Affaire ''2 ivoiriennes violentées et humiliées sexuellement au Maroc '' : Chantal Koré, l'une des victimes parle à coeur ouvert
« Ce qu'ils nous ont fait est cruel, atroce et inhumain »

  • Source: linfodrome.com
  • Date: sam. 31 mars 2018
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Chantal Koré est l'une des jeunes filles ivoiriennes qui ont été humiliées sexuellement au Maroc. Revenue au pays, un an après cette histoire pathétique, elle nous parle des circonstances de sa rencontre avec la dame qui est à la base de leur calvaire. Elle donne aussi les raisons pour lesquelles elle s'est retrouvée au Royaume chérifien.

Depuis quand êtes-vous rentrer au pays?

Nous sommes arrivées à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny de Port-Bouët, le vendredi 16 mars 2018 à 1 h du matin. Nous avons quitté Casablanca le jeudi 15 mars, à 16 h. Depuis que nous sommes arrivées, c’est notre première apparition. Vous êtes les premières personnes avec lesquelles nous échangeons publiquement, à travers cette conférence de presse.

 

Qui a facilité votre retour en Côte d’Ivoire ?

C’est l’ambassade de Côte d’ivoire au Maroc. L’ambassadeur, lorsqu’il nous a reçues, nous a demandées de rentrer en contact avec lui, si nous sommes confrontées à des difficultés. C’est comme cela que Nina et moi sommes allées le voir pour lui expliquer notre désir de rentrer au pays. Parce qu’il était difficile pour nous de continuer à vivre au Maroc. N’ayant plus de travail et d’argent nous avons souhaité revenir au pays, le temps que le procès s’ouvre à nouveau. Le peu de don collecté par les bonnes volontés pour notre prise en charge médicale étant fini, nous avons décidé de rentrer. Nous lui avons demandé s’il pouvait nous permettre de rentrer au pays. Il a répondu pour dire que dans son budget, il n’y a pas un chapitre consacré à cela. C’est ainsi qu’il nous a orientées vers l’Organisation internationale pour la migration (Oim). C’est cette organisation onusienne qui s’est chargée de payer nos billets d’avion pour rentrer au pays. Mais, avant de rentrer, nous avons pris des dispositions. Nous avons demandé au juge d’instruction si on pouvait rentrer, au pays, le temps de revenir quand le procès sera ouvert. La juge marocaine qui défend notre dossier sous les conseils de Me Martin Koudou Dodo, avocat près la Cour d’Appel d’Abidjan, a obtenu l’aval du juge d’instruction. C’est ainsi que nous avons regagné notre terre natale, le vendredi 16 mars 2018.

 

Comment avez-vous été accueillie par vos parents et amis ?

Etant au Maroc, j’étais tout le temps en contact avec mes parents. Quand je devais venir, j’ai appelé mon grand frère qui n’a pas manqué de dire qu’il était très content de mon retour au pays. Ma famille était heureuse. Elle ma beaucoup soutenue dans l’épreuve que je traverse depuis le dimanche 31 juillet 2017.

 

Quand êtes vous allée au Maroc?

Je suis allée au Maroc en 2015. Mon projet était de partir pour Europe. J’ai essayé en 2016, mais ça na pas marché. Alors, pour m’occuper, j’ai décidé de faire de petits boulots pour avoir de l’argent, afin de réessayer de rejoindre l'Europe et particulièrement la France, le pays de mes rêves.

 

Quel est votre niveau d’étude ?

J'ai arrêté mes études en classe de seconde.

 

Comment avez-vous connu la dame qui est la base de votre malheur?

J’étais dans un restaurant en train de manger, quand un Monsieur qui était à table, m’a parlé d'un nouveau maquis qui venait d’ouvrir. La propriétaire avait besoin de deux Ivoiriennes pour travailler dans ce beau et grand maquis. Il m'a même montré les photos du maquis. Comme j'avais des problèmes financiers pour joindre les deux bouts et payer ma maison, j’ai alors sauté sur l’occasion. L'entretien avec la patronne des lieux s'est bien passé, et nous sommes tombées d’accord sur le salaire. Elle m’a alors demandé de libérer mon studio, et de venir habiter avec elle. J’ai hésité un moment, mais après je l’ai rejointe dans sa maison de trois pièces. Son mari et elle m’ont aidée à aménager. Par la suite, elle m’a dit qu’elle avait besoin d’une deuxième fille, c’est ainsi que j’ai donné l'information à Nina. Pendant le contrat de travail, elle nous manquait de respect. Mais comme on avait besoin d’argent, on n'accordait pas d’importance à ses écarts de langage.

 

Que s'est-il passé par la suite ?

C’est dans cette ambiance qu’un jour, elle a convoqué une réunion au cours de laquelle, elle nous a demandées d'arrêter le travail parce que, selon elle, on ne respectait pas les clients. Nous n'avons pas fait d'objection à sa requête. La même nuit, Nina a plié ses bagages et s'en est allée. Quant à moi, je suis restée quelque temps encore, le temps d'être située. Puisque c'est elle qui m'a emmenée à libérer ma maison. Je lui ai demandé combien de temps elle me donnait pour quitter sa maison. C'est comme cela qu'elle m'a dit qu'elle ne ma pas chassé de la maison, mais d'arrêter le travail. Avec mon nouveau statut, je m'occupais uniquement du ménage à la maison. Mais quand les clients commençaient à affluer, elle me sollicitait pour lui prêter main forte. Alors, je lui ai dit que je pouvais nettoyer la maison parce que j'y vis, mais de là à servir les clients et à veiller avec elle, c'est comme si je travaillais à nouveau au maquis. C'est ainsi qu'elle m'a demandé de reprendre le travail. J'ai cru qu'elle allait changer. Mais c'était une erreur d’appréciation. Un jour, elle m'a littéralement humiliée en présence de mes amis, en me traitant comme une chienne. Trop était trop, et j'ai décidé de partir de chez elle, malgré le fait que je n'avais pas de toit.

 

Où êtes-vous allée ?

J'avais des amis qui habitaient au dessus de l'appartement de ma patronne. Choqués par son attitude, ils sont venus de façon spontanée, chercher mes bagages, et je suis allée habiter chez eux. Quelques jours après, j'ai eu un autre boulot où je descendais chaque samedi. C'est ainsi qu'un jour, nous nous sommes croisées dans les escaliers. Elle a commencé à m'amadouer en disant que je suis sa fille, et qu'il fallait qu'on se réconcilie. Elle a également expliqué qu'elle avait un anniversaire à organiser, et qu'elle aimerait que je vienne l'aider. J'ai alors accepté de lui donner un coup de main. Quelques semaines après, elle m'a fait appeler pour me demander de revenir occuper mon poste, et qu'il était important pour la fille et la mère de faire table-rase de leurs différends pour aller sur de nouvelles bases. A travers sa proposition, j'avais compris qu'elle avait le dos au mur puisque que le maquis ne donnait plus comme quand Nina et moi on le gérait. En fait, elle n'avait plus de clients.

 

Quelle à été votre réaction ?

Je lui ai simplement dit que je travaillais dans un autre endroit, et que c'était difficile pour moi d'accepter son offre. Elle m'a expliqué que c'était difficile pour elle depuis notre départ, et qu'il fallait que je revienne. C'était vraiment difficile pour elle, au point qu'elle mangeait des œufs pour dormir. Par humanisme, je suis revenue travailler chez elle. J'ai recontacté mes amis, et le maquis a commencé à donner à nouveau. Nina qui n'avait pas encore trouver du travail, est revenue avec l'accord de la patronne, pour reprendre sa place. Le maquis ne désemplissait plus, et les affaires marchaient à merveille. Aujourd'hui, je n'arrive pas à comprendre son attitude. Qu'est-ce qu'on a pu bien faire à cette femme, pour qu'elle nous humilie de la sorte. Je me perds en conjectures depuis le 1er août 2017. Car, ce sont nos vies qu'elle a détruites à jamais.

 

Sur les réseaux sociaux on parle de bagarre qui aurait éclaté entre Toi et Nina. Et que, c'est suite à ces prises de bec, que la dame vous a jetées dans la rue ?

Effectivement, comme la plupart des femmes, Nina et moi nous nous sommes bagarrées. Fâchée, notre patronne nous a mis dehors. Dans la rue, nous nous sommes tues après quelques minutes de chamaille. Mais ce que je ne comprends pas, c'est la tournure qu'a pris cette affaire. Moi Chantal, j'ai le plus mal. Parce que j'ai beaucoup apporté à cette femme camerounaise. Elle ne devrait pas me remercier de la sorte, en me faisant tabasser toute nue par quatre loubards. Ils m'ont violentée et humiliée sexuellement. De 9h à 15h, ils nous ont frappées, marché sur nos parties intimes, nos ventres, écrasé leurs chaussures sur nos visages. Les quatre gaillards ont fait tout ce qu'ils voulaient de nous. Pour une simple dispute entre « sœurs » d'un même pays. On ne peut pas traiter des humains de la sorte (Elle éclate en sanglots). C'est cruel de sa part. Nous sommes aujourd'hui perdues, par sa faute. Nous serons marquées à vie par cet épisode lugubre de notre vie.

 

A quel moment avez-vous été convoquées à la police?

C’est le lendemain, c'est-à-dire le 2 août 2017, que nous avons été convoquées à la police. Nous avons passé un jour dans ce commissariat, dans le froid et en plein air. Notre patronne qui nous a mise dans cette situation, pleurait comme une madeleine. Elle se lamentait et disait qu’elle ne veut pas aller en prison. Elle se faisait passer pour une victime. Je ne m’occupais pas d’elle parce que je n’arrivais même pas à m’asseoir sur mes fesses, tellement elles étaient endolories. Je ne me couchais que sur mon ventre. La réaction de la police marocaine était normale, puisque la femme a fait croire que nous étions des délinquantes. C’est vrai, au premier abord, la police marocaine est obligée de garder le silence pour voir clair. Parce que pour elle, tout le monde est un peu responsable. Mais quand elle a visionné la vidéo, elle a fait son travail comme il se devait.

 

Quelle a été la réaction de votre patronne à la police ?

A la police, notre patronne a commencé à nous supplier, et nous demander de l’épargner, et qu’elle n’a jamais demandé aux jeunes de nous faire subir des services corporels, et de nous mettre nues. Elle leur a seulement demandé de nous ligoter, de prendre des photos et de les expédier aux parents, afin qu’ils paient la rançon. Pas demander de nous déshabiller et de nous frapper.

 

Au commissariat étiez-vous en garde en vue ?

Non. On était dans la cour du commissariat de Fermaous. Nous avons fait un jour dans ce commissariat. Du fait de nos blessures sur tout le corps et sur les fesses. On ne dormait que sur notre ventre. Quand on voulait aller aux toilettes, des policiers nous accompagnaient. Le lendemain de notre arrestation, Yacou Cissé est venu avec les preuves portant sur les violences exercées par plusieurs personnes sur nous, à travers la vidéo réalisée lors de notre bastonnade par les loubards de notre patronne.

 

Il se raconte qu’après l’humiliation et la violence infligées par les jeunes Camerounais, les deux communautés ivoirienne et camerounaise ont voulu régler l’affaire à l’amiable ?

Oui. M. Aka, le président des Ivoiriens à Casablanca et celui des Camerounais voulaient que l’affaire se règle à l’amiable. Mais nous n’avons pas accepté. La réaction de M. Aka est un peu normale. Parce que dans un premier temps, il ne savait pas ce qui se passait vraiment. Pour éviter la tension entre les deux communautés, il a réagi pour dire que c’était bien de régler ce problème à l’amiable. Mais dès qu’il s’est rendu compte de la gravité des faits, il a complètement changé d’attitude et s’est opposé au règlement de l’affaire à l’amiable.

 

Quand avez-vous bénéficié des premiers soins médicaux ?

C’est quand la police a été en possession de la vidéo, qu’elle nous a envoyées à l’hôpital. Dans le Centre de santé, nous avons reçu des injections et des soins.

 

Votre patronne arrêtée par la police, a avancé que c'est parce que vous avez cassé des choses dans son maquis, qu'elle a agi de la sorte ?

 Effectivement, elle a dit à la police, que nous avons cassé des objets chez elle. Mais elle a été confondue, quand la police marocaine s'y est rendue pour faire le constat. Tout était en place. Rien n'a été touché. C'est ainsi que la police marocaine l'a gardée. Elle a compris que son argument ne tenait pas. On ne s'est même pas battues là-bas. Dès que nous avons commencé à nous chama (...)

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