Accident vasculaire cérébral (AVC) / Pr Assi Berthe : « C'est la maladie des personnes surchargées et stressées »

  • Source: Soir Info
  • Date: lun. 11 août 2014
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L'accident vasculaire cérébral (Avc) fait des ravages au sein de la population ivoirienne avec un taux de décès qui oscille entre 25 et 40 %. Pour en savoir davantage sur cette maladie, nous avons rencontré Pr Assi Berthe, du service neurologie du Chu de Cocody. Elle nous explique ici les causes de l'Avc et les risques qui y sont liés. Aussi, donne-t-elle des conseils pour éviter ce «tueur silencieux », et elle parle du suivi et de la prise en charge des personnes qui en sont victimes.

L'accident cérébral vasculaire est-il une maladie ?

Pr Assi Berthe : L'Accident vasculaire cérébral (Avc) est bel et bien une maladie. Toutefois, ce sont des maladies qui favorisent la survenue des Avc. Parmi ces maladies, on a principalement l'hypertension artérielle (Hta). Dans près de 79% des cas, l'Avc survient chez des patients ayant une l'hypertension artérielle. La 2e maladie est le diabète. Il compte pour 19 % dans la survenue d'une attaque Avc. A coté de ces deux grands facteurs de risque, on peut citer les maladies cardiaques qui sont porteuses d'Avc. Mais, il ne faut pas perdre de vue d'autres facteurs tels que le tabac et un régime trop riche en huile, qui agissent sur les vaisseaux sanguins.

 

Comment peut-on définir l'Avc?

Il s'agit de signes neurologiques qui surviennent brutalement, en rapport avec une lésion des vaisseaux du cerveau. Ici, c'est le caractère brutal qui est important. Par exemple, le signe le plus fréquent, est la paralysie d'une moitié du corps. On appelle cela une hémiplégie. En effet, comme le disait très souvent notre maître, le professeur Giordano, l'Avc est un problème de tuyauterie. Par exemple, si en jouant avec le tuyau qui sert à arroser le jardin, l'enfant le bouche, le jardin n'aura plus d'eau, nécessaire à son irrigation. Les plantes qui ne reçoivent plus d'eau peuvent mourir. C'est ce qui se passe dans le premier type d'Avc. Lorsqu'il y a un vaisseau sanguin bouché, les cellules du cerveau qui ne reçoivent plus de sang, vont souffrir puis mourir. Le 2e cas d'Avc peut être comparé à la tuyauterie de la Sodeci. Dans la majeure partie des cas, quand le tuyau de la Sodeci se casse brusquement, l'eau jaillit et se répand rapidement partout. Tout pour dire qu'il y a deux types d' Accident vasculaire cérébral. L'Avc ischémique (80%) provoqué par un caillot de sang qui empêche le sang d'irriguer les cellules nerveuses du cerveau, et l'Avc hémorragique (20%), qui lui, est dû à la rupture brusque d'un vaisseau sanguin provoquant une hémorragie dans le cerveau. Les accidents vasculaires cérébraux, sont la troisième cause de décès dans le monde après les maladies cardiovasculaires et les cancers.

 

Pourquoi cette maladie se manifeste-t-elle de façon brutale et en tout lieu ?

Quand on casse un tuyau, c'est de façon brusque que l'eau se met à jaillir. De même, le caillot qui se forme à partir du cœur ou des gros vaisseaux, se détache brusquement avec la poussée de l'hypertension artérielle, circule dans les vaisseaux sanguins jusqu'à ce qu'il arrive dans un vaisseau plus petit que lui. Ne pouvant pas passer, le caillot obstrue le vaisseau. L'irréparable se produit donc et la personne qui, apparemment, n'avait aucun signe de maladie, pique une crise et fait un Avc quels que soient l'heure et l'endroit où elle se trouve.

 

Comment reconnaître un Avc et que faire en cas de crise ? 

Tout signe neurologique qui survient brutalement, doit faire penser à un Avc. Il faut se mettre en alerte et consulter un médecin quand une personne a de fortes céphalées, vomit, a une douleur, une raideur du cou, présente une paralysie d'un bras ou d'une jambe. Parfois, le malade tombe, rentre dans le coma, ou fait des crises d'épilepsie. Mais l'Avc sera confirmé par le scanner cérébral. En cas d'attaque, la prise en charge dépend de l'état de conscience du malade. Si la personne est dans un état comateux, il est conseillé de la mettre en position allongée, et relever sa tête à 30°. Il faut la mettre en position latérale de sécurité si elle vomit, tout en soulevant sa tête, pour éviter qu'elle avale ses vomissures et s'asphyxie. Si le malade est conscient, il peut rester couché sur le coté ou assis. Mais le plus important est de l'amener le plus rapidement possible dans un service d'urgence pour la prise en charge médicale.

 

Quels sont les facteurs de risque de l'Avc?

L'hypertension artérielle et le diabète sont les principaux facteurs de risque de l'Avc. Toutefois, l'âge, l'obésité, le taux élevé de cholestérol, les maladies cardiaques (surtout la fibrillation auriculaire), le tabac, la consommation excessive d'alcool, l'hérédité, le manque d'activités physiques, les contraceptifs oraux, les traitements hormonaux substitutifs, la drépanocytose, une grande colère, un stress…sont aussi des prédicteurs de l'Avc. Concernant l'âge, une fois la cinquantaine passée, le risque des accidents vasculaires cérébraux, double à chaque décennie.

 

Parmi les dispositions à prendre pour éviter l'Avc, vous avez énuméré les exercices physiques. Pourtant, des sportifs piquent des crises d'Avc et en meurent souvent. Qu'est-ce qui explique cela ?

Le sport permet de lutter contre les facteurs de risque tels que l'hypertension artérielle, le diabète et l'obésité. Mais ces personnes qui font un Avc, qu'elles soient sportives ou non, il faut rechercher la cause de l'attaque. Il peut s'agir d'un hypertendu qui a forcé l'activité dans son épreuve sportive. Il peut donc faire une rupture de malformation. Le stress peut entraîner une attaque cérébrale, surtout chez les sujets jeunes. Or, on sait que les sportifs sont parfois très chargés professionnellement. C'est également le cas de nombreux jeunes. Ils pensent qu'ils sont irremplaçables au service, et travaillent sans se reposer. Ils peuvent faire un Avc. Une grande colère peut également entraîner un Avc. Pendant la crise de colère, la tension monte et il peut y avoir la rupture d'un des vaisseaux. L'individu tombe immédiatement et fait un Avc quels que soient l'heure et le lieu. Cela signifie clairement que le sportif n'est pas à l'abri des Avc.

 

Si l'hypertension artérielle et le diabète sont les principaux facteurs de risque de l'Avc, alors comment expliquez-vous cette maladie chez les enfants ?

Concernant les personnes âgées, on connaît les causes liées à leur Avc. Mais les enfants et les jeunes sont souvent victimes de cette pathologie. Chez l'enfant, l'attaque cérébrale peut être en rapport avec une drépanocytose, une infection à VIH/sida qui va entraîner une méningite ou des maladies cardiaques de l'enfant. Parfois, des maladies liées au sang telles que les hémopathies, augmentent la viscosité du sang (rendent le sang épais). Il aura alors la formation de caillots qui vont aller boucher les petits vaisseaux. Il peut donc facilement survenir un Avc ischémique.

 

L'Avc fait des ravages aujourd'hui. Qu'est-ce qui explique la croissance de la maladie au sein de la population ivoirienne ?

Elle s'explique par plusieurs facteurs. Il y a l'âge. Avant, l'espérance de vie n'était pas très importante. De nos jours, on vieillit un peu plus. On sait aussi que l'Avc est la maladie des personnes surchargées et stressées. Il touche les plus jeunes, parce que la pauvreté sévit dans nos pays en développement. Le stress, l'hypertension artérielle, le diabète etc… sont en croissance, à cause de la situation précaire de la grande majorité de la population. Toutes (...)

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