Secteur Education-Formation : Pourquoi les grèves sont récurrentes - Des révélations troublantes - Ce que préparent les autorités


Les élèves sont les plus grands perdants des grèves.
  • Source: Soir Info
  • Date: mer. 29 avr. 2015
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Le secteur Education/formation est de plus en plus secoué par des grèves, pourtant censées être l'arme ultime du travailleur. Qu'est-ce qui fait courir les syndicats ? Sont-ils manipulés par des politiciens ? Pourquoi exigent-ils qu'il leur soient reversées les ponctions faites sur leurs salaires, après la grève ? Le gouvernement préfère-t-il tourner le dos aux revendications ? Notre dossier.

« Un syndicat se met en place pour l'amélioration des conditions de vie de ses militants. Lorsque ça ne va pas, on établit une plate-forme de revendication pour pouvoir avoir satisfaction. Par la suite, on demande une audience aux autorités pour partager avec elles, les préoccupations du syndicat, et on engage donc le dialogue social pour voir un peu si l'autorité a une oreille attentive et bienveillante sur cette revendication qui lui est posée. Si l'autorité juge que le point peut être satisfait, sur la la base de cette avancée, un accord est signé et chaque partie doit s'engager donc à respecter les conventions. Mais généralement, quand on signe les accords, et qu' il y a des réticences au niveau de leur application, les syndicats sont alors poussés à utiliser l'arme ultime que confère la constitution à ces structures-là, c'est-à-dire l'arrêt du travail », explique Siaka Traoré, secrétaire général du Syndicat national des enseignants du seconde degré de Côte d'Ivoire (Synesci).

Selon lui, en 2012, par exemple, sur la question du profil de carrière, il a été demandé que les autorités les éclairent sur ce qui avait été laissé par le gouvernement précédent. Malheureusement, le gouvernement a souligné n'avoir pris aucun engagement avec des syndicats. « On nous dit que les engagements qui avaient été pris par le gouvernement d'alors, étaient des engagements farfelus, et c'est à ce moment que le syndicat a été interpellé. Nous avons alors proposé à toutes nos sections, la rétention des notes. Quand nous commencions, les gens se moquaient de nous mais lorsque le trimestre devrait prendre fin, c'est-à-dire à partir de novembre et décembre, les élèves ont commencé à réclamer leurs notes », poursuit notre interlocuteur.

Pour Deli Siaba, secrétaire général du syndicat solidarité et de l'Union nationale des formateurs de l' enseignement technique de Côte d'Ivoire, les différentes grèves qui se font par des syndicats dans différents milieux, sont dues d'abord au manque de communication entre les employeurs et les employés représentés par les structures syndicales. « Lorsque vous avez une préoccupation et que vous n 'avez pas d'oreille attentive, que personne ne pourra ne serait-ce qu'écouter vos préoccupations même quand vous écrivez aux autorités, qu'est-ce qu'il reste à faire ? De manière concrète, au niveau par exemple de la formation, nous avons soit de manière individuelle soit de manière collective, adressé un courrier au ministre de tutelle pour qu'il puisse ne serait-ce que nous recevoir afin d'échanger sur nos différentes revendications. On a mis deux ans à crier. Pour qu'on soit reçu, il a fallu qu'on dépose un préavis de grève à la fonction publique, à la primature, à la présidence et au ministère concerné, pour que le dialogue commence avec le ministère de tutelle. On a été reçu mais les préoccupations n 'ont pas eu de début de solution, or on peut vous recevoir pour un autre but c'est-à-dire pas la solution des préoccupations. Devons-nous rester les bras croisés ? », s'interroge-t-il.

 

Les ponctions

Concernant les ponctions qui sont faites en cas de grève, Déli Siaba note que c'est normal. « On en est conscient mais ce que nous reprochons au pouvoir, c 'est de faire deux poids deux mesures, c' est-à-dire que dans la même période, plusieurs syndicats font une grève, et l'État décide de sanctionner un groupe et de ne pas sanctionner un autre. C'est ce qui s'est passé en 2013. C'est pourquoi, nous voulons qu'on reverse nos salaires. Les ponctions se font de façon disproportionnée. Et puis, nous les enseignants, en général, nous rattrapons les cours perdus », souligne-t-il.

Dans la même veine, un agent des impôts nous renseigne que le salaire du fonctionnaire est calculé en fonction de son indice multiplié par 233,66. « S'il doit avoir une ponction, on divise le salaire par le nombre de jours de travail dans le mois et on soustrait les jours non travaillés. Si la ponction est disproportionnée, c'est que le nombre de jours sans travail a été gonflé par le supérieur qui a envoyé les noms ou soit c'est la tutelle qui a décidé du nombre de jours. Il faut retenir tout de même qu'il y a sanction après toute grève », explique-t-il.

Yves Kodibo, lui, est le secrétaire général de la centrale syndicale Union nationale des travailleurs de Côte d'Ivoire (Unatrci). A l'en croire, les agents sont conscients de ce que quand il n' y a pas de travail, il n'y a pas de salaire mais ils font la grève pour que leur situation soit améliorée. « Quand on fait une grève, tout le monde est conscient que les jours non travaillés ne sont pas payés. Mais si les employés demandent d'être payés plus tard, les jours non travaillés, c'est qu'il y a eu des concessions lors des négociations, et l'employeur leur a promis certainement de payer les jours non travaillés. Mais dans ce cas de figure de règlement, il y a un protocole qu'on établit. On mentionne que la période de la grève sera payée. En général, l'employeur dit aux agents de reprendre, et on va régulariser la situation », ajoute Yves Kodibo qui pense que pour éviter les grèves, il faut que les employeurs soient beaucoup regardants sur les préoccupations des travailleurs. Si ce n'est pas le cas, l'unité de production arrête de fonctionner. « Il faut que l' employeur anticipe. Il doit respecter les termes du code du travail. Ainsi, il faut donner au travailleur tout ce dont il doit bénéficier. Les employeurs doivent savoir que sans travailleurs, il n'y a pas d'entreprise », conseille-t-il. « Lorsque des travailleurs constatent des irrégularités au niveau de leur travail, ils font appel à leur syndicat. Quand nous nous y rendons, nous utilisons toutes les formes de négociation pour ne pas qu'on pense que nous sommes des va-t-en guerre », fait-il savoir, avant de relever les étapes des négociations. « Il y a d'abord le dialogue des autorités avec les employés. Quand il y a échec, les travailleurs portent des banderoles rouges pour dire qu'il y a un problème que l'employeur doit régler. Ils saisissent la centrale pour négocier avec l'employeur. Quand il y a échec, on dépose un préavis. Une ampliation du préavis est faite à l' inspection du travail. La grève intervient quand il y a échec. Notre particularité, c'est qu'on informe la police, la gendarmerie », explique le syndicaliste.

A en croire Jean Yves Abonga, secrétaire général du Syndicat national des formateurs de l'enseignement technique et professionnel de Côte d'Ivoire (Synafetpci), par ailleurs, porte-parole du Mouvement des syndicats de l'enseignement général, technique et assimilés de Côte d'Ivoire (coalition d'une dizaine de syndicats), ce que le gouvernement doit faire pour rendre les syndicats autonomes, c'est de poursuivre les précomptes et de les mettre à la disposition des concernés. &laq (...)

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