World Data Lab et la Fondation Mastercard ont procédé, le 3 novembre 2026 à Abidjan, au lancement de l'Horloge de l'emploi des jeunes en Afrique (Africa Youth Employment Clock). Présentée comme un outil d'analyse et de suivi du marché du travail, cette plateforme numérique ambitionne de rendre les données sur l'emploi des jeunes accessibles aux décideurs, aux entreprises et aux acteurs du développement.

Comment évolue l'emploi des jeunes en Afrique ? Combien occupent un emploi, combien poursuivent des études et combien restent en marge du marché du travail ? Ce sont autant de questions auxquelles World Data Lab et la Fondation Mastercard entendent apporter des éléments de réponse à travers leur nouvelle initiative.

Le mardi 3 novembre 2026, à Abidjan, les deux organisations ont officiellement présenté l'Horloge de l'emploi des jeunes en Afrique. Un lancement qui intervient dans un contexte marqué par la croissance rapide de la population jeune sur le continent et les défis liés à son insertion professionnelle.

Selon les estimations de World Data Lab, l'Afrique compte environ 556 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans en 2026. Parmi eux, 318 millions (57 %) occupent un emploi, tandis que 107 millions (19 %) ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET). Les 131 millions restants (24 %) poursuivent des études.

Cette dynamique démographique devrait se poursuivre. Entre 2020 et 2030, environ 132 millions de jeunes supplémentaires devraient rejoindre cette tranche de population. Une évolution qui représente un potentiel économique considérable, mais qui pose également la question de la capacité des économies africaines à offrir des perspectives professionnelles à cette jeunesse.

La Côte d'Ivoire face aux défis de l'insertion professionnelle

Le déploiement de la plateforme en Côte d'Ivoire permet de mettre en lumière les réalités du marché du travail national. En 2026, le pays compte environ 11,2 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans, soit 37 % de sa population.

Sur cet effectif, 6,3 millions (56 %) occupent un emploi. En revanche, 1,8 million (18 %) ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, tandis que 3,1 millions (26 %) poursuivent des études ou une formation.

Au-delà de ces données globales, les disparités entre les jeunes femmes et les jeunes hommes constituent un autre défi majeur. En effet, 25 % des jeunes femmes âgées de 15 à 25 ans sont en situation de NEET, contre 13 % des jeunes hommes. Chez les 26-35 ans, les proportions sont respectivement de 17 % et 6 %.

Les inégalités se prolongent également dans le monde professionnel. Les jeunes femmes gagnent moins que les hommes dans tous les secteurs d'activité, avec un écart de revenus atteignant 37 % dans les services.

Pour Dr Reshma Sheoraj, Vice-présidente principale de World Data Lab, ces résultats montrent la nécessité d'aller au-delà de la simple création d'emplois pour s'intéresser aux conditions d'accès aux opportunités économiques et aux perspectives d'évolution professionnelle.

« Ces constats soulignent l'importance d'aller au-delà de la seule création d'emplois pour s'intéresser à la question de savoir qui accède aux opportunités, à la qualité de ces opportunités et à la capacité des jeunes femmes à y participer et à progresser sur un pied d'égalité », a-t-elle déclaré.

Une plateforme pour rendre les données accessibles et exploitables

La présentation technique de l'outil a été assurée par M. Mamadou MBODJ, Senior Data Scientist de World Data Lab. À cette occasion, il a présenté les différentes fonctionnalités de la plateforme, qui permet de consulter des estimations et des projections sur l'emploi des jeunes jusqu'en 2040.

Les données sont ventilées selon plusieurs critères, notamment le sexe, l'âge, le lieu de résidence, le niveau d'instruction, le secteur d'activité et le type d'emploi. La plateforme renseigne également sur les revenus, la pauvreté au travail, la formalité de l'emploi ainsi que les motifs de l'inactivité.

L'outil s'appuie sur différentes sources statistiques, notamment les données des instituts nationaux de statistique, de l'Organisation internationale du Travail (OIT) et de l'Agence nationale de la statistique (ANSTAT) en Côte d'Ivoire. Cette approche permet de disposer de données comparables entre les pays et d'appréhender plus finement les évolutions du marché du travail.

Conformément à la définition de l'Union africaine, la plateforme considère comme jeunes les personnes âgées de 15 à 35 ans. Toutefois, les utilisateurs peuvent sélectionner d'autres tranches d'âge en fonction de leurs besoins d'analyse.

Accessible gratuitement sur www.africayouthjobs.io, l'Horloge couvre les 54 pays africains. La Côte d'Ivoire rejoint ainsi l'Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Rwanda, le Nigeria, l'Ouganda et le Sénégal, où la plateforme a déjà été déployée.

La Fondation Mastercard réaffirme son engagement en faveur de la jeunesse

L'accessibilité des données et leur appropriation par les différents acteurs ont également été au cœur des échanges. Mme Fayelle Ouane, Directrice du développement de l'entrepreneuriat pour la région UEMOA à la Fondation Mastercard, a notamment insisté sur l'importance de rendre ces informations disponibles afin de permettre aux parties prenantes de mieux orienter leurs actions.

Elle a rappelé les ambitions de la stratégie Young Africa Works de la Fondation Mastercard, qui vise à permettre à 30 millions de jeunes Africains d'accéder à un travail digne et épanouissant d'ici 2030.

« En Côte d'Ivoire, l'organisation ambitionne d'accompagner 620 000 jeunes, dans le cadre d'un objectif régional de 1,7 million de bénéficiaires âgés de 18 à 35 ans, dont 70 % de femmes », a-t-elle expliqué.

Cette ambition traduit notamment la volonté de renforcer l'accès des jeunes femmes aux opportunités économiques et de soutenir leur participation au développement du continent.

M. Elisée Kamanzi, directeur pays par intérim UEMOA de la Fondation Mastercard, a également insisté sur la nécessité de placer les jeunes, particulièrement les jeunes femmes, au cœur des initiatives visant à façonner l'avenir du travail en Afrique.

À travers le lancement de l'Horloge de l'emploi des jeunes en Afrique, World Data Lab et la Fondation Mastercard mettent ainsi à disposition des acteurs de l'emploi un nouvel instrument d'analyse. Au-delà des statistiques, l'enjeu sera désormais de transformer ces données en orientations et en actions concrètes pour favoriser une insertion professionnelle plus inclusive et offrir aux jeunes Africains de meilleures perspectives d'avenir.




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