La mort de Fadiga Awa dévoile la honte du système de santé : 1 seul scanner pour les 3 CHU !

  • Source: Nord-Sud
  • Date: sam. 29 mars 2014
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L'affaire Awa Fadiga met à nu le mal profond dont souffre le système sanitaire ivoirien. Le déshonneur est énorme pour le pays d'Alassane Ouattara après le décès tragique du mannequin Awa Fadiga, mardi, au Centre hospitalier universitaire (Chu) de Cocody. Les témoignages des proches de la défunte, relayés hier par la presse nationale et internationale, sont accablants pour les autorités sanitaires.

Ils rapportent que la jeune fille de 23 ans est morte d’un déficit d’assistance. L’équipe médicale qui l’a reçue au service des urgences n’a pu lui fournir (faute de moyens) tous les soins que nécessitait son état. C’est la première grosse anomalie de cette affaire qui révèle des dysfonctionnements dans notre système de santé publique.

Comme son nom l’indique, le service d’urgence est fait pour recevoir des malades qui arrivent dans un état critique et qui ont besoin d’une prise en charge immédiate. Ces patients peuvent être des victimes de complications liées à une pathologie, ou des accidentés.

Cette nuit-là, Awa Fadiga, évacuée par les sapeurs-pompiers militaires, souffrait d’un traumatisme crânien sévère après avoir été agressée par un conducteur de taxi (et son complice) qui l’ont jetée sous l’échangeur d’Agban. La conduite à tenir en pareille situation est la prise en charge spontanée. Cela est enseigné aux étudiants de médecine dans toutes les universités du monde. De même,  tous les Etats dignes de ce nom prennent des dispositions pour que ce principe sacro-saint de la science d’Hippocrate soit une réalité dans leur dispositif sanitaire. Même à l’époque de la politique tarifaire voulue par l’initiative de Bamako, ce concept de financement communautaire adopté par les pays africains en 1987 sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), les premiers soins d’urgence n’étaient pas conditionnés à des frais quelconques.

Avant toute chose, les premiers traitements devaient être assurés, quitte à ce que le malade ou ses parents payent plus tard, ou se fassent aider par les services sociaux. Il est donc inconcevable que des médecins aient présenté une facture à une patiente, de surcroit arrivée sans parents, à l’ère de la gratuité ciblée, où tous les soins d’urgence, les accouchements par césarienne ou non, les soins administrés aux enfants de zéro à cinq ans, le traitement de certaines maladies comme le paludisme, sont déclarés gratuits.

Le personnel et la direction du Chu de Cocody avancent que la somme demandée devait servir au financement de l’examen de scanner que nécessitait l’état de la malade. Cet examen devait se faire dans une officine privée à l’extérieur du Chu parce que le scanner de l’établissement public est en panne depuis le 21 mars 2014. C’est la deuxième anomalie de l’affaire. Actuellement, le Chu de Cocody est l’un des rares hôpitaux publics de Côte d’Ivoire à disposer de cet appareil si important en médecine moderne.

Plus grave, les habitués de ce grand hôpital vous diront que des pannes du même scanner ont parfois duré plusieurs mois. L’Etat ivoirien est-il à des scanners près ? On peut répondre par la négative quand on sait que les scanners  du Chu de Cocody et de Treichville, installés en 2008, qui sont du type assez sophistiqué de 16 barrettes, ont coûté environ 400 millions Fcfa chacun.  La Côte d’Ivoire a de ce fait suffisamment de moyens pour acquérir de tels appareils, ou les réparer. Dans le budget national 2014, par exemple, ce sont 245 milliards Fcfa  qui sont alloués à la santé.

Le problème, c’est qu’à cause de la gratuité, les besoins de financement s’élèvent à plus du double de ce montant. La participation des malades ayant théoriquement disparu, c’est le seul apport étatique-aucun bailleur de fonds ne financera une gratuité-qui sert à fournir les médicaments, les intrants pour les analyses médicales, l’acquisition et la maintenance des équipements… pour tout ce monde censé être soigné gracieusement à travers le pays. L’Etat, sollicité dans bien d’autres domaines comme l’éducation, la construction d’infrastructures routières,  est alors étranglé.

Derrière, le système sanitaire est grippé. Résultat, au lieu de soulager les populations, la gratuité ô combien chère au président de la République, est source de galère dans les hôpitaux publics. Plus de recettes, plus de ressources propres comme avant pour l’équipement, les commandes de médicaments, etc. « La gratuité ciblée va  favoriser la chute de la qualité des prestations dans nos structures sanitaires publiques. Elle donnera, tout comme la précédente politique de gratuité des soins, de mauvais résultats en termes d’indicateurs de santé et d’activités des services médicaux avec encore trop de gâchis », avertissait début  2012, Dr Diomandé Mamadou, médecin et spécialiste en santé et développement. Ce technicien  proche du parti au pouvoir, le Rdr, avait conclu que « cette stratégie n’était pas la bonne pour servir de politique de transition pouvant évoluer vers la couverture maladie, car elle a plus une option affairiste que sociale. » Les faits lui donnent raison.

Cissé Sindou




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