Danielle Boni Claverie démonte le pouvoir Ouattara : « Les responsables qui ne se soumettent pas à une inféodation au RHDP sont menacés de renvoi et de licenciement »

  • Source: linfodrome.com
  • Date: jeu. 04 juil. 2019
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Au cours d'une conférence de presse tenue mercredi 3 juillet, Danielle Boni Claverie, présidente de l'URD a partagé sa lecture de la situation socio-politique en Côte d'Ivoire.

A travers cette rencontre, l'URD, mon parti souhaite partager avec vous sa lecture de la situation socio-politique en Côte d'Ivoire.

En tant qu'opposants, nous sommes des lanceurs d'alerte et notre rôle est d'indexer les risques d'implosion que court notre pays, face à la décomposition progressive de notre société.

La situation est préoccupante, au triple plan politique, économique et social. Les derniers développements de l'actualité politique, la réalité des indicateurs macro-économiques et le cumul des frustrations sociales font peser une lourde hypothèque sur les fragiles équilibres de la Nation, impactent négativement la dynamique démocratique et menacent sérieusement la confiance en notre avenir. Ces signaux indiquent bien que notre bien commun court des dangers bien rééls.

Et la perspective des échéances électorales de 2020 accroit la psychose déjà perceptible au sein des populations.

C'est pourquoi, à défaut de vous convaincre, je vais essayer de vous démontrer que mon parti juge inenvisageable la tenue d'élections en 2020.

Malgré les assurances données par le Président Ouattara, notre analyse est en parfaite contradiction avec les certitudes que tente de nous marteler le Chef de l'Etat.

C'est pourquoi, j'affirme haut et fort qu'on ne peut exiger du peuple ivoirien qu'il aille à l'abattoir. On ne peut lui imposer des élections à tout prix alors que les conditions de vie se détériorent et que le climat politique se crispe de plus en plus. Nombreux sont les Ivoiriens qui envisagent de s'exiler pendant cette période électorale par peur d'une guerre fratricide qu'ils ont raison de redouter.

Peut-être vais-je vous paraître alarmiste mais j'ai décidé de vous inviter à fixer vos regards sur le verre à moitié-vide, celui des déçus et des rejetés du système, ceux dont les vies ont été broyées par les injustices, les exilés, les prisonniers militaires dont le maintien en détention reste incompréhensible.

A l'URD, nous n'avons que notre voix et nos convictions pour prendre le peuple à témoin de ce que l'on veut l'instrumentaliser pour obtenir son suffrage alors que nous savons que les dés sont déjà pipés.

Nul n'est besoin d'être prophète pour comprendre que les tensions politiques actuelles exacerbées sont nées d'un certain nombre de facteurs que je vais mettre en évidence :

Il s'agit du divorce entre les anciens alliés du RHDP, entre le RDR et le PDCI dont la conséquence est de produire un retour à la pensée unique. Ce clivage politique gagne du terrain et gangrène même l'administration. Les responsables qui ne se soumettent pas à une inféodation au RHDP sont menacés de renvoi et de licenciement.

Dans ce sillage, les folles rumeurs qui circulent au sujet d'une imminente arrestation du Président Henri Konan Bédié ne peuvent avoir de fondement tant ce serait insensé, mais elles contribuent manifestement à pourrir un peu plus l'atmosphère déjà délétère.

Egalement, les attaque crypto-personnelles entre le camp présidentiel et celui de Guillaume Soro prennent l'allure détestable d'une guerre fratricide dont chacun peut aisément deviner l'issue catastrophique pour le pays.

Au demeurant, le refus d'un consensus sur la réforme de la CEI constitue un manquement démocratique grave et m'amène à clarifier des propos mensongers distillés aux chancelleries sur la question.

En vérité, il ne s'est jamais agi, de la part de l'opposition, d'un quelconque boycott. Nous étions convenus d'une méthode de travail à l'initiative du PM et j'insiste bien, à l'initiative de M. Gon Coulibaly. Cette méthode consistait à la rédaction par le gouvernement des termes de référence qui devaient servir de bases de discussion avant que ne s'ouvrent les travaux du comité restreint. Nous ne les avons jamais reçus. Et l'on nous convie ensuite à des séances de travail alors qu'on a changé de méthode sans même nous avertir que les règles du jeu ont été modifiés. Comprenez que lorsque nous avons été conviés à la restitution solennelle des travaux de leur comité restreint, peu représentatif de l'opposition significative, il nous était difficile de répondre à cette invitation puisque nous n'avions pas participé à leurs travaux.

Sur ce sujet, la position de l'opposition est simple. Nous aurions souhaité une grande concertation tripartite pour aboutir à une réforme profonde de la CEI. Il est grave pour la stabilité de notre pays que le gouvernement comme à son habitude effectue un passage en force et nous impose une CEI qui ne réponde pas aux critères internationaux de neutralité, d'indépendance et de transparence exigés par la Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, réclamés également par l'opposition et la société civile ivoiriennes.

Poursuivant l'énumération des causes des tensions politiques exacerbées actuelles, nous notons la prolifération des armes en Côte d'Ivoire, dénoncée régulièrement par l'ONU. Cette situation inacceptable fait peser de fortes inquiétudes sur la période électorale prochaine. Des milliers d'armes acquises du temps de la rébellion et de la crise postélectorale circulent toujours. Et les autorités ont le plus grand mal à les récupérer. D'autant que tous les processus de désarmements initiés ont été des échecs complets, une gabegie de plus de 100 milliards de frs cfa, du PNRD à l'ADDR.

Les conditions du renouvellement et de l'attribution des CNI dont le prix d'acquisition est fixé à 5 000 frs, procèdent des mêmes incuries. Comment des représentants du peuple ont pu voter sans état d'âme une telle mesure alors que le Ghana voisin pratique la gratuité de la 1ère CNI. Comment le gouvernement n'a-t-il pu anticiper les mesures administratives à prendre ? Les autorités n'entendent-elles pas le mécontentement du peuple croître et s'amplifier ? Selon notre approche, la mesure transitoire la plus judicieuse serait la prorogation pure et simple du temps de validité de ces cartes.

Pour clore ce chapitre des élections, l'URD s'interroge sur la capacité du gouvernement à trouver les solutions adéquates pour garantir des élections crédibles et apaisées. Son refus de changer la Cei, de réformer le Conseil Constitutionnel, de réviser le Code électoral et l'ensemble du processus électoral ne sont-ils pas autant de signes que le Pouvoir cherche à se maintenir à tout prix et que son seul souci est de le conserver quel qu'en soient les conséquences.

Ne serait-il pas plus sage de travailler tous ensemble, toutes les forces vives de ce pays, mobilisées à créer les conditions pour que les futures élections ne souffrent d'aucune contestation et qu'ainsi, la cohésion sociale et la paix soient privilégiées ? Notre environnement sociopolitique est si fragile, les menaces sur la paix si flagrantes que l'URD continue de dire que la tenue d'élections ne peut être envisagée dans de telles conditions. Il faut d'abord penser à se réconcilier, à renforcer la paix, la cohésion et la stabilité de notre pays, à réformer ce qui doit l'être avant d'organiser la présidentielle de 2020. Et je le dis d'autant plus fort que nous refusons tous l'idée d'une autre crise post-électorale qui ne pourrait être que plus fratricide que celle de 2010-2011.

La réconciliation nationale n'est pas effective. Elle est inachevée et cet état de fait banalise la souffrance des Ivoiriens et des victimes, de toutes les victimes. Et elle ne peut être achevée sans la présence de l'acteur majeur qu'est le Président Laurent Gbagbo. Par ailleu (...)

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