Plages d'Abidjan et de Grand-Bassam / Kokora Michel dit Pingouin : « Voici les périodes de grandes noyades » - « Ce qu'il faut pour y mettre fin » - Les techniques pour sauver des victimes


Kokora Archange « pingouin » est convaincu que des cas de noyades peuvent être évités.
  • Source: Soir Info
  • Date: mer. 01 avr. 2015
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Il s'est assigné comme mission de sauver tous ceux qui sont en détresse dans les eaux d'Abidjan et de Grand-Bassam en mettant sur pied plusieurs équipes à travers l'Unité spéciale des sauveteurs aquatiques (Ussa).

Kokora Michel Archange (instructeur, formateur et moniteur de plage), connu également dans le milieu sous le pseudonyme de ''pingouin'', ( un animal des zones polaires, palmipède, plongeur, chasseur sous-marin, alpiniste au plumage spécifique qui laisse glisser la neige, ndlr) nous a accordé une interview exclusive à travers laquelle il passe en revue les eaux qui ceinturent Abidjan et Grand-Bassam, mais surtout les interventions menées pour sauver les baigneurs.

 

Qu'est-ce qui vous a poussé à créer une structure spéciale de sauvetage ?

C'est en 2002 que nous avons eu l'idée de créer l'Unité spéciale des sauveteurs aquatiques (Ussa). Parce que nous avons décidé de ne plus nous contenter d'accompagner les excursions de façon informelle. Car, chaque fois que nous accompagnions des personnes dans des excursions, nous nous rendions compte qu'il y avait des accidents proches des lieux où nous nous trouvions. C'est de ce constat qu'est venue l'idée de créer une vraie structure qui se chargera de sécuriser les personnes venues nager avec plusieurs équipes spéciales.

 

Avec toutes ces équipes « spéciales », le résultat n'a toujours pas suivi. N'est-ce pas ?

Si, au contraire, nous étions parmi les premiers à être sur les lieux lorsque le bus de la Sotra est tombé du pont Houphouët-Boigny en août 2011. Nous avons fait des recherches en scaphandre (bouteille). Une autre équipe s'attelle à faire des recherches sur le sauvetage aquatique en Côte d'Ivoire en pensant à fabriquer du matériel et réinventer le sauvetage, c'est-à-dire trouver des méthodes d'intervention appropriées. C'est ce qui fait de nous des spécialistes. Et, en plus, nous faisons des statistiques.

 

Avec ces différentes équipes d'Ussa, les objectifs sont-ils les mêmes ? 

Nous avons un objectif commun. C'est-à-dire créer le projet de lutte contre les accidents de noyade. Mieux, réduire considérablement le taux de noyade, en sachant qu'en Côte d'Ivoire, nous avons hérité de grandes étendues d'eaux qui, d'ailleurs, font la richesse de ce pays. Car tout pays qui a la mer, c'est pour lui une richesse sur tous les plans, notamment sur les plans touristiques, la pêche et autres. Que ce soit à la surface comme en profondeur.

 

Mais derrière toute cette richesse, il y a la question de la noyade. Vous y pensez ? 

Oui, c'est vrai, je peux même qualifier la noyade de fléau. D'où la création de notre projet d'Ussa en 2002. Deux ans après, nous nous sommes dit que ce sont les autorités ivoiriennes qui doivent le piloter, surtout les ministères qui sont concernés. Qui parle de ministère concerné parle en même temps de collectivités territoriales concernées. Mais, en même temps, quand nous regardons, nous ne devons plus parler de collectivités concernées car toutes les collectivités doivent se sentir concernées. Prenons un exemple. Il n'y a pas de cours d''eau à Abobo, mais quand nous faisons les statistiques, la majorité des cas de noyade vient d'Abobo. C'est pourquoi, nous disons que toutes les collectivités doivent s'impliquer. Ce projet est bien, et il a été créé par l'Ussa. Donc nous ne pouvons le donner à personne car, c'est notre propriété intellectuelle.

 

Cela suppose-t-il que vos prestations sont payantes dès l'instant où vous n'avez pas de subvention ? 

C'est totalement gratuit. Nous ne demandons rien aux personnes que nous secourons, car nos actions sont à caractère humanitaire. Donc notre structure ne demande rien en retour après une intervention. Mais aujourd'hui, nous ne pouvons plus trop parler de bénévolat. Parce que le bénévole c'est celui qui est nanti, qui a les moyens. Il s'engage pour aider. Il s'engage avec ses moyens. Mais ce n'est plus le bénévole, qui date des années passées où il fallait prendre les risques qui peuvent porter atteinte à sa vie. Le bénévole, pour moi, c'est la personne qui œuvre dans les actions humanitaires qui doit bénéficier quand même de certains privilèges, comme des prestations gratuites ou peu coûteuses à l'hôpital, par exemple. Tout ça pour que le bénévole sente l'intérêt et la considération de la société, pour ce qu'il fait.

 

Ne bénéficiez-vous de rien? 

Aucune subvention ni aide étatique. Alors que nous existons depuis plus de dix (10) ans et avec tout ce que nous avons réalisé ou posé comme actions. Déjà que nous faisons la sensibilisation souvent à la télé, c'est sauver des vies humaines. La sensibilisation, c'est la priorité de l'Ussa. Car, ne dit-on pas qu'il est mieux de prévenir que guérir. Il faut donc mieux sensibiliser pendant cinq (5) minutes que de faire une intervention magistrale, même si c'est en une heure. Donc, pour nous, c'est la sensibilisation. Aujourd'hui, par rapport à notre situation géographique, selon nos statistiques, à Grand-Bassam, il y a eu plus de décès d'accident de noyade que par accident de circulation.

 

Combien de cas existe-t-il ? 

Il y a eu 48 personnes décédées de l'année 2013 à 2014. Et puis, déjà au début de la nouvelle année, nous sommes à cinq (5) cas de noyade en moins de deux mois. Faîtes vous-mêmes un petit calcul et vous verrez à combien nous en serons à la fin de l'année. Mais je pense qu'à Grand-Bassam, nous avons fait des progrès importants. Et quand nous parlons de décès, ce n'est pas seulement dans la mer mais aussi dans les eaux douces et les puits dans les villages.

 

Pourquoi, c'est à Grand-Bassam seulement que vous êtes ?

L'Ussa est née à Abidjan. Le siège se trouve à Abidjan. Mais si nous sommes à Grand-Bassam, c'est parce que dans nos calculs, il y avait plus de cas de décès qu'ailleurs. Les gens cherchent à voir Grand-Bassam avec ses belles plages. Nous n'avons pas abandonné Abidjan. Mais dans la métropole, les interventions sont différentes.

 

Comment peut-on expliquer cela?

C'est par rapport au terrain. A Grand-Bassam, nous avons un sol plat qui fait un peu lagune. Donc, quand les vagues se brisent, il y a un déversement des eaux. L'eau vient sur une longue distance, donc les gens ont la possibilité de se baigner sans trop de crainte dans les profondeurs de 50 à 70 cm. Or, à Abidjan, on n'a que la profondeur. On a directement une pente. Donc dès que le baigneur tombe, il part directement. En revanche, à Grand-Bassam, l'on peut se baigner sur une distance de 50 mètres. Le sauvetage devient alors difficile, parce que lorsqu'une personne va derrière les vagues et qu'elle ne sait pas nager, et qu'elle est en train d'être emportée par les vagues, le sauveteur doit faire cinquante (50) mètres pour atteindre la victime. Vous voyez un peu les conséquences du phénomène de déversement des eaux. Il faut traverser toute cette distance pour aller là où il y a le sinistre. A Abidjan, il y a un creux ou une pente à voûte, mais le sauveteur n'a pas besoin de faire assez d'effort. Il lance une bouée et il intervient. Donc à Abidjan, il y a une baignade difficile mais le sauvetage est facile tandis qu'à Grand-Bassam, la baignade est bonne et le sauvetage difficile. Cette expérience nous a amenés à mettre en place une bouée de sauvetage made in Côte d'Ivoire.

 

Quelle est la particularité de cette bouée conçue par vos soins ?

Comme je vous l'ai dit tantôt, nous faisons aussi des recherches. C'est une bouée adaptée aux plages d'Assinie, de Grand-Bassam, d'Abidjan...C'est un produit que nous avons créé, mais qui a besoin d'être manufacturé, et cela demande les moyens. Nous ne pouvons pas parler de certification car c'est nous qui avons créé cet instrument. Et pour créer, nous avons étudié. Parce que la bouée universelle qu'on voit dans les navigations, en bordure des eaux, n'est pas adaptée aux plages. Parce que d'abord cette bouée a un diamètre certes homologué, mais ne fait pas un mètre. Ce qui veut dire que toutes les personnes ne peuvent pas y entrer car certaines personnes sont de forte corpulence. Quand nous utilisons cette bouée, nous avons du mal à franchir les vagues parce qu'elle n'est pas hydrodynamique. Et puis, lorsque nous recueillons une victime qui est au stade trois (3) de la noyade ou même quatre (4 ) c'est-à-dire inconsciente, en remontant, elle peut sortir de cette bouée. Or, celle que nous avons créée, dispose d'un anneau qui entoure le tube de sauvetage qui permet de serrer la victime. C'est-à-dire même quand nous luttons contre les vagues qui tirent la victime, il nous suffit de tirer pour que l'anneau se serre contre la victime et la retienne jusqu'à ce que nous arrivions sur la plage, même quand la victime est inconsciente. C'est cela la différence de cette bouée. Et elle a été approuvée par des sauveteurs européens qui sont venus nous voir. Ils nous ont dit qu'ils ont des types de bouées mais pas de ce modèle. Parce que vous comprenez que la partie la plus difficile, en voulant sauver une personne qui se noie, c'est la lutte entre le sauveteur et les vagues. Cette bouée est très bonne, mais comme je vous l'ai dit, il faut qu'elle soit manufacturée.

 

Avez-vous déjà sollicité des moyens pour tous ces projets?

Quand nous demandons les subventions, c'est pour tout ça. Par exemple, si l'État de Côte d'Ivoire décide que l'Ussa, compte tenu des actions que nous menons, doit bénéficier d'une subvention de X franc, je pense que cela peut aider à créer du matériel et à améliorer nos conditions de travail. Et pourquoi pas, faire la promotion pour que, si possible, d'autres fabricants de matériels de sauvetage ajoutent un plus pour que le matériel soit plus performant et même universel. Parce que quand nous présentons le projet de lutte contre les accidents de noyade, il y a des études et recherches, la sensibilisation, et puis, il y a les interventions. Finalement, la conclusion de ce projet, c'est la création de plusieurs emplois. C'est vrai, c'est pour sauver des vies humaines. Mais qui sont ceux qui vont sauver ces vies ? Ce sont des personnels formés et encadrés. Donc, c'est la création d'emplois. Aujourd'hui, nous avons quatre (4) handicapés et des sourds qui interviennent sur les plages.

 

Des handicapés et des sourds? 

Oui. Ils interviennent et ils sauvent des vies. C'est dire que nous avons réfléchi. Ne vous inquiétez pas. Ce sont de bons nageurs. Ils maîtrisent l'eau parfaitement.

Les sourds développent la vue sachant qu'ils n'ont pas d'audition. Donc, ils sont beaucoup plus vigilants que les hommes normaux.

 

Parlons des interventions. Quelles sont les catégories des victimes, et comment intervient-on sur une victime? 

Pour parler de catégorisation, j (...)

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