Ibrahim Konaté, président du Comité de gestion du Fonds pour l'Insertion professionnelle des personnes en situation de handicap (FIPPSH), rappelle dans cet entretien, l'obligation pour les entreprises privées de se conformer à la loi en recrutant dans leur effectif une ou des personne(s) en situation de handicap. Il revient sur les mesures prises par le Gouvernement en vue de favoriser davantage l'insertion professionnelle des personnes en situation de handicap.

Quelles sont les missions du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes en Situation de Handicap (FIPPSH) ?

Le Fonds pour l'Insertion des Personnes en situation de handicap (FIPPSH) a pour mission de favoriser, par ses concours, l’insertion et le maintien dans l’emploi des Personnes en Situation de Handicap (PSH) et des travailleurs handicapés à la suite d’un accident de travail ou une maladie professionnelle. À ce titre, le FIPPSH finance les investissements d’appoint destinés à l’accessibilité des locaux et à l’aménagement des postes de travail ; contribue également à l’acquisition d’équipements techniques ou de matériels didactiques et de travail adaptés.

 

Comment le FIPPSH accompagne-t-il les personnes en situation de handicap dans leur parcours vers l’emploi ?

Le FIPPSH guide les personnes en situation de handicap diplômées vers la Commission Technique d'Orientation et de Reclassement Professionnel (COTOREP) afin qu’elles se conforment aux formalités de la règlementation, notamment la certification de leur handicap avant de les orienter vers un employeur.

 

Comment accompagnez-vous les entreprises qui souhaitent recruter des travailleurs en situation de handicap ?

Nous procédons d’abord au diagnostic du besoin de l’entreprise en tenant compte de son quota, du nombre de postes à pourvoir, des métiers accessibles et des contraintes liées à l’accessibilité de son local et les postes de travail à aménager ; ensuite, nous identifions les candidats ; nous organisons le recrutement ; nous finançons l’aménagement ; et enfin, nous préparons le futur employé avant son recrutement et nous le suivons pendant une année entière après son recrutement.

 

Pourquoi l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap constitue-t-elle aujourd’hui un enjeu majeur ?

L’insertion des personnes en situation de handicap reste un sujet majeur parce qu’elle se situe au croisement de 4 grandes priorités, notamment la dignité et les droits humains, l’égalité et la justice, la valorisation du capital humain, et la croissance économique inclusive. Notons aussi que la société ivoirienne est en pleine transition, sortant progressivement d’une vision de la charité vers une approche fondée sur les droits et les compétences des personnes en situation de handicap. Cette époque touche certes à sa fin, mais la transition n’est pas achevée, d’autant plus que les perceptions sociales et les pratiques en entreprise ne reflètent pas encore cette évolution. Sur 975 000 employés dans le secteur privé, seulement 6 500 sont des handicapés, soit 0,7% là où la loi exige 2%. Le FIPPSH a donc été créé pour relever ce défi, quoique sa mission ne s'arrête pas seulement à l’insertion.

 

Quel est l’état des lieux de l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap en Côte d’Ivoire ?

L’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap dans le secteur privé reste insuffisant. Pour 1000 emplois, le secteur privé n’emploie que 7 PSH au lieu de 20. Une volonté politique forte du gouvernement a toutefois permis l’insertion de 3 301 PSH à la Fonction publique. Cela montre une progression significative de l’engagement de l’État.

À la suite du Communiqué N°0549/MEPSFP daté du 19 mars 2026 appelant les entreprises à se conformer à l’obligation d’embauche des PSH, il ressort qu’en fin juin 2026, ce sont seulement 200 entreprises qui se sont conformées à cette disposition légale sur la quarantaine de 1000 entreprises assujetties.

 

Quels sont les principaux obstacles qui empêchent encore les personnes en situation de handicap d’accéder à un emploi ?

Les obstacles sont multiples. Il s’agit notamment des regards, des préjugés, des stigmatisations. Il y a également l'accessibilité des locaux, la formation, les moyens de transport non adaptés et certains employeurs qui doutent de la productivité des PSH et jugent très coûteuse leur inclusion.

 

Au-delà du recrutement, pourquoi est-il important de parler aussi de maintien dans l’emploi et d’évolution professionnelle de cette catégorie de travailleurs ?

Au-delà du recrutement, il est important de parler de maintien parce que se limiter au recrutement n’est pas une inclusion réussie. Au FIPPSH, l’inclusion est pensée sur toute la durée de la vie professionnelle des PSH.

 

Que prévoit concrètement la réglementation ivoirienne concernant l’emploi de ces personnes dans les entreprises privées ?

Selon la réglementation, est considéré comme handicapée toute personne présentant l’un ou les deux handicaps suivants : handicap physique et handicap intellectuel. La norme indique un quota d’une personne pour les entreprises de 1 à 100 travailleurs, et 2% de l’effectif au-delà de 100 travailleurs. À défaut, l’employeur est tenu de verser une contribution à titre de compensation au FIPPSH. Cette contribution est perçue par la CNPS au moment du paiement de ses obligations sociales. Le montant de la contribution varie suivant le quota de chaque entreprise.

 

Pouvez-vous expliquer l’obligation de quota ?

Pour un employeur, respecter son quota c'est se conformer à la loi. Pour une entreprise dont l’effectif est compris entre 1 et 100 travailleurs, son quota est de 1 PSH. Au-delà de 100 travailleurs, il est appliqué 2% sur l’effectif. À titre d’exemple, si l’effectif de l’entreprise est de 101 travailleurs, son quota est de 2 PSH.

 

Comment une entreprise privée peut-elle concrètement se mettre en conformité ?

Pour se mettre en conformité avec la loi, l’employeur doit recruter ou déclarer le nombre de PSH lui permettant de remplir son quota obligatoire. A défaut, il est tenu de verser le montant compensatoire imposé correspondant à son quota à la CNPS pour le compte du FIPPSH.

 

Votre mot de fin

Embaucher une personne en situation de handicap n’est pas une faveur, c’est une obligation. Recruter une personne en situation de handicap, c’est faire le choix d’un talent, d’une compétence et d’une diversité qui peuvent contribuer à la performance de votre entreprise. C’est également participer à la croissance économique inclusive du pays. Si les investissements d’appoints et l’acquisition d’équipements ou de matériels vous paraissent chers, vous n’êtes plus seuls, car le FPPSH contribuera à prendre en charge ces dépenses.

Aux personnes en situation de handicap diplômées, je voudrais dire ceci : soyez courageux et ne vous sous-estimez pas ; croyez en vos compétences et investissez dans vos qualifications, car ce sont elles qui vous ouvrent des portes ; faites valoir vos droits avec méthode en vous rapprochant de COTOREP. Les associations des personnes en situation de handicap sont également des réseaux très précieux qui peuvent contribuer à leur promotion.

CICG




investissements professionnelle certification Gouvernement économique entreprises transport formation accident concours candidat sociale points emploi État local CNPS FIP don