Trois semaines après sa libération : Dr Saraka, le médecin de Blé Goudé parle... - Son avis sur le FPI, le COJEP, la libération des pro-Gbagbo

  • Source: L'Inter
  • Date: sam. 17 août 2013
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Il a été libéré en juillet dernier, après avoir passé plus de cent (100) jours de détention dans les locaux de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST). Dr Saraka Patrice, le médecin particulier de Charles Blé Goudé, se souvient de son séjour carcéral. Il en parle sans haine, ni esprit de vengeance, mais avec le cœur rempli d'espoir en une Côte d'Ivoire forte et réconciliée avec elle-même. Entretien

Dr Saraka Patrice, comment vous sentez vous après votre sortie de prison ?

Je voudrais d'abord vous remercier et profiter de l'occasion que vous m'offrez pour témoigner toute ma gratitude à vous les hommes de média. Ensuite, je voudrais dire toute ma reconnaissance ainsi que celle de ma famille à la direction du FPI et du COJEP, à tous mes camarades de lutte ainsi qu'à tous les démocrates.

Je voudrais aussi remercier tous les Ivoiriens, tous mes amis et connaissances qui ont eu une pensée pour moi ou qui m'ont soutenu à travers leurs prières. Je voudrais enfin associer à ses remerciements les organisations de défense des droits de l'homme, l'Ordre National des Médecins de Côte d'Ivoire et tous ceux qui ont agi dans l'ombre. Pour revenir à votre question, je peux dire que je me sens mieux maintenant, par la grâce de Dieu.

Quelles sont les conditions de détention à la DST (Direction de la Surveillance du Territoire ndlr) ?

Que voulez-vous que je dise ? Il s'agit de conditions faites de contraintes, de privations ou de restrictions. Mais tout cela doit être pris avec beaucoup de philosophie et beaucoup de fair-play politique.

Vous y avez passé des moments difficiles, on a même été informé que vous avez été malade et hospitalisé. De quoi souffriez-vous exactement ?

C'est vrai que j'étais malade. Et j'ai été conduit le 16 Juillet dernier à l'hôpital de la police du plateau pour une consultation médicale et des soins de santé. Mais, je me suis interdit de rendre publique toute information relative à mon état de santé. Le plus important, je suis en vie par la grâce de Dieu, puisque je suis sorti dans la nuit du 17 Juillet.

Qu'est-ce qui vous a le plus marqué lors de votre détention ?

Beaucoup de choses ! J'ai été marqué par l'état d'esprit des prisonniers qui avaient un moral de fer et l'esprit de fraternité et de solidarité qui régnait entre les détenus. Il y a aussi ma dernière rencontre avec le Directeur de la DST ; on a eu un échange franc et sincère et je m'en tiens à cela, au-delà des difficultés et des souffrances que j'ai pu endurer.

L'ambiance avant ma libération et la manière dont les agents m'ont dit au revoir ont été également très remarquables. J'ai compris à travers tous ces signes que malgré nos différences, il y avait une base suffisante pour aller à la réconciliation.

Mais ce que je considère comme plus marquant, c'est qu'après deux semaines de détention, Dieu m'avait révélé que je devais recouvrer la liberté exactement à la date à laquelle je suis sortie de prison. J'y ai fortement cru et Dieu a tenu cette promesse. Et mes co-détenus à qui j'en avais parlé étaient stupéfaits lorsque cela s'est accompli. Le jour de ma libération, c'est même eux qui m'ont rappelé que c'était le jour que je leur avais annoncé. Aussitôt je me suis mis à genou pour témoigner ma reconnaissance à Dieu.

Savez-vous ceux qui vous ont conduit en prison, et ce qu'ils vous reprochaient exactement ?

Bien-sûr ! Je ne suis pas naïf. Mais, il me semble qu'ils ont agi ainsi pour rendre possible ce que Dieu a prévu. En effet, ils ont permis à ceux qui ne comprenaient pas de comprendre, à ceux qui hésitaient encore de se déterminer définitivement. Rien ne justifiait mon emprisonnement, si ce n'est la volonté de Dieu qui les a utilisés pour éprouver ma foi, pour parler à mon cœur dans le désert.

L'or ne se purifie qu'à l'épreuve du feu ; il n'y a jamais Canaan sans épreuve ! Dieu éprouve même les innocents, les hommes justes. L'histoire de Job est fort édifiante : Job était un homme innocent, juste aux yeux de Dieu mais, il a été éprouvé avant d'être rétabli car, même dans la difficulté, il s'adressait à Dieu avec foi et humilité ; il n'a jamais perdu de vue la bonté et l'Amour de Dieu. Donc moi, je ne les vois pas ! Je tourne mon regard vers le Seigneur et je le loue en toute circonstance car, lui seul est capable, dans sa miséricorde, de transformer le mal auquel on veut te soumettre en bien, en bénédiction.

Vous y avez été certainement conduit à cause de vos activités politiques au Congrès Panafricain pour la Justice et l'Égalité des Peuples (COJEP). Sortez-vous de prison plus déterminé ou allez-vous mettre un bémol à votre engagement ?

Tout porte à croire que cette arrestation a un lien avec les activités que vous évoquées mais, il n'y a pas que ça ! Dans tous les cas, tout est accompli ! Je suis intervenu à un moment donné dans l'organisation et la restructuration du COJEP et je crois que c'est un objectif largement atteint. J'ai trouvé une équipe unie et solidaire ; c'est ma plus grande satisfaction, au-delà de toutes les souffrances. La prison n'emprisonne pas l'esprit de celui qui la subit ; au contraire elle ouvre davantage l'esprit, elle éveille l'esprit ! Elle te met face à tes responsabilités, elle rappelle la justesse de ton combat et la nécessité de tenir le cap.

Quel est donc votre état d'esprit ? En voulez-vous particulièrement à quelqu'un ?

Moi, je n'en veux à personne. On ne peut pas sortir d'une telle épreuve avec le cœur chargé de haine et de rancune. Si l'objectif de ceux qui m'y ont conduit était de me démoraliser et me décourager, alors ils se sont trompés et ils ont échoué. Mais, je reste plus que jamais convaincu que nous avons un pays à construire ensemble ; on doit vraiment apprendre à se connaître et vivre ensemble. Cela est possible car la bible dit : « Quand l'Eternel approuve les voies d'un homme, il dispose favorablement à son égard même ses ennemis. »

A quoi devrait-on s'attendre avec le Dr Saraka dans les jours à venir ?

Au plan politique voulez-vous dire ?

En termes d'activités de façon générale...

Je me consacrerai essentiellement à mes activités professionnelles en particulier dans le domaine de la qualité.

Comment ça ? On vous croyait pourtant Médecin ?

Oui, je le suis à la base mais je me suis intéressé au management sanitaire et au management par la qualité totale. Je suis titulaire d'un Diplôme de Perfectionnement en Management Sanitaire (DSPMS) et d'un Mastère en Management par la Qualité Totale. N'eut été la triste parenthèse du 15 Avril dernier, j'aurais d'ailleurs ouvert un groupe comprenant un centre médical et un cabinet d'expertise qualité. Mais Dieu qui est souverain en a décidé autrement. Alors je lui confie toute chose.

Allez-vous vous retirer de la scène politique ?

Non, cela ne m'empêchera pas évidemment de continuer le combat pour plus de justice sociale, pour l'égalité et pour la démocratie. Je ne compte pas m'écarter de ce combat.

Mais, le vrai combat est ailleurs à mon sens. Aujourd'hui, je suis persuadé qu'au-delà des clivages politiques, ethniques et religieux, nous devons construire une nouvelle union sacrée, un nouveau modèle de rassemblement avec la détribalisation du débat politique. Je compte donc orienter mes actions politiques essentiellement dans ce sens.

Blé Goudé serait détenu dans des conditions difficiles à la DST. L'y avez-vous rencontré durant votre séjour là bas ?

Non. Même si je n'ai jamais su qu'il était notre voisin à la DST, après la conférence de presse organisée par ses avocats le 05 août dernier, je comprends mieux certaines attitudes, certains mouvements et certains remue-ménages qui y avaient lieu.

Lesquels par exemple ?

Permettez que je n'en parle pas.

Lors de votre arrestation, en dehors du COJEP, des organisations des droits de l'homme, de l'Ordre National des Médecins de Côte-d'Ivoire et des pressions diplomatiques, on n'a pas vraiment senti la direction du FPI. Votre réaction.

Cette information n'est pas vraie. Moi, on m'a dit autre chose ! Ce n'est pas forcement à travers des déclarations de presse qu'on peut exprimer un soutien. Je sais par exemple que des responsables de la direction intérimaire du FPI tels que le ministre Amani N'Guessan et l'honorable Lorougnon Marie Odette, et bien d'autres ont condamné mon arrestation et œuvré pour que je recouvre la liberté. Je ne crois pas qu'ils agissaient a (...)

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