Hausse vertigineuse des loyers à Abidjan face au déficit de logements

  • Source: APA
  • Date: sam. 03 août 2019
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Les loyers à usage d'habitation connaissent une hausse vertigineuse ces derniers mois à Abidjan, où face au déficit de logements, les propriétaires et intermédiaires imposent leurs lois fixant des cautions et avances à leur guise et sans remord.

A Marcory, une cité abritant plusieurs grandes surfaces, dans le Sud d'Abidjan, il faut désormais débourser autour de 150 000 Fcfa à 400 000 Fcfa pour acquérir un loyer de trois pièces, ce qui n'était pas  le cas, il y a cinq ans. Pour une habitation de deux pièces, il faut  prévoir plus de 100 000 Fcfa.

Le prix des loyers grève la bourse des ménages à Abidjan dans un contexte économique difficile. Un fait dû en partie, à la multiplicité d'intermédiaires ou  tiers intervenants qui se sont improvisés « agents immobiliers » et qui en ont fait un métier, sans agrément. 

Didier, un homme de la quarantaine, lui, vit de cette activité depuis plus de cinq. Avec les commissions recueillies, il s'occupe de ses quatre enfants dans un studio de fortune, où il réside d'ailleurs avec sa compagne. Toute la journée, il parcourt le Sud d'Abidjan à la recherche d'habitations à mette sous bail.

Les studios  qu'il proposent vont autour de 60 000 Fcfa à plus de 70 000 Fcfa, des chambrettes, auparavant cédées autour de 40 000 Fcfa. Au regard de la  forte demande, il table sur les cas des personnes pouvant satisfaire à  ses exigences au niveau de la caution et des avances sur loyer.  

Les cautions et avances sur loyer deviennent insoutenables. M. Ellogne Epoin, un cadre qui recherche urgemment une habitation rapporte avoir contacté des démarcheurs qui lui exigent huit mois de caution et  d'avance sur loyer, ce qui à ses dires, va au-delà de un million.   

Caution et avance sur loyer

L'Etat  de Côte d'Ivoire a adopté une loi relative au bail à usage d'habitation et qui plafonne notamment les sommes à verser par les locataires aux bailleurs, lors de la conclusion du contrat de bail à usage d'habitation, à deux mois de caution et deux mois à titre d'avance sur loyer (soit un règlement sur 4 mois).    

Ainsi,  tout paiement de caution et d'avance sur loyer autre que celui prévu par le présent dispositif légal devrait faire l'objet d'une déclaration à l'administration fiscale. Par conséquent, « la violation de cette  disposition constitue une infraction fiscale ». 

« Pour ma maison de trois pièces au Plateau Dokui (à l'Est d'Abidjan),  j'ai payé un total de huit mois », confie un locataire qui a requis  l'anonymat, insinuant qu'au départ le propriétaire a fixé « un mois de  loyer et sept mois de caution » avant que cela ne soit inversé suite à  de disputes, après avoir intégré l'appartement. 

Ce même type d'appartement (deux chambres et salon) qu'il paie mensuellement à 70 000 Fcfa depuis trois mois, est cédé aujourd'hui  entre 150 000 Fcfa et 200.000 Fcfa dans le giron. Récemment, poursuit-il, une habitation de trois pièces a été louée dans notre  secteur à 200 000 Fcfa.  

Avec la vision du gouvernement d'offrir un cadre de vie sain aux populations, les mairies  ont engagé d'importants travaux d'aménagement qui ont vu des secteurs non lotis rasés et des maisons de fortunes déguerpies, poussant des sans  logis vers des quartiers précaires.  

Dans les communes de Koumassi (Sud Abidjan), plusieurs habitations ne respectant  pas les normes et construites sur les emprises publiques ont été déguerpies, une situation qui a entraîné la flambée des prix des  maisons. A Port-Bouët (Sud d'Abidjan), le centre ville est saturé et seulement les quartiers précaires accueillent du monde. Ici, encore les prix connaissent une poussée.  

Au niveau de Cocody, une commune huppée à l'Est d'Abidjan, où résident quasiment les plus hautes autorités du pays, les habitations sont encore plus onéreuses, surtout pour les nouveaux locataires qui souhaitent acquérir  trois ou quatre pièces. Selon le pas de porte les coûts vont de 150 000 à  400 000 Fcfa, voire plus.   

Paradoxalement,  les maisons de deux pièces (une chambre et salon) à Cocody ont un coût plus raisonnable qu'à Marcory. Aujourd'hui, il est possible d'avoir une chambre et salon à 80 000 Fcfa ou 90 000 Fcfa à Cocody, ce qui semble impossible à Marcory, nouvel eldorado des « agents immobiliers » et des  tiers intervenants. 

Dans la commune de Yopougon, une cité populaire à l'Ouest d'Abidjan le problème du coût des  loyers se posent avec moins d'acuité. Cette « Chine populaire » enregistre plusieurs quartiers précaires et la destruction des sites sur les emprises publiques amorcée par la marie pourrait, selon l'ampleur, créer une flambée des prix des maisons. 

Tiers intervenants

Le  recours à un tiers intervenant en vue de la conclusion d'un contrat de bail à usage d'habitation est facultatif. Concernant l'exercice de la profession de tiers intervenant dans la conclusion d'un bail à usage d'habitation, les conditions et les modalités de leur agrément devraient  être fixées par décret pris en Conseil des ministres

Pour  visiter un appartement, les tiers intervenants exigent la somme de  5 000 Fcfa comme droit de visite, un montant non remboursable même si l'habitation indiquée ne répond pas au goût de la personne en quête de loyer. Et ce, sans aucun reçu.  

Yaya Sanogo, président de l'association du bail locatif, estime que « la sanction qui  a été prise à l'encontre des propriétaires réfractaires n'est pas contraignante et dissuasive » pour le propriétaire qui ne respectent pas  la loi sur les cautions et avances sur loyers.   

En outre, ajoute-t-il, « l'Etat ne s'est pas engagé pour son application sur le terrain». Il s'interroge du plan d'application que le gouvernement compte faire pour que cette mesure qui vise à lutter contre la cherté de la vie permette de réguler les baux locatifs.

Pour  M. Yaya Sanogo, l'activité des intermédiaires dans le bail locatif  n'est « pas bien organisé » en dehors des agences immobilières agréés par l'Etat, et qui veillent à l'application de cette loi. Il recommande  un contrat de bail certifié par l'Etat car certains contiennent des « clauses abusives ».  

Une loi pas trop corsée

Selon  M. Yaya Sanogo, président de l'association du bail locatif la loi sur  le plafonnement des cautions et avances sur loyer « n'est pas  contraignante ». De ce fait, les propriétaires dictent leurs lois aux demandeurs sans être inquiétés.   

En outre, les  propriétaires et les tiers intervenants imposent des contrats de bail « taillés sur mesure » et souvent au détriment des locataires. C'est pourquoi « il faut un contrat de bail certifié par l'Etat et qui doit  être signé obligatoirement par toutes les parties ».  

Le défaut de déclaration auprès de la direction générale des impôts de l'exercice d'une activité lucrative à titre professionnel est sanctionné. Cependant, il est rare de voir des poursuites engagées contre un propriétaire ou un tiers intervenant pour défaut de déclaration concernant le bail à usage d'habitation.     

L'axe fiscale de 2018 a institué une taxe sur la quote-part des sommes versées aux bailleurs qui excèdent les limites autorisées. Une mesure  qui s'inscrit dans le cadre de la lutte contre la cherté de la vie, en  vue de protéger les locataires contre les « abus et les repr&e (...)

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