Côte d'Ivoire : Des révélations sur Ouattara en cas de réélection - Le sort réservé à des milliers de combattants


Le président Ouattara et son équipe ont effectivement engagé des réformes tous azimuts… (Photo d'archives)
  • Source: Soir Info
  • Date: mer. 14 janv. 2015
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Croissance impressionnante, construction à tout va, climat des affaires assaini... Le pays fait des progrès considérables depuis la crise de 2010. Mais, tout le monde n'en profite pas.

La Côte d'Ivoire se réveille. L'inauguration du pont Henri Konan Bédié mi-décembre a tenu une promesse vieille de vingt ans et symbolisé la fin d'une longue décadence en matière d'infrastructures. L'atterrissage trois fois par semaine de l'avion géant Airbus A380 d'Air France prouve un regain d'intérêt mondial pour Abidjan, malgré les peurs nées de la fièvre Ebola. Et l'arrivée, comme prévu, de 1500 salariés de la Banque africaine de développement (Bad) après une dizaine d'années d'exil en Tunisie, ne dément pas la confiance qu'inspire à nouveau le pays.

Et comment pourrait- il en être autrement puisque la Côte d'Ivoire croît en ce moment plus vite que la Chine, et qu'en deux ans la taille de son économie a augmenté d'un quart, selon le Fonds monétaire international (Fmi)? Comment nier les grues les chantiers, oublier les 8 milliards de dollars (6,7 milliards d'euros- environ 40 milliards de F Cfa) de dettes qu'a annulés la communauté internationale ou ignorer la multiplication des centres commerciaux à Abidjan où se presse une classe moyenne rassurée? S'il est une personne pour laquelle la Côte d'Ivoire est sans contestation possible de retour, c'est bien le Premier ministre, Daniel Kablan Duncan. Interrogez-le sur la santé du pays et après un modeste «les choses s'améliorent », c'est un torrent verbal sur les réformes accomplies ou en cours, les chantiers inaugurés ou en projet.

L'insécurité? En recul spectaculaire en matière de « coupeurs de routes », mais si vous mentionnez les bandes de « microbes» de 10 ans qui rançonnent les passants dans le quartier d'Adjamé, il réplique que « c'est pareil dans les banlieues françaises » ... La réconciliation nationale? En très bonne voie, puisque plus de la moitié des 74000 combattants de la guerre civile devraient entrer dans les sapeurs-pompiers, l'armée ou le gardiennage avant juillet 2015.

La reconstruction? « Nous la conduirons à marche forcée », affirme-t-il. La liste est interminable: routes vers la frontière burkinabè, autoroute Yamoussoukro-Bouaké, chemin de fer San Pedro-Man, zones industrielles, transformation du cacao et de l'anacarde, fibre optique, barrages, mines de fer ou d'or, exportation d'électricité ou d'ignames, aérocité de Port-Bouët, quatrième pont sur la lagune, logements par dizaines de milliers, Silicon Valley à Grand-Bassam... Rappelez-lui que cette croissance ne se mange pas et que la population grogne, il vous rétorque que, « en trois ans, on ne peut pas tout changer ni satisfaire des gens qui veulent tout, tout de suite ».

Persuadés que seules les entreprises privées peuvent assurer la fameuse « émergence» projetée pour 2020, le président Alassane Dramane Ouattara (ADO) et son équipe ont effectivement engagé des réformes tous azimuts pour leur faciliter la vie. Les résultats commencent à se faire sentir. La Côte d'Ivoire fait par exemple partie pour la deuxième année consécutive des dix pays qui ont le plus amélioré leur climat des affaires, selon les critères de la Banque mondiale: guichet unique pour créer une entreprise, code des investissements, code des mines, code de l'électricité, réforme de la filière cacao, paiement des arriérés dus par l'État et, surtout, création d'un tribunal de commerce.

Forte de ses treize juges professionnels et de ses cinquante juges venus du secteur privé, cette juridiction est unanimement applaudie, pour la plus grande fierté de son président, François Komoin, qui assure que « le délai moyen pour rendre une décision est de soixante jours» et que « 95 % des décisions sont publiées sur internet ». Célérité et transparence y sont à l'ordre du jour. Cette prééminence de l'entreprise privée dans le redressement est revendiquée par Jean-Louis Billon, le ministre du Commerce, de l'Artisanat et de la Promotion des Pme, « car sans un tissu d'entreprises compétitives et capables de réussir à l'export, la Côte d'Ivoire ne peut pas s'en sortir, assure-t-il. D'où notre projet Phoenix, destiné à former les dirigeants des Pme et à faciliter le financement de leurs projets. Objectif: doubler le nombre de Pme en cinq ans et sortir de l'informel ..... l'artisanat, qui est le plus gros employeur du pays». Il déplore haut et fort la vie chère que le maintien de monopoles - notamment sur le Port autonome d'Abidjan (Paa) - inflige à ses compatriotes.

«Nous avons désormais voix au chapitre, se félicite Souleymane Diarrassouba, patron de Banque Atlantique Côte d'Ivoire et président de l'association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d'Ivoire (Apbef-CI). Nos coûts ont été allégés et les règlements assouplis. Du coup, nos crédits à l'économie progressent de 23 % à 25 % par an et, si la stabilité se confirme, nos éta­blissements créeront chaque année 900 emplois pour gérer les 200000 nouveaux clients gagnés annuellement. Nous ne soutenons pas encore suffisamment les Pme, mais si elles accèdent enfin aux marchés publics et si le financement de ces derniers est encadré, nous pourrons mieux les accompagner. »

Même optimisme chez Edoh Kossi Amenounve, directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm), qui« sent une envie nationale et internationale d'investir en Côte d'Ivoire» et qui ne se satisfait pas des trente-sept sociétés qui y sont cotées. Sans parler des difficultés rencon­trées pour mobiliser l'épargne longue. Il attend avec impatience que l'État se décide à privatiser banques et groupes industriels publics.

 

MÉCONTENTEMENT. Alors comment expliquer qu'en contrepoint de ces avancées le mécontentement des Ivoiriens soit aussi persistant? « Il y a chez nous une apparence de vitalité, répond Pascal Affi N'Guessan, président du Front populaire ivoirien (Fpi), le principal parti d'opposition. On ne peut pas dire que ce soit la catastrophe, mais la grande pauvreté règne, l'éducation nationale n'est pas au niveau, pas plus que la santé en milieu rural. Les Ivoiriens ont du mal à joindre les deux bouts. Certes, les grues s'activent, mais cela ne profite pas encore à la population ». Effectivement, le revenu d'un Ivoirien sur deux est inférieur à 2,25 dollars par jour, seuil de pauvreté fixé par la Banque mondiale. Les différentes augmentations du salaire minimum ne profitent qu'aux employés du secteur formel, soit 11 % des postes seulement, et la hausse du prix du kilo de fève de cacao de 750 à 850 F Cfa (de 1,15 à 1,30 euro) est parfois difficile à appliquer à cause du manque de routes en bon état, qui contraint certains planteurs à brader leurs récoltes aux collecteurs pour 700 F Cfa. Les lacunes de la communication gouvernementale irritent par ailleurs l'opinion publique. Ainsi de l'interdiction des poches en plastique qu'utilisent les vendeuses d'eau aux feux rouges: elle était peut-être inspirée par des considérations environnementales respectables, mais elle a été appliquée brutalement et menace quelques milliers d'emplois. Les embauches et les promotions dont bénéficient les« gens du Nord» étaient peut-être nécessaires pour« rééquilibrer» l'ostracisme dont ils avaient été victimes sous le précédent régime, mais elles entretiennent l'idée archaïque - et mortifère pour la« réconciliation» - que c'est l'appartenance ethnique et non la compétence qui prime pour bénéficier de l'ascenseur social. Pis, en raison d'embellissement du littoral, d'opérations immobilières ou de risques d'inondation, des bulldozers entrent en action, de nuit et sans sommation, sous la protection des forces de l'ordre, et jettent à la rue des milliers de « déguerpis » pour lesquels aucun programme de relogement n'est prévu.

Et puis il y a la corruption, cette plaie que tous s'accordent à juger au moins aussi profonde que sous la présidence de Laurent Gbagbo. Elle gangrène les esprits, au point qu'une délégation de fonctionnaires a pu dire au ministre qui tentait d'interdire leurs bakchichs:« Vous êtes trop durs: il faut bien que nous vivions!» Une pratique faci­litée par le système très répandu des marchés de gré à gré (56 % des projets publics, selon le Fmi), c'est-à-dire sans appel d'offres, « pour aller plus vite », plaide le pouvoir - sans doute de bonne foi.

La dénonciation (souvent sans preuves) de ces prédations vient de tous les horizons. « Un ministre possédait 22 entreprises ... au nom de sa femme, qu'il avantageait évidemment, s'indigne Antoine Assalé Tiémoko, directeur généra (...)



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