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Dossier / Accès au logement : Arnaque et grogne dans le secteur de l'immobilier

  • Source: linfodrome.com
  • Date: sam. 04 août 2018
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Le District d'Abidjan fait face à un déficit criant de logements, et ce malgré les différentes promotions immobilières qui existent en Côte d'Ivoire. Entre espoir et désillusion, les Ivoiriens crient plutôt à l'arnaque.

Promotion immobilière et programme présidentiel de logements. Que ce soit l’un ou l’autre, un grand nombre d’Abidjanais ne veulent plus en entendre parler. Pour ces derniers, c’est bien plus un leurre d’accéder à une propriété privée qu’une réalité. Les arguments développés et qui confortent cette frange de la population dans sa position sont édifiants.

Clément Boko, chef de service montage et planification à Rti 1, évoque son cas. Il se dit doublement victime de sociétés de promotion immobilière. La première fois, c'était avec Magil Construction Côte d’Ivoire, une structure, dit-on, israélienne, dont les bureaux sont situés à la cité des cadres en face de l'école de police, dans la commune de Cocody. « Cette société immobilière réalisait, à l’époque, des villas duplex sur 500 m² à 25 millions de Fcfa. Je n'ai pas hésité à mettre 4,5 millions de Fcfa pour les frais de dossiers, l'apport initial et autres frais », relate-t-il. Poursuivant, Clément Boko, qui nourrissait le secret espoir d’être logé dans une villa duplex à Bingerville, déplore le fait qu'il n'ait pu satisfaire ce désir depuis lors. « Depuis 2012, je n’ai jamais eu de suite relativement à ce projet. Longtemps après, je constate que la société a carrément fermé boutique, et s'est muée en une autre entreprise, Lews holding, qui se trouve dans les mêmes locaux. On nous demande de continuer à faire des versements pour les montants souscrits, alors qu'on ne voit pas de maisons », regrette-t-il. Cet agent de la Rti 1 n’est pas le seul à se plaindre de cette société immobilière, puisqu’un collectif de souscripteurs s'est mis en place, et à travers une plateforme, les membres dudit collectif font des pieds et des mains pour récupérer les sommes versées.

 

Rêve brisé. La première tentative avec des promoteurs privés ayant échoué, Clément Boko n'a pas, pour autant, baissé les bras. Lorsque le programme présidentiel des logements sociaux, économiques et de standing a été lancé, il a vu en cette initiative, une aubaine d’accéder à un logement. « Lorsque j'ai souscrit au programme présidentiel de logements sociaux, j’ai été affecté chez Mab Gasnier, un promoteur européen qui avait son site à Grand-Bassam. Après environ trois mois d’hésitation, lorsque je me suis présenté finalement chez cet opérateur, on m’a dit que la liste des souscripteurs était bouclée », se désole l’agent de la Rti. Face à cette situation, Clément Boko n’a pas eu d’autre choix que de se tourner à nouveau vers le Centre de facilitation des formalités d'accès au logement (Cefal), où il explique sa situation. Il est alors orienté vers un autre promoteur immobilier inscrit au programme présidentiel, où il n’hésite pas à verser la somme de 2,5 millions de Fcfa, au titre des premiers frais pour l'acquisition d'une villa de 5 pièces d'un coût global de 16 millions de Fcfa. Après plusieurs années, las d'attendre une maison qui ne sort pas de terre, Clément Boko introduit une demande de remboursement des fonds engagés. Rentré dans ses fonds, il promet de prendre un terrain et de se lancer désormais dans l’auto-construction.

 

De 16,4 millions à 75 millions de Fcfa. Désabusé par la Société de bâtiment et d'immobilier en Côte d'Ivoire (Batim-Ci), un couple a publié sur Facebook un gros coup de gueule. « Depuis 2009, mon époux a souscrit au projet immobilier de la société Batim sur la route de Grand-Bassam pour un coût total de 16 367 813 Fcfa (y compris les frais de notaire), et ce pour une maison basse de 4 pièces. Après le versement de 14 millions de Fcfa en 2010, la société nous a informé que le projet devrait atteindre son terme dans 3 ans, c'est-à-dire en 2012 », raconte l’épouse. Puis de poursuivre que malheureusement, en 2012, « nous n'avons pas pu rentrer en possession de notre maison ». Le promoteur, à la suite du non-respect de ses engagements, fait remarquer cette dernière, propose une autre opération immobilière, mais cette fois-ci à Cocody Béssikoi, en lieu et place de la précédente. « Nous avons accepté cette relocalisation avec des coûts supplémentaires. De 16 millions de Fcfa, nous nous retrouvons à 57 176 000 Fcfa. Nous avons accepté et payé 44 millions de Fcfa », souligne cette dame qui pensait être sortie de la tourmente avec son époux. Que non ! En effet, contre toute attente, poursuit-elle, le lundi 19 février 2018, ils apprennent que la société a réajusté les coûts des maisons. Du coup, la maison qui, à l'origine, était à 57 millions de Fcfa, passe désormais à 75 millions de Fcfa. La raison invoquée, le changement de direction de la société Batim-Ci. « Nous sommes, mon époux et moi, déçus de cette société. Parce que nous constatons que cela est une vraie arnaque », dénonce-t-elle. Mieux, elle a invité toutes les personnes qui seraient dans cette même situation à les rejoindre afin de constituer un collectif pour faire front et rentrer en possession de leurs maisons.

Au sein de l'entreprise de promotion immobilière, on impute toute cette situation à des corrections qui ont été faites.

 

Corrections. Lamine Sylla est le directeur général adjoint (Dga) de Batim-Ci depuis août 2017, suite à des changements intervenus au niveau de la direction générale de ladite société. « Batim a été rachetée en décembre 2015 par un groupe financier ivoirien, Paph (Phenix africa parteners holding). A la suite du changement et de tout ce qu'il a été donné de constater, trois audits ont été menés : l’audit financier ; l'audit opérationnel, c’est-à-dire l’audit de l’ensemble des modes opératoires, de production de bâtiments, de logements, de maisons de Batim ; et l'audit du système de traitement des informations. Ces audits ont donné des résultats qui ne sont pas des plus heureux », souligne le Dga. Il a indiqué que l'audit opérationnel a consisté à passer systématiquement en revue tous les 6 programmes en cours de réalisation de Batim, au nombre desquels Palmyre Bassam. « On s’est rendu compte de plusieurs erreurs de jugement et de calcul sur ce programme qu’il a fallu corriger », mentionne-t-il. De son avis, sur Bassam, la première des choses qui n’avait pas été prise en compte dans l’estimation, c’est le manque d’un réseau d’assainissement, de drainage des eaux pluviales et de traitement des eaux usées. « Il y a eu le branchement au réseau national d’électricité. Au lieu de nous connecter à environ 6 Km de Bassam, on est allé à Bonoua, autour de 15 Km. Tout cela coûte cher. Un autre élément, c’est le branchement au réseau national d’eau potable. Il a fallu aller jusqu’à 4 Km », a révélé le Dga de la société. Puis de souligner qu'il s'agit d'autant d'éléments qui, « objectivement», justifient l’augmentation des coûts des maisons. Il a fait savoir qu'avant Palmyre Bassam, il y avait un premier projet qui avait été lancé en 2009, du nom de Projet Océan, qui était de petites villas basses. Mais le fait que cette région ait pris de la valeur, entre-temps, et qu’aujourd’hui poussent des villas de standing dans ladite zone, le projet Océan a été abandonné au profit du projet Palmyre. « Il avait été demandé à tous ceux qui avaient souscrit au projet Océan de venir sur le projet Palmyre. Certainement que ce couple a accepté. Parce que les 75 millions de Fcfa évoqués, c’est le projet Palmyre. On est passé de 57 millions de Fcfa à 75 millions de Fcfa sur le projet Palmyre Bassam, pas le projet Bessikoi qui est une opération située juste derrière le Chu d’Angré, Cocody. C'est de l’éco plus (quatre pièces), qui tournait autour de 30, voire 35 millions de Fcfa », clarifie le Dga.

Patienter. S'agissant des personnes qui demandent un remboursement, la réponse de la société est claire. Selon le Dga, le fait d'avoir réévalué les coûts des maisons a contraint l'entreprise à se retourner vers les banques pour solliciter un crédit qui leur a été octroyé. Mais à la seule condition de créer un compte séquestre dans la banque en question. « Nous avons proposé à la banque de voir s’il était possible qu’une mainlevée soit opérée sur le compte séquestre pour permettre de procéder à des remboursements. Aujourd’hui, nous avons en tout et pour tout 782 millions de Fcfa de demandes de remboursements, pour une cinquantaine de personnes qui veulent sortir du programme. Là où le compte séquestre contient plus d’un milliard de Fcfa (1,8 milliard de Fcfa, si mes souvenirs sont exacts) », confie Lamine Sylla. « Il y a de la demande autour des maisons de Bassam, parce que c’est une zone qui plaît beaucoup. Nous demandons aux souscripteurs de patienter », propose le Dga.

S'agissant des souscripteurs qui ont versé directement leur argent au siège de Batim, et qui ne sont donc pas concernés par le compte séquestre, l'entreprise leur a tenu un discours rassurant, selon lequel leur argent sera remboursé. Mais M. Sylla met un bémol à ses propos. Le remboursement se fera en fonction de la vente des maisons prêtes. « Qu'ils permettent que nous vendions d’abord les maisons pour les rembourser. Si le repreneur prend la maison à un montant supérieur ou égal au versement, on rembourse intégralement. C’est ce qui est arrivé à beaucoup d’entre eux. Il n’en reste plus que quelques uns, dont certainement ce couple qui dit avoir versé 44 millions de Fcfa », conclut Sylla.

 

1 million de Fcfa remboursé sur 4 millions de Fcfa versés. Outre le couple qui a maille à partir avec la société immobilière Batim, Madame T.B., enseignante dans un établissement privé, vit un drame similaire mais avec la société immobilière dénommée Château royal qui propose plusieurs types de maisons à ses clients, dont des Duplex de 4 pièces à 35 millions de Fcfa. « J'ai souscrit en versant 50 000 Fcfa. Il était question de verser, par la suite, 10 % de la valeur de la maison, avant que les travaux ne commencent, et un an plus tard, 20 % du montant restant pour recevoir les clés de la maison. Le reste de la somme due devait être payé selon une traite chaque mois », explique cette enseignante. Après la souscription, Mme T.B. a passé plusieurs mois à peser les avantages et les inconvénients avant de se décider à payer l'avance. Quelle ne fut sa surprise lorsque, arrivée dans les locaux de ladite société, elle apprend que la souscription qu'elle a faite n'est plus valable et que le nouveau montant à verser pour rentrer dans le projet s'élève désormais à 150 000 Fcfa. Après négociations, la société accepte de lui faire un forfait de 100 000 Fcfa pour une nouvelle souscription. De même, le Duplex de 35 millions de Fcfa est désormais à 45 millions de Fcfa mais, toujo (...)

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