Interview exclusive / Didier Drogba : ''J'ai eu des joies et des peines durant ces 20 années''

  • Source: fratmat.info
  • Date: lun. 03 déc. 2018
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L'ancien capitaine des Éléphants livre des secrets sur son parcours (...) Des tranches de vie menées durant 20 années intenses de carrière.

Quelques jours seulement après avoir mis fin à sa carrière de footballeur, l'ancien capitaine des Éléphants livre des secrets sur son parcours : Ses joies, ses peines... les raisons profondes de son retrait chez les Éléphants en 2014. Des tranches de vie menées durant 20 années intenses de carrière. En exclusivité...

Le 21 Novembre 2018 est-il un jour symbolique pour vous ?
Oui, c’est un jour important pour moi. Après 20 années de carrière, c’est ce jour que j’annonce l’arrêt de ma présence sur les pelouses. Cela mérite que je marque le coup pour tous les gens, les fans, les supporters qui m’ont soutenu pendant toutes ces années.

Pourquoi avoir choisi de le faire maintenant ?
Je suis fier de la carrière que j’ai eue et de tout ce que j’ai pu apprendre dans les différents pays où j’ai été amené à évoluer.
C’est le moment idéal pour arrêter. Je pense avoir bouclé la boucle ; commencer en temps qu’amateur, éclore tard et passer près de 20 ans à évoluer dans des stades, tous plus beaux les uns que les autres, m’a beaucoup apporté. 
Et cette dernière expérience à Phœnix était pour moi une manière de boucler la boucle, car je pense qu’il n’y a pas de hasard dans la vie. 
Le football m’a tellement donné, qu’à la fin de cette magnifique carrière, me retrouver pendant deux ans face à de jeunes joueurs tous assoiffés de réussite est comme un clin d’œil à mes débuts dans le milieu.
Je crois beaucoup en Dieu et transmettre un peu de mon savoir-faire, de mon expérience à ces jeunes m’a rempli de bonheur car en les voyant évoluer, je me revoyais 20 années plus tôt, au même âge, à lutter pour réussir. Alors pourquoi ne pas les aider à réaliser leurs rêves et peut-être avoir contribué à la réussite d’une belle carrière?

N’est-ce pas parce que vous aviez déjà le double statut de footballeur-dirigeant du club Phœnix Rising que vous avez finalement décidé de basculer définitivement dans la gestion ?
C’était prévu effectivement de basculer du statut de joueur-copropriétaire à juste copropriétaire.
Mais ce qui m’a poussé à basculer, c’est la vitesse et l’intelligence avec laquelle ces jeunes ont grandi. Lors de la première saison, nous avions atteint les demi-finales de la Conférence et cette saison, nous avons été couronnés champions de la Conférence Ouest et deuxièmes de la Grande Finale. Deux ans auparavant, le Club était inconnu et jouait devant 200/300 spectateurs alors qu’aujourd’hui, nous sommes le deuxième club aux US en USL et nos matchs se jouent devant 8000 spectateurs.
Donc le bilan plus que positif me conforte dans le choix que j’ai fait de rejoindre la franchise et aussi dans ma décision d’arrêter de jouer, après avoir mis le club, la ville, les joueurs sur la voie.

Alors, comment définissez-vous votre nouvelle tâche dans ce qu’on peut appeler désormais la reconversion de Didier Drogba ?
Mon rôle aujourd’hui plus qu’hier au niveau administratif sera d’aider le club à obtenir la License et les droits pour évoluer en Major League Soccer (MLS), s’occuper de la gestion au quotidien du Phœnix Rising, de développer la culture du football à Phœnix au vu du gros potentiel de la communauté sud-américaine, et bien sûr de mettre en place une politique sportive qui permettra au club de remporter des titres et de devenir un exemple, un modèle de réussite aux États Unis grâce à mon expérience.

Quel peut-être le lien de ce projet réalisé aux Etats Unis et votre continent d’origine, l’Afrique ?
Il y a effectivement beaucoup de choses qui peuvent être faîtes. Le meilleur exemple est l’arrivée du joueur ivoirien Mala Doueigui dans le club. Cela constitue déjà un premier pont, sans compter les partenariats qui peuvent se mettre en place. Le plus important est d’être face à des projets sérieux et qui peuvent, à terme, aboutir à l’éclosion de jeunes footballeurs. Rien ne peut se faire si on n’a pas une vision professionnelle. C’est dans cette optique-là qu’il faut travailler et tisser des liens. Il va sans dire qu’il est plus facile de travailler avec des partenaires professionnels, sérieux, ambitieux et à dimension humaine car il en va de la crédibilité de mon club.

Selon vous, comment peut-on donc dans la pratique, matérialiser ce type de projet ? 
Une fois que je me serai posé, je pourrai mieux analyser et enrichir cet état d’esprit. J’aurai maintenant plus de temps pour analyser ce genre de projets.
Une fois face aux réalités du terrain, je pourrai me faire mon propre avis. Il n’y aura rien qui se fera dans la précipitation.

Outre le football, pensez-vous accroitre vos initiatives dans le développement social, en Côte d’Ivoire par exemple ?
Le social comme vous avez pu vous en rendre compte depuis des années est quelque chose qui me tient à cœur.
Notre Fondation amplifie ses actions tant sur le plan Médical avec la clinique mobile qui a déjà fait plus de 5 000 dépistages cardiaques en partenariat avec l’ICA et le Heart Fund mais aussi sur le plan de l’Education avec l’ouverture de l’école préscolaire et primaire de 7 classes que nous avons construite et inaugurée dans la localité de Pokoukouamékro, dans la région de Gagnoa en début d’année 2018. 
Plus récemment, des ordinateurs ont été offerts à l’école de Vitré 1, dans la commune de Bassam. Toutes ces actions ont débuté en 2007 en Côte d’Ivoire. L’idée est de les dupliquer le plus possible dans toute le Pays avec l’aide de partenaires internationaux mais surtout locaux.

La porte vous est-elle désormais ouverte pour vous consacrer également à la gestion des affaires du football africain ?

Tout dépend de comment vous définissez le mode gestion des affaires du football africain. J’estime que mon devoir est d’aider, de conseiller et d’apporter mon expertise…

Votre présence, il y a quelques mois, en Mauritanie, se situait-elle dans cette vision-là ?
Il ne faut jamais rechigner quand il s’agit de donner aux frères et sœurs son savoir-faire, que ce soit en Mauritanie ou tout autre pays d’Afrique. J’estime qu’il faut aider notre Continent à se développer à tous les niveaux et je dois dire que sur ce point de vue, la Mauritanie est un exemple à suivre, même pour beaucoup de soit-disant grandes nations africaines de football.

L’Afrique, les États Unis et il y a aussi et surtout l’Europe qui vous a tant donné. Gardez-vous toujours des liens forts avec le Vieux continent ?
Je garde d’importants souvenirs, des amitiés, des expériences. La plus grande partie de ma carrière a été faite en Europe et forcément j’ai pu créer des liens forts avec ce continent et ses habitants 
Le football m’a permi de voyager, de découvrir des pays, des cultures différentes ou similaires à la nôtre.

Comment êtes-vous arrivé à vous organiser pour rester professionnel jusqu’au bout, professionnel dans l’âme ?
Cela tient à beaucoup de choses mais la base est la rigueur.
C’est l’occasion pour moi de prodiguer des conseils au plus jeunes et tous ceux qui veulent embrasser une carrière de footballeur. Cela est valable pour tout sportif de haut niveau. Je ne vais pas m’attarder sur l’hygiène de vie qui est un impératif évident. Sans oublier la volonté personnelle car tout ce que j’ai pu construire, c’est à force de détermination, d’envie et de foi.
De plus, un grand athlète doit avoir toute une organisation autour de lui : médicale, communication… savoir s’entourer de personnes qui vont vous challenger, vous pousser à être le meilleur et surtout se remettre en question en permanence !!!
J’ai appris que par le travail, je peux réussir et pérenniser toutes mes actions. Le haut niveau ne laisse aucune place au hasard. C’est la différence entre un bon joueur et un grand joueur. 

Pouvez-vous nous citer dans l’ordre, trois faits majeurs qui vous marqueront à jamais dans votre carrière de footballeur ?
Il y en a beaucoup (Il marque quelques secondes de silence). Je dois en citer trois ? En premier, ma première licence en tant que joueur de football. C’était à Dunkerque, en France. A l’époque, j’avais onze ans… 
En deuxième, il y a eu la qualification des Eléphants pour la Coupe du monde. C’était en 2006. C’était la première fois que notre pays allait participer à une phase-finale de Coupe du Monde. Je ressentais toute cette fierté d’appartenir à un grand moment de l’histoire de notre pays.&nbs (...)

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