À quelques heures de la rentrée scolaire 2026-2027, le Directeur des Écoles, Lycées et Collèges (DELC) au ministère de l'Éducation nationale, de l'Alphabétisation et de l'Enseignement technique, Germain Zamblé Bi Zamblé, revient, dans cet entretien, sur les réformes majeures arrêtées en vue de garantir une année scolaire réussie.

La rentrée scolaire 2026-2027 est prévue ce lundi 14 septembre, dans quelques heures donc. Quelles sont les priorités du ministère pour cette nouvelle année scolaire ?

Les priorités au niveau du Ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique ont été définies par Monsieur le Ministre lors de la réunion de rentrée. Des réformes ont en effet été engagées, dont la première porte sur une liste unique de manuels scolaires. Il y en aura un seul par niveau et par discipline, contrairement à la pratique antérieure où il y avait une pluralité de manuels dans nos écoles.

C’est une réforme très importante qui va permettre aux enseignants et aux élèves de pouvoir étudier à travers un manuel unique. Les parents d'élèves vont également en tirer une fière chandelle parce qu'une pluralité de manuels occasionnait des dépenses à n’en point finir. Les enseignants, qui ne savaient à quels livres se vouer, vont désormais trouver leur compte avec les manuels uniques.

Il y a également l’autre priorité à laquelle le Ministre tient fortement : la propreté dans nos établissements. Selon le diagnostic qui a été fait, les écoles étaient très insalubres. Il nous a donc instruit d’offrir un milieu sain et salubre à nos enfants que nous aimons. Un accent particulier sera donc mis sur cette disposition. D'ailleurs, le Ministre et son équipe tourneront, cette année, aussi bien à Abidjan qu’à l'intérieur du pays, selon la cartographie scolaire de la Côte d'Ivoire, pour aller vérifier si les élèves sont effectivement en classe et s'ils sont dans un milieu qui est assaini, propre et sécurisé. Car pour lui, l’école doit être attrayante et donner envie afin de permettre à l’enfant de l’aimer davantage.

Dernièrement, Monsieur le Ministre a, à juste titre, convoqué tous ses collaborateurs pour leur demander de préparer la rentrée scolaire, un mois avant, en donnant les emplois du temps et le matériel qu'il faut aux enseignants, et en apprêtant l'école avec un coup de peinture et un nouveau visage, de sorte que l'enfant qui passe devant l'établissement ait l’envie d'y entrer sans même attendre la rentrée. Le Ministre a d’ailleurs lancé la réhabilitation de certaines écoles, notamment l’IEP Port-Bouët 2 de l'Inspection d'Enseignement Préscolaire Primaire de Yopougon, qui a aujourd’hui un nouveau visage et donne envie, contrairement à son état antérieur qui incommodait aussi bien la Direction de l’école que les élèves. D’autres écoles seront progressivement réhabilitées afin de mettre les enfants dans des conditions idoines d’études pour de meilleures performances. Le Lycée Moderne de Treichville, le Collège Moderne de l’Autoroute, le Lycée Classique d'Abidjan, le lycée Sainte-Marie et le Collège Moderne de Cocody ont, entre autres, été réhabilités et ont désormais fière allure.

Pour les bâtiments vétustes et les classes insalubres des écoles de certaines localités de l'intérieur du pays existant depuis 1940 ou 1960, une politique de réhabilitation des écoles est en cours d’exécution, permettant de leur donner un souffle nouveau.

 

Quel est le calendrier officiel de l'année scolaire 2026-2027 ? Et quelles sont les dispositions prises pour garantir une rentrée effective sans perturbation dans nos établissements primaires, nos lycées et collèges à travers le pays ?

La rentrée scolaire sera effective le lundi 14 septembre 2026 à 7h00. Il n'y aura pas de round d'observation. Le premier trimestre part du 14 septembre au 4 décembre 2026. Le deuxième trimestre partira du 7 décembre 2026 au 12 mars 2027. Et le troisième et dernier trimestre partira du 15 mars au 11 juin 2027.

Après chaque trimestre, il y aura toutes les activités qui concernent les opérations de fin de trimestre qui sont dévolues aux techniciens, notamment les chefs d’établissement et les professeurs.

Le changement majeur de cette année scolaire est que le temps d’enseignement a été allongé afin de rajouter le temps de travail des enfants pour leur permettre de se hisser au niveau de ceux des pays comme la Corée du Sud, qui avait le même niveau de développement que la Côte d'Ivoire dans les années 60.

Et juste après le troisième trimestre, la période d'examen commence. L'année scolaire prendra officiellement fin le 30 juillet 2027.

Les années antérieures, nous avions 1 200 heures. Mais cette année, nous allons avoir beaucoup plus d'heures de travail. À la longue, nos enfants vont en bénéficier, surtout ceux qui vont passer les concours internationaux, d’autant plus qu’ils seront en pleine année scolaire et donc encore actifs ; ce qui leur permettra d’être plus performants aux concours internationaux.

 

Les perturbations potentielles sont-elles anticipées ? Si oui, comment ?

Pour une année scolaire sans perturbation, il faut que les partenaires sociaux comprennent que le Ministre s’est engagé à améliorer leurs conditions de travail, notamment par la mise à disposition de logements avec des commodités, quelle que soit la localité d’affectation de l’enseignant à travers la Côte d’Ivoire. Toutes les localités du pays doivent être attrayantes, de sorte que l’enseignant ne perçoive pas son affectation comme une punition.

Monsieur le Ministre est en train de mettre tout en œuvre pour que les enseignants soient à l'aise, avec un environnement salubre, sécurisé et qui donne envie de travailler. Les conflits vont ainsi commencer à prendre fin et les partenaires sociaux ne tireront pas trop sur la corde.

 

La question des effectifs pléthoriques reste une préoccupation majeure dans plusieurs établissements. Quelles sont les mesures prévues cette année pour réduire la surcharge des classes et améliorer les conditions d'apprentissage ?

Le problème des effectifs pléthoriques ne date pas d'aujourd'hui. En Côte d'Ivoire, nous sommes encore un pays jeune, ayant une démographie galopante qui oscille entre 2,5% et 3%. L'État investit énormément dans les infrastructures et va continuer de fournir des efforts. L'offre éducative est importante avec près de 450 collèges de proximité, ainsi que des lycées et collèges que l’État ne cesse de mettre à la disposition des populations.

Cependant, en dépit de cet effort, il est difficile de combler le déficit en matière d'infrastructures. En attendant de régler ce problème d'effectifs pléthoriques, il y a des stratégies que nous mettons en place, notamment les doubles vacations. Ce n'est pas de l'enseignement au rabais, mais ce sont des palliatifs que nous trouvons pour optimiser l'enseignement. Dans ces classes à profil spécifique, il serait difficile pour l’enseignant de s’occuper de 120 élèves. Cet effectif est donc scindé en deux afin de permettre à l’enseignant de donner le savoir aux enfants dans de bonnes conditions.

 

De nombreux parents s’interrogent sur les frais liés à la scolarité et aux différentes contributions demandées dans les établissements. Quelles sont les règles en vigueur, et comment le ministère compte-t-il lutter contre les prélèvements ou frais indûment exigés ?

Hormis les 6 000 FCFA d'inscription en ligne, aucun frais supplémentaire ne doit être exigé aux parents d'élèves, quel que soit l'établissement. En cas de violation de cette disposition, nous avons une Inspection générale au ministère, joignable au numéro vert 9991. Vous pouvez également venir au ministère de l’Éducation nationale ou dans n'importe quelle Direction centrale pour dénoncer tous les manquements, et nous allons prendre la sanction qui s'impose si les faits sont avérés.

 

Sous quel signe est placée cette année scolaire ?

Le thème de l’année est : « Restaurons la confiance pour la transformation durable de l'école ivoirienne ». Cette transformation exige qu'il y ait la transparence, la bonne gouvernance et la redevabilité. Alors, on ne peut pas continuer à prendre impunément de l'argent aux pauvres parents d'élèves. Le Président Alassane Ouattara est en train de tout faire pour que les parents sentent que l'école leur appartient. Il faut que les principaux acteurs de la chaîne dirigeante aident également le Président de la République dans l’effort qu’il fournit pour l'offre éducative.

 

Certaines zones restent encore tributaires du déficit d'enseignants. Quelles sont les dispositions qui ont été prises cette année pour garantir la présence des enseignants et en nombre dans la plupart des établissements, notamment dans les zones les plus reculées ?

Nous sommes en train de travailler avec le Directeur des Ressources Humaines. Cette année, il y a eu près de 4 000 enseignants que nous avons recrutés. Il y a également eu 2 000 au niveau des professeurs de Mathématiques et de Sciences Physiques. À ce jour, tous les établissements de Côte d'Ivoire sont pourvus en professeurs de sciences, notamment en Mathématiques et Sciences Physiques. Ce n’était pas le cas auparavant, où il y avait des enfants qui allaient à l'école, de la 6ème à la 3ème sans professeur dans les matières scientifiques. Dès que le Ministre a pris les rênes du département de l’Éducation nationale, il a obtenu du Gouvernement de faire un recrutement exceptionnel dans les disciplines scientifiques. Cela a permis qu’il n'y ait plus de manque de professeurs dans ces disciplines.

Et nous allons progressivement combler tous les déficits.

Le Directeur des Ressources Humaines nous a d’ailleurs rassurés qu'en cette rentrée scolaire, avec ce que l’École Normale Supérieure (ENS) va mettre à la disposition de l’Éducation nationale, pratiquement toutes les localités seront pourvues en enseignants.

 

Monsieur le Directeur, nous sommes au terme de notre entretien. Quels messages à l'endroit des élèves, des parents, des enseignants et des responsables d'établissement à l’entame de cette année scolaire 2026-2027 ?

Aux enseignants, j'aimerais dire qu'il leur faut d'abord être assidus, ponctuels et respecter le programme. L'enfant qu'on nous met à disposition, c'est le futur cadre de notre pays. Nous avons bénéficié, en notre temps, de beaucoup d’avantages de l’État de Côte d'Ivoire. Voilà pourquoi nous sommes enseignants. Notre mission est de transmettre le savoir à l'autre pour que ce dernier puisse, plus tard, bénéficier des bienfaits de ce que l’État a mis à sa disposition.

Aux élèves, j’aimerais dire qu’il faut être respectueux des aînés, des professeurs. Autant vous respectez vos parents, autant il faut respecter le professeur. Vous êtes des apprenants qui se doivent d’être sages. Vous devez être dans les conditions optimales pour recevoir l’enseignement. Il faut vous habiller correctement pour aller à l'école. Selon la circulaire que nous avons sortie, pour les jupes des jeunes filles par exemple, il faut 11 cm au-dessus de la cheville.

Pour les garçons également, il faut qu'ils s'habillent correctement. On ne veut plus de pantalons taille basse qui laissent entrevoir les dessous. Nous ne voulons plus voir des élèves qui portent des chemises et des colles qui ne correspondent pas du tout à ce qu'il faut. Soyez à l'écoute de ce que vous disent les enseignants. Il faut réviser vos leçons, tout se trouve dans le livre. Car, c’est à ce prix que vous aurez de meilleurs résultats.

Quand l'élève n'arrive pas à suivre, il faut que les enseignants fassent ce qu'on appelle un encadrement de proximité. Monsieur le Ministre nous le dit très souvent : « Faisons en sorte que l’enfant qu'on nous confie, au terme de sa scolarité, puisse s'insérer dans la société ». Nous devons détecter en chaque enfant une compétence. Il ne faut pas exclure un enfant des classes parce que des enseignants estiment qu’il n’arrive pas à suivre. Nous pouvons ramener cet enfant sur le droit chemin afin de tirer le meilleur de lui. Aucun enfant n'est si nul pour qu'on puisse le renvoie. Faisons en sorte que l'enfant qui est supposé médiocre devienne bon quelques mois plus tard.

C'est en cela que l'enseignant doit être content de son œuvre. Par exemple, lorsqu’un enfant arrive au CP1 dans un village donné, il ne comprend pas un traitre mot de Français. Lorsqu'à la fin de l'année, cet enfant parle correctement le Français, c’est une joie aussi bien pour l'enseignant que pour l'élève.

Aux parents d'élèves, il faut suivre également les enfants à la maison. Même si vous êtes analphabètes, il faut l’encourager à étudier. Et à force de l’y encourager, cet enfant sera finalement parmi les meilleurs de sa classe. Il y a beaucoup de méthodologies, de stratégies que nous pouvons employer avec nos enfants.

À terme, l'enfant est notre bien le plus précieux. C'est ce que nous avons de plus cher. Aucun parent ne peut envoyer son enfant dans les mains de quelqu'un en qui il n'a pas confiance. Ayez confiance en l'école. Nous allons rendre votre enfant intelligent. Nous allons faire en sorte que cet enfant que vous avez donné à l'école ivoirienne puisse sortir de là avec de la connaissance et du savoir. Cela lui permettra d'avoir un métier et s'insérer dans la société.

CICG




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