Côte d'Ivoire : que veut Jean-Louis Billon ?

  • Source: jeuneafrique.com
  • Date: mar. 20 mars 2018
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Un an après son éviction du gouvernement, l'ex-ministre ivoirien Jean-Louis Billon se verrait bien au sommet de l'État. Reste à savoir si l'homme le plus riche de la Côte d'Ivoire peut s'offrir une place parmi les favoris.

Est-ce pour cet instant où le cœur s'emballe, pour ce sentiment de puissance ou pour cette peur qui saisit les entrailles ? Jean-Louis Billon aime aller vite. S'asseoir au fond du siège de son Audi A6 tout équipée, poser ses mains sur le volant et, d'un coup, accélérer. Certains se rappellent l'avoir vu filer sur l'autoroute qui, depuis Abidjan, mène vers le nord et son fief de Dabakala.

Même du temps où il était ministre, il préférait ne pas avoir de chauffeur. Odeurs d'huile, chaleur de la gomme sur le bitume, charme des belles cylindrées… Lorsqu'il n'est pas en Côte d'Ivoire, en France, au Cameroun ou à Dubaï pour ses affaires, c'est au bord des circuits de formule 1 de Monaco, de Singapour ou d'Abou Dhabi que l'on peut croiser ce grand patron multimillionnaire devenu homme politique. Aller vite, toujours plus vite.

L'une des bêtes noires des proches d'Alassane Ouattara

Ce n'est que par coquetterie que Jean-Louis Billon, 53 ans, ne veut pas révéler ses ambitions. Il les chuchote, entretient les silences, mais sait que personne n'est dupe. Cela fait si longtemps qu'il a éventé le secret… L'impatient a fixé sa ligne d'arrivée à 2020 et s'imagine plus que jamais président. Il y a quelques mois pourtant, il semblait au plus bas.

Débarqué du gouvernement en janvier 2017, évincé en juillet de la présidence de la région du Hambol, cet héritier de l'empire Sifca, premier groupe privé ivoirien, était contraint au silence et renvoyé à la gestion de ses nombreuses entreprises. Une sinécure pour ce franc-tireur qui n'a pas pour habitude de mâcher ses mots.

"C'est un traître », lâche-t‑on, les dents serrées, dans l'entourage du président"

Elle n'aura pas duré longtemps : promu porte-parole chargé de la « propagande » du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) par Henri Konan Bédié, Billon est devenu l'un de ses porte-flingues, l'un des moins favorables à une alliance avec le Rassemblement des républicains (RDR). Ouvertement hostile à un parti unifié, fervent défenseur d'une candidature d'un cadre du PDCI en 2020, il est l'une des bêtes noires des proches d'Alassane Ouattara. « C'est un traître », lâche-t‑on, les dents serrées, dans l'entourage du président.

Relations tendues avec Amadou Gon Coulibaly

Rares sont les démis d'un gouvernement à déboucher le champagne pour célébrer leur départ. « Pour moi, c'était un soulagement », assure Billon. Il explique que, cinq ans plus tôt, il avait hésité à accepter le portefeuille du Commerce que lui proposait Ouattara. « J'avais peur de ne pas avoir assez de marge de manœuvre », dit-il. Mais, pour cet ambitieux, pareil poste ne se refuse pas vraiment.

"On lui a fait confiance, et il n'a pas brillé. Qui se souvient de ce qu'il a fait au ministère ? Billon, c'est du passé », affirme un de ses proches"

Se sont néanmoins ensuivies des années de malaise : manque de moyens, nominations bloquées, désaccords sur la ligne politique… égrène un ancien membre de son cabinet. « Je m'ennuyais », ajoute l'ex-ministre. En face, on déplore son manque de loyauté. Les relations sont surtout compliquées avec Amadou Gon Coulibaly, alors tout-­puissant secrétaire général de la présidence, devenu depuis Premier ministre.

Du côté de ce dernier, les rancœurs demeurent : « On lui a fait confiance, et il n'a pas brillé. Qui se souvient de ce qu'il a fait au ministère ? Billon, c'est du passé », lâche un de ses proches.

Les deux hommes ne se sont jamais appréciés, mais c'est l'octroi de la concession du deuxième terminal à conteneurs du port d'Abidjan à un groupement emmené par Bolloré, en 2013, qui envenime le conflit. Déjà ministre, Billon se pose en chantre de la gouvernance et en défenseur des entrepreneurs. Il prône des méthodes propres et s'insurge contre l'opacité de certaines affaires. En l'occurrence, il dénonce le renforcement du monopole du français, déjà concessionnaire du premier terminal à conteneurs, alors que l'opération était censée ouvrir le port à la concurrence.

Gbagbo, Ouattara et Bédié

La riposte viendra de Ham (...)

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