Société

Thiekoro Doumbia, Directeur Géneral ANStat : ''La Côte d'Ivoire est dans un processus harmonisé de production des indicateurs de taux de pauvreté, avec les autres pays de l'UEMOA''

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Créée en 2024, l'Agence Nationale de la Statistique (ANStat) est l'organe central en charge de la production, de la coordination et de la diffusion des statistiques officielles du pays. Dans cet entretien, son Directeur général, Thiekoro Doumbia, explique la méthodologie d'élaboration des données statistiques de tous les secteurs vitaux de l'État ivoirien et rassure sur la fiabilité des données produites.

Présentez-nous l'Agence Nationale de la Statistique (ANStat)

L'Agence Nationale de la Statistique (ANStat) est l'entité centrale d'animation du système statistique national. Créée le 12 juin 2024 en remplacement de l'Institut National de la Statistique (INS), elle a pour principale mission de traiter et de publier les statistiques officielles de l'État de Côte d'Ivoire.

 

Comment sont élaborées les données statistiques en Côte d'Ivoire ?

L'élaboration des données statistiques officielles en Côte d'Ivoire suit une méthodologie rigoureuse sur la base de normes et de standards internationaux édictés par des institutions telles que le FMI, la Banque Mondiale ou les Nations Unies. Il y a principalement trois sources de données que nous utilisons pour produire les statistiques officielles.

Il s'agit premièrement des données primaires; elles comprennent les grandes opérations statistiques d'enquête et de recensement (Recensement Général de la Population et de l'Habitat - RGPH) qui collectent directement les données auprès des ménages ou des entreprises et permet de disposer des données brutes servant à dégager les statistiques ; le Recensement Général des Entreprises et Établissements de Côte d'Ivoire (RGEE-CI) que nous avons finalisé en 2025 et dont les résultats seront très bientôt mis à disposition ; les grandes enquêtes et recensements tels que l'enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages, qui est une enquête permettant de calculer le taux de pauvreté et les disparités en termes de revenus en Côte d'Ivoire, et qui permet de disposer d'indicateurs sur les conditions de vie de la population ; l’enquête mixte menée en collaboration avec l'UNICEF et d'autres partenaires. Cette enquête permet de mettre à jour des indicateurs sur la santé maternelle, la santé infantile, etc.

Il y a d'autres enquêtes que nous menons au niveau de l’ANStat pour actualiser les différents indicateurs socio-économiques et démographiques.

Les données de sources secondaires sont principalement des données administratives produites par d'autres administrations telles que les indicateurs de l'état civil produits par le ministère de l'Intérieur et de la Sécurité, les données provenant de la Douane sur le commerce extérieur, les données provenant des Impôts sur la fiscalité, etc. Tout cela nous permet de mettre à jour nos statistiques et de publier des données, des statistiques beaucoup plus fiables.

La troisième source de données est constituée par les données de sources innovantes. Aujourd'hui, les techniciens de l’ANStat peuvent dorénavant estimer le taux de pauvreté à des niveaux beaucoup plus granulaires grâce à des données d'imagerie satellitaire qui nous permettent de monter des modèles afin d'estimer le taux de pauvreté au niveau des quartiers et des districts, etc. pour mieux apprécier les poches de pauvreté en Côte d'Ivoire. Les équipes travaillent également sur les données téléphoniques mobiles pour estimer des indicateurs de pauvreté et voir la mobilité interurbaine, les dynamiques de mobilité des populations entre leur lieu d’habitation et leur lieu de travail, ainsi que des questions de migration interne et de migration externe.


Que répondez-vous à ceux qui estiment que les statistiques relatives aux secteurs vitaux de la Nation ne sont pas assez fiables ?

Les statistiques de la Côte d'Ivoire sont produites en utilisant les méthodologies, les normes et les standards internationaux les plus à jour. Nous menons nos opérations statistiques (collecte de données, production des statistiques) en collaboration avec diverses entités internationales (le FMI, l’UEMOA). L'enquête sur la pauvreté qui est l’enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages, est menée en même temps par les huit pays de l’UEMOA avec les mêmes outils de collecte, les mêmes questionnaires, les mêmes méthodologies, les mêmes manières de traitement. Ce genre d’enquête nécessite plusieurs sortes d’indicateurs : des indicateurs conjoncturels (l’inflation) publiés chaque mois, chaque trimestre, ou chaque année, des indicateurs structurels (le taux de pauvreté, les conditions de vie des ménages, les conditions de pauvreté des ménages) mis à jour chaque trois ans ou chaque cinq ans. La Côte d'Ivoire est donc dans un processus harmonisé de production des indicateurs de taux de pauvreté, ensemble avec les autres pays de l’UEMOA.

Pour l'enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages, nous avons par exemple fait la collecte des données en deux vagues, une sur la période d’abondance des ménages et l’autre sur une période de soudure (entre avril et juin), où il n'y a pas de récolte. C’est une opération assez lourde, où l’on pose à peu près 1000 questions à 16 000 ménages sur au moins trois jours afin de comprendre réellement leurs conditions de vie et mesurer leur consommation, leur revenu, etc.

La Côte d'Ivoire est en train d'adhérer à la Norme Spéciale de Diffusion des Données, qui est l'une des meilleures normes en termes de qualité des données au niveau international. Seuls les grands pays adhèrent à ce type de normes qui provient du FMI, et qui nécessite la publication régulière des normes en termes de qualité, de publication, de périodicité et des indicateurs.

 

Comment expliquez-vous que les statistiques actuelles, ou du moins les statistiques disponibles auprès de l'ANStat, datent d'une période de N-1 ou N-2 ?

Pour calculer le PIB, il faut imaginer le travail que les comptables nationaux de l'ANStat font, un peu comme des travaux que des comptables d'une entreprise feraient, c’est-à-dire une entreprise, à la fin de l’année, a six mois pour collecter toutes les factures, tous les bons de commande, et compiler tout cela dans la comptabilité de l'entreprise, et sortir les chiffres après six mois à la fin de l'année. À l'ANStat, nous effectuons ce travail au niveau national. Ce sont énormément d'informations que nous traitons. Ce qui fait que, généralement, lorsque l'année s’achève, nous disposons de six à neuf mois pour publier les statistiques provisoires. Par exemple, le PIB provisoire de 2025 sera publié d'ici septembre 2026.

En règle générale, le PIB provisoire est publié en n-1 et le PIB définitif est publié en n-2, d’autant plus qu’il faut attendre que tous les acteurs économiques de la nation puissent publier et mettre à disposition leurs chiffres, notamment les états financiers des entreprises, ainsi que d'autres administrations. Donc, c'est toujours ce décalage qu'on voit, parce qu'il nous faut collecter les données, les traiter pour avoir des statistiques fiables à la fin.

 

Un citoyen lambda a-t-il la possibilité de disposer des statistiques de l'ANStat ? Si oui, dans quelle proportion ?

Bien sûr, les statistiques de l'ANStat sont disponibles pour le grand public, les chercheurs, les autorités locales de développement et tous les acteurs de développement, les partenaires techniques et financiers, le gouvernement etc. Notre mission première est de produire et de diffuser les statistiques et de les mettre à disposition de manière gratuite à tous ceux qui en ont besoin.

Nous avons par conséquent, modernisé toutes nos plateformes de diffusion, avec un portail de diffusion assez moderne, mis à jour depuis l'année dernière et en constante amélioration. Nous avons un geoportail qui permet de cartographier les indicateurs par district, par région, par sous-préfecture, etc.

Nous avons également un centre de calcul et une plateforme de diffusion, NADA, qui permet de mettre à disposition de la population, des chercheurs notamment, des micro-données qui sont anonymisées, d'à peu près 50 enquêtes que nous avons eu à faire.

Nous avons en outre mis en place un Centre d'Innovation Cartographique afin d'accélérer la cartographie et de pouvoir cartographier les choses avec des drones, qui nous permet de créer des jumeaux numériques de certaines villes, etc.


Est-il possible pour un citoyen de suggérer des besoins statistiques à l'ANStat ?

Tout à fait ! Au-delà de ce que nous appelons la statistique officielle, l'ANStat a la capacité de produire toutes sortes de statistiques et d'études. Nous sommes donc ouverts pour signer des conventions avec les entreprises, les citoyens et d'autres types d'acteurs qui voudraient faire des études spécifiques dans tel ou tel autre domaine. Nous sommes disposés à les accompagner sur ces sujets. Mais il faut que nous signions des conventions et que nous soyons d'accord sur les contours.


En quoi est-ce que vos activités impactent le citoyen lambda ?

Il faut dire que la statistique est avant, pendant et après tout un processus de planification. On ne peut pas planifier, mener un processus de développement, ou bien se projeter avec un plan de développement sans données fiables. Donc, non seulement le travail que nous faisons permet au gouvernement de mieux planifier ses actions de développement, mais aussi aux autorités locales de mieux planifier leurs actions, au citoyen lambda de suivre ces actions de développement, l'impact de ces actions sur les différents indicateurs de la Nation, et comment cela impacte la vie du citoyen en termes de bien-être et de développement.

 

Quel appel souhaitez-vous lancer à vos cibles ?

Aujourd’hui, l'ANStat dispose de 500 à 600 agents formés au métier de la statistique pendant 3 à 5 ans et qui ont énormément d'expérience en matière de collecte et de production de données statistiques officielles. Nous appliquons à l'ANStat les méthodologies les plus rigoureuses et les plus à jour au niveau international (France, Etats-Unis, Japon), notamment le système de comptabilité nationale de 2008. Et ce, depuis la conception des enquêtes et des études jusqu'à la collecte à travers les tablettes, en passant par le traitement et la diffusion de nos productions.

Nous sommes l'un des premiers pays africains à publier les comptes trimestriels (PIB trimestriel, Taux de croissance trimestriel). Nous serons l'un des premiers pays à publier des indicateurs trimestriels autres que ceux que j'ai mentionnés, ainsi que l’un des premiers pays à adhérer à la Norme Spéciale de Diffusion des Données du FMI. Cela veut dire qu'il y a eu toutes les vérifications préalables pour s'assurer que vous produisez des données de qualité, vous les diffusez à temps et selon le calendrier de diffusion, la périodicité qu'il faut selon les indicateurs. Il faut par ailleurs traiter les données collectées en appliquant les meilleurs standards.

Je voulais également insister sur le fait qu'il faut distinguer les types d'indicateurs. Il y a des indicateurs conjoncturels qu'on doit publier chaque mois (l'inflation), chaque trimestre (les comptes trimestriels), chaque année (les comptes annuels) quoique publiés avec un décalage d’un ou deux ans afin de permettre à l’ANStat de recevoir les données, de calculer ces indicateurs et mettre à disposition des indicateurs vrais de la Nation. Il y a également des indicateurs structurels (Taux de pauvreté, Taux de mortalité maternelle, consommation des ménages) qui n'évoluent pas de manière significative chaque année, chaque trimestre, chaque mois. Ces données sont publiées chaque deux ou trois ans, d’autant plus que les conditions de vie des populations ne changent pas du jour au lendemain. C'est également énormément de ressources financières, des questions d’administration et bien d’autres dispositions qui rentrent dans ces enquêtes.

 

Quel est votre mot de fin ?

Mon mot de fin, c'est d'insister sur le fait qu’à l'ANStat, nous avons, premièrement, des ressources humaines de qualité, des ressources financières et des ressources technologiques nécessaires pour mener à bien nos missions. Deuxièmement, nous sommes en train d’adhérer à la norme sociale de diffusion des données. Et troisièmement, c’est qu’il ne faut pas confondre la périodicité de diffusion des indicateurs. Certains sont conjoncturels et d’autres sont structurels. De même qu’il y en a de provisoires et de définitives. Nous spécifions clairement tout cela dans nos publications.


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