Dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie nationale de sécurité routière, plusieurs actions sont menées par la Direction générale des Transports Terrestres et de la Circulation (DGTTC). Dans cet entretien, son Directeur général, Oumar Sacko explique les raisons des différentes opérations lancées dont la plus récente baptisée "Tolérance zéro".
Présentez-nous la Direction Générale des Transports Terrestres et de la Circulation (DGTTC) ?
Rattachée au cabinet du ministre des Transports et des Affaires maritimes, la Direction Générale des Transports Terrestres et de la Circulation (DGTTC) est chargée de conduire la politique des transports terrestres (routiers et ferroviaires) et de la circulation. Elle est chargée de conduire la politique du gouvernement en matière de réglementation, de gestion du parc auto, d'émission des titres de transport, ainsi que du suivi et des conventions.
Depuis bientôt un mois, vous avez lancé l'opération « Tolérance Zéro ». En quoi consiste-t-elle ?
L'opération « Tolérance Zéro » s'inscrit dans la lutte contre l'incivisme routier. Dans le cadre du déploiement de la stratégie nationale de sécurité routière adoptée en 2021, nous avions pour objectif premier de réduire le nombre de victimes tuées sur nos routes de 25% à l'horizon 2025. Après le bilan, il a été constaté que l'objectif n'a pas été totalement atteint. Il nous a paru indiqué de redoubler d'efforts.
Vu que cette opération était prévue dans la stratégie, nous avons donc décidé de la déployer, d'abord avec la sensibilisation, puis ensuite la répression. Le ministre des Transports, Amadou Koné, au regard des statistiques à fin 2025, a décidé de passer à une vitesse supérieure.
C'est ce qui justifie le lancement de l'opération « Tolérance Zéro » sur toute l'étendue du territoire national depuis le 2 mars 2026. Les forces publiques, notamment la police et la gendarmerie, accompagnées des agents du ministère des Transports sont sur le terrain. Dans les jours à venir, le ministre des Transports fera une communication à l'endroit de toute la nation pour donner les premiers résultats de cette opération.
Cette opération « Tolérance Zéro » consiste-t-elle à retirer de la circulation des véhicules qui ne sont pas autorisés à rouler ?
La « Tolérance Zéro » signifie que les contrôles routiers vont s'intensifier, avec une Tolérance Zéro. Ces contrôles vont concerner le permis de conduire, la visite technique, la vignette auto, l'assurance, etc. Pour les usagers qui utilisent les engins à deux et trois roues, le port de casque est obligatoire, ainsi que le permis de conduire et l'assurance.
Pour les opérateurs de visite technique aussi, nous procédons à des contrôles inopinés sur plusieurs sites afin de nous assurer que le matériel requis au regard des différents cahiers de charges est bel et bien présent. C'est donc toute la chaîne qui entre dans l'écosystème des transports qui est passée en revue avec aucune tolérance administrative. C'est pourquoi nous parlons de « Tolérance Zéro ».
Dans le cadre de vos missions, vous avez récemment laissé un contact sur lequel l’on peut dénoncer les actes d’incivisme routier. Pourquoi une telle mesure ? Doit-on y voir l’insuffisance des dispositifs déjà existants ?
Nous avons décidé de mettre à contribution les citoyens dans la lutte contre l'incivisme routier, d’autant plus que ce que nous faisons a pour but de préserver la vie des Ivoiriens. Quoi de plus normal que d'amener les citoyens pour qui nous faisons cela à nous appuyer en participant à la sécurité routière. Nous avons des dispositifs sécuritaires au niveau du Système de Transport Intelligent (STI) où des caméras ont été déployées. La mesure que nous lançons à travers l'appel à contribution des citoyens vient appuyer ce qui est déjà fait, et qui est assez formidable.
Pour rappel, en 2021, nous avons enregistré 1 600 tués, alors qu'en 2012, nous étions autour de 800 tués. Cela veut dire qu'en 10 ans, nous avons multiplié le nombre de tués par 2 presque. Si rien n'avait été fait, en 2030, on se serait retrouvé avec plus de 3 000 morts.
Heureusement les mesures prises ont donné des résultats probants. Mais nous voulons aller plus loin, car pour nous, même un seul tué sur la route est à déplorer. Raison pour laquelle en renforçant le contrôle, nous appelons les Ivoiriens à nous aider à surveiller le comportement des usagers sur la route, parce que plus de 90% des accidents sont le fait de l'homme. Il faut que nous arrivions à instaurer la discipline sur la route pour que des vies soient nécessairement préservées.
Il y a quelques mois, vous annonciez la traque contre les plaques d'immatriculation banalisées. Quel est le bilan à ce jour ?
Le bilan de la traque contre les véhicules qui arborent des plaques d'immatriculation fantaisistes est satisfaisant. Aujourd'hui en circulation, notamment dans le Grand Abidjan qui représente environ 75% du parc automobile roulant, vous constatez que ces plaques ont disparu.
Il a été donné de constater que 80% des véhicules qui avaient des plaques fantaisistes appartenaient aux agents des Forces de Défense et de Sécurité. L'État a pris une décision pour leur permettre de se mettre en règle. Une procédure de mise en conformité administrative de ces véhicules est en cours. À ce jour, nous enregistrons environ 15 000 véhicules qui sont en train d'être régularisés. Dans la circulation, les véhicules administratifs qui arboraient ces plaques fantaisistes ont disparu parce que les plaques ont été retirées. Les personnes, qui avaient des plaques régulières et qui s'adonnaient à l'utilisation de plaques fantaisistes pour échapper au Système de Transport Intelligent, ont été traquées et leurs véhicules mis en fourrière. Le phénomène a donc drastiquement diminué.
Nous allons poursuivre sur cette lancée, car il y va de la sécurité de notre pays, d’autant plus qu'un véhicule ne peut être repéré, répertorié et retrouvé que sur la base de son immatriculation régulière. On note que les véhicules qui avaient des plaques fantaisistes ont carrément disparu dans le Grand Abidjan. Pour les véhicules qui n'avaient pas d'autres options, nous sommes en train de les immatriculer.
Certains usagers verbalisés se plaignent. De quels recours disposent-ils pour contester les contraventions qui leur sont assignées par les agents de sécurité routière ?
Les voies de recours existent. Si vous n'êtes pas confortable avec ce qu'on vous reproche, vous allez vers les Centres de Gestion Intégrée (CGI). Si vous n'êtes pas satisfaits, vous avez la possibilité de saisir la Direction Générale des Transports Terrestres et de la Circulation (DGTTC). Si à ce niveau vous n’êtes pas satisfaits, vous avez la possibilité de contacter le ministre des Transports et des Affaires maritimes, Monsieur Amadou Koné. Les procédures de réclamation sont disponibles sur nos différentes plateformes digitalisées.
Votre mot de fin ?
Aujourd'hui, nous sommes beaucoup plus concentrés sur la sécurité routière eu égard à l'indiscipline et l'incivisme constatés chez de nombreux usagers de la route. Ce, alors que le ministère des Transports a d'autres missions toutes aussi importantes. Si vous regardez la transformation de notre pays, beaucoup d'aspects sont liés aux transports. À Abidjan, nous sommes en train de construire le métro et le Bus Rapid Transit (BRT) qui vont faciliter la mobilité des usagers, des Ivoiriens, des habitants de cette métropole. Nous allons transporter environ un million de passagers par jour. Il y a par ailleurs des formations pour accompagner les auxiliaires du secteur des transports. À Abidjan, la mobilité va encore être améliorée parce que nous allons bien utiliser le transport fluvio-lagunaire.
Beaucoup d’autres projets sont en cours au niveau de l'immatriculation aujourd'hui. Nous pouvons à juste titre qualifier d'exploit le fait qu'un client qui achète un véhicule chez un concessionnaire, vient le récupérer avec la plaque d’immatriculation déjà posée. Même ailleurs, ce n'est pas évident.
Nous avons tellement de belles choses qui sont faites, mais peu promues parce que l'incivisme de certains Ivoiriens nous contraint à déployer beaucoup d'efforts et d'énergie sur la sécurité routière. Il ne peut en être autrement quand on enregistre autant de tués sur nos routes.
Ce que je peux dire à tous les usagers de la route pour finir, c'est d'avoir un comportement responsable pour que nous puissions tourner la page de l'incivisme routier et ainsi préserver des vies. Nous ne sommes pas loin de la fête de Pâques. Nos parents vont beaucoup se déplacer. Les conducteurs et les transporteurs vont vouloir faire du chiffre. Nous appelons tout le monde à la responsabilité, au civisme sur la route pour que des vies soient préservées parce qu'on ne fête que quand on est en vie.
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