Cocody Danga : Près de 2000 personnes déguerpies sans-abri sous la pluie

  • Source: linfodrome.com
  • Date: lun. 14 mai 2018
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Cocody Danga Bel Air, vendredi 11 mai 2018. Le paysage qui se présente à toute personne écorche l'iris de l'œil.

Ce quartier de la commune présidentielle croule sous les décombres. Des gravas, des tôles froissées, des planches, des barres de fer entreposés sur près de 2000m2, finissent de convaincre qu'une opération de déguerpissement lapidaire s'est déroulée à cet endroit. C'est dans ces décombres que près de 2000 personnes dorment, mangent et passent le plus clair de leur temps, depuis le mardi 8 mai 2018, après le passage de bulldozers, encadrés par des centaines d'agents des forces de l'ordre. La grosse pluie qui s'est abattue sur la capitale économique, le vendredi 11 mai, les a trempées jusqu'aux os.

C'est en grelottant que dame Karidjatou, l'une des déguerpies, nous apprend que, depuis 4 jours, sa famille vit à la belle étoile. Ne sachant où aller, après la démolition de son quartier, les membres de sa famille comme bien d'autres familles ont fait les frais de la saison des pluies qui a entamé, depuis quelques jours, son rythme d’arrosage naturel sur le district autonome d'Abidjan. Pour nous convaincre de ses dires, elle nous entraîne au milieu des gravas pour nous permettre de nous faire une opinion de la galère que les habitants de ce quartier vivent, après le passage des bulldozers. Des matelas, lits, fauteuils, réfrigérateurs, valises, sacs, fournitures scolaires, effets vestimentaires…, exposés çà et là, dégoulinent d'eau absorbée pendant la pluie diluvienne de ce vendredi matin. Sa mère très révoltée contre les autorités politiques et municipales essaie d'expliquer le calvaire des 77 familles concernées par ce déguerpissement, sans y parvenir. Elle fond en larmes. Ses enfants ne peuvent s’empêcher d'en faire autant. Certaines familles viennent aux nouvelles pour se rassurer de ce qui se passe. « Ils vont tuer la vieille. Regardez comment elle est maltraitée par ceux-là mêmes qu'elle a votés. Ses petits-enfants ne vont plus à l'école depuis que le quartier a été démolit », s'écrie un homme aux allures de déménageur.

A relire: Autoroute du nord /Le Fer annonce une opération de déguerpissement des commerçants

Renseignement pris, il s'agit de Laurent Clouzet, le secrétaire général du collectif des résidents de Cocody Danga Bel Air. L'homme nous invite, par la suite, dans son Qg de fortune. Là, en présence de la présidente du syndic, Mme Yedess Assa et du secrétaire national des syndics des logements de la Sicogi, Diouf Idriss, il nous donne la genèse du quartier Cocody Danga Bel Air. A l'en croire, c'est en 1955 que leurs parents ont signé les premiers contrats de location simple avec la Société immobilière des habitats à bon marché (Sih-Ci). Dans le contrat, explique-t-il, il est mentionné qu'après 3 ans de location, les maisons revenaient aux locataires en mode « Location vente ». Si certains ont pu être propriétaires de leurs maisons, d'autres par contre n'ont pas eu cette chance. Et ce, par la faute, selon M. Clouzet, de la Société ivoirienne de construction et de gestion immobilière (Sicogi) qui avait été sollicitée par le gouvernement de l'époque pour assurer le recouvrement.

Pour donner donc la chance à tous les locataires d'avoir un toit, feu le président Félix Houphouët-Boigny a, au dire du secrétaire général, pris un arrêté présidentiel pour faire de tous les locataires des 77 logements que compte Cocody Danga, les propriétaires de leur maison. « Mais après le décès du père de la nation, en 1993, le dossier a été une fois de plus remis sur la table. Le président Henri Konan Bédié, qui avait été sollicité par les parents, a pris un décret en 1994 pour céder les logements aux parents vu que ceux-ci ont intégré ces maisons en 1955 », nous confie Laurent Clouzet.

Un million comme mesure d'accompagnement.Se croyant à l'abri avec la décision du chef de l’État d'alors, les ayans-droit vont une fois encore déchanter quand ils sauront en 2012 qu'en réalité les logements ne les appartiennent pas et qu'ils continuent d'être de simples locataires. L'affaire qui fait grand bruit est portée devant les juridictions. Selon Diouf Idriss, la justice donne raison aux 77 familles de Cocody Danga Bel Air. « Après ce chapitre judiciaire, la Sicogi qui tenait à rénover le quartier a été contrainte par la justice de reloger les familles sur un site à Yopougon Niangon. Nous n'avons pas refusé de partir, mais il s'est avéré que le site de Yopougon était virtuel. C'est comme cela que les locataires sont revenus occuper les logements de (...)

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