Fabrication d'ordinateurs en Côte d'Ivoire : le promoteur Dr Capo Chichi explique tout
« Les étudiants peuvent payer les ordinateurs à 100 Fcfa par jour »


(Photo d'archives)
  • Source: linfodrome.com
  • Date: lun. 04 juil. 2016
  • Visites: 7200
  • Commentaires: 1
Dr en sciences de l'information et de la communication, maître assistant des universités du Cames en génie informatique, Alain Capo Chichi est le président de l'Université Cerco, créateur de l'usine de fabrication d'ordinateurs et de téléviseurs numériques ''Open'' à Grand-Bassam. Il est le partenaire de l'Agence nationale du service universel et de télécommunications-Tic (Ansut) dans le cadre de l'opération ''un étudiant-un ordinateur''. Dans cet entretien, il parle des difficultés de l'enseignement en Afrique et livre des pistes de solutions.

En votre qualité de maître assistant des Universités du Cames, quelle évaluation faites-vous de la formation en Afrique, aujourd'hui  ?

J'ai écrit un ouvrage qu'on appelle «Quelle université pour quelle Afrique?» où le Conseil des ministres de l'enseignement supérieur m'avait appelé pour leur parler du problème lié à la massification des effectifs. Parce que le gros problème que nous avons aujourd'hui est celui de la massification des effectifs. C'est-à-dire que les effectifs doublent tous les cinq ans dans la plupart de nos pays. Et cela va continuer jusqu'en 2050. Le problème n'est pas conjoncturel mais structurel. Quand on parle de massification, il est question de comment former les étudiants, les enseignants qui doivent leur donner les enseignements et des infrastructures qui doivent les accueillir.  Aujourd'hui, les Tics à travers les formations à distance, sont une alternative très importante. Ça ne résout pas tout le problème mais c'est une alternative qu'il faut prendre en compte. Ensuite, il y a toute la problématique d'insertion de ces diplômés, donc du suivi de leur formation et de leur insertion pour voir si les formations qui sont données en amont sont en adéquation réelle avec les besoins du marché.

Il se trouve qu'en Afrique, les défis que nous avons sont liés à la qualité de la formation mais également aux défis d'insertion des diplômés. Donc, il faut que les jeunes soient capables d'innover, d'entreprendre. Parce que lorsqu'on analyse l'économie et sa capacité à absorber les jeunes diplômés et en face le nombre de diplômés qui arrivent sur le marché, il n'y a non pas uniquement un problème d'inadéquation entre la formation et l'emploi, mais aussi un problème de surproduction de diplômés. Donc, il faut que les jeunes soient capables de créer leurs propres emplois. Il faut que l'Etat soit capable de réduire les équilibres entre les régions. Ce qui se passe jusqu'à une époque récente, c'est que l'Etat a toujours crée des universités mais dans les capitales ou dans les grandes villes du pays. Ce qui provoque l'exode de ces jeunes vers la ville et cause  le problème de surpopulation des diplômés. Donc si les jeunes sont formés avec les technologies, ils peuvent retourner et être utiles dans leurs communautés, créer dans leurs communautés, tout en étant dans un village planétaire. Ça permet donc de créer même de l'emploi dans leurs communautés. Ce sont des problématiques sur lesquelles j'ai travaillées avec l'Uemoa et du Cames.

C'est ce qui explique donc la création de cette usine de montage ?

Oui. Effectivement, ce n'est pas une simple usine mais c'est une école- une usine-un incubateur. On parle d'informer, de former et de transformer. Ce n'est pas uniquement de former l'étudiant, mais le former pour qu'il transforme sa communauté. Quand il a des idées et qu'il a été formé, il rentre ensuite dans l'incubateur. Cette idée est transformée en produit et entre en usine pour être produite en quantité industrielle. Dans l'incubateur, il peut prototyper, partir de l'imaginaire pour réaliser un produit, son affaire.

L'ex-ministre Gnamien Konan a déclaré que le modèle école-usine-incubateur est celui dont l'Afrique a besoin. Pensez-vous qu'avec ça, le continent peut rattraper son retard de développement ?

D'abord, nous devons prendre conscience qu'il nous faut consommer local parce que la croissance ce n'est pas en Europe. Elle est aujourd'hui en Afrique. Ça veut dire que notre économie arrive à générer une valeur ajoutée, il faut savoir comment en profiter. Ce qui veut dire nous devons être capables de proposer des produits que les gens vont acheter. Le tout n'est pas de fabriquer un ordinateur, mais à quel coût ? Est-ce que c'est de qualité ? etc. Former nos jeunes et les disposer à observer dans notre environnement des problèmes auxquels ils apportent des solutions à travers des produits, c'est déjà un premier pas. Maintenant, il faut que l'État crée un écosystème autour de ces jeunes diplômés, parce qu'il ne suffit pas de créer une entreprise. Dans notre cas, si nous n'avions pas bénéficié du Vitib qui nous a accordé certaines exonérations, des banques et des structures qui ont accompagné, on n'aurait pas sorti le projet. Cela aurait été difficile également si on n'avions pas formé des jeunes. Je vois qu'en Côte d'Ivoire cet écosystème est créé parce qu'on sent une dynamique qui permet l'éclosion d'entreprise innovante.

Que fabriquez-vous concrètement ?

Dans le Vitib à Grand-Bassam, nous avons installé une unité de fabrication d'ordinateurs portables, de tablettes et de smartphones, de la marque Open qui une marque locale. Ça a été un long processus et aujourd'hui nous avons des ordinateurs qui sont montés dans cette usine. Au delà, nous avons travaillé aussi pour que le matériel soit accessible, qu'il coûte moins cher avec une garantie et toutes les normes de qualité que cela suppose. Nous avons été agrées dans le Vitib, ce qui nous permet au niveau de l'État de bénéficier d'un ensemble d'avantages. Par exemple, 0% de droit de douanes, 0% d'impôts. Également, après le lancement d'un appel d'offre, le Vitib nous a retenus pour l'exploitation d'une unité complète de production d'ordinateurs de bureau et de téléviseurs numériques, au delà des ordinateurs portables. Aujourd'hui, nous avons une capacité de production d'environ 400 ordinateurs par jour et dans six mois, après la finalisation de notre usine en construction, nous devons monter a 2000 unités par jour. Nous bénéficions d'environ 7000 m2 sur lequel nous sommes en train de construire une usine actuellement

Qui fabrique ces ordinateurs dans votre usine?

Ce sont les diplômés, des techniciens ivoiriens qui fabriquent ces ordinateurs. Ça participe à la  réduction du taux de chômage et à la culture d'innovation en Côte d'Ivoire. Et ça, c'est vraiment important de le savoir. Lorsqu'on on consomme un produit qui vient de la Chine, des États-Unis, de la France et autres, je n'ai rien contre ces pays, les ressources repartent dans ces pays. Si l'État nous a donné des conditions nécessaires pour qu'on puisse ouvre ici à Bassam, c'est parce qu'on crée aussi des emplois et que ces jeunes qui travaillent vont devenir de grands leaders demain parce qu'ils pourront démystifier la fabrication de l'ordinateur.

Quel est le nombre d'emplois que vous comptez créer avec l'usine en construction ?

Aujourd'hui, nous sommes à un minimum de 100 emplois, mais nous visons près de 800 emplois. Quand nous disons que nous voulons monter à une capacité de 2000 ordinateurs par jour, ce n'est pas uniquement pour la Côte d'Ivoire mais toute la sous-région. Nous donnons des ordinateurs à 100 mille Fcfa, un prix qu'aucun autre constructeur international ne peut faire.

Vous allez bientôt inonder le marché de vos ordinateurs. Quels les bénéfices pour la jeunesse, en particulier les apprenants ?

La particularité de nos ordinateurs est qu'ils embarquent des ressources numériques. On sait que c'est important d'avoir un ordinateur mais c'est aussi bon d'avoir des ressources compte tenu des problèmes de connectivité que nous avons. En fonction de son statut, si la personne est un étudiant, un enseignant, un citoyen, un agent de santé et autre, on va lui fabriquer l'ordinateur qui lui convient, avec des applications spécifiques qui le concernent. Ensuite, on lui donne la possibilité de se reformer gratuitement pour avoir des compétences minimales pour mieux profiter de son matériel. On lui donne également un Sav assuré. Si la personne découvre que son ordinateur a un problème, elle n'a pas besoin d'attendre que le matériel retourne en Europe ou en Chine pour sa réparation. Elle a à proximité son Sav. À ce niveau, il 'est vraiment important de le souligner, nous sommes agréer par Intel dont le vice-président va venir demain inaugurer notre showroom. Nous avons aussi été agréés par Microsoft qui met surtout à la disposition des étudiants, vis a vis de notre partenariat, ses systèmes d'exploitation et des licences offices de façon gratuite. Tout ceci permet d'assurer une certaine collaboration pour une assurance qualité des produits que nous mettons sur le marché.

Avec l'Ansut, vous avez lancé l'opération «un étudiant, un ordinateur». De quoi s'agit-il?

Le chef de (...)

Lire la suite sur linfodrome.com


Gnamien Konan Côte d'Ivoire Grand-Bassam France Afrique États-Unis Europe Chine Microsoft Uemoa chômage emplois douanes Conseil des ministres ivoiriens partenariat développement information





Educarriere sur Facebook