Société

Colonel Marius Yéo, Directeur des Secours à l'Office National de la Protection Civile (ONPC) : ''Pour cette période de pluies, des dispositions particulières sont prises pour rapprocher le plus les secours des populations en vue de la célérité desdits secours''

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Dans un entretien, à la Nouvelle Chaîne Ivoirienne (NCI), le Directeur des Secours à l'Office National de la Protection Civile (ONPC), le Colonel Marius Yéo, rassure sur le dispositif mis en place pour assister les populations en cette période de pluies.

Présentez-nous l'Office National de la Protection Civile (ONPC) ?

L’Office National de la Protection Civile (ONPC) a pour mission de mettre en œuvre la politique du Gouvernement en matière de protection civile. La protection civile est, de façon simplifiée, la protection des populations, de leurs biens et de l'environnement contre les risques civils. On pourrait dire la défense civile. C’est donc la défense hors du domaine armé, en un mot. Il s’agit, notamment de la protection contre les catastrophes, qu'elles soient naturelles, technologiques ou d'origine humaine, anthropiques ou naturelles.

 

Nous sommes en pleine saison de pluies. L’ONPC a-t-il évalué le niveau de menaces liées aux pluies diluviennes ?

Cette évaluation est le fruit du travail d'équipe de plusieurs entités techniques, notamment les structures techniques, entre autres, les services de météo, les pompiers civils, les pompiers militaires, ainsi que toutes les entités qui contribuent à mettre en œuvre le Plan Annuel de Lutte contre les Effets Néfastes des Pluies Diluviennes, tels que le Centre d’Information et de Communication Gouvernementale (CICG) et toute la famille des médias qui nous permet de faire ce travail très important d'éducation. Quel que soit le dispositif mis en place, l'objectif est que l'utilisateur final, c’est-à-dire vous et moi, puisse comprendre et adopter le bon comportement, pour que ce dispositif, qui nécessite l'adhésion de chacun et de tous, puisse marcher et être efficace.

 

Avons-nous une estimation du niveau de pluies qui vont éventuellement s'abattre sur Abidjan et le pays durant la saison des pluies ? Et quelles sont les mesures d'anticipation qui ont été prises pour éviter d'endommager les infrastructures ?

Pour cette année 2026, la saison des pluies a été encadrée selon les prévisions de la SODEXAM de fin mars à fin juillet. Les pluies ont commencé un peu plus tôt cette année, parce qu'habituellement, on les attend en début avril. Pour cette année 2026, la période de pic est prévue pour les deuxième et troisième décades du mois de juin. Nous sommes en train d'y aller progressivement. Pour les différentes régions, ce sont des prévisions qui sont faites chaque 72 heures, et pour lesquelles nous avons des réunions opérationnelles avec les services techniques que sont la SODEXAM, le CICG, ainsi que les entités opérationnelles de terrain (Pompiers civils et Pompiers militaires).

Pour le Grand Abidjan et le littoral, les jours à venir sont à surveiller. Cette alerte a déjà été donnée aux différentes unités opérationnelles pour que les dispositions soient prises en conséquence. Voilà au quotidien le travail qui est abattu pour gérer au mieux cette période de saison des pluies.

 

Qu'est-ce qui est prévu par l'ONPC quant à la prise en charge des populations prises au piège en zone d'inondation ?

L'ONPC, qui a la charge de la coordination de l'ensemble des unités de secours de Côte d'Ivoire, est outillé, et dit à ces personnes de contacter les services publics de secours via les numéros verts, notamment le 180, ainsi que d’autres numéros verts auxquels tous les services de secours peuvent être joints 24 heures sur 24. Pour cette période de pluie, certaines dispositions particulières sont prises pour rapprocher le plus les secours des populations en vue de la célérité de ces secours, pour sauver les populations le plus rapidement possible, et s'assurer que celles-ci vont se protéger au mieux des moyens qui sont disponibles.

 

Abidjan regorge de cuvettes. Qu'est ce qui est fait pour adresser les problématiques liées à ces cuvettes surtout en période de pluie ?

Ces questions sont adressées et les cuvettes sont identifiées, recensées et connues. Plusieurs d'entre elles ont fait l'objet d'aménagements et de consignes particulières pour éviter que les populations s'installent autour de ces cuvettes, car ce sont des réceptacles naturels d’eaux. Également, vous aurez constaté qu'avec plusieurs projets, des aménagements ont été faits et cela permet de voir aujourd'hui moins de tensions quant à la saison des pluies. Ce sont des travaux qui sont suivis et nécessitent de gros investissements. Les efforts de l'État sont à saluer et nous appelons à continuer ces efforts afin de protéger au mieux nos populations, nos biens et notre environnement. Je peux donc vous assurer que les cuvettes sont recensées, connues, elles sont même aménagées par différents projets, notamment les projets d'espaces verts, d'embellissement, etc. D’autant plus que ces cuvettes participent de notre environnement naturel.

 

Quelles sont actuellement les principales zones considérées à risque à Abidjan ?

Chaque année, les zones à risque font l'objet d'un suivi et d'une mise à jour. Pour cette année, le processus est en cours. Aujourd'hui même, la commune du Plateau a reçu la visite de l'équipe pluridisciplinaire qui s'en occupe pour les zones à risque. C'était autour de la commune de Port-Bouët, puisque parallèlement aux zones à risque, il y a également les sites de recasement potentiel qui sont pré identifiés, visités, sécurisés, mis à niveau pour accueillir d'éventuelles familles qui pourraient être délogées ou qu'on pourrait être amené à déplacer du fait des effets de ces intempéries.

 

Qu'est ce qui est fait lorsque des familles refusent de quitter des sites dits à risque, probablement exposés à des éboulements ou à des glissements de terrain ?

La première option est d'arriver à faire comprendre à ces personnes qu'elles se mettent en danger. Et en se mettant en danger, elles exposent également la communauté, parce que chaque fois qu'un événement parle d'une famille ou d'une personne qui est décédée ou portée disparue du fait d'une imprudence volontaire ou du fait d'un refus, d'une indiscipline face aux consignes données, il y a une résonance sur la société. Et comme le disait Monsieur le Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, « au grand S de la sensibilisation, il va falloir accompagner le S de la sanction ». Sanction, pas seulement dans le sens punitif, mais sanction pour féliciter ceux qui agissent bien. Et sanction également pour recadrer ceux qui n'auraient pas encore compris, car je ne crois pas qu’une personne décide volontairement d'exposer ce qu'elle a de plus cher, sa vie.

C'est ce travail que nous sommes en train de faire et les deux méthodes sont utilisées conjointement pour arriver à l'objectif final qui est de changer la mentalité, changer le comportement pour que volontairement et systématiquement nous devenions, chacun, les gardiens les uns des autres, de sorte que quand je vois un de mes voisins qui commence à faire des travaux pour bloquer le grand collecteur de la cité, je sois le premier à lui dire « frère, vous êtes en train de faire quelque chose de dangereux », et ne pas attendre que toute la cité soit inondée, comme c’était le cas à la cité Allabra à la Riviéra 3. Des cités totalement inondées du fait de quelques actes isolés qui ont détruit des souvenirs et des biens.

Le problème a cependant été résolu et nous maintenons toujours la surveillance parce que c'est important pour éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets, et que surtout le changement de comportement constaté puisse se poursuivre. L'objectif final n'est pas la sanction, mais surtout de susciter l'adhésion de chacun d'entre nous pour qu’ensemble, nous arrivions à sécuriser au mieux nos vies, nos biens et notre environnement.

 

Qu’a prévu l'Office National de la Protection Civile pour cette année 2026, ainsi que les années à venir en vue de parer à toute éventualité d'inondations à la Rue Ministre à la Riviera Palmeraie, réputée être une zone d'inondations ?

La rue Ministre a été au cœur de l'actualité pendant longtemps. Et, elle reste au cœur de l'actualité, mais pour d'autres raisons.

En première partie, c'était pour de mauvaises raisons. Inondations sur inondations, année après année. De ce que nous avions appris, il y avait des gens qui avaient construit sur L'emprise d'ouvrages d'assainissement. Il y avait un mixte de toutes ces raisons-là. Facteur humain, aménagement de l'espace. Fort heureusement, de gros investissements ont été réalisés et qui permettent aujourd'hui que la rue Ministre soit citée comme cas d'école de problèmes qui ont été résolus et qu'on puisse s'en inspirer pour d'autres zones.

Nous lançons également un appel à la conscience communautaire. De la même façon qu'on décide que dans certaines structures, cette année, zéro temps, on peut décider dans des quartiers, des communautés, par exemple à Mossikro ou à Bingerville « zéro inondation ». Et qu'ensemble, dans la communauté, certains travaux basiques puissent être faits, comme éviter que les déchets stagnent dans les canaux (caniveaux). Cela permet, non seulement d'éduquer la conscience de nos enfants et de nos petits-frères, mais également de montrer notre adhésion et notre prise de conscience pour la protection de notre environnement et de nous-mêmes.

 

Quels sont les systèmes d’alerte et les numéros à appeler en cas de détresse ou de drame ?

Je vais vous donner trois catégories de numéros d'urgence : 07 88 32 32 32 ; 05 74 32 32 32 ; et 01 50 32 32 32. La cellule de veille de l'Office National de la Protection Civile qui a la charge de la coordination de l'ensemble des secours pourra vous répondre 24h/24. Vous avez également les numéros d'urgence du groupement de sapeurs-pompiers militaires, le 180, un peu plus connu. Vous avez par ailleurs le 01 01 80 13 28 et le 01 03 01 90 94. Il y a en outre le numéro de la police, le 100, ainsi que le 01 03 79 91 44 ; 07 78 43 76 46.

Tous ces dispositifs sont mis en place pour garder un lien permanent avec les populations. Et même, je pourrais vous dire qu'un projet de numéro unique, à l'exemple de certains pays, qui sert de hub pour tous les appels de secours, est en train d'être mis en œuvre pour pouvoir collecter tous ces appels et les redistribuer aux structures compétentes.

Je voudrais, enfin, rappeler quelques consignes que j'estime essentielles pour cette période de pluie. C'est d'éviter de s'installer dans les zones inondables ou à risque. Elles sont identifiées, connues, et marquées dans vos différentes zones de vie. Ensuite, ne pas obstruer les caniveaux et les systèmes d'évacuation des eaux. C'est un peu comme le système de notre corps. Une fois que les canaux sont bloqués, cela joue tout le système. Couper l'alimentation générale (électricité) en cas de montée des eaux dans l'habitation, c’est-à-dire sauter le compteur. Surveiller particulièrement les enfants et leur interdire de jouer aux abords des grands collecteurs.

Nous sommes en train de rentrer dans la période des vacances. J'invite tous les parents à faire cet effort. Et in fine, suivre régulièrement les bulletins météorologiques et les alertes diffusées par les structures compétentes. Voilà ces quelques consignes basiques, mais qui sont éminemment importantes pour sauver des vies.

CICG




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