Dettes intérieure et extérieure, appuis budgétaires, passation de marchés, chômage... / Ousmane Diagana (Banque mondiale) fait le point après un an : ''Il y a eu beaucoup de progrès, mais beaucoup reste encore à faire'' - ''La dette est un modèle financier, mais il ne faut pas transférer le fardeau sur les prochaines générations''


Ousmane Diagana a expliqué pourquoi l'échangeur de la Riviera 2 a pris du retard. (Photo d'archives)
  • Source: L'Inter
  • Date: jeu. 19 fév. 2015
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Le Directeur des Opérations de la Banque mondiale pour la Côte d'Ivoire qui couvre également le Burkina Faso, le Togo, le Bénin et la Guinée Conakry, Ousmane Diagana, a décidé de s'ouvrir à nous après un an en terre ivoirienne.

Dans le cadre de cette interview, il dresse le bilan de ses activités en Côte d'Ivoire et se prononce sur un certain nombre de sujets.

 

Un an après votre arrivée, quel est votre regard sur la situation sociopolitique et économique de la Côte d'Ivoire ?

J'ai trouvé en la Côte d'Ivoire, un pays avec une ambition forte: celle de réussir sa transformation économique et sociale. Ce que je retiens et que je vois au quotidien, c'est le fait que les autorités et tous les Ivoiriens mettent tout en œuvre pour que cette ambition soit réalisable. Pour ma part, je la trouve réaliste, tant l'engagement du gouvernement en faveur des réformes structurelles est fort. Les résultats, à cet égard, sont édifiants, comme l'attestent la stabilité macroéconomique qui a été totalement restaurée et les taux de croissance économique enregistrés, avec une moyenne d'environ 9% sur les 3 dernières années. S'y ajoutent un climat des affaires plus attrayant, d'où le classement de la Côte d'Ivoire dans le Doing business, et des indicateurs sociaux en progression. La Banque mondiale, l'institution que je représente en Côte d'Ivoire, a le devoir de l'accompagner pour la création davantage de richesses et pour leur distribution équitable entre toutes les couches socio-économiques du pays. En tant qu'institution de développement, notre travail et notre regard portent essentiellement sur les questions économiques, financières et sectorielles. Nous n'ignorons pas, néanmoins, que le développement économique est conditionné par la situation socio-économique d'un pays.

 

Partant de ce constat, quelle est donc l'évaluation que la Banque mondiale fait des Objectifs du millénaire pour le développement (Omd) en Côte d'Ivoire, alors que nous sommes dans l'année de l'atteinte de ces objectifs ?

La communauté internationale a défini les Omd en 2000. Tous les pays y ont adhéré. Coïncidence hasardeuse certes, mais 2000 marque aussi l'approfondissement de la crise que la Côte d'Ivoire a traversé et qui a duré plus d'une décennie. C'est dire que les 2/3 de la période de mise en œuvre des Omd en Côte d'Ivoire ont été marqués par une période d'exception, tant la crise a ébranlé les fondements de la société et de l'Etat en Côte d'Ivoire. Elle a touché les potentialités du pays et a impacté ses performances. N'empêche, des progrès ont été réalisés. Il en est de l'équité du genre dans l'éducation primaire, de la lutte contre le Sida, de l'accès à l'eau potable, de la protection de l'environnement ou de la coordination de l'aide et des activités des Partenaires techniques et financiers (Ptf). Même si des défis nombreux subsistent, sans cette évaluation, je préfère regarder le verre comme étant à moitié plein plutôt qu'à moitié vide. On se doit, dans le contexte particulier du pays, de féliciter les autorités ivoiriennes sur les résultats obtenus.

 

L'atteinte de l'initiative Pays pauvres très endettés (Ppte) qui avait été présentée comme un élément de salut pour la population n'a pas produit l'effet escompté. Les Ivoiriens sont toujours dans l'attente.

L'initiative Ppte était nécessaire, voire indispensable. Auparavant, les budgets des Etats servaient principalement à rembourser les dettes, les services de la dette et le fonctionnement courant. Il n'existait pratiquement aucune marge pour le financement du développement. La donne a aujourd'hui changé. Le Budget 2015 de la Côte d'Ivoire le prouve à suffisance. Aujourd'hui, le pays dispose d'un espace budgétaire élargi qui lui permet de consacrer une partie importante de ses ressources à la reconstruction du pays, à la relance de son économie et aux financement des dépenses en faveur des populations les plus démunies. Cela n'aurait pas été possible sans le Ppte. Je comprends néanmoins l'impatience des populations, car les conditions de départ étaient très dures et le quotidien reste difficile. Mais, ce que je retiens, ce sont les efforts qui ont été faits et qui se traduisent aujourd'hui par le fonctionnement acceptable de nombre des secteurs sociaux : l'éducation, la santé, la couverture maladie universelle, ainsi que les perspectives favorable de certaines politiques dans des domaines de l'habitat social, de l'eau potable ou l'augmentation du prix d'achat du café et du cacao bord-champ. Notre devoir, c'est de veiller à ce que les efforts consentis par la Côte d'Ivoire s'intensifient notamment dans les secteurs clés sociaux, et qu'ils créent les conditions d'un accès équitable et de toutes les populations à ces services. Nous devons, en même temps, mettre à la disposition de la Côte d'Ivoire, les ressources nécessaires et l'accompagnement technique indispensable pour la réussite des programmes et des réformes qu'elle entreprend.

 

A peine le Ppte obtenu, la Côte d'Ivoire s'est lancée dans de nouveaux endettements. En plus de la sollicitation du marché national et régional, le pays se tourne aujourd'hui vers le monde avec des Eurobonds.

Je fais confiance aux capacités techniques des économistes et financiers de la Côte d'Ivoire. Je connais le sens des responsabilités des autorités ivoiriennes. Et, je n'ai pas de doute que tous les paramètres sont pris ou seront pris en compte, à travers des études et des évaluations qui sont faites, pour que la politique de l'endettement soit soutenable et de qualité. Il est clair que le financement de certains types d'investissement et de leviers pour soutenir l'agenda de la transformation structurelle et celui de l'émergence, requiert des choix forts et des financements conséquents. La communauté internationale, en particulier celle qui octroie des dons ou fait des prêts dits concessionnels ne dispose pas toujours des moyens requis, et dans le temps voulu, pour porter ces types de financements. D'où la nécessité pour les Etats de s'ouvrir davantage au secteur privé, de recourir à d'autres types de financements dits innovants et de rechercher des financements supplémentaires. Le plus important est que tout se fasse dans le cadre d'un modèle financier qui assure l'équilibre entre la nécessité de s'endetter aujourd'hui et la capacité à rembourser demain sans transférer sur les prochaines générations, un fardeau impossible à supporter. Mais, une fois de plus, j'ai confiance aux autorités ivoiriennes, je sais qu'il y a de très bons économistes et financiers en Côte d'Ivoire qui ont parfaitement intégré toutes les problématiques et pris les meilleures décisions pour leur pays.

 

L'apurement de la dette intérieure reste encore un pari difficile à relever par le gouvernement ivoirien ; les fournisseurs de l'État réclament à tue-tête le paiement de leurs différentes factures. Face à cette situation, que dit la Banque ?

Nous avons toujours considéré que l'apurement de dettes, surtout la dette intérieure, à échéance, est extrêmement important. Parce que ce sont les Petites et moyennes entreprises (Pme) qui créent la richesse et les emplois. Pour y parvenir, leurs activités ne doivent pas être contrariées par des questions de liquidité. Nous disposons de leviers pour aider l'Etat à faire face à ces engagements, à cet égard. Il en est ainsi des appuis budgétaires. Leur utilisation n'est assortie d'aucune condition à part celles de la transparence, de l'efficacité et de l'efficience. Je dois reconnaître que la Côte d'Ivoire a fait des efforts extraordinaires en matière d'apurement des arriérés. Elle a utilisé une approche qui me paraît très logique, en se fondant au préalable sur un audit afin de déterminer la matérialité et l'éligibilité de la créance. Il y a, évidemment, des procédures et des délais qui peuvent parfois être longs ou lourds, il faut voir s'il y a moyen de les assouplir ou les alléger davantage.

 

Quels sont les grands projets de la Côte d'Ivoire inscrits dans le portefeuille de la Banque au titre de l'année 2015 ?

Ida 16 (2010-2013), le guichet de l'association internationale de développement qui finance les pays à revenu faible, met à la disposition de ces pays, des revenus concessionnels qui s'apparentent à des dons. Pour la Côte d'Ivoire, sur une enveloppe de départ de 300 millions de dollars, c'est, au finish, 700 millions qui ont été mobilisés. Pour Ida 17 (2014-2017), un montant proche de 800 millions de dollars est prévu. Je n'ai pas de doute que nous mobiliserons beaucoup plus pour la Côte d'Ivoire. Les projets et programmes que nous supporterons, seront structurants et transformateurs, en cohérence avec la dynamique et le dynamisme actuels de l'économie ivoirienne. En clair, nous passerons des projets d'urgence à des projets de développement structurels et de lutte contre la pauvreté: infrastructure, transport, énergie, agrobusiness/ industrie, éducation pour l'employabilité, développement urbain et pôle de croissance...Nous poursuivrons les appuis budgétaires associés à des réformes profondes qui vont permettre à la Côte d'Ivoire elle-même de continuer à améliorer et renforcer son espace budgétaire. La Côte d'Ivoire est un grand pays qui est riche, avec des capacités réelles et une géographie favorable : les réformes structurelles lui permettront de mettre en place les conditions idoines pour générer les ressources permettant de soutenir son propre développement.

 

C'est souvent qu'on entend des populations bénéficiaires de vos projets se plaindre de ce qu'elles ne sont pas associées à l'élaboration desdits projets, et encore moins à leur exécution.

Cette question me donne l'occasion d'expliquer la nouvelle démarche qui existe au niveau de la Banque, parce que nous sommes en train de formuler notre nouvelle stratégie de partenariat avec la Côte d'Ivoire. Elle est précédée de ce qu'on appelle un diagnostic approfondi des questions et problématiques de développement au niveau du pays. Et cet exercice, nous l'avons fait de manière extrêmement participative. Nous sommes allés à la rencontre des Ivoiriens partout où ils se trouvent, de tous bords et quels que soient leurs secteurs d'activités. Les populations à l'intérieur du pays, les politiques au niveau de l'Assemblée nationale, au niveau du gouvernement, des opérateurs économiques, le secteur privé, les intellectuels, les chefs des partis politiques...C'est l'exploitation des informations reçues au terme de ces consultations qui est train de nous amener vers l'élaboration de la stratégie et des projets et programmes y afférents. Pour les projets qui existent ou qui sont en cours de préparation, c'est exactement la même démarche qui avait prévalu. Ils sont tous l'émanation des populations ou de leurs mandants. La Banque mondiale ne prépare pas et n'impose pas de projets ; elle soutient et accompagne les idées de projets des pays, de leurs États ou de leur population.

 

Comment sont négociés les montants alloués par la Banque à chaque pays ?

Pour ce qui concerne les enveloppes globales allouées aux pays, il y a tout un système de formules de détermination à l'intérieur de l'institution. Ce n'est pas le directeur des Opérations qui le fait. Nous faisons des notes régulières sur les performances pays en matière de gouvernance, de qualité des politiques publiques, de gestion du (...)

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