dispositions afin d'aider à faire face à la question. Ainsi, depuis novembre 2012, il y a eu le lancement des concertations entre la banque centrale et les établissements financiers de l'Uemoa afin d'échanger sur différents mécanismes ou décisions qui devraient permettre de promouvoir la bancarisation et de renforcer la protection des consommateurs. Plus concrètement, le 8 mai 2013 à Dakar, les banques et la banque centrale se sont accordées sur une série de dix-neuf postes de frais et commissions qu'elles ont décidé d'abandonner au profit des clients. Tout ceci afin de rendre accessibles les services bancaires à la majorité des populations de la Côte d'Ivoire et celles de toute la zone Uemoa et améliorer ainsi le taux de bancarisation de l'Union, qui est autour de 7%. Ces services bancaires gratuits concernent l'ouverture de compte, la délivrance de livrets d'épargnes, la tenue de compte sur livret d'épargne, la transmission de relevé de compte (une fois par mois), le relevé récapitulatif des frais annuels. C'est le cas également pour le dépôt d'espèces dans la banque du client, quel que soit le guichet (hors acquittement de frais de timbre fiscal), le retrait d'espèces dans la banque du client quel que soit le guichet (à l'exception des opérations par chèques de guichet), la domiciliation de salaire, le changement d'éléments constitutifs du dossier du client (notamment d'identification), la mise en place d'une autorisation de prélèvement (ordre de prélèvement à partir du compte) ou de virement permanent (création du dossier), la clôture de compte.

Au niveau des moyens et opérations de paiement, la gratuité porte sur les retraits auprès d'un guichet automatique (GAB/DAB) de la banque du client, le paiement par carte bancaire au sein de l'Uemoa, la consultation de solde et l'édition du relevé de solde au GAB/DAB dans la banque du client. De même, les virements de compte à compte dans la même banque, les encaissements de chèques tirés sur une banque de l'Union, les encaissements de virements nationaux, communautaires et internationaux ne feront plus l'objet de frais à la charge de la clientèle. Concernant les opérations de banque à distance, la gratuité s'étendra aux avis de débit et de crédit par voie électronique, ainsi qu'à la consultation et l'édition du solde et de l'historique du compte à travers le GAB/DAB de la banque du client. En la matière, l'exemple du Maroc est édifiant. En 2010 ce pays a supprimé seize postes de commission. Cela a permis aux autorités marocaines d'améliorer le taux de bancarisation dans le royaume, de 49% en 2010 à 55% en 2012. Et l'Uemoa entend faire mieux.  

 

Des assureurs pas rassurants

De l'avis général, les assureurs ne sont pas plus rassurants pour les populations, même si, à en croire l'Association des sociétés d'assurances de Côte d'Ivoire (ASA-CI), les primes émises par les compagnies d'assurances ivoiriennes ont atteint 236,7 milliards FCFA (361 millions d'euros) sur l'ensemble de l'année 2013, soit une croissance de 12,8% par rapport à l'exercice précédent. La mauvaise foi et le désordre qui règnent dans le secteur constituent de sérieux handicaps à l'amélioration du taux de pénétration des assurances en Côte d'Ivoire«On s'assure pour bénéficier d'une assistance en cas de nécessité. Mais lorsque survient un sinistre et qu'il s'agit du paiement de ce sinistre, c'est la croix et la bannière», déplore un client. Malheureusement cette situation et bien d'autres, décriées de tous, continuent de ternir considérablement l'image des sociétés d'assurances. Au niveau de la distribution des produits d'assurances par exemple, l'on déplore la prolifération des intermédiaires à travers le territoire national dont la plupart n'ont pas d'autorisation, sans compter les rétentions de primes par ces derniers. Au niveau des compagnies d'assurances elles-mêmes, l'on dénonce la non-maîtrise du réseau de distribution, un stock important de primes impayées et la lenteur dans l'indemnisation, notamment les victimes d'accidents de la circulation. Par ailleurs, les constats et PV d'accident ne sont pas transmis aux sociétés d'assurance conformément aux dispositions du code des assurances. Autres préoccupations,  c'est la forte demande d'agrément pour le courtage et l'absence d'experts à l'intérieur du pays. Autant de faiblesses qui méritent d'être corrigés si banques et assurances veulent éviter de prêcher dans le désert et assurer efficacement leur rôle dans l'émergence économique en Côte d'Ivoire. L'Etat est interpellé à plus d'un titre pour asseoir les bases nécessaires d'une bonne  politique en matière d'assurances et de banques en Côte d'Ivoire.

Vincent Kouassi




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