Présidentielles 2015 / Depuis Paris, Anaky Kobéna : « L'appel de Daoukro est totalement antidémocratique »


(Photo d'archives)
  • Source: L'Inter
  • Date: lun. 13 avr. 2015
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Le président du Mouvement des forces d'Avenir (Mfa), Anaky Kobéna, profitant d'un séjour en France, a accordé un entretien au confrère ''Eventnews''. L'ex-allié du président Alassane Ouattara au sein du Rassemblement des Houphouétistes (Rhdp) crache ses vérités et annonce sa rupture avec la coalition au pouvoir.

Monsieur le président, qu'est-ce qui explique votre présence à Paris ?

Je suis à Paris pour des contrôles médicaux, par rapport à des soins que j'avais reçus ici dans les mois d'octobre et de novembre. Ces contrôles se sont faits, et dans l'ensemble, les résultats sont très bons. Donc, c'est un Anaky tranquille, calme dans la tête, presque zen, qui est là, heureux d'être avec vous, frères ivoiriens, et qui va prendre l'avion dans quelques jours pour retourner à Abidjan.

 

L'actualité en Côte d'Ivoire, c'est le procès des pro-Gbagbo. Certains parlent de justice des vainqueurs, de ce que ce n'est pas ce qu'on attendait. Vous, que pensez-vous des peines qui ont été prononcées, notamment celle de l'ex-Première dame Simone Gbagbo?

Anaky, au nom du Mfa, a dit ceci qui nous paraît fondamental. Ou bien on est en mesure de juger dans les mêmes conditions tous ceux qui ont eu à se rendre coupables d'actes délictuels par rapport aux droits humains, ou alors, si on ne peut pas, il faut avoir le courage politique et civique de laisser les choses en l'état et de prendre une décision pour que tout le monde se retrouve à l'aise, et qu'il n'y ait pas, dans un pays comme la Côte d'Ivoire qui sort d'une crise aussi atroce que la crise post-électorale, une justice à deux vitesses ou à deux niveaux. Ça, nous l'avons dit dès le départ. On n'a peut-être pas été entendu, ça n'a pas été suivi, mais plus nous avancerons dans le traitement de ces affaires au niveau de la justice concernant la crise post-électorale, plus tout le monde verra que nous avons raison. Est-ce qu'aujourd'hui, le chef de l'État, qui est le premier magistrat de ce pays –c'est ce que la Constitution lui donne comme prérogative-, est en mesure de faire juger tous ceux pour lesquels les dossiers sont déjà établis et qui ont eu à se rendre coupables d'actes lourds et très forts concernant les droits humains, c'est-à-dire, meurtres, viols, tueries, etc. S'il le peut, ok! Sinon, on peut lui demander comment il se fait que, jusqu'à présent, tout le monde n'ait pas été concerné.

 

N'est-ce pas pour cela que des observateurs de la crise parlent de justice des vainqueurs ?

Justice des vainqueurs! Quand on parle de la crise, il faut faire très attention sur la notion de vainqueur. Qui est vainqueur et qui est vaincu?

 

Ah ?

A notre avis, il vaut mieux, si on ne peut pas faire passer en justice les grands responsables des Forces nouvelles, parce qu'on se dit qu'ils ont une capacité, soit de résistance, soit de nuisance telle que les mettre en justice provoquerait une déstabilisation de l'Etat de Côte d'Ivoire ; si on le reconnaît, qu'on arrête tout ce qu'on est en train de faire, et qu'on prenne une décision politique qui s'impose. Et cette décision politique n'a pas deux noms: ça s'appelle am-nis-tie.

 

Pour ce qui vous concerne, il paraît qu'un groupe de militants du Mfa s'apprête à aller à un congrès pour vous démettre. Que va-t-il se passer et pourquoi la crise au sein du Mfa s'est-elle amplifiée à ce point?

Je viens de vous dire que je suis en bonne santé et que mon moral était bon. Donc, je ne ressemble pas à quelqu'un qui est à 48h ou 72h de se faire retirer de la tête du parti qu'il a créé et qu'il a animé pendant de longues années, au prix de grands efforts. Pour ce qui est de cette crise du Mfa, je ne voudrais pas que nous perdions trop de temps. De quoi s'agit-il? Un jour, il a été demandé au Mfa et à son président de se dépêcher pour aller déclarer qu'ils soutenaient l'appel de Daoukro du président Bédié et qu'ils soutenaient la candidature unique du président Alassane Ouattara au titre du Rhdp, pour les élections à venir.

 

Qui a demandé au Mfa de se dépêcher pour adouber l'appel de Daoukro?

Il n'y a pas de secret. Celui qui a demandé au Mfa de faire vite et de s'aligner sur l'appel de Daoukro et en même temps sur la candidature unique, c'est le premier bénéficiaire de ces deux mesures. C'est le président de la République, candidat à sa propre succession. Par rapport à cela, le Mfa a juste fait savoir qu'il était d'abord et avant tout un parti politique, qu'il avait participé à une alliance politique qu'il a grandement contribué à mettre en place de 2005 à 2010: c'est le Rhdp. Depuis 2010 que le Rhdp est arrivé au pouvoir, le Mfa n'a pas eu l'impression qu'il a été traité au même niveau que les autres partenaires de l'alliance…

 

Vous en avez gros sur le cœur?

On n'a pas gros sur le cœur. Nous estimons que lorsque nous sommes dans une alliance entre personnes d'un certain niveau, surtout en matière de politique, les accords, on les respecte, et en même temps on respecte les partenaires. Nous avons simplement fait savoir que le Mfa, avant même de discuter ou de dire s'il était pour l'appel de Daoukro ou pour la candidature du président Alassane Ouattara, avait des précisions à demander à ses partenaires du Rhdp, et surtout leur demander si dans cette alliance, le Mfa était un partenaire à part entière comme eux ou s'il était, à la limite, un parti d'opposition. (…) C'est ce que nous avons émis comme préalable avant de discuter. Et à notre grande surprise, il semblerait qu'on ait suscité autour du président du Mfa, quelques cadres auxquels on a fait des promesses et donné des moyens pour créer une espèce de de fausse tempête, comme s'ils étaient capables de reprendre le parti à leur compte et aller dire qu'ils sont d'accord avec la candidature unique et l'appel de Daoukro. D'ailleurs, il y a un fait très choquant. Le jour du congrès ordinaire du Rdr, qui devait désigner officiellement le président Ouattara comme son candidat, le secrétaire général du Mfa est arrivé avec la lettre d'invitation adressée au président du Mfa et le message du président du Mfa au congrès et au président Ouattara. A sa grande surprise, on ne lui a pas donné de place pour s'asseoir. Il n'en a pas fait une histoire. Mais, au moment de la prise de parole, où il pensait arriver pour donner le message du président du Mfa, ce n'est pas lui qui est appelé à la tribune, mais une autre personne, qui n'a pas été désignée par le président du Mfa. Dans ces conditions-là, c'est malsain, ça ne sent pas bon.

 

Voyez-vous des mains obscures derrière tout ça ? Accusez-vous quelqu'un?

Aujourd'hui, ce n'est plus obscur. Ça aurait pu être obscur, il y a trois ou quatre mois. Aujourd'hui, on sait très bien qui nous avons en face de nous, au niveau du Rdr, dans cette crise. Ce n'est pas un mystère, on le sait, ce sont des personnes qui sont au plus haut niveau à la Présidence, auprès du chef de l'État et dans certains ministères. N'allons pas plus loin, je pense que nous nous sommes bien compris.

 

Qu'est-ce qui coince chez vous, fervent partisan de la candidature unique du président Ouattara en 2010 pour qu'en 2015, vous soyez presqu'opposé à l'appel de Daoukro?

(…) De 2005 à 2010, nous étions dans l'opposition et luttions dans des conditions difficiles pour obtenir des élections. C'est en ce moment que j'ai eu à dire, par rapport à ces élections, à la force du pouvoir en face et à sa détermination à se maintenir, mettons-nous ensemble dès le départ pour accroître nos chances de le vaincre. Dix ans après, en 2015, le schéma est totalement différent. Le Rhdp n'est pas dans l'opposition face à un pouvoir. Le Rhdp est au pouvoir. Dans ces conditions, comme ça se fait dans toutes les démocraties modernes, tous les partis qui sont dans cette coalition ont la liberté de déterminer s'ils doivent aller ou non à une compétition électorale. (...) Donc, j'ai le droit, sans que cela ne soit de la félonie ou de la trahison, de me présenter aux élections. Cette idée de l'appel de Daoukro ou de la candidature unique en 2015 lancée par le président Bédié est totalement anti-démocratique. Ça va contre tout ce qui est acquis en matière de démocratie dans l'histoire de la Côte d'Ivoire depuis de longues années. Mais, concernant cet appel, j'ai même une autre inquiétude. J'ai l'impression qu'on n'y a pas prêté attention. Quand le président Bédié est interrogé, il nous dit que c'est pour assurer la paix dans le pays. Cela veut dire alors que si on ne se met pas automatiquement derrière le président Ouattara, il y aura la guerre en Côte d'Ivoire. Donc, le président Ouattara est un guerrier? Le message du président Bédié est assez ambigu, à mon avis. Admettons que, si on ne se met pas derrière le président Alassane Ouattara en 2015, il y aura un risque de guerre. Mais, qu'est-ce qui vous dit qu'en 2020, si Alassane Ouattara voulait encore être candidat, ou si des partisans à lui voulaient être candidats, on ne serait pas dans le même schéma? Est-ce à dire que désormais, le sort de la Côte d'Ivoire est déposé dans des mains de personnes et que tout le monde doit s'aligner, se plier? C'est toutes ces interrogations qui me font dire que l'appel de Daoukro est totalement mal venu. Peut-être même qu'à la limite, comme on ne connaît pas assez le pr&eac (...)

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