Situation politique / Soro prépare une importante décision : « J'entends qu'à Abidjan on dit que je suis fini. On verra bien »


Guillaume Soro a bien conscience que des nuages se sont amoncelées au-dessus de sa tête et ont obscurci son horizon politique.
  • Source: linfodrome.com
  • Date: mer. 24 avr. 2019
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Redevenu simple député, l'ex-président de l'Assemblée nationale est isolé. Pourtant, il ne semble guère disposé à s'effacer. Dans sa ligne de mire, la présidentielle de 2020. Enquête sur un ambitieux contrarié.

La nuit n'est pas encore tombée sur la petite ville de Dabakala, située au nord-est de Bouaké. Détendu, en boubou et babouches blanches, Guillaume Soro s'accorde un moment de répit. En ce 14 avril, dimanche des Rameaux, il a pris ses quartiers dans une maison mise à sa disposition par le fils d'un notable de la commune. C'est là qu'il nous reçoit. Une table, une télévision, quelques fauteuils et un canapé de cuir ... Le confort est rudimentaire. Dans la cour, les hommes chargés de sa sécurité installent des tentes à motif camouflage donnant à l'endroit, de faux airs de campement militaire.

Un peu plus de deux mois après avoir démissionné de la présidence de l'Assemblée nationale, le 8 février, Guillaume Soro a pris le large, fuyant le brouhaha et l'agitation médiatique de la capitale économique ivoirienne, où il n'a plus remis les pieds depuis le 25 mars. Il a délaissé sa villa cossue de Marcory pour le charme parfois rugueux des petites maisons de province, et troqué ses habituels cigares contre une bonne vieille pipe. «Abidjan, c'est fini! », s'amuse-t-il.

Entouré d'une vingtaine de personnes, anonymes, conseillers ou communicants, Guillaume Soro sillonne depuis bientôt trois semaines, les pistes cabossées du département de Dabakala, producteur d'anacarde et de coton. Il a visité des villages où l'on manque de tout, dormi parfois à la belle étoile sur un matelas gonflable, offert des sacs de ciment pour achever la construction d'une mosquée ou d'une école, et même lancé les travaux de forage de plusieurs puits, le tout sous l'œil des caméras de ses équipes. « A l'origine, je ne comptais pas faire de tournée. Je voulais aller en brousse pour terminer mon programme de société, explique-t-il. Mais après avoir visité quelques localités, je me suis pris au jeu et j'aime ça. » Il a beau protester de la spontanéité de sa démarche, le périple a des airs de précampagne, et il fait peu de doute qu'il est en train de tester sa popularité dans le nord de la Côte d'Ivoire. Chaque fois, il s'applique à pointer les défaillances du gouvernement, comme pour montrer au président Alassane Ouattara, qu'il a eu tort de l'écarter, et prouver à ses adversaires comme à ses soutiens, qu'il existe encore. « Si tu veux diriger un pays, il faut le connaitre parfaitement. J'ai dormi avec vous, je vous ai touchés, je connais désormais vos problèmes. Ce que j'ai vu, c'est un peuple oublié par la République », lance-t-il ce 14 avril, devant les habitants du village de Satama-Sokoro. Celui qui fut le président (Secrétaire général, Ndlr) de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci) de 1995 à 1998, retrouve ses accents de tribun. Tour à tour blagueur et proche des gens, il appuie sur la fibre nordiste et le souvenir de la rébellion, sans oublier de se poser en victime du régime ... « Si Dieu sait que le combat que nous avons mené a contribué à faire en sorte qu'Alassane soit président de la République, et qu'en guise de reconnaissance il nous chasse, Dieu saura rétablir la vérité. Qu'est-ce que je lui ai fait qui ne puisse être pardonné ? On nous dit de garder le pouvoir. Mais comment va-t-on le garder si le Nord chasse le Nord ? (…). Ce n'est pas Laurent Gbagbo, mais Alassane qui m'a mis au chômage, Alassane qui m'a chassé de la primature.» Pas de doute: la présidentielle de 2020 approche, et la bataille pour le contrôle du Nord a bel et bien commencé.

 

A-t-il présumé de ses forces?

À Abidjan, Guillaume Soro n'inquiète plus. Dans les cercles du pouvoir, l'on est persuadé de l'avoir neutralisé en le privant de tribune politique, et l'on suit, mi- amusé mi-circonspect, ses tribulations en brousse. « On en a fini avec lui », a récemment prétendu un important ministre. « Soro n'est pas le premier à avoir quitté Alassane Ouattara, ajoute un proche du chef de l'État ivoirien. Adama Coulibaly ou Zémogo Fofana [deux anciens barons du Rassemblement des républicains exclus du parti à la fin des années 1990] l'ont fait avant lui mais personne ne les a suivis. Trahir Ouattara, cela se paie. Et, que pèse vraiment Soro dans le Nord face au président? La base demeure fortement attachée à Ouattara. Soro a présumé de ses forces. Le résultat des élections locales le montre bien. »

Lors des scrutins municipaux et régionaux du 13 octobre 2018, Soro avait soutenu un peu moins de 50 candidats. Certains l'ont emporté mais plusieurs de ses lieutenants, comme Alain Lobognon, à Fresco, ou Sindou Méïté, à Abengourou, ont mordu la poussière. « En interne, nous avons été plutôt satisfaits, assure un conseiller de l'ancien président de l'Assemblée nationaleNotre objectif était d'évaluer notre implantation. Il y avait des endroits où nous voulions gagner, d'autres où le but était simplement de tâter le terrain. Et puis, Soro a autorisé plusieurs de ses proches à se présenter sous la bannière du Rhdp [Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix). Ils se dévoileront en temps voulu. Au final, notre seule vraie déconvenue est celle d'Alain Lobognon. »

Guillaume Soro ne nie pas traverser une période difficile. Il a bien conscience que des nuages se sont amoncelées au-dessus de sa tête, et ont obscurci son horizon politique. L'actuel procès du putsch manqué au Burkina Faso en 2015, qui continue d'altérer son image. Ou ces mutineries de 2017 dans lesquelles Ouattara et son entourage sont persuadés qu'il a jou&eacut (...)

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