Longtemps considérée comme un simple point de transit, la Côte d’Ivoire est désormais confrontée à une évolution des circuits du trafic de stupéfiants. Face à cette menace grandissante, Côte d’Ivoire Terminal a choisi d’investir dans un maillon souvent sous-estimé de la chaîne de sécurité : ses collaborateurs. Une démarche qui illustre l’importance croissante de la vigilance humaine dans la protection des plateformes logistiques africaines. 

Les ports sont les artères du commerce mondial. Mais ils constituent également des points de passage privilégiés pour les organisations criminelles qui cherchent à infiltrer les chaînes logistiques internationales.

À Abidjan, premier hub maritime d’Afrique de l’Ouest francophone, cette réalité impose une vigilance de tous les instants. 

À l’occasion de la Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite de drogues, célébrée le 26 juin, Côte d’Ivoire Terminal (CIT), concessionnaire du deuxième terminal à conteneurs du Port d’Abidjan, a réuni ses collaborateurs autour d’une vaste session de sensibilisation consacrée à la prévention des trafics de stupéfiants.

L’initiative, portée par Africa Global Logistics (AGL), marque une première au sein de l’entreprise et pourrait désormais devenir un rendez-vous annuel dans l’ensemble des terminaux du groupe. 

Le facteur humain au cœur de la sécurité portuaire

Si les investissements dans les infrastructures, les scanners ou les systèmes de surveillance demeurent indispensables, les responsables portuaires considèrent désormais que la première ligne de défense reste le personnel. 

Animée conjointement par des représentants de la Police nationale, de la Gendarmerie nationale et les équipes sûreté de Côte d’Ivoire Terminal, la rencontre avait pour objectif de rappeler les risques auxquels peuvent être confrontés les professionnels de la chaîne logistique.

Les échanges ont porté sur les modes opératoires des réseaux criminels, les nouvelles vulnérabilités des plateformes portuaires ainsi que les responsabilités individuelles de chaque collaborateur face aux tentatives d’infiltration. 

Les intervenants ont insisté sur un constat désormais partagé par les autorités : la Côte d’Ivoire n’est plus uniquement un territoire de transit. Elle fait également face à une progression des phénomènes de consommation de stupéfiants, ce qui renforce la nécessité d'une mobilisation collective. 

Prévenir plutôt que subir

Pour les experts présents, les trafiquants recherchent avant tout les failles humaines.

Une sollicitation inhabituelle, une demande d'information en apparence anodine, une tentative de corruption ou encore le non-respect d'une procédure peuvent suffire à compromettre la sécurité d'une chaîne logistique entière. 

Les collaborateurs ont ainsi été sensibilisés à l'identification des comportements suspects, au strict respect des procédures internes ainsi qu'aux mécanismes de signalement mis à leur disposition. 

Côte d’Ivoire Terminal a notamment présenté plusieurs dispositifs confidentiels permettant aux salariés d’alerter rapidement les responsables compétents : système d'alerte conformité, numéro d'urgence HSE et responsable sûreté.

L'objectif est de créer une véritable culture de la vigilance au sein des équipes. 

Préserver la crédibilité du hub portuaire ivoirien

Au-delà de la sensibilisation, cette démarche répond à un enjeu économique majeur.

Avec plus de 262 milliards de FCFA d'investissements, une capacité de traitement supérieure à 1,5 million de conteneurs EVP par an et une position stratégique sur les routes commerciales régionales, le deuxième terminal à conteneurs du Port d'Abidjan constitue un actif essentiel pour la compétitivité de la Côte d'Ivoire. 

Dans un contexte où les exigences internationales en matière de conformité et de sûreté se renforcent, la capacité des opérateurs portuaires à prévenir les trafics illicites devient un facteur de confiance pour les armateurs, les chargeurs et les partenaires internationaux. 

Pour Koen De Backker, directeur général de Côte d’Ivoire Terminal, la prévention constitue désormais une composante à part entière de la stratégie de l'entreprise.

« En tant que terminal portuaire, nous sommes pleinement concernés par les enjeux liés au trafic illicite de drogues. Notre objectif est que chaque collaborateur comprenne les risques auxquels il peut être exposé, adopte les bons réflexes et sache qu'il existe des dispositifs de signalement pour agir en toute confiance », explique-t-il. 

Une responsabilité partagée

Même constat du côté des forces de sécurité.

Pour le commissaire Dembélé Épouse Bamba, responsable de la police antidrogue du Port autonome d’Abidjan, la lutte contre les trafics ne peut reposer exclusivement sur les services spécialisés. 

Les entreprises opérant sur les plateformes portuaires sont désormais des acteurs essentiels de la prévention.

« La lutte contre le trafic de drogues ne relève pas uniquement de l'action des forces de sécurité. Les collaborateurs des plateformes portuaires constituent également des maillons essentiels de la chaîne de prévention », rappelle-t-elle. 

Une vigilance quotidienne qui, dans un environnement aussi stratégique que celui du Port d'Abidjan, contribue autant à protéger les collaborateurs qu'à préserver la réputation de la principale porte d'entrée commerciale de la Côte d'Ivoire. 

Vers une culture durable de la conformité

En annonçant sa volonté d'institutionnaliser cette campagne de sensibilisation dans l'ensemble des terminaux du groupe, AGL envoie un signal fort : la sécurité logistique ne repose plus uniquement sur les technologies ou les contrôles douaniers, mais aussi sur une culture d'entreprise fondée sur l'éthique, la conformité et la responsabilité individuelle. 

Dans un contexte où les chaînes d'approvisionnement mondiales sont soumises à des exigences croissantes de transparence et de sécurité, cette approche illustre une évolution de la gouvernance portuaire. Pour les grands opérateurs africains, protéger les flux commerciaux passe désormais autant par la modernisation des infrastructures que par la mobilisation des femmes et des hommes qui les font fonctionner chaque jour.




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