Côte d'Ivoire : Koné Katinan donne les vraies raisons de la crise postélectorale de 2010-2011

  • Source: linfodrome.com
  • Date: dim. 21 oct. 2018
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Dans une contribution dont Linfodrome a reçu copie, Justin Koné Katinan en exil au Ghana, commente l'actualité sociopolitique de ces dernières semaines en Côte d'Ivoire. Du message du Chef de l'Etat le 6 août dernier, en passant par la reprise du procès du Président Laurent GBAGBO et du ministre Charles Blé Goudé, la rupture du PDCI d'avec son allié, l'organisation des élections locales meurtrières, la sortie du livre du Professeur Francis V. Wodié, ancien Président du Conseil Constitutionnel et la création d'une nouvelle plate-forme politique autour du PDCI-RDA, l'ancien ministre du Budget de Laurent Gbagbo passe tout au peigne fin. Ci-dessous l'intégralité de sa contribution.

Le message du Chef de l'Etat le 6 août dernier, la reprise de l'interminable procès du Président Laurent GBAGBO et du ministre Charles Blé Goudé, la rupture du PDCI d'avec son allié, l'organisation des élections locales meurtrières, la sortie du livre du Professeur Francis V. Wodié, ancien Président du Conseil Constitutionnel et la création d'une nouvelle plate-forme politique autour du PDCI-RDA sont les évènements majeurs qui ont marqué la vie politique au cours du trimestre écoulé. Même s'ils n'ont pas tous la même portée nationale, ces évènements ont eu l'avantage d'exposer, au monde entier, toutes les incohérences de la vie politique en Côte d'Ivoire. Ces incohérences, qui ne faiblissent pas malgré le drame qu'elles engendrent depuis plusieurs décennies dans le pays, tirent leur vitalité d'une seule source : la ruse permanente avec la vérité. Nous avons érigé en norme nationale et en référent de réussite politique le mensonge et tous ses avatars.

Le 6 Août, le Chef de l'Etat a fait la traditionnelle adresse à la nation à la veille de la fête nationale. Cette adresse a été accueillie avec assez d'enthousiasme parce qu'elle ouvrait une lucarne d'espoir dans l'épaisse incertitude qui enveloppe la vie politique depuis septembre 2011. L'on a cru voir dans la mesure d'amnistie suivie de l'élargissement des hautes personnalités du FPI, injustement incarcérées depuis plus de 7 ans, et la promesse de la réforme de la très contestée CEI un pas vers une possible réconciliation nationale. Hélas, l'espoir a vécu le temps d'un feu de paille : vif et long mais très vite éteint. La meilleure preuve de la précarité des effets de la mesure d'amnistie sur la réconciliation est la violence meurtrière qui a émaillé les dernières élections locales. La raison est que le Chef de l'Etat a rusé avec sa propre mesure d'amnistie. Il l'a utilisée pour se donner une bouffée d'air à un moment de grandes tribulations pour son régime sans pour autant avoir eu l'intention irrévocable de se donner les moyens de construire une véritable réconciliation. L'exclusion des militaires de cette mesure d'amnistie, dont certains après avoir été libérés des prisons ont dû prendre immédiatement le chemin de l'exil parce que traqués pour être remis en prison, et surtout l'exclusion des célèbres et encombrants prisonniers de la CPI révèlent la véritable intention du Chef de l'Exécutif ivoirien par rapport à la réconciliation. L'absence de l'ouverture d'un dialogue politique inclusif et sincère a considérablement réduit la portée de l'amnistie par rapport à la réconciliation nationale.

Le second point de cette ruse est le revirement spectaculaire du Chef de l'Etat qui, en moins d'un mois, a renié sa propre parole au sujet de la CEI. La restriction postérieure qu'il a portée à son engagement solennel de reformer la CEI avant les prochaines élections montre la duplicité des acteurs politiques majeurs de notre pays. Cette duplicité s'est bien illustrée pendant les dernières élections locales. En effet, comment comprendre autrement la participation à une élection organisée par une structure, que l'on reconnait comme partiale et illégale, et se plaindre, après coup, des manquements de cette structure si ce n'est faire preuve de duplicité ? Non seulement elle est illégale et ploie sous le poids d'une suspicion à la fois légitime et générale, mais en plus, l'on demande à cette CEI d'organiser sa dernière élection avant sa disparition sous sa forme actuelle. En d'autres termes, les animateurs de cette structure savent qu'ils réalisent là leurs dernières « affaires » ; il faut bien qu'elles soient juteuses avec l'assurance surtout qu'il n'y aura aucune responsabilité à assumer a posteriori. Soyons sérieux un jour avec nous-mêmes. Si toutes les parties d'un match de football contestent d'emblée l'arbitre et acceptent, néanmoins, de lui confier l'arbitrage du match, il est certain que chaque partie s'est donné les moyens secrets de s'imposer autrement que par les décisions de cet arbitre. C'est exactement ce qui s'est passé avec la violence meurtrière qui a accompagné les dernières élections dans lesquelles tous les acteurs y compris la CEI ont joué à la ruse. La violence et le manque de sincérité du scrutin étaient plus que latents ; ils étaient inévitables. L'argument qu'il fallait y aller quand même, pour convaincre les derniers sceptiques de l'inefficacité et de la partialité de la CEI, est trop spécieux pour être pris au sérieux. Après la décision de la Cour de justice des droits de l'homme et des peuples de l'UA de 2016 et le discours du Chef de l'Etat lui-même, toute aventure dans une quelconque élection avec cette CEI n'est que turpitude.

Imaginons un seul instant que le FPI eût participé à cette élection, la violence enregistrée lui aurait été opportunément et malveillamment imputée pour servir et faire valoir d'élément factuel probant à la série de science-fiction que ne cesse de monter le Procureur de la CPI sur la crise politique ivoirienne. Le Président Laurent GBAGBO et son parti n'ont pas participé aux dernières élections qui se sont déroulées entre amis. Elles ont enregistré de nombreux morts, des nombreux blessés et, même, des disparus. Pourtant, l'on tente maladroitement de leur attribuer l'exclusivité de la violence électorale de 2011. Quand nous attirons l'attention des uns et des autres sur la dangerosité du procès du Président Laurent GBAGBO pour la cohésion sociale en Côte d'Ivoire, beaucoup nous traitent de pro-GBAGBO radicalisés par un excès de « gbagboïsme ». Aucun ivoirien, animé de (...)

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