Alternance en 2020 / Tiburce Koffi : « Le PDCI peut continuer de fêter, Ouattara et le Rdr ne leur donneront jamais le pouvoir »
« Voici la seule personne capable de diriger la Côte d'Ivoire après Ouattara »


(Photo d'archives)
  • Source: L'Inter
  • Date: lun. 11 avr. 2016
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Il est enseignant, journaliste, écrivain, musicien, dramaturge ivoirien, aujourd'hui exilé politique en France. Tiburce Koffi ne s'intéresse cependant pas moins à l'actualité de son pays.

Dans cet entretien qu'il a bien voulu accorder à L'inter, il donne son avis sur la célébration des 70 ans du Pdci et l'alternance annoncée en 2020. L'homme fait également cas de son actualité en tant qu'exilé politique

 

Cela fait bientôt un an que vous êtes officiellement en exil ici en France.  Comment vivez-vous cette situation d'exilé politique ? 

Un exil reste un exil, aussi doré puisse-t-il être. Je ne suis même pas sûr qu'il existe des exils dorés, surtout dans mon cas. Ce n'est pas de gaîté de cœur que je vis hors de mon pays, à 60 ans. Je m'y suis cependant résolu quand il s'est avéré que ma présence au pays n'était pas particulièrement désirée par le régime en place. Il faut reconnaître que le climat d'hostilité à mon encontre, généré par mon livre « Non à l'appel de Daoukro », était réel. Il était nécessaire que je me mette à l'abri de toute agression incontrôlée, que le régime lui-même ne pouvait d'ailleurs pas contrôler. 

 

Pensez-vous que vous êtes toujours menacé ?

Honnêtement, en mon for intérieur, je ne crois pas que le président Ouattara et son gouvernement, au sein duquel je compte d'ailleurs des amis, attenteraient à ma vie. Ils ont vraiment mieux à faire que ça. Et je l'avais déjà dit. Et puis, dans le fond, quel danger est-ce que je représente réellement pour des gens qui ont géré une rébellion, fait la guerre, triomphé du redoutable Laurent Gbagbo ? Rien ou pas grand-chose.

 

Pourquoi restez-vous alors en exil ?

Pour plusieurs raisons. D'abord, la raison administrative : je vis en France sous le statut officiel d'exilé politique. Des documents administratifs m'ont été délivrés pour attester les menaces qui pesaient sur moi, au moment où je sollicitais l'exil. Ces papiers m'imposent un délai de rigueur d'un an avant de pouvoir sortir du territoire français ; mais ils ne m'autorisent pas à rentrer dans mon pays où, d'ailleurs, je n'ai même pas envie de retourner, du moins pas pour le moment. 

 

Pourquoi ?

Parce que la politique qui y est menée ne me plaît pas.

 

Vous aviez pourtant, dans votre livre, salué le bon travail réalisé par le président Ouattara.

Oui. Et je ne renie pas ma position sur la question. Ouattara a la carrure d'un chef d'Etat ; et il est capable de réaliser de grandes choses pour le pays. D'ailleurs, c'est ce qu'il fait. La baie de Cocody, le Café de Rome qu'il a eu le courage de détruire, le Boulevard de Marseille qu'il a repris aux mains des privés, l'immense plage de Port-Bouët qu'il est en train de réhabiliter, l'autoroute de Grand-Bassam, le retour de Anne Ouloto au ministère de la Salubrité, etc. Tout cela, hormis la question Ouloto, fait partie des choses que j'ai attendues en vain des régimes précédents. Et honnêtement, sur ce plan, je suis content, voire fier du président Ouattara. Même ici, je n'hésite pas à le dire aux journalistes qui viennent m'interviewer. Un jour, ma sœur aînée m'a appelé pour me dire ceci : « Jules, il faut rentrer maintenant au pays. Le président Alassane est en train de réaliser tout ce que tu voulais que Bédié et Gbagbo réalisent et qu'ils n'ont pas fait». Bien évidement, j'ai refusé. Et elle s'est fâchée contre moi. Et j'ai raccroché le téléphone.

 

Je vous repose la question : pourquoi donc ne voulez-vous pas rentrer ?

Je suis sûr que le président Ouattara le sait : je ne peux pas m'accommoder de régimes dictatoriaux qui dénient aux intellectuels le droit de s'exprimer sur les problèmes cruciaux de leur pays. J'estime que ce que j'ai subi est d'une symbolique terrifiante : nous sommes en face d'un régime qui n'accepte pas la parole contradictoire. Le président Ouattara m'a signifié, par cet acte commis contre moi, qu'il a plus besoin de zombies pour régner que de technocrates et intellectuels doués de capacités, d'autonomie de penser et d'agir. Or, en 2010, j'avais pris fait et cause pour lui parce que, dans son projet de société, il y avait un long chapitre relatif à la liberté d'expression citoyenne qu'il avait promis de mettre à la disposition des intellectuels. Il y parlait même d'organisation de vastes forums de débats libres autour des problèmes cruciaux de la Nation. Et, franchement, cela m'avait emballé. Mais, une fois au pouvoir, dès que j'ai publié un livre, un petit livre critique, sur la situation socio politique du pays, il m'a fait virer de l'administration ! Sous les régimes précédents (Bédié, Guéi et surtout Gbagbo), j'avais écrit pire que ça. Aucun d'entre eux ne m'avait viré ! Et tous les politiciens de l'opposition, qui sont aujourd'hui au pouvoir, m'adoraient; ils disaient, tous, que j'étais quelqu'un de bien parce que je critiquais, sans peur, les régimes qu'eux aussi combattaient. Et je me sentais une âme de Zorro. C'était du faux, tout cela ! 

 

Regrettez-vous les combats que vous avez menés. 

Non. Pas du tout. Si c'était à refaire, je le referais. J'ai surtout bien fait d'avoir écrit ce retentissant « Non à l'Appel de Daoukro ». Si je ne l'avais pas fait, je vivrais aujourd'hui de regrets de ne l'avoir pas fait. Je dis tout simplement que tous ces politiciens sont faux. Ils sont sans parole.

 

En dehors de vos regards sur l'actualité en Côte d'Ivoire, qu'est-ce qui vous occupe en ce moment ? 

Beaucoup de choses. Sur le plan académique, mes travaux de recherche pour boucler une thèse que je n'ai jamais eu le temps d'achever sur la production littéraire de Jean-Marie Adiaffi, avec un accent particulier sur le ''bossonisme'' conçu comme un projet de réhabilitation culturelle par la spiritualité, et une théologie de la libération. C'est un vieux sujet qui m'exalte et auquel je me consacre depuis des années. J'aborde un peu la question dans mon essai intitulé « Le mal-être spirituel des Noirs », publié par Nei. J'ai pratiquement terminé l'aspect théorique de ce travail. Malheureusement, je rencontre des difficultés car ce n'est évidemment pas en France que je vais faire des recherches sur le ''bossonisme'' et les ''Komians''. C'est en Côte d'Ivoire. Et c'est aussi là-bas que se trouve toute la documentation que j'ai constituée pendant plus de 15 années de recherches sur ces questions. Or, je n'ai pas envie de retourner au pays! Voilà mon problème.

 

Selon certaines indiscrétions, vous serez bientôt dans les librairies. Qu'en est-il exactement ?

Bon, côté création, j'ai effectivement beaucoup écrit ici. Je consacre au moins 16 h par jour à l'écriture. J'ai bouclé « Harmoniques », un recueil de poèmes, et un autre livre de poésie narrative et lyrique qui s'intitule « De l'autre côté de la Terre ». J'ai entamé un roman, que je compte boucler dans trois ou quatre mois au maximum. Je viens de déposer auprès des éditeurs une étude monographique sur le reggae ivoirien. Elle s'intitule « Alpha Blondy et les rasta ivoiriens : une galaxie du reggae ». Près de 400 pages. En musique, je suis en plein enregistrement d'un album de jazz dont j'avais enregistré les rythmiques à Abidjan, à JBZ et au studio de Nayanka Bell. C'est un disque pour honorer la mémoire de mon ami Désiré Gadeau dit Dez Gad, le plus grand guitariste ivoirien de jazz de notre génération. Dans l'intervalle, j'accorde des interviews à des télés, des radios, des journaux, et je discute, chaque semaine, avec ma fille qui vit aux Usa. Elle me manque tellement !Bref, je pense, j'écris, je crée. Donc je vis. Non, je ne m'ennuie pas. Mais alors, pas du tout.  

 

Pouvez-vous nous parler un peu de ce livre sur Alpha Blondy et les reggaemen ivoiriens ? 

Il s'agit ici d'une sorte d'évaluation de la population reggaephile ivoirienne dans sa tranche pratiquante, sous l'éclairage de l'admirable trajectoire d'Alpha Blondy, qui abrite toutes ces stars sous son vaisseau musico-spatial appelé Solar system. C'est un livre très sélectif. N'y ont été retenus que les meilleurs reggaemens ivoiriens. Nous leur avons fait des esquisses biographiques, procédé à des analyses techniques de leurs œuvres en insistant sur leurs qualités. Ca, c'est la partie ‘‘people''. L'aspect le plus intéressant se trouve, à mon avis, dans la réflexion musicographique ; une sorte de sociocritique musicale qui saisit tout cette ‘‘reggaephonie'' nationale dans une perspective diachronique. Mais je précise que c'est en réalité un travail d'équipe sur un mouvement musical. Ce n'est pas non plus une biographie d'Alpha Blondy

 


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