Côte d'Ivoire : le Conseil du café-cacao au coeur du chaos

  • Source: jeuneafrique.com
  • Date: mar. 18 juil. 2017
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Comment le premier producteur mondial de fèves s'est-il retrouvé dans une telle crise ? Manque de contrôles, dévoiement du système de vente, mauvaise communication… Au-delà de la chute des cours, le gendarme de la filière est pointé du doigt.

Fin mars, la Côte d’Ivoire a drastiquement baissé le prix minimum garanti à ses centaines de milliers de petits producteurs pour l’achat de leurs fèves de cacao, de 1 100 à 700 F CFA (de 1,6 à 1 euro) le kilo. Une première depuis la grande réforme mise en place en 2012. Et ce coup dur n’est que l’aspect le plus visible de la crise qui touche le pays de l’or brun. Les finances publiques sont durement touchées. Le Conseil café-cacao (CCC), qui organise l’ensemble du secteur et le système des ventes, enregistre pas moins de 300 milliards de F CFA de pertes sèches.

Pour soutenir la filière, le gouvernement a renoncé en partie aux taxes qu’il perçoit sur les exportations, pour un montant de 43,4 milliards de F CFA ; autant de recettes fiscales en moins. Il a été contraint de réduire les budgets des ministères et de se tourner vers le FMI pour réclamer une rallonge.

Comment en est-on arrivé là ? La réforme de la filière cacao avait justement pour objectif d’éviter un tel désastre, qui rappelle selon certaines sources la faillite de la Caisse de stabilisation et de soutien des prix des productions agricoles (Caistab) dans les années 1990.

Décennie de scandales

Après une décennie de scandales, la Côte d’Ivoire avait pourtant adopté un système stable et transparent, celui de la vente par anticipation (durant toute l’année qui précède la campagne), pour 80 % de la récolte.

En connaissant à l’avance les revenus tirés de l’essentiel de la récolte, le pays pouvait ainsi garantir à ses 800 000 planteurs comme aux autres acteurs un prix fixe et soutenable.

Une refonte profonde encore saluée aujourd’hui. « Il n’y a pas besoin de la réécrire. Le problème réside dans sa mise en œuvre, estime un acteur du secteur pourtant très critique qui, comme tant d’autres, préfère conserver l’anonymat pour évoquer ce sujet extrêmement sensible. Il y a eu beaucoup de négligences. »

Secret exigé ?

Puissant gendarme de la filière, institution publique agissant sous la tutelle du ministre des Finances et du ministre de l’Agriculture, le CCC – qui n’a pas souhaité répondre à nos questions – se retrouve sous le feu des critiques. Car la réforme semble avoir été dévoyée au fil des ans. L’exigence de transparence ? Elle n’a jamais vraiment été respectée, le Conseil se retranchant derrière la nécessité du secret pour préserver les intérêts nationaux.

Ainsi, le montant du fonds de réserve, une caisse constituée grâce aux ventes en « spot » des 20 % de la récolte, n’a jamais été divulgué, et l’audit annuel d’évaluation du système de commercialisation n’a pas été mené après la première campagne (2012-2013). L’obligation pour l’exportateur d’acheter le cacao à prix fixe, en fournissant un engagement d’achat émanant de l’acheteur final, généralement basé aux États-Unis ou en Europe ?

Elle a été allégée par la possibilité de conclure des contrats dits en prix à fixer. L’impératif de verser une caution de 2,5 % du montant des contrats conclus ? Le chiffre a été abaissé à 1 % pour les PME exportatrices et coopératives, en partie rassemblées au sein du groupement d’intérêt économique PMIEX-Coopex, dont le plus gros opérateur est la coopérative CNEK pour la campagne en cours.

Système fragilisé

Pour certains, ces facilités, principalement destinées à ouvrir l’exportation de cacao aux Ivoiriens, ont profondément fragilisé le système. Les entreprises ivoiriennes ont eu accès à 500 000 tonnes pour la campagne 2016-2017, contre 30 000 t en 2015-2016, mais elles n’ont pu en honorer que 150 000.

« On a laissé entrer des acteurs qui n’étaient pas assez solides, des personnes qui, parfois seules dans un bureau, pouvaient acheter plusieurs dizaines de milliers de tonnes de cacao », s’énerve l’une de nos sources.

"Un renforcement des contrôles a manqué"

« C’était justifié », rétorque un fin connaisseur des arcanes du CCC, estimant que la réforme devait aussi faire une place aux locaux dans un système largement dominé par les multinationales comme Cargill, Barry Callebaut ou Olam (repreneur des anciennes activités d’Archer Daniels Midland).

« Mais ces mesures devaient s’accompagner d’un renforcement des contrôles, c’est précisément ce qui a manqué », complète-t-il. La surface financière des exportateurs ou encore la solidité des contreparties n’ont ainsi pas fait l’objet de vérifications suffisantes, favorisant les spéculations.

« Pour le CCC, les contrôles étaient davantage perçus comme une dépense que comme une assurance, alors même qu’il a les moyens financiers de les réaliser », poursuit notre spécialiste. Il faut dire que, en cette période d’euphorie du marché mondial du cacao, personne ne voulait anticiper le pire, pas même les autorités, qui collectaient ces dernières années plus de 500 milliards de F CFA de recettes fiscales liées à ce secteur.

"Certains opérateurs ayant fait défaut, nous avons été obligés de replacer ces contrats sur le marché"

Plus récemment, il a également été reproché au Conseil son attitude depuis le début de la dégringolade des cours, en juillet. « Il y a eu une très mauvaise communication », analyse un acteur de la filière. En témoignent notamment ses démentis systématiques concernant l’existence des contrats frauduleux.

En janvier, comme il l’avait déjà fait en septembre, le gendarme de la filière cacaoyère ivoirienne a fermement démenti des informations parues dans la presse selon lesquelles il s’apprêtait à annuler entre 200 000 et 300 000 t de contrats octroyés à des acteurs qui avaient spéculé et qui ne seraient pas capables de les honorer.

Il a fallu attendre février pour que Massandjé Touré-Litsé, la patronne de l’institution, confirme pour la première fois l’annulation de ces contrats frauduleux et leur revente à prix cassé, à l’heure où le cours de l’or brun avait déjà dégringolé de près de 40 %, passant de 2 600 à 1 500 livres (environ 3 000 à 1 700 euros) la tonne à la Bourse de Londres : « Certains opérateurs ayant fait défaut, nous avons été obligés de replacer ces contrats [sur le marché] », déclarait-elle à la Radiodiffusion télévision ivoir (...)

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