À la faveur de la tenue de Diaspora for Growth, initiative traduisant la volonté du gouvernement de bâtir des passerelles durables entre la Côte d'Ivoire et ses ressortissants établis à l'étranger et de structurer une véritable diaspora économique, capable de contribuer aux grandes priorités nationales de développement, le Ministre de?le?gue? aupre?s du Ministre d'Etat, Ministre des Affaires Etrange?res et de la Coope?ration Internationale, charge? de l'Inte?gration Africaine et des Ivoiriens de l'Exte?rieur, Adama Dosso, dans cet entretien accordé au Centre d'Information et de Communication gouvernementale (CICG), est revenu sur la politique du Gouvernement en faveur de la diaspora ivoirienne.
Monsieur le ministre, depuis 48 heures, vous êtes à Paris dans le cadre de Diaspora for Growth. Pouvez-vous nous présenter cette initiative ?
Le Président de la République, depuis son accession au pouvoir, n'a cessé de lancer l'appel à nos compatriotes des diasporas en les invitant à venir se mettre au service de la Côte d’Ivoire. Aujourd'hui, nous avons estimé que dans la mise en œuvre de cette politique, il était important que nous puissions venir à la rencontre de ces diasporas pour leur dire non seulement que la Côte d’Ivoire leur offre des opportunités, mais également que la Côte d’Ivoire entre dans une phase de coconstruction du pays avec eux, et qu'au-delà des flux financiers qu'ils peuvent apporter, nous pensons également que nos diasporas sont un ensemble de compétences et de résultats dont le pays a besoin.
Diaspora for Growth est donc le cadre pour dire à nos compatriotes vivant en dehors de nos frontières qu’ils sont certes loin géographiquement de notre pays, mais il n’en demeure pas moins que nos diasporas constituent également une préoccupation des politiques publiques. Il est donc important que nous venions à la rencontre de ces diasporas pour leur dire que nous avons besoin d'elles et que leur place dans la construction de la Côte d’Ivoire est également très importante.
Nous considérons la Diaspora comme étant un prolongement de notre territoire, quoique géographiquement loin. Elle constitue, comme on aime à le dire, la 32ème région de notre pays. Cette diaspora qui se trouve aussi bien en Europe, en Afrique, en Asie, aux Amériques, est une partie intégrante de notre pays. Elle doit, par conséquent, pouvoir bénéficier de toutes les politiques publiques mises en œuvre pour les Ivoiriens. Il nous est donc apparu opportun de venir à leur rencontre. La Côte d'Ivoire ne les oublie pas, souhaitant que sa Diaspora puisse participer de façon active à son développement économique et social. Tel est l'objet de la rencontre que nous avons eue avec nos compatriotes en début du mois de juin en Italie à Milan, et hier, en France.
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Monsieur le ministre, quels mécanismes concrets le gouvernement met-il en place pour permettre aux membres de la Diaspora d'investir effectivement en Côte d'Ivoire avec davantage de sécurité, de transparence et de rentabilité ?
En 2024, les flux financiers de la Diaspora en direction de la Côte d'Ivoire se chiffraient à 840 milliards de FCFA. En 2025, ce sont 938 milliards de FCFA. Chaque année, il y a une progression des flux financiers de la Diaspora vers notre pays. Il y a certains pays dont la contribution de la Diaspora au PIB se chiffre entre 8 et 10%, et pour d'autres, jusqu'à 20%.
Aujourd'hui, l'objectif pour nous est de faire en sorte que ce transfert de fonds, qui est généralement destiné à la consommation ou au soutien aux familles, puisse aller dans des investissements productifs qui puissent améliorer le PIB, notre développement économique et social.
Il y avait cependant des freins à ce mécanisme que nous voulons mettre en place. À titre d’exemple, au niveau de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), il n'y avait pas de possibilité pour nos diasporas de pouvoir ouvrir des comptes dans des banques commerciales suivant les restrictions de la BCEAO. Après des discussions avec la Banque centrale, cette restriction a été levée. Il est donc possible aujourd'hui pour nos diasporas de pouvoir ouvrir des comptes. Certaines structures bancaires ont saisi cette opportunité pour faire le déplacement avec nous, afin de venir présenter des produits spécifiquement dédiés à la diaspora pour qu'effectivement nos compatriotes puissent épargner, et que ces flux puissent également aller vers des investissements productifs.
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Comment l'État compte-t-il valoriser l'expertise de ces cadres, ces chercheurs et professionnels de la diaspora, au-delà des seuls investissements financiers ?
Nous avons mis deux outils en place. Le premier est le Livre blanc numérique de la diaspora qui est un site présenté à nos compatriotes et qui leur permettra, dans un secteur donné, de pouvoir faire des recommandations et des propositions au gouvernement pour que celles-ci soient prises en compte dans les prises des décisions de la politique publique. Le deuxième élément que nous avons lancé est le projet CARIVEx (Cartographie des Ivoiriens de l'Extérieur), qui sera un site sur lequel nous allons recenser toutes les compétences de nos compatriotes qui se trouvent en dehors de nos frontières. De sorte qu'aujourd'hui, une institution, un ministère ou une entreprise privée, qui est à la recherche d'une compétence spécifique, peut aller sur le site CARIVEx, faire ses recherches et trouver certainement « cette perle rare » qu’ils recherchent, et pouvoir les dénicher.
Nous avons, à juste titre, eu des personnes pendant ces deux jours qui ont expliqué qu'elles-mêmes étaient membres de la diaspora, et qui sont rentrées et occupent aujourd'hui certains postes, aussi bien dans le secteur privé que public.
Ces deux outils permettent à n’en point douter de valoriser cette frange de notre population. Nous considérons que la diaspora n'est pas seulement des transferts financiers, mais plutôt un ensemble de compétences, de réseautage, dont nous pouvons bénéficier.
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Comment la diaspora peut-elle participer davantage aux grands projets structurants de la Côte d'Ivoire à travers des partenariats publics-privés ?
Il faut indiquer que dès le premier trimestre de l'année prochaine, nous allons procéder à des émissions de bond de la diaspora, qui seront des levées de fonds aux diasporas sur une certaine période, sur des financements que nous allons pouvoir faire sur des projets bien précis que le gouvernement mettra en œuvre.
Aujourd'hui, le ministre du Plan et du Développement a fait une très brillante présentation sur le PND 2026-2030. Il a été indiqué que 70,2 % de ce PND est réservé au secteur privé. Nous considérons la diaspora comme étant un membre de ce secteur privé. À ce titre, il y a des projets qui pourront être identifiés par nos diasporas, et qui peuvent faire l'objet des partenariats publics-privés avec l'État de la Côte d'Ivoire.
Que ce soit un consortium, des individus ou des associations, nous entendons profiter pleinement de leurs compétences, de leurs possibilités, de ce qu'ils nous réservent comme compétences et réseautage, pour qu'ils puissent effectivement prendre leur part au PND 2026-2030, à travers des projets individuels ou des projets collectifs, qui peuvent être faits sous forme de partenariats publics-privés.
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Quel secteur innovant offre aujourd'hui les meilleures opportunités pour les investisseurs de la diaspora ?
Tous les secteurs sont importants pour notre diaspora. Nous ne sommes pas un pays essentiellement agricole. La transformation de nos matières premières agricoles reste un défi. Il y a quelques années, nous ne transformions par exemple que 5% de notre production de noix de cajou. Aujourd'hui, nous sommes à 35-36%. Nous sommes le premier producteur mondial de cacao. Nous ne transformons aujourd'hui que 42% de notre production. Ce sont des secteurs qui doivent également intéresser nos diasporas, comme le secteur agricole, la transformation, ainsi que le secteur des services. Il y a aujourd'hui un phénomène mondial qui est l'Intelligence Artificielle. Nous avons rencontré beaucoup de nos compatriotes qui ont de l'expérience et de l'expertise dans la matière.
Voilà des secteurs qui peuvent intéresser notre pays, et nous sommes le premier demandeur de nos diasporas dans ce secteur.
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Au terme de notre entretien, quel est votre mot de fin ?
Nous avons été très heureux de venir à la rencontre de nos compatriotes. Comme nous le disons communément en Côte d’Ivoire, « on ne tourne pas le dos à la maison qui nous a vu grandir ». Notre diaspora nous l'a démontré à travers les résultats que nous avons vus : 91 milliards de FCFA d'intentions d'investissement, 10 millions d'euros (un peu plus de 6 milliards de FCFA) d'investissement prévu par nos partenaires ou nos compatriotes de la diaspora, et plus de 100 comptes qui ont été ouverts à la BRVM. Ce sont également plus de 200 Curriculum Vitae (CV) que le ministère de l'Emploi a pu recruter. Voilà quelques résultats tangibles. Sans oublier qu'à Milan, nous étions à 15 milliards de FCFA d'intentions d'investissement.
Ces deux rencontres cumulées, Milan et Paris, font un peu plus de 100 milliards de FCFA d'investissement de nos diasporas. Et nous continuerons ce périple en disant à nos compatriotes que la Côte d’Ivoire compte sur eux et qu’elle les attend.
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